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SECURITE DES ALIMENTS Evaluation de la sécurité des nouveaux aliments


Oléagineux, Corps Gras, Lipides. Volume 6, Numéro 4, 286-7, Juillet - Août 1999, La filière, aujourd'hui, demain


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Pierre BESANCON, Laboratoire de Génie biologique et Sciences des aliments, Montpellier II, Université de Montpellier, 23, place E. Bataillon, 34095 Montpellier Cedex 05.

Résumé : La mise sur le marché de nouveaux aliments repose sur une procédure prenant en compte l’évaluation du risque. Jusqu’à maintenant cette démarche a essentiellement porté sur les additifs et auxiliaires technologiques, inscrits sur une liste positive. De même, l’ensemble des produits indésirables - polluants et contaminants chimiques ou microbiologiques – fait l’objet d’une évaluation toxicologique et d’une détermination de limites maximales résiduelles. La situation est relativement différente pour les produits néoformés au cours de certains traitements technologiques, parce qu’ils ne sont pas forcément bien identifiés et que, a fortiori, leur évaluation toxicologique est souvent insuffisante. Or de nouveaux procédés physiques, chimiques, biologiques sont mis en œuvre et leurs effets doivent être pris en compte. Le développement rapide des biotechnologies a conduit à l’édition de la directive européenne (90-220) sur la dissémination volontaire des OGM ; plus récemment, le règlement européen sur les nouveaux aliments et nouveaux ingrédients alimentaires (règlement CE 258-97) couvre un champ beaucoup plus large que celui des produits transgéniques. C’est ainsi la première fois qu’une approche réglementaire envisage une évaluation nutritionnelle et toxicologique de l’aliment, lorsque celui-ci est considéré comme nouveau. Or garantir la sécurité de l’aliment relève d’une double démarche : faire une évaluation a priori au cas par cas, selon des lignes directrices préalablement établies et mettre éventuellement en œuvre un programme de veille à compter de la mise sur le marché, ce qui suppose aussi d’assurer la traçabilité des produits nouveaux.

ARTICLE

Arbres de décision et lignes directrices

Au-delà du cadre général et juridique du règlement Nouveaux Aliments, il a été nécessaire d'élaborer des arbres décisionnels pour faciliter et harmoniser l'évaluation ; c'est ce qu'a fait le Comité scientifique de l'alimentation humaine (CSAH) qui a proposé des recommandations d'ordre scientifique concernant les informations requises dans les dossiers de demande d'autorisation. C'est donc conformément à ces recommandations du CSAH que doivent être présentés les dossiers et que doivent être établis les rapports d'évaluation initiale. L'expertise est axée sur la sécurité et la valeur nutritionnelle ; a été introduite la notion d'équivalence substantielle qui pose le principe selon lequel un aliment, dont on a démontré qu'il est équivalent en substance à un témoin traditionnel, peut être traité comme son homologue, sans que cela soit une démonstration d'innocuité. On voit aussi apparaître la recommandation de mettre en place des programmes de surveillance, notamment des habitudes alimentaires.

L'arbre de décision comporte les étapes suivantes :

- À partir de la description générale du nouvel aliment, le produit est identifié à une des six classes suivantes :

* produits chimiques purs ou en mélange,

* nouveaux aliments issus de sources non génétiquement modifiées,

* végétaux génétiquement modifiés,

* animaux génétiquement modifiés,

* microorganismes génétiquement modifiés,

* denrées produites par un procédé nouveau.

- En fonction de cette classification, on identifie, selon une grille, différents protocoles requérant des informations générales sur les procédés de production, sur l'utilisation antérieure ou d'ordre nutritionnel, microbiologique et toxicologique et enfin des informations spécifiques aux produits génétiquement modifiés.

- On suit ensuite chacun de ces protocoles présentés sous la forme d'arbres décisionnels. Ces arbres de décision conduisent soit à une conclusion favorable, soit à des informations complémentaires ou à un refus.

Il a paru nécessaire d'aller plus loin dans les recommandations et d'établir de véritables lignes directrices pour l'évaluation du risque. C'est ce qu'a proposé le CSHPF (Conseil supérieur d'Hygiène publique de France) concernant les plantes transgéniques. Selon ces lignes directrices, l'évaluation doit se faire au cas par cas et en quatre étapes principales :

1) Analyse de la construction génétique :

Objectifs recherchés, séquences transférées, insertion, possibilités de transfert à la microflore digestive, évaluation des gènes marqueurs, informations d'ordre analytique nécessaires pour assurer la traçabilité.

2) Analyse et caractérisation biochimique, fontionnelle et toxicologique des produits d'expression : fonctions des nouvelles protéines, identité par rapport à la protéine initiale, méthodes de dosage, expression dans la plante, évaluation toxicologique in vivo (toxicité 90 jours), dégradabilité, toxicocinétique, potentiel allergénique.

3) Valeur nutritionnelle : composition en nutriments, facteurs antinutritionnels et toxiques, variabilité, effets des traitements de transformation, prévision des niveaux de consommation.

4) Recherche d'effets non intentionnels et inattendus, par une approche analytique et expérimentale (tests de tolérance 90 jours ou essais zootechniques).

Ces lignes directrices se distinguent des recommandations du CSAH, qu'elles complètent, en ce sens qu'elles proposent un cadre méthodologique analytique et expérimental pour l'évaluation de l'ensemble des risques. Elles se distinguent de la directive 90-220 sur la dissémination volontaire des OGM en ce sens qu'elles s'appliquent aux aliments issus et transformés à partir des OGM et qui sont destinés à être consommés de façon régulière.

Limites des arbres de décision et des lignes directrices

Les arbres de décisions sont toujours par nature présentés de façon dichotomique, ce qui exclut les possibilités de réponses plus nuancées. On peut être tenté de les faire évoluer en augmentant le degré d'arborescence ce qui, à terme, annihile l'intérêt d'un arbre de décision, qui doit être simple. Aucune approche formaliste ne peut couvrir l'ensemble des cas envisageables pour les nouveaux aliments. Comme il est mentionné dans les recommandations du CSAH, les protocoles élaborés ne sont proposés qu'à titre indicatif et ne doivent pas être considérés comme des listes de contrôle formelles.

Il en va de même pour les lignes directrices ; elles sont révisables et constituent en l'état actuel des connaissances scientifiques un ensemble de recommandations qui permettent une hiérarchisation des informations nécessaires à l'évaluation de la sécurité. Certaines de ces informations revêtent un caractère obligatoire et reposent sur des méthodes sûres et validées : il s'agit de l'analyse de la construction génétique, des produits d'expression, de leur évaluation toxicologique, de l'analyse de la composition des produits transformés, du test de tolérance de 90 jours. En revanche, de nombreuses autres données sont utilisées mais ne peuvent être considérées comme obligatoires dans la mesure où les méthodes ne sont pas validées : elles ne peuvent donc conduire à des arguments sécuritaires définitifs. C'est dans ce cas que des programmes de veille sont utiles : ceux-ci devraient permettre d'une part de revenir, le cas échéant, sur des décisions antérieures s'il y a doute et, d'autre part, de faire évoluer les protocoles d'évaluation.

Veille sanitaire sur les nouveaux aliments

Même si l'évaluation initiale du risque est faite de façon rigoureuse et incontestable, rien n'exclut la mise en place de programmes de veille ou de vigilance. Les principales justifications en sont l'évolution des modèles de consommation, les avancées scientifiques, technologiques et analytiques. La veille doit se construire à ces quatre niveaux.

La veille au niveau des consommations alimentaires et la mise en place de données épidémiologiques s'imposent. N'a-t-on pas vu des cas de dépassement de DJA parce qu'on n'avait pas prévu des évolutions importantes des consommations ?

La veille scientifique est une composante majeure. L'évolution des connaissances sur les mécanismes d'action aux niveaux cellulaires et moléculaires peuvent conduire à modifier les données toxicologiques. Les doses considérées comme toxiques peuvent être affinées en fonction d'une meilleure connaissance des relations entre les structures moléculaires et leurs récepteurs biologiques. Pour ce qui concerne les méthodes d'évaluation toxicologique, nombre d'entre elles évoluent et ne sont pas nécessairement validées dans les contextes nouveaux où elles sont appliquées.

Les allergies alimentaires constituent aussi un vaste champ d'investigations en ce qui concerne la structure des allergènes, leur dégradabilité en milieu digestif, la recherche d'homologies de séquences par comparaison avec des allergènes connus. À défaut de tests in vivo validés et acceptables, l'allergovigilance s'impose comme une démarche indispensable.

La veille technologique doit poser le problème des effets de tout traitement physique, chimique, enzymatique, biologique sur les constituants de l'aliment. Nombreux sont les produits néoformés au cours de traitements qui ont été identifiés dans un passé récent ou qui restent à découvrir et sur lesquels nous possédons assez peu de données toxicologiques. Il faut savoir que les traitements agissent non seulement en fonction des paramètres qui définissent leur efficacité et/ou leur sévérité mais aussi en fonction des matrices alimentaires complexes, dont tous les composants ne sont pas nécessairement connus. Il y a lieu de définir dans un premier temps les meilleurs marqueurs d'altération et de les hiérarchiser les uns par rapport aux autres.

La veille analytique est donc une conséquence logique. Les produits néoformés doivent être identifiés puis dosés par des techniques à valider et à diffuser, puis évalués au plan toxicologique, ce qui pose à nouveau des problèmes méthodologiques : les données toxicocinétiques ne sont pas les mêmes pour des produits isolés et purifiés ou présents dans leur contexte alimentaire. Parallèlement, l'amélioration des performances analytiques (rapidité, sensibilité, spécificité), l'usage de méthodes immunochimiques pour les protéines et les peptides, de méthodes d'amplification et de séquençage pour les nucléotides ouvrent de nouveaux champs de contrôle.

À cet égard, le problème de la traçabilité des produits issus d'OGM est un exemple typique, qui évoluera rapidement au fur et à mesure que s'affineront les techniques de détection rapide et spécifique de l'ADN dans les produits alimentaires.

CONCLUSION

En conclusion, la veille scientifique, technologique et analytique doit logiquement faire évoluer les arbres de décision et les lignes directrices, mais il faudrait éviter deux écueils extrêmes : penser que tout nouveau produit est a priori dangereux parce qu'il est issu d'une technologie pour laquelle on n'a pas assez de recul et dire, à l'inverse, que les produits traditionnels élaborés par des procédés prétendument connus ne posent aucun problème d'innocuité. La veille sanitaire concerne aussi bien les produits traditionnels que les nouveaux aliments.

REFERENCES

1 Texte d'une conférence prononcée dans le cadre de l'Institut français pour la nutrition, le 18/05/1999 à Paris.


 

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