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Protocole d'évaluation de la sécurité d'emploi des organismes génétiquement modifiés (OGM) et produits issus d'OGM en alimentation humaine


Oléagineux, Corps Gras, Lipides. Volume 6, Numéro 4, 288-9, Juillet - Août 1999, La filière, aujourd'hui, demain


Résumé  

Résumé : Ces lignes directrices doivent permettre d'évaluer la sécurité d'emploi en alimentation humaine d'OGM et de produits qui en sont issus en application du Règlement européen 258/97 sur les nouveaux aliments et nouveaux ingrédients alimentaires, dans le cas de la procédure d'autorisation. Ces lignes directrices ne concernent donc pas le champ couvert par la Directive 90/220 sur la dissémination des OGM et les risques de l'environnement et l'écosystème. Les lignes directrices concernent les plantes transgéniques et plus particulièrement les produits alimentaires qui en sont issus. Le principe retenu est celui d'une évaluation au cas par cas.

ARTICLE

Ces lignes directrices doivent permettre d'évaluer la sécurité d'emploi en alimentation humaine d'OGM et de produits qui en sont issus en application du Règlement européen 258/97 sur les nouveaux aliments et nouveaux ingrédients alimentaires, dans le cas de la procédure d'autorisation. Ces lignes directrices ne concernent donc pas le champ couvert par la Directive 90/220 sur la dissémination des OGM et les risques de l'environnement et l'écosystème. Les lignes directrices concernent les plantes transgéniques et plus particulièrement les produits alimentaires qui en sont issus. Le principe retenu est celui d'une évaluation au cas par cas.

Outre les informations requises sur la nature du nouvel aliment, les usages qui en sont prévus, l'objet de la modification génétique, les transformations technologiques conduisant au nouveau produit alimentaire et tout élément d'information prévu par le Règlement 258-97, il est convenu que l'évaluation de la sécurité en alimentation humaine des OGM et de leurs produits se fasse en quatre étapes principales :

1. Analyse de la construction génétique

2. Analyse et caractérisation physicochimique, fonctionnelle et toxicologique des produits d'expression des transgènes.

3. Valeur nutritionnelle et équivalence en substance.

4. Identification et évaluation des effets éventuels non intentionnels et inattendus de la construction génétique.

À chaque étape, les résultats fournis (analyses, tests de toxicité ou de tolérance) devront avoir été obtenus par des laboratoires respectant, dans le cadre d'un plan assurance qualité, les bonnes pratiques de laboratoire et par des méthodes reconnues et validées (par exemple selon les protocoles standardisés de l'OCDE).

1. Analyse de la construction génétique

1.1. But et objectifs recherchés par la nouvelle construction, techniques de transfert utilisées.

1.2. Séquences nucléotidiques transférées :

Origine, nature, fonctions et caractérisation des séquences.

Mécanisme prévu, séquences de régulation, d'adressage.

Utilisation de gènes marqueurs.

1.3. Insertion des transgènes :

Nombre d'insertions, stabilité sur plusieurs générations.

Spécificité de l'expression des gènes introduits dans certains tissus ou organes.

Identité des séquences nucléotidiques par rapport aux séquences d'origine.

1.4. Possibilité de transfert de gènes à la microflore digestive de l'homme.

1.5. Évaluation des gènes marqueurs :

Origine, promoteurs, produits pour lesquels ils codent.

Méthodes d'analyse et quantification.

Effets toxiques potentiels.

Potentiel de transfert aux microorganismes du tractus digestif.

1.6. Méthodes d'analyse et d'identification en vue d'assurer la traçabilité de l'ensemble des séquences d'ADN transférées : connaissance des amorces pour la mise en œuvre des techniques de PCR.

2. Analyse et caractérisation des produits d'expression

Deux cas sont à distinguer :

A. Il n'y a pas de produit d'expression nouveau : en faire la preuve et passer aux étapes III et IV.

B. De nouvelles protéines sont exprimées dans l'OGM.

2.1. Fonction et historique de la protéine :

Origine, caractéristiques, variabilité (isoformes).

Activité enzymatique, spécificité, substrats.

2.2. Méthodes de dosage :

Immunochimie (préciser la nature des anticorps utilisés).

Utilisation éventuelle d'isotopes stables.

Activité et définition des unités utilisées.

2.3. Caractérisation de la protéine exprimée par rapport à la protéine d'origine :

Soit par séquençage (comparaison à la séquence

attendue à partir de la séquence nucléotidique),

Soit par spectrométrie de masse.

2.4. Expression de la nouvelle protéine dans la plante :

Niveaux quantitatifs et lieux d'expression.

Aspects cinétiques : expression au cours du cycle de la plante, mouvements et métabolisation dans la plante.

Identification des produits de catabolisme.

2.5. Production de protéine recombinante en vue des essais toxicologiques. On préfèrera la production de la protéine recombinante à partir d'un microorganisme recombiné plutôt que de chercher à extraire et à purifier la protéine à partir de la plante. Toutefois il y a lieu, dans ce cas, de vérifier l'identité de la protéine recombinante produite par voie microbiologique (problèmes de régulation post-traductionnelle : glycosylation...).

2.6. Évaluation toxicologique des nouvelles protéines

2.6.1. Toxicité in vivo : essais de toxicité sur 90 jours sur jeunes rats en croissance avec incorporation de la protéine à 3 doses dont la plus forte visera à couvrir une part la plus élevée possible de l'apport protéique normal du régime dont le taux protéique ne dépassera pas 15 %. Les régimes devront être correctement équilibrés nutritionnellement. Un rééquilibrage en acides aminés essentiels pourra s'avérer indispensable.

On exclura les tests de toxicité aiguë et les tests de longue durée (2 ans).

2.6.2. Potentiel génotoxique : cette approche toxicologique n'a réellement de sens que si l'on suspecte la présence d'impuretés associées ; on pourra procéder à deux tests de génotoxicité dont un de clastogénicité.

2.7. Essais de dégradabilité et de toxicocinétique

2.7.1. Tests de dégradabilité en présence de protéases gastro-intestinales : utilisation du modèle pepsine à pH 2, puis enzymes pancréatiques (typsine) à pH 7.

2.7.2. Tests de toxicocinétique : suivi, par des anticorps polyclonaux de la protéine ou de des produits d'hydrolyse, au cours de la digestion, de l'absorption, dans le sang ; fournir la méthode d'analyse, préciser la nature des anticorps : on préfèrera des anticorps polyclonaux à des monoclonaux trop spécifiques.

L'ensemble de ces données (2.7.1 et 2.7.2) servira à documenter et argumenter les dossiers, mais faute de méthodes réellement validées, ces résultats ne peuvent donner lieu à des arguments sécuritaires définitifs.

2.8. Allergénicité

2.8.1. Informations sur les facteurs indicateurs du potentiel allergène :

- poids moléculaire, glycosylation ;

- recherche d'homologies ou de similitudes de séquences (8 acides aminés consécutifs identiques) ou de structures (si elles sont connues) ;

- stabilité à la chaleur, sensibilité au pH ;

- dégradabilité par les protéases gastro-intestinales ou apparition de peptides allergènes ;

- concentrations plasmatiques détectables.

2.8.2. Nature allergique des organismes donneurs ou receveurs.

2.8.3. Allergovigilance (sur les sites de production et de transformation).

En l'absence de méthodes validées et standardisées, toute approche méthodologique nouvelle peut contribuer à documenter le risque allergique du nouveau produit.

2.9. Devenir des nouvelles protéines au cours des traitements technologiques de transformation de ces nouveaux aliments.

3. Valeur nutritionnelle et équivalence en substance

3.1. Composition de la plante génétiquement modifiée et des produits alimentaires qui en sont issus en macro et micronutriments. Cette composition devra être établie selon des méthodes d'analyse validées et standardisées, garantissant la reproductibilité des résultats ; argumenter le nombre d'essais et de répétitions des essais et le mode d'échantillonnage pour obtenir des résultats significatifs et produire une analyse statistique approfondie.

Les analyses porteront non sur la plante entière mais plutôt sur les différentes parties qui sont susceptibles d'être consommées et les produits qui en sont issus après transformation.

Le recours à des méthodes globales (spectrométrie de masse, pyrolyse couplée à la spectrométrie IR) peut être intéressant pour argumenter de l'équivalence en substance.

3.2. Composition en facteurs antinutritionnels et toxiques intrinsèques, caractéristiques de la famille des plantes considérées et en métabolites secondaires. Préciser les méthodes d'extraction et d'analyse.

NB pour 3.1 et 3.2 : Fournir des résultats obtenus sur des plantes traitées ou non (cas de résistance à des produits phytosanitaires de type herbicides ou insecticides).

3.3. Disponibilité des nutriments (informations souhaitables mais non obligatoires) ; effets de la conservation (stockage) et de la cuisson.

3.4. Effets de traitements technologiques de transformation (informations souhaitables mais non obligatoires) : recherche et analyse de composés néoformés à potentiel toxique.

3.5. Prévision des niveaux de consommation et des modifications éventuelles des habitudes alimentaires.

3.6. Conclusion sur l'équivalence en substance.

4. Recherche d'effets non intentionnels et inattendus

4.1. Plusieurs approches analytiques sont possibles mais aucune n'est validée :

- empreinte génétique (ADN ou ARNm) ;

- empreinte métabolique (protéines, métabolites circulants, acides aminés libres...) ;

- composés antinutritionnels ou toxiques ;

- métabolites secondaires ;

- tests de toxicité in vitro en culture de cellules.

4.2. Tests de tolérance sur les produits alimentaires issus d'OGM.

Ces tests diffèrent d'une étude toxicologique classique puisqu'ils sont réalisés sur des aliments (OGM ou produits issus d'OGM éventuellement après transformation technologique).

- Espèce : rat en croissance sauf si le rat s'avère intolérant au produit testé ; dans ce cas, valider sur une autre espèce après un pré-essai.

- Dose testée : la plus élevée possible compatible avec le respect de l'équilibre nutritionnel du régime.

- Étude de la biotransformation du produit : digestion, absorption.

- Recherche de signes de toxicité, de modifications de comportement, anatomopathologie,

- Durée : 90 jours.

4.3. Essais zootechniques réalisés sur monogastriques ou ruminants et évaluation de paramètres de performances zootechniques. Les informations sont utiles mais non obligatoires ; elles peuvent être disponibles dans le cas de produits et co-produits qui trouvent également une application en alimentation animale.

Remarques générales

Les lignes directrices, révisables, constituent, en l'état actuel des connaissances scientifiques, un ensemble de recommandations qui permettent de hiérarchiser les informations nécessaires à l'évaluation de la sécurité des OGM ou des produits qui en sont issus en alimentation humaine.

Certaines de ces recommandations revêtent un caractère obligatoire :

- l'analyse de la construction génétique (étape 1) ;

- la caractérisation des produits d'expression (étapes 2-1 à 2-4) et l'évaluation de leur innocuité (étapes 2-5 à 2-6) ;

- l'analyse de la composition en nutriments, en métabolites, en facteurs toxiques et antinutritionnels dans le nouvel aliment (OGM ou produit issu d'OGM) (étapes 3-1, 3-2) ;

- l'évaluation de la sécurité par un test de tolérance à 90 jours sur les produits finis destinés à la consommation, test éventuellement remplacé par des essais zootechniques, si les résultats sont disponibles (étapes 4-2 ou 4-3).

D'autres informations se révèlent utiles et souhaitables mais non obligatoires dans la mesure où les méthodes ne sont pas validées : elles ne peuvent donc conduire à des arguments sécuritaires définitifs. Cependant, toute approche méthodologique peut être retenue dans la mesure où elle permet de documenter et d'argumenter un dossier sur un nouveau produit.

Enfin, on retient le principe d'une évaluation au cas par cas. Néanmoins, certaines étapes de l'évaluation peuvent être communes à plusieurs produits. Ainsi, l'analyse de la construction génétique (étape 1) et la caractérisation des produits d'expression (étape 2) peuvent faire l'objet d'une évaluation commune à plusieurs produits qui sont issus de la même plante génétiquement modifiée. Dans ce cas, l'évaluation au cas par cas portera plus spécifiquement sur les niveaux résiduels des produits d'expression (étape 2-4) et sur les étapes 3 et 4 (composition, équivalence en substance, test de tolérance) pour chacun des groupes génériques des produits transformés. *

Remerciements

Ce protocole d'évaluation a été élaboré par un groupe de travail présidé par P. Besançon et comprenant Mmes C. Gloaguen, D. Parent - MM. J. Guillemain, Guillot, F. Hervieu, P. Joudrier, G. Pascal et J.-M. Wal.

Il a été approuvé par la Section de l'Alimentation et de la Nutrition du Conseil supérieur d'Hygiène publique de France, le 12 janvier 1999.


 

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