ARTICLE
Les oléagineux constituent un enjeu important pour l'Union européenne
(UE). C'est naturellement dans les périodes de crise comme celle
liée aux farines de viande, environ 25 ans après celle qu'avait
constitué l'embargo sur les exportations de soja des États-Unis,
que ces enjeux sont les plus apparents. Ces à-coups traduisent
en fait un problème de fond, qui ne peut recevoir que des solutions
de continuité. L'UE est un géant sur la scène mondiale
en termes de consommation de tourteaux et d'huiles, de même qu'en
termes de trituration, mais c'est un géant aux pieds d'argile car
ces utilisations reposent sur une production locale de graines qui reste
modeste et vulnérable dans la nouvelle phase de turbulence que
constitue l'application de l'Agenda 2000.
Les marchés européens des oléagineux et de leurs
co-produits (huiles et tourteaux) sont complexes puisque, avec des récoltes
de graines réparties dans six principaux pays - même
si la France continue à jouer un rôle majeur -, ils
sont constitués de flux d'échange importants de graines,
de tourteaux, d'huiles brutes et d'huiles raffinées entre les divers
pays membres, mais aussi, de plus en plus, avec les pays d'Europe centrale
et orientale (PECOS) et certains autres pays du continent comme l'Ukraine
et la Russie. Dans ce système d'interdépendance qui s'est
mis en place au cours des vingt dernières années, chaque
pays présente certaines spécificités en termes de
production et de transformation de graines, ainsi que de consommation
d'huiles et de tourteaux. Cette hétérogénéité
est à la fois le reflet des différences dans les conditions
climatiques et agronomiques des pays, dans les habitudes alimentaires
des consommateurs pour les huiles et dans les systèmes d'élevage
pour les produits animaux.
Bien que caractérisé par un très fort déficit
en graines, en tourteaux et en huiles, un régime de croisière,
plus ou moins « satisfaisant », s'était établi
grâce aux efforts importants des agriculteurs - pour diversifier
leurs productions et mieux répondre aux signaux de la demande intérieure
et des marchés mondiaux -, des industriels - pour moderniser
et concentrer leur secteur, demeurant ainsi compétitifs au niveau
mondial -, de la recherche - pour améliorer la qualité
et les rendements de ces graines -, et enfin des pouvoirs publics
- pour, durant toute une période, encourager l'expansion de
ces cultures.
Dans cet article, on abordera successivement quatre points. D'abord,
on rappellera la place de l'UE dans le monde en termes de production,
de commerce et de consommation, et on caractérisera la structure
actuelle de la filière UE des oléagineux par rapport aux
autres zones. Ensuite, on analysera certaines grandes évolutions
de la situation communautaire et on les resituera dans les grands mouvements
qui affectent le contexte international.
Quelques chiffres sur l'UE dans le monde
Sur le marché mondial des oléagineux, l'UE occupe des
places très différentes selon les niveaux de cette filière
qui va de la production de graines à la consommation d'huiles et
de tourteaux. Ces différences peuvent être illustrées
à travers le rappel de quelques chiffres et pourcentages concernant
la campagne 1999/2000.
* Avec 45 % du total mondial, l'UE est de loin le premier importateur
de tourteaux2 devant la Corée du Sud (2,2 Mt), la Chine
(1,5 Mt) et la Thaïlande (1,4 Mt). Sur un total mondial de 51 millions
de tonnes (Mt), l'UE représente à elle seule 23 Mt et précède
largement l'ensemble des PECOS qui arrivent en seconde position avec près
de 3 Mt. Pour le seul tourteau de soja, les importations de l'UE s'élèvent
à 17 Mt (soit 74 % du total des importations de tourteaux), chiffre
qui est voisin de la part de ce tourteau dans le commerce mondial (73
%). L'UE est donc à la fois le premier importateur mondial de tourteau
de soja (loin devant tous les autres pays et en particulier les PECOS
qui arrivent au second rang avec à peu près 2,8 Mt) et un
importateur majeur de certains autres tourteaux. Ainsi l'UE est le premier
importateur mondial de tourteau de tournesol (1,8 Mt sur 2,5 soit 72 %),
le premier importateur de tourteaux de coprah, d'arachide, de lin et de
palmiste, la Corée arrivant souvent en deuxième position
mais loin derrière.
* Avec 32 %, l'UE est le premier importateur mondial de graines oléagineuses
(surtout de soja, mais aussi colza et tournesol). Avec plus de 20 Mt sur
un total mondial de 63 Mt pour l'ensemble des graines, l'UE conserve de
loin la première position devant la Chine (11 Mt), le Japon (7,6
Mt) ou le Mexique (4,9 Mt). Pour le seul soja3, l'UE, avec
plus de 16 Mt (soit 33 % du commerce mondial), garde la première
position devant la Chine (10 Mt), le Mexique et le Japon qui ont des tonnages
compris entre 4 et 5 Mt. Le soja représente nettement la première
graine importée dans l'UE avec 80 % du total, mais l'UE est aussi,
et de loin, le premier importateur mondial de graines de tournesol avec
plus de 2 Mt sur un total de 3 Mt.
* Avec 25 %, l'UE est le premier consommateur mondial de tourteaux loin
devant les États-Unis. Selon les dernières estimations d'Oil
World, l'UE devrait consommer au cours de la campagne 2000/2001 environ
43 Mt de ces produits sur un total mondial de 182 Mt, ce qui la place
nettement devant les États-Unis et la Chine avec chacun environ
32 Mt. Pour le seul tourteau de soja qui représente 28 Mt4,
l'UE arrive en première position à égalité
avec les États-Unis. Ces deux pays représentent encore,
à eux seuls, plus de la moitié de la consommation mondiale
de tourteau de soja.
* Avec 15 %, l'UE est le deuxième consommateur mondial de corps
gras végétaux (13 Mt sur un total de 91 Mt), derrière
la Chine (13 Mt), mais devant les États-Unis et l'Inde (10 Mt chacun).
L'UE consomme en outre de l'ordre de 4,7 Mt d'huiles et graisses animales,
surtout sous forme de beurre, de suif et de lard. Même si l'huile
d'olive conserve une importance considérable dans les utilisations
alimentaires avec plus de 1,6 Mt, les huiles de colza, de soja, de tournesol
et même de palme représentent aujourd'hui des tonnages sensiblement
plus élevés. Selon les produits, les utilisations non alimentaires
de ces produits sont plus ou moins fortes.
* Avec 13 %, l'UE est le deuxième importateur mondial de corps
gras végétaux (4 Mt sur un total mondial de 32 Mt), surtout
sous forme d'huile de palme et d'autres huiles tropicales, derrière
l'Inde (près de 6 Mt), mais devant la Chine (2,5 Mt). De plus,
l'UE importe environ 450 000 tonnes de corps gras animaux. L'UE est par
ailleurs, avec 1,8 Mt à destination des pays tiers, le quatrième
exportateur mondial de corps gras (surtout d'huiles de colza et de soja)
loin derrière la Malaisie, l'Indonésie et l'Argentine (qui
dépassent largement ou atteignent les 5 Mt), mais devant les États-Unis
et le Brésil.
* Avec 12 %, l'UE est le troisième triturateur mondial (de graines
communautaires et importées). Ce pourcentage correspond à
31 Mt sur un total mondial de 260 Mt. L'UE arrive après les États-Unis
(50 Mt dont 41 Mt en soja) et la Chine (44 Mt dont 18 Mt en soja), mais
devant le Brésil (24 Mt), l'Argentine (23 Mt) et l'Inde (19 Mt).
Pour le seul soja, la transformation de l'UE, avec 16 Mt sur 145 Mt dans
le monde, correspond à 11 %.
* Avec seulement 5 %, l'UE est, malgré son tonnage relativement
limité (environ 14 Mt en 2000/2001 contre près de 17 l'année
précédente), le sixième producteur mondial d'oléagineux.
Sa récolte, à rapprocher d'un total mondial de 298 Mt, la
situe très loin après les États-Unis (87 Mt), la
Chine (43 Mt), le Brésil (36 Mt), l'Argentine (29 Mt) et l'Inde
(22 Mt). Alors qu'au niveau mondial le soja représente 56 % de
la production de graines, il ne constitue que 8 % de celle de l'UE qui
comprend pour l'essentiel des graines de colza et de tournesol.
Représentation graphique du système
oléagineux
Les pourcentages indiqués précédemment qui vont
de 45 à 5 % traduisent le fait que pour l'UE, comme pour de nombreux
autres pays globalement déficitaires ou excédentaires, il
existe des différences très fortes dans le poids de la production
de graines, de la transformation et de la consommation. Le fait qu'il
existe deux débouchés simultanés pour les graines
- qui sont d'une part l'huile et d'autre part le tourteau, chacun
de ces co-produits ayant une importance plus ou moins grande selon la
nature de la graine - pose un véritable problème de
représentation de l'équilibre de chaque pays. Dans ce texte,
nous avons privilégié l'aspect « tourteau ». Cependant,
la même représentation peut s'appliquer aux huiles végétales,
même si certaines d'entre elles ne proviennent pas de graines oléagineuses
(olive, palme, etc.).
De façon générale, la structure du marché
des oléagineux et des tourteaux à l'intérieur d'une
zone géographique donnée peut se représenter sous
forme d'une pyramide tronquée. La largeur de la base de cette pyramide
correspond à la production de graines exprimée en équivalent
tourteaux. La largeur de la pyramide à mi-hauteur correspond à
la production totale de tourteaux (à partir de graines locales
et importées). Enfin, la largeur du « sommet » de la
pyramide plus où moins tronquée correspond à la consommation
de tourteaux. Par différence, l'écart entre la base et la
largeur à mi-hauteur correspond au solde en graines oléagineuses
exprimé en équivalent tourteaux et l'écart entre
la largeur à mi-hauteur et celle du « sommet » correspond
au solde en tourteaux. La différence totale entre la base et le
sommet représente, exprimé en équivalent tourteaux,
le déficit ou l'excédent global de la zone. De plus, les
rapports entre la base et le sommet et entre la largeur à mi-hauteur
et le sommet correspondent au taux de couverture respectivement primaire
et secondaire. Plus ces taux de couverture sont élevés plus
les utilisateurs (triturateurs ou fabricants d'aliments composés)
ont de facilité à s'approvisionner sur le marché
local et donc de probabilité de bénéficier d'une
bonne compétitivité.
Ainsi, pour les États-Unis (figure
1), la pyramide repose sur une base extrêmement large (64
Mt d'équivalent tourteaux). Elle a une forte largeur à mi-hauteur
(38 Mt de tourteaux) et un « sommet » un peu plus étroit
(32 Mt). On voit que cette pyramide présente un fort rétrécissement
entre la base et la largeur à mi-hauteur, puis une partie supérieure
presque verticale. Cela illustre le fait que les États-Unis sont
principalement des exportateurs de graines (pour l'équivalent de
26 Mt) et beaucoup plus modestement des exportateurs de tourteaux (pour
environ 6 Mt).
Par rapport aux États-Unis, le Brésil et l'Argentine (figure
2) ont tous deux des pyramides qui sont appuyées sur de
larges bases, respectivement 26 et 19 Mt, mais qui présentent un
fort renflement à mi-hauteur (niveau de la trituration) suivi d'un
très fort rétrécissement et d'un « sommet »
relativement étroit pour le Brésil et très «
pointu » pour l'Argentine. Ce dernier pays, en raison de sa faible
population et de sa faible production de viandes blanches, reste un «
petit » consommateur de tourteaux avec moins d'un million de tonnes,
ce qui contraste avec son poids considérable sur le marché
mondial des tourteaux.
Pour l'UE (figure 1),
on a une grande pyramide (qui est certes un peu moins importante que celle
des États-Unis) qui présente la caractéristique d'être
totalement inversée. Elle repose sur une base étroite de
9 Mt d'équivalent tourteaux, s'élargit à mi-hauteur
(22 Mt) et encore plus jusqu'au sommet dont la largeur correspond à
43 Mt. Ceci montre bien l'importance du déficit de l'UE, d'une
part, en graines (13 Mt d'équivalent tourteaux) et, d'autre part,
en tourteaux (21 Mt). Le taux de couverture primaire est égal à
21 % et le taux de couverture secondaire à 51 %.
La forme générale de la pyramide représentative
de l'UE traduit bien l'instabilité de sa structure d'approvisionnement
en graines et tourteaux et sa forte vulnérabilité aux aléas
du marché mondial. À l'intérieur de l'UE, pour les
différents pays membres, on retrouve dans tous les cas des structures
de pyramides inversées qui caractérisent des situations
globalement déficitaires. Cependant, on peut distinguer deux formes
particulières (figure 3)
:
- celle d'une pyramide avec un resserrement au milieu : c'est le
cas de la France qui a une situation d'exportateur net de graines (ses
exportations de colza et tournesol faisant beaucoup plus que compenser
ses importations de soja), de faible triturateur et de gros consommateur
de tourteaux, ceux-ci étant pour une large part importés
en l'état de pays tiers ou du reste de l'UE ;
- celle d'une pyramide avec une base notable et un premier étage
important voisin de la largeur du sommet. C'est le cas de l'Alle-magne,
qui a à la fois une base agricole notable, une forte trituration
fondée sur beaucoup d'importations de graines, et une consommation
de tourteaux qui est globalement faiblement déficitaire.
Par ailleurs, certaines pyramides sont spécifiques dans la mesure
où elles ont une base très étroite, voire pratiquement
nulle comme aux Pays-Bas. Ces pyramides sont plus ou moins évasées
à mi-hauteur et au « sommet » selon que l'approvisionnement
du pays s'effectue surtout sous forme de graines ou surtout sous forme
de tourteaux.
Concernant ce type de représentation, on doit noter deux points
importants. Tout d'abord, le fait pour un pays d'avoir une largeur à
mi-hauteur (c'est-à-dire une production de tourteaux) voisine de
celle du sommet (c'est-à-dire de la consommation) ne préjuge
en rien de l'importance du commerce extérieur en raison des échanges
croisés qui existent souvent pour différents tourteaux.
Ainsi, l'Allemagne, qui a un déficit global en tourteaux de 0,8
Mt, est à la fois un gros exportateur net de tourteau de colza
et aussi un important exportateur et importateur de tourteau de soja (avec
un solde négatif pour ce produit d'environ 1 Mt). Une partie de
ces échanges s'effectue à l'intérieur de l'UE et
avec les PECOS et traduit les interdépendances qui existent de
plus en plus entre pays européens.
En second lieu, ces diagrammes correspondent à une photographie
de la situation d'un pays ou d'une zone géographique à un
instant donné. Or, chacune des trois composantes de la pyramide
a évolué dans le passé et continuera d'évoluer,
en fonction de paramètres qui lui sont a priori spécifiques5
:
- le niveau de la production de graines oléagineuses dépend
des rendements moyens de ces cultures, mais en premier lieu des surfaces
ensemencées qui, depuis 1993, dépendent des taux de jachère
obligatoires annuels, mais surtout de la compétitivité des
oléagineux par rapport aux autres cultures. Cette compétitivité
fait intervenir à la fois les prix reçus par les agriculteurs
(qui, pour les oléagineux, découlent des prix mondiaux après
conversion par les taux dollar/euro) et des éléments réglementaires,
à commencer par les niveaux des aides directes versées aux
différentes cultures dans les différentes régions
;
- le niveau de la production de tourteaux dépend pour sa
part de l'évolution des capacités de trituration totale
de chaque zone (avec éventuellement ouverture ou fermeture de certaines
usines), des taux d'utilisation de ces capacités et du choix des
graines triturées. Celui-ci dépend en particulier de l'évolution
des différentiels de marges de trituration entre graines (colza,
tournesol, soja), mais aussi de certaines rigidités au niveau de
la demande (tourteau de soja pour l'alimentation animale, huile de tournesol
pour la consommation humaine, huile de colza pour le bio-diésel,
etc.) ;
- la demande de tourteaux dépend, quant à elle, surtout
du niveau de développement des productions animales (en particulier
de viandes blanches) et, dans une certaine mesure, de lait et d'ufs,
qui se répercute fortement sur la consommation et la production
d'aliments composés et donc, in fine, sur la demande des
différents ingrédients. La demande de tourteaux dépend
alors des rapports de prix avec les céréales, mais aussi
des spécificités des animaux produits (porcs, volailles
standard, volailles label, produits biologiques, etc.) qui nécessitent
des aliments ayant des concentrations énergétiques et protéiques
différentes de leurs aliments et peuvent être soumis à
certains cahiers des charges qui restreignent les possibilités
de substitution entre matières premières.
Grandes évolutions des marchés
de l'UE
Pour chacun des trois grands postes du bilan (production de graines,
trituration, consommation de tourteaux), les évolutions ont été
fortes au cours des dernières années.
Production de graines
Pour les 15 pays actuels de l'UE, les surfaces en oléagineux
(figure 4), après
une longue stagnation consécutive à la mise en place de
l'Organisation commune de marché (OCM) des « matières
grasses » en 1966, ont connu une période de forte croissance
entre 1979 et 1987, avec une augmentation de 3,5 millions d'hectares (soit
une progression moyenne de plus de 500 000 ha/an). Avec la mise en place
de quantités maximum garanties (QMG)6, puis la réforme
du règlement oléagineux dès 1992/1993, son intégration
dans le cadre de la réforme Mac Sharry de la PAC en 1993/1994,
l'introduction en 1994/1995 des surfaces maximum garanties (SMG) en application
des accords de Blair House7, les surfaces n'ont ensuite augmenté
qu'à un rythme beaucoup plus lent pour attendre 6,1 millions d'hectares
en 1999 contre 5,1 en 1987. Encore cette progression des surfaces s'explique-t-elle
largement par le développement des cultures non alimentaires sur
jachère (particulièrement de colza) qui, introduites en
1993/1994, ont atteint 1,14 million d'hectares en 1999. Au cours de cette
année, l'UE a été proche de la saturation de l'équivalent
million de tonnes de tourteau de soja fixé par Blair House.
En fait, les phénomènes les plus notables sont l'absence
de développement important des surfaces en soja aussi bien en France
qu'en Italie (on avait pourtant atteint plus de 400 000 ha dans ce pays
en 1991) et la chute importante des surfaces en tournesol au cours des
dernières années (surtout en Espagne, en France et en Italie),
recul qui a été, jusqu'à l'application de l'Agenda
2000, compensé par une progression des surfaces en colza alimentaire
et non alimentaire, essentiellement en France, en Allemagne et au Royaume-Uni.
La première année d'application de l'Agenda 2000 se caractérise
par de fortes diminutions des surfaces, surtout en colza (- 500 000
hectares pour l'UE) dans presque tous les pays. Avec plus de 100 000 ha
de baisse, le recul concerne surtout le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne.
Les surfaces en tournesol reculent également (- 150 000 ha
pour l'UE), notamment en Espagne et en France.
Les rendements constituent, avec les prix et les aides, un élément
essentiel de la compétitivité des oléagineux. Pour
l'ensemble de l'UE, les niveaux atteints pour le colza, le soja et, dans
une certaine mesure, le tournesol ont eu tendance à sensiblement
augmenter au cours des quinze dernières années (figure
5) ; cependant, lorsque l'on rapporte ces évolutions de
rendements à celle des céréales (figure
6), on constate globalement un phénomène de stagnation,
voire de diminution des rendements relatifs des oléagineux. Des
espoirs importants de nouveaux progrès de rendement existent pour
les oléagineux (notamment pour le colza) qui n'ont pas bénéficié
de la même antériorité dans la sélection que
les céréales, pourvu que ces cultures continuent à
bénéficier d'un effort de recherche important public ou
privé.
Trituration
Le tonnage de graines oléagineuses triturées dans les
15 pays actuels de l'UE a connu une croissance presque ininterrompue au
cours des trente dernières années (figure
7) avec une progression moyenne de près de 850 000 tonnes
par an. Cependant, le phénomène le plus important est la
relative stabilisation depuis plus de vingt ans des transformations de
soja. Dès 1978, les 15 pays de l'UE transformaient 15,5 Mt de soja,
soit presque autant qu'aujourd'hui. Pour les autres oléagineux
surtout d'importation (arachide, coton, lin, coprah, palmiste, etc.),
le tonnage total qui demeure limité n'a pratiquement pas bougé
sur cette période. Ce sont donc les deux principales graines «
communautaires » (le colza et le tournesol) qui ont assuré,
presque à elles seules, l'augmentation de l'activité de
l'industrie de la trituration. Au départ, cette expansion s'est
appuyée à la fois sur des importations (notamment du Canada
et d'Argentine) et sur l'accroissement des récoltes communautaires.
Aujourd'hui, cette activité est essentiellement liée à
la production européenne, même si certaines importations
subsistent. La place de l'Argentine, qui triture de plus en plus de tournesol
sur place et s'est fortement reportée sur le soja a fortement baissé
dans ces importations au profit des pays de l'Est de l'Europe ; le Canada,
qui s'est fortement orienté dans la production de colza OGM, a
pratiquement disparu de la liste des fournisseurs de l'UE au profit des
PECOS. Le changement de réglementation appliqué au secteur
oléagineux à partir de 1992/19938 s'est traduit
par une plus grande dépendance par rapport à la conjoncture
mondiale et s'est accompagné d'une modernisation et d'une concentration
du secteur de l'huilerie.
Consommation de tourteaux
La consommation de tourteaux dans l'UE (figure
8), très faible à la fin des années 60, n'a
pratiquement pas cessé de croître depuis, même si cette
croissance s'effectue depuis 1985 à un rythme plus lent. On est
passé durant cette période de 31 Mt à 40 Mt en 1999.
Cela correspond à une progression moyenne annuelle de 650 000 tonnes
contre un rythme antérieur nettement supérieur au million
de tonnes. Malgré les progressions importantes des utilisations
de tourteaux de colza et de tournesol, le soja a continué a augmenter
fortement (+ 6 Mt depuis 1985). Toutefois, le phénomène
important à noter est l'évolution de la place du soja et
des autres tourteaux (figure 9).
Après une forte progression jusqu'en 1981 où la part du
tourteau de soja atteignait 74 %, celle-ci a ensuite reculé jusqu'à
61 % en 1996, avant de connaître une certaine reprise au cours des
trois dernières années. La consommation des « autres
tourteaux » (lin, coton, coprah, palmiste), restée à
peu près constante en tonnage, a fortement reculé en pourcentage
de 32 % au milieu des années 60 à moins de 11 % aujourd'hui.
Au niveau de l'ensemble des matières riches en protéines,
la place des tourteaux (principalement ceux de soja, colza et tournesol),
qui était déjà très forte, est appelée
à se renforcer avec la disparition, provisoire ou définitive,
des farines de viande et le renchérissement des farines de poissons.
Les protéagineux, à commencer par le pois mais aussi la
féverole, constituent également des sources de protéines
concentrées intéressantes, mais la disponibilité
de ces produits sur le marché européen reste limitée.
Consommation d'huiles et corps gras
Les huiles constituent l'autre co-produit des graines oléagineuses
et, dans le cas du colza et du tournesol, celui qui, dans la plupart des
conjonctures mondiales, assure la plus grande partie de la valorisation
des graines. En termes d'utilisation totale (alimentaire et non alimentaire),
sur 17,6 Mt de corps gras enregistrés en 1999/2000, les huiles
de graine représentent plus de 7,6 Mt contre 1,7 pour l'olive et
3,4 pour les huiles tropicales, le solde correspondant aux corps gras
animaux. Ces chiffres correspondent à un niveau moyen de consommation
par tête de 47 kg/an qui représente environ 2,5 fois la moyenne
mondiale (18 kg/tête/an). Ce chiffre a eu tendance à augmenter
dans l'UE au cours des dix dernières années, mais cela est
surtout dû au non-alimentaire, la consommation en huile des ménages
étant pour sa part à peu près stagnante. L'UE présente
un solde déficitaire en corps gras d'environ 2 Mt, mais se trouve
à la fois très forte importatrice d'huiles tropicales (palme,
coprah, palmiste) et forte exportatrice d'huiles de colza, et surtout
d'huiles de soja issues pour l'essentiel de la transformation de graines
importées. En huile de tournesol, le solde de l'UE est à
peu près équilibré.
Échanges intra-communautaires
En fait, on ne peut considérer l'UE comme un ensemble homogène.
Alors que la production de graines est surtout localisée en France,
en Allemagne et au Royaume-Uni (tableau),
la trituration se trouve surtout en Allemagne, aux Pays-Bas et en Espagne,
la consommation de tourteaux principalement en France, en Allemagne, en
Espagne et aux Pays-Bas, et celle d'huiles végétales en
Allemagne et au Royaume-Uni.
Ces différences de localisation conduisent à des flux
de produits importants à l'intérieur de l'UE. Ainsi, en
1999, les échanges intra-communautaires de graines ont porté
sur 4,3 Mt (alors que les importations en provenance des pays tiers représentaient
plus de 20 Mt), avec pour l'essentiel du colza et du tournesol (mais aussi
plus d'1 Mt de réexportations de graines de soja de pays tiers).
La France est de loin le premier fournisseur de ce marché devant
le Royaume-Uni et l'Allemagne, tandis que ce dernier pays avec les Pays-Bas
et la Belgique constituent le principal débouché. En huiles
végétales le commerce intra-communautaire a porté
sur 3,3 Mt (surtout du colza, du tournesol, et du soja, mais aussi des
réexportations d'huile de palme) contre 3,5 Mt pour les importations
en provenance des pays tiers. Pays-Bas, Allemagne et Belgique sont les
principaux fournisseurs à destination de la France, de l'Italie
et du Royaume-Uni. Il existe de nombreux flux croisés entre certains
pays (comme la France et l'Allemagne) d'exportation d'une huile sous forme
brute et d'importation de la même huile ou de certaines autres sous
forme raffinée. En tourteaux, le commerce intra-communautaire a
représenté 6,1 Mt en 1999 (contre des importations en provenance
de pays tiers de plus de 22 Mt). Les Pays-Bas, l'Allemagne et la Belgique
sont les principaux fournisseurs, alors que la France, suivie du Royaume-Uni,
de la Suède et du Danemark sont les principaux débouchés
Échanges avec les PECOS
Durant les dernières années, les échanges entre
l'UE et les PECOS se sont sensiblement développés. En 1998,
sur les 2,6 Mt de tourteaux importés par ces derniers (principalement
par la Pologne et les Républiques tchèque et slovaque) 1,1
Mt venait des pays européens contre seulement 0,9 Mt du Brésil
et 0,3 de l'Argentine, les importations en provenance des États-Unis
étant de seulement 0,1 Mt. Les PECOS constituent la principale
destination des exportations de l'UE qui sont toutefois limitées
à environ 5 % de la production locale.
De plus, en 1999/2000, l'UE, probablement au détriment d'un approvisionnement
local satisfaisant en tourteaux et huiles de certains des PECOS, a importé
750 000 tonnes de graines de tournesol de ces pays (principalement de
Roumanie, Bulgarie et Hongrie), environ 1 Mt étant par ailleurs
importé de Russie et d'Ukraine. Ceci correspond à une claire
réorientation des circuits d'approvisionnement de l'Europe de l'Ouest
des pays d'Amérique du Nord (États-Unis) et du Sud (Argentine)
vers les pays de l'Est de l'Europe.
Pour le colza, environ 650 000 tonnes ont été importées
par l'UE durant la même année en provenance des PECOS (principalement
des Républiques tchèque et slovaque, de Hongrie et de Pologne).
Pour le soja, la Serbie/ Montenegro (320 000 t), la Roumanie (120 000
t) et la Croatie (110 000 t) sont les principaux producteurs de la région
en 1999/2000. La production totale des PECOS avec environ 650 000 tonnes,
ne représente actuellement que la moitié de celle de l'UE,
mais a connu au cours des cinq dernières années un notable
développement tandis que celle de l'UE stagnait. La région
est malgré tout largement déficitaire pour cette graine.
Alors que, pour les céréales, l'UE présente un
net excédent (figure 10)
et les PECOS de fortes fluctuations du solde du commerce extérieur
avec une tendance positive (figure
11), ces zones sont toutes deux largement déficitaires
en tourteaux. Pour les graines oléagineuses, alors que le déficit
de l'UE n'a cessé de croître au cours des trente dernières
années, le solde global des PECOS est actuellement équilibré,
voire légèrement excédentaire, les exportations de
tournesol et de colza faisant plus que compenser leurs importations de
graines de soja. Cette situation globale traduit en fait un certain rationnement
de la demande intérieure qui pourrait être beaucoup mieux
satisfaite par un développement de ces cultures.
Quelques évolutions de la structure au
niveau mondial
Les évolutions de la filière oléagineuse de l'UE
ont été réalisées sous la contrainte d'accords
internationaux qui, depuis l'origine de la PAC, prévoient une totale
ouverture sur les marchés mondiaux. Durant les périodes,
fastes pour les consommateurs et les éleveurs, où les prix
internationaux des huiles et des tourteaux sont faibles et l'offre mondiale
abondante, la fragilité de la situation communautaire peut être
masquée, mais rien n'assure que de telles situations soient appelées
à se poursuivre durablement compte tenu de la croissance démographique
et économique dans de nombreux pays du monde. Les États-Unis,
le Brésil ou l'Argentine ne produisent pas du soja parce que l'UE
en a besoin mais parce que, à un moment donné, compte tenu
de la situation des marché mondiaux et des politiques agricoles
mises en place dans ces différents pays, cette culture est, pour
les agriculteurs, plus rentable que d'autres. On a connu au cours des
dernières années une forte progression de l'offre de soja
- et aussi de palme - sur le marché mondial, mais la
situation peut évoluer très rapidement, de même que
la place de l'Europe sur ce marché. L'UE, qui ne reçoit
plus que 22 % des exportations de graines et 8 % des exportations de tourteaux
de soja des États-Unis, n'est plus le point de repère des
États-Unis qui ont en grande partie laissé ce marché
aux pays d'Amérique du Sud. Face au ralentissement de la demande
européenne, le plus fort dynamisme de la demande mondiale se trouve
aujourd'hui, pour les tourteaux et les graines, en Asie et en Amérique
du Sud et, pour les huiles, dans ces deux zones ainsi qu'en Afrique, la
Chine constituant bien sûr, à elle seule, un enjeu primordial.
On peut caractériser l'évolution du contexte mondial au
cours des dix dernières années par quelques éléments
principaux.
Alors que la superficie des céréales restait pratiquement
stable aux environs de 700 millions d'hectares, celle des oléagineux
a dans le même temps progressé de 35 millions d'hectares
(figure 12) soit plus
de 21 %, tandis que la production augmentait de 84 millions de tonnes
(+ 39 %). À l'augmentation des superficies s'ajoute donc, pour
les oléagineux, un effet rendement très net qui tient en
partie au fait que, dans la plupart des pays et pour les diverses graines,
les rendements unitaires ont eu tendance à augmenter mais, aussi
et surtout, au fait que les graines qui se sont le plus développées
(le soja avec une progression de 17 millions d'hectares et de 55 millions
de tonnes, et dans une moindre mesure de colza) et les pays qui ont connu
les progressions les plus fortes (essentiellement les États-Unis,
le Brésil et l'Argentine) sont des produits et des pays qui ont
traditionnellement des rendements moyens nettement supérieurs à
la moyenne mondiale. Ce rendement moyen mondial est ainsi passé
de 1,3 t/ha à la fin des années 80 à près
de 1,5 t/ha. Ainsi, l'effet surface explique environ 55 % de la croissance
de la production et l'effet rendement 45 %.
Durant cette période, outre les États-Unis qui ont vu
leur surface en oléagineux s'envoler de plus de 8 millions d'hectares
(figure 11), soit deux
fois plus que ce qu'ils avaient réalisé entre 1972 et 1990),
ce sont l'Inde (+ 6 M d'ha), le Canada (+ 4 M d'ha), l'Argentine (+ 3
M d'ha) et le Brésil (+ 2 M d'ha) qui se sont réparti l'essentiel
de l'augmentation des surfaces. La Chine bien que restant le second producteur
mondial, n'a vu ses surfaces en oléagineux progresser que de 1
M d'ha. Les progressions de surfaces se sont accompagnées de fortes
augmentations des productions de ces mêmes pays, avec naturellement
une forte domination des États-Unis (qui ont assuré à
eux seuls une augmentation de 28 Mt), suivi de l'ensemble des deux grands
exportateurs d'Amérique du Sud (Argentine et Brésil) avec
une progression de 23 Mt et de l'Inde (+ 7 Mt).
Le commerce mondial des graines oléagineuses a pour sa part augmenté
de 20 Mt, soit une progression de plus de 60 %, sans précédent
sur une seule décennie. Aujourd'hui, plus de 18 % de la production
mondiale d'oléagineux fait l'objet d'un commerce international
contre moins de 15 % il y a dix ans. La tendance que l'on observait historiquement,
à savoir le décalage croissant entre les zones mondiales
de production de graines et celles de transformation et/ou d'utilisation,
n'a pas cessé même si ses moteurs ont changé. Sur
la progression de 20 Mt des importations, l'UE à 15 n'a représenté
que 5 millions de tonnes (soit une progression certes non négligeable
de 33 %), mais elle est à comparer à l'explosion de la demande
chinoise qui, presque inexistante jusqu'au milieu des années 90,
a atteint selon Oil World 6,4 Mt en 1998/1999 et plus de 13 Mt en 1999/2000,
suite à son changement de stratégie qui consiste à
privilégier les importations de graines (surtout soja mais aussi
à l'occasion colza) pour une transformation locale, en complément,
voire à la place des importations directes de tourteaux et d'huiles.
Pour des raisons différentes, le Mexique, dont les importations
de graines depuis son adhésion à l'Association de libre-échange
du Nord de l'Amérique (Alena) sont passées de 1,3 à
5,4 Mt en 1999/2000, constitue aussi un exemple de cette stratégie
de transformation locale à partir de graines des autres pays de
l'Alena.
Enfin, on doit remarquer que, en dehors du Japon qui a un tonnage relativement
stable de 7 à 7,5 Mt, les importations des autres pays du monde
ont progressé de plus de 60 % pour dépasser les 15 Mt. De
nombreux pays tendent en effet à mettre en place ou à développer
leurs activités de trituration (Turquie, Taïwan, Corée,
Philippines, Afrique du Nord, etc.). Cette orientation dépend fortement
des conditions économiques et géographiques du pays, des
capacités d'investissement des acteurs locaux ou des choix des
grandes firmes internationales. L'UE, tout en conservant sa place considérable
pour les grands exportateurs, n'a plus le même rôle stratégique
qu'auparavant. C'est un très gros marché mais avec des perspectives
de croissance relativement limitées et de plus en plus exigeant
en termes de qualité.
En dix ans, le commerce mondial des matières riches en protéines
a progressé de 14 Mt, soit 40 %, ce qui correspond à un
rythme de croissance un peu plus faible que pour les graines. Sur ce total,
le tourteau de soja a représenté à lui seul 12 Mt.
Alors que l'UE a vu son tonnage d'importations augmenter modérément
(+ 4 Mt), ramenant sa part du marché mondial de 59 à 51
%, c'est globalement le reste du monde, avec pour une large part les pays
d'Asie et d'Amérique du Sud en cours d'industrialisation, qui a
connu la plus forte progression avec quasiment un doublement du tonnage,
en raison notamment du fort développement de la production de volailles.
À l'inverse, les pays de l'ex-URSS s'inscrivent en très
fort recul, en raison à la fois de l'effondrement de leur production
de viande et de leurs difficultés à financer leurs achats
extérieurs.
Pour les corps gras, durant la même période, le commerce
a augmenté de 13 Mt (soit + 56 %) essentiellement sous forme de
palme et de soja. L'UE et, dans une moindre mesure, les États-Unis
restent des importateurs notables (essentiellement en huiles tropicales)
et leur tonnage a augmenté pour chacun de 0,8 Mt. Cependant, le
véritable moteur du marché mondial est l'explosion de la
demande dans de nombreux pays d'Asie et d'Afrique. L'Inde, l'Afrique du
Nord, le Pakistan, l'Iran, etc., ont été les fers de lance
de cette croissance. En fait, au niveau mondial, la « consommation
» (en fait l'utilisation totale alimentaire et non alimentaire) est
passée en moyenne par tête et par an de 15,3 à 18,3
kg (soit une progression de 20 %). Dans le même temps, la population
mondiale (tout particulièrement dans les pays à faible revenu
comme l'Inde, le Pakistan, l'Afrique du Nord et subsaha-rienne) est passée
de 5,3 à 6,1 milliards d'habitants (+ 800 millions d'habitants,
soit + 15 %). Les deux phénomènes de croissance démographique
et d'augmentation des revenus se sont cumulés. Rien que pour maintenir
le niveau moyen actuel de consommation, compte tenu d'un accroissement
annuel de population de 80 millions de personnes, il faut 1,5 million
de tonnes de corps gras en plus chaque année. De plus, certaines
des zones à forte croissance de la demande (comme l'Afrique du
Nord, le Moyen-Orient, la Chine, etc.) ont des capacités de développement
de la production locale très limitées.
Notes
:
1 Texte de la conférence prononcée dans le cadre
de la Journée de printemps de l'AFECG, placée sous le thème
des « Enjeux européens de la filière oléagineuse
» (Paris 22 mars 2001).
2 Elle importe aussi des quantités importantes d'autres
matières riches en protéines sous forme de corn-gluten-feed,
de farines de poisson, etc.
3 Le soja est de loin la première graine commercialisée
dans le monde avec 48 Mt, soit 77 % du total des graines oléagineuses.
4 Ce tourteau représente les deux tiers de la consommation
de l'UE contre près de 90 % de celle des États-Unis.
5 En fait ces différents paramètres sont a
posteriori reliés entre eux, lorsque les ajustements de prix
ont eu lieu pour rétablir les différents équilibres
au sein de la filière.
6 Ces QMG se sont traduites par de fortes diminutions des
prix d'intervention des différentes graines (colza, tournesol,
soja) durant toutes les années où il y a eu dépassement
des seuils communautaires ainsi fixés.
7 Ces SMG ont entraîné de fortes diminutions
des aides directes aux oléagineux durant les années de dépassement
au niveau communautaire. Cela a affecté les différents pays
eux-mêmes en dépassement en 1994/1995, 1996/1997 et 1998/1999.
8 En particulier, la disparition des aides versées
aux triturateurs pour compenser les écarts entre prix communautaires
et prix mondiaux des graines de colza et de tournesol.
CONCLUSION
Dans ce contexte où l'UE n'est plus le débouché
essentiel des États-Unis, qui continuent par ailleurs à
exercer sur le marché mondial des oléagineux un fort contrôle
à travers leur propre politique agricole et les stratégies
de leurs grandes firmes de trituration et de négoce, elle se doit
d'assurer sa sécurité d'approvisionnement pour le moyen
et le long terme et, pour cela, de maintenir la diversité et la
spécificité de ses filières oléagineuses et
protéagineuses face au « rouleau compresseur » que constitue
le soja à l'échelle mondiale. Cela va dans le sens de l'attente
des consommateurs européens qui sont de plus en plus sensibles
à la qualité, à la traçabilité et à
la diversité, aussi bien en termes de goût que de techniques
de production, des produits alimentaires. L'UE a connu une longue période
de forte croissance quantitative de sa demande intérieure en huile
et surtout en tourteaux. Aujourd'hui les perspectives de progression -
hors nouveaux secteurs comme le non-alimentaire - sont beaucoup plus
limitées et le problème se pose davantage en termes qualitatifs.
À ce titre l'Europe n'a aucune raison de se laisser imposer des
choix qui seraient faits outre-Atlantique. Pour conserver un pouvoir de
négociation et d'influence, elle doit donc disposer d'une force
de dissuasion par rapport aux marchés internationaux sous forme
d'une production locale d'oléagineux et de protéagineux,
ainsi que de tourteaux et d'huiles, significative à l'échelle
mondiale.
Pour l'UE, une filière oléo-protéagineuse confortée
apparaît comme un « bien public » pour l'ensemble de la
collectivité : agriculteurs, transformateurs, consommateurs, citoyens,
que le marché n'est pas capable aujourd'hui, à lui seul,
de conforter. C'est donc à la fois aux pouvoirs publics, à
la recherche et aux différents acteurs économiques qu'il
appartient de soutenir spécifiquement ce secteur, au moins jusqu'à
ce que de nouvelles conditions de l'environnement international ou de
nouveaux mécanismes de marché permettent son fonctionnement
autonome.
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