ARTICLE
M. Romano Prodi, Président de la Commission,
a affirmé récemment : « l'Union européenne est
l'un des principaux acteurs sur la scène internationale. Notre
politique repose sur notre conviction profonde de l'importance de la coopération
au développement et, plus particulièrement, sur notre engagement
à éradiquer la pauvreté dans le monde ».
La Commission européenne, l'une des institutions de l'Union,
s'est donc résolument engagée à répondre à
ce défi essentiel qui engage l'avenir de l'humanité.
Pour aider à réduire la pauvreté et, à terme,
l'éliminer, la Commission s'est dotée depuis fin 2000 d'une
politique de développement claire, sous-tendue par le principe
du développement humain et social durable, équitable et
participatif, et la promotion des droits de l'homme, de la démocratie,
de l'État de droit et de la bonne gestion des affaires publiques.
Elle s'applique à tous les pays en développement ayant des
relations de coopération et de partenariat avec la Communauté.
Ces principes se mettent en uvre concrètement à
travers un dialogue politique, une dimension commerciale et une aide au
développement.
* Le dialogue politique doit permettre d'assurer la cohérence
entre les stratégies décidées par le pays (ownership)
et les appuis communautaires, dans un esprit de partenariat, ainsi que
la bonne gouvernance et une gestion transparente et responsable de l'ensemble
des ressources consacrées au développement.
* La dimension commerciale, contribution économique majeure apportée
par l'Union, permet un accès au marché européen très
favorable pour les produits des pays en développement. Il sera
encore élargi et facilité grâce à l'initiative
« Tout sauf des armes » qui entrera progressivement en application
pour supprimer les droits de douane sur la quasi-totalité des importations
en provenance des pays les moins avancés (PMA).
* L'aide financière se concentre sur des appuis au développement
économique, social et environnemental durable, à la promotion
de l'intégration progressive des pays en développement dans
l'économie mondiale et à la lutte contre les inégalités.
Pour maximiser leur impact, en tenant compte des ressources humaines limitées
dont dispose la Commission, un nombre restreint de domaines d'intervention
(six) ont été choisis en fonction de leur contribution à
la réduction de la pauvreté et pour lesquels l'action communautaire
offre une valeur ajoutée :
1. lien entre commerce et développement ;
2. appui à l'intégration et à la coopération
régionales ;
3. appui aux politiques macro-économiques ;
4. transports ;
5. sécurité alimentaire et développement rural
durable ;
6. renforcement des capacités institutionnelles, notamment en
matière de bonne gestion des affaires publiques et d'État
de droit.
La Communauté a donc adopté
une approche pluridimensionnelle de la pauvreté et accorde une
importance toute particulière aux échanges commerciaux.
Elle veille également à assurer une indispensable coordination
et complémentarité avec les autres bailleurs de fonds, et
en tout premier lieu les États membres de l'Union.
De plus, la Commission doit améliorer la cohérence entre
toutes les politiques communautaires qui peuvent avoir une influence sur
le développement durable des pays du Sud. C'est tout particulièrement
le cas pour les échanges internationaux pour lesquels plusieurs
politiques (développement, commerce/investissements, transport,
recherche, environnement, etc.) doivent être conçues et menées
pour se renforcer mutuellement afin d'aider les pays tiers, et d'abord
les PMA et les plus pauvres de leurs habitants, à bénéficier
de la mondialisation tout en minimisant ses effets négatifs.
Mais la Communauté a aussi l'obligation de veiller à la
protection et à la santé des consommateurs européens,
de plus en plus exigeants. Aussi, quand tous les aspects évoqués
précédemment permettent aux pays en développement
d'accéder au marché communautaire ou de renforcer leurs
positions commerciales, les produits importés dans l'Union doivent
satisfaire aux exigences de qualité et de sécurité
(en particulier pour les aliments) définies par les standards internationaux
et/ou européens.
Il est bien évident que, lorsque ces normes entrent en application
ou deviennent plus contraignantes, certains producteurs des pays tiers,
et surtout les plus défavorisés, peuvent rencontrer des
difficultés à répondre à ces obligations et
perdre de leur compétitivité ou se trouver exclus de marchés
européens rémunérateurs, allant ainsi à contresens
des efforts de lutte contre la pauvreté.
Dans le cadre de la cohérence des politiques de la Communauté,
de nombreux mécanismes sont prévus lors de l'élaboration
et de la mise en place de normes pour aider les pays en développement
à faire face à des situations nouvelles (dialogue politique,
information, délai d'application, etc.) quand un impact négatif
peut être anticipé. Cependant, un appui direct aux filières
concernées peut également être apporté à
travers les instruments d'aide au développement et de la lutte
contre la pauvreté.
Plusieurs directions générales de la Commission peuvent
contribuer à ces efforts en fonction de leurs domaines respectifs
de compétence, en particulier les Directions générales
des relations extérieures et de la recherche.
La Direction générale
recherche
À travers ses programmes-cadres, elle mobilise les forces, les
compétences et les ressources de la communauté scientifique
européenne, conjointement avec les équipes de recherche
des pays en développement. Le cinquième programme-cadre
en cours permet d'appuyer trois niveaux de recherche :
- des travaux de recherche sur les politiques pour déterminer
les conditions d'un développement durable, prenant en compte les
problèmes de genre (gender), associant l'État, les
forces du marché et la société civile ;
- des travaux de recherche sur les systèmes portant sur des problèmes
complexes comportant de nombreuses composantes en interaction tels que
la réhabilitation et la gestion durable des ressources naturelles
;
- des travaux de recherche sur des problèmes scientifiques et
techniques spécifiques afin de générer des outils
pour un développement durable et qui pourront être utilisés
dans un contexte particulier de gestion des systèmes ou de développement
des politiques.
Une telle approche appliquée à divers domaines (politique,
environnement, agriculture, agro-industrie et santé) permet de
mobiliser des ressources humaines et financières pour apporter
des solutions scientifiques et techniques afin de répondre aux
normes de qualité des produits destinés aux marchés
locaux des pays en développement ou importés sur le marché
communautaire. Les cultures concernées peuvent être des cultures
alimentaires de base (céréales, tubercules, etc.) ou des
cultures dites de rente (café, cacao, etc.). Deux exemples :
* Un projet de recherche sur de « nouveaux outils pour le contrôle
de l'aflatoxine de l'arachide dans les régions sahéliennes
» vient d'être accepté pour financement (INCO-Dev).
Ce projet associe le Centre d'études régionales pour l'amélioration
de l'adaptation à la sécheresse basé au Sénégal,
l'Institut d'économie rurale du Mali, le Cirad et l'Université
Paris VII (France) et l'Instituto Nacional de Investigação
Agraria (Portugal). L'objectif est d'identifier les mécanismes
physiologiques, biochimiques et moléculaires de résistance
de l'arachide au champignon responsable de la présence d'aflatoxine
afin d'améliorer la sélection de variétés
tolérantes ou résistantes et de développer un système
intégré de prévention et de contrôle de la
contamination par l'aflatoxine au champ.
* Un projet de recherche portant sur « une approche intégrée
pour prévenir la contamination par l'ochratoxine A dans le traitement
du café en Afrique de l'Est » est à la signature. L'objectif
de ce projet est d'étudier le microbiote de la récolte des
baies de café jusqu'au séchage afin d'identifier les stades
susceptibles de favoriser la croissance de moisissures et de contamination
d'OTA, et de mettre au point des méthodes biologiques de contrôle
qui puissent minimiser le développement des moisissures. Il vise
aussi à introduire les concepts de GMP (Good Management Practices)
et HACCP (Hazard Analysis and Critical Control Point) qui pourront
être utilisés par les petits producteurs pour réduire
la contamination par l'ochratoxine A. Il implique l'Université
royale d'agriculture du Danemark, le Centre fédéral de recherche
sur la nutrition de Karlsruhe (Allemagne), le Kenyan Industrial and Development
Institute, le Tanzanian Industrial Research and Development Organisation
et le Ethiopian Health and Nutrition Research Institute.
Les Directions générales chargées
des relations extérieures
Ce sont plus particulièrement les DG Développement (pays
ACP), Relations extérieures (autres pays tiers) et l'Office de
coopération EuropeAid (mise en uvre des instruments d'aide
extérieure) qui répondent aux requêtes des pays (ou
régions) en développement sur base d'une stratégie
élaborée conjointement pour répondre à l'objectif
ultime de réduction de la pauvreté. Dans l'esprit du partenariat,
de la coordination et de la complémentarité évoqué
précédemment, cette stratégie pluriannuelle conduit
à choisir pour chaque pays (ou région) des domaines prioritaires
d'intervention. Dans certains pays (régions) bénéficiaires,
un programme d'appui à la mise aux normes de qualité pour
certains de ses produits d'exportation peut donc être financé
par la Commission avec l'objectif de réduire la pauvreté.
L'élaboration du dossier de financement et les modalités
de mise en uvre suivent les règles habituelles de l'instrument
financier utilisé. Deux exemples :
* Un programme (en préparation) de renforcement de la capacité
de mise en uvre des contrôles sanitaires et vétérinaires
des produits de la pêche dans les pays ACP : il a pour objectif
général d'améliorer les pratiques réglementaires
existantes suivies par les autorités compétentes dans les
domaines de l'inspection et du contrôle sanitaire et vétérinaire
du poisson comme l'exige la législation communautaire. Conçu
de façon modulaire pour répondre aux diverses situations
des pays bénéficiaires, ce programme pourra les aider à
élaborer/améliorer : le cadre législatif, les codes
de bonne pratique de l'industrie locale, l'organisation des contrôles,
la formation au concept HACCP et au contrôle de qualité,
les infrastructures et équipements de laboratoire ainsi que la
formation des personnels et les procédures d'agrément du
pays par la Communauté.
* Le programme initiative pesticides (à démarrer prochainement)
a été élaboré à la demande du Conseil
des ministres ACP/EU. Il sera mis en uvre par et pour le secteur
privé, à qui sera demandée une contribution aux coûts
du projet. Il constituera une réponse à la situation critique
à laquelle sont confrontés les opérateurs des filières
horticoles exportatrices ACP vers l'UE du fait du processus d'harmonisation
des réglementations européennes fixant les limites maximales
et les tolérances import des résidus de pesticides dans
les produits agricoles frais. L'objectif du programme est l'amélioration
de la qualité sanitaire des produits horticoles exportés
sur les marchés européens. Les résultats et activités
seront regroupés en trois composantes :
- information/communication des opérateurs ;
- adaptation des réglementations phytosanitaires des pays ACP
;
- bonnes pratiques et démarche qualité sanitaire pour
assister les entreprises.
CONCLUSION En
conclusion, on retiendra que la Commission européenne peut apporter
des appuis aux pays en développement en matière de mise aux
normes de qualité. Les programmes d'intervention doivent s'inscrire
dans les stratégies nationales de lutte contre la pauvreté
et viser au développement durable des populations les plus défavorisées.
Des instruments financiers divers peuvent être mobilisés (fonds
FED, fonds de la DG Recherche, lignes budgétaires, etc.) afin de
permettre aux pays en développement de bénéficier encore
plus largement des opportunités offertes par le grand marché
européen. |