ARTICLE
Rôle des composantes de l'information sensorielle
dans la prise alimentaire et son contrôle
La première étape de la nutrition, c'est-à-dire
la recherche, la sélection et l'ingestion active d'aliments est
un comportement dont l'évidente finalité est le maintien
de l'homéostasie. Sont « aliments » les substances qui
peuvent être source d'énergie, source de matériaux
de structure mais aussi source d'éléments indispensables
à la transformation des substances précédentes en
produits utilisables par l'organisme.
Le déclenchement du comportement de prise alimentaire requiert
que l'organisme soit pourvu de quelques « instruments ». Il
lui faut des « détecteurs » précoces des changements
du milieu intérieur ; ceux-ci sont en quelque sorte des organes
sensoriels internes. Il faut ensuite que l'organisme puisse connaître
et reconnaître les éléments de son environnement qui,
ingérés, seront susceptibles de pallier ces changements.
L'ensemble des organes sensoriels externes de la sphère orale (organes
de la vue, de l'odorat, du goût, organes sensibles à la température,
à la texture...) constitue cet interface. Analyseur du milieu intérieur
et analyseur du milieu extérieur seraient suffisants pour qu'intervienne
un rétrocontrôle mais, pour adapter efficacement, rapidement
ses réponses comportementales à ses besoins changeants,
l'organisme utilise inconsciemment ses capacités de mémorisation
de l'ensemble de la situation et donc ses capacités d'apprentissage.
Dans un état interne donné, prévoyant ses dépenses
énergétiques et spécifiques, le sujet choisit, en
fonction de ses expériences antérieures, des aliments parmi
ceux qui sont disponibles, et en consomme ce qu'il faut pour atteindre,
sans souffrir de besoin, le repas suivant prévu. L'image sensorielle
(information quantitative et qualitative) d'un aliment plusieurs fois
consommé, est associée aux conséquences post-ingestives
de cet aliment et le sujet qui anticipe l'état de satisfaction
qui sera le sien après digestion, absorption... transfère
le plaisir attendu sur le plaisir de la consommation présente (information
affective). La valeur hédonique de l'aliment est fonction des propriétés
nutritionnelles de celui-ci et de leur adéquation avec les besoins
présentement ressentis et/ou prévus. Le rat diabétique
pour lequel le glucose n'est pas un carburant utilisable, préfère
une émulsion lipidique à une solution sucrée [4].
Le rat carencé en zinc dédaigne l'aliment qui en est dépourvu
et après quelques essais consomme avidement une solution aqueuse
qui en contient [5]. Le fumeur apprend en 5 essais à préférer
une soupe enrichie (à son issu) en protéines à une
soupe non enrichie : la nicotine favorisant la protéogenèse,
ce fumeur qui a une masse maigre relativement importante a plus de besoins
en protéines que le non-fumeur [6].
Le mécanisme d'apprentissage, qui assure le contrôle adaptatif
par anticipation, affine et complète à l'infini les quelques
traits innés. Dès la naissance et même in utero
pour certains, les individus de toutes les espèces apprécient
ce qui a un goût sucré ou modérément salé
alors que d'autres goûts les laissent indifférents ; ils
ont une aversion pour les substances amères, acides ou fortement
salées. Cette réponse affective à certains goûts
rend d'emblée le sujet capable de maintenir son homéostasie
glucidique ou minérale et d'éviter les poisons et substances
corrosives.
Dans la plupart des sociétés industrialisées, la
consommation moyenne de «gras» est importante. En France, actuellement,
les lipides consommés quotidiennement représentent près
de 40 % de la ration énergétique [7]. Nos contemporains
apprécient-ils tellement le gras ou est-ce affaire de circonstances
? La question est cruciale puisque la richesse en lipides du régime
est impliquée dans l'étiologie de l'obésité
et son cortège de conséquences, diabète, hypertension...
ainsi que dans l'étiologie de pathologies cardio-vasculaires et
de cancers. À la lumière des mécanismes rappelés
précédemment plusieurs questions doivent être posées.
Y a-t-il une perception du «gras», comment s'effectue-t-elle,
est-elle précise et quelles sont ses caractéristiques ?
Le goût pour le gras est-il inné ou acquis, peut-il être
manipulé ?
La perception du gras
Ses bases psychophysiques
Les bases psychophysiques de la perception du contenu lipidique d'un
aliment sont encore incertaines. Il semble que les sujets humains puissent
assez bien discerner des contenus lipidiques différents dans des
produits laitiers liquides [8-15] et que cette capacité soit due
aux sensations liées à la texture [12,13]. Bien que certains
traits tels que l'onctueux, l'huileux, le glissant aient été
utilisés pour décrire les sensations de gras [11,16], les
caractéristiques sensorielles premières des produits laitiers
sont le visqueux et le crémeux. À partir d'un grand
nombre d'aliments liquides ou semi-solides, l'étude de la perception
en bouche a permis à certains auteurs [17,18] de définir
l'épais (qui résulte de l'intensité de la
viscosité ressentie entre langue et palais), l'onctueux et le
glissant (qui résultent de l'intensité des forces de
friction entre langue et palais). Pour ces auteurs, le crémeux
est la résultante de l'épais et de l'onctueux alors
que pour d'autres [19,20] le crémeux se définit en
termes de viscosité et d'écoulement. Pour Richardson et
al.[16], dans le lait la combinaison du nombre et de la taille des
particules lipidiques produites par l'homogénéisation avec
une viscosité adéquate crée le crémeux.
Mela et al. [21] se sont intéressés à la perception
du contenu en gras d'émulsions d'huiles (2 huiles différemment
saturées) dans l'eau. Ces émulsions contenaient de 0 à
48 % d'huile et étaient homogénéisées à
100 ou 300 bars. L'analyse des résultats montre une interaction
entre le type d'huile (dont la viscosité est différente)
et la concentration ; à viscosité identique, le degré
d'homogénéisation intervient peu. De même, d'autres
facteurs possibles, représentés par l'âge du sujet,
la composition corporelle [21], la température de l'échantillon
ou de la bouche du sujet [22] n'interviennent pas sur cette perception.
Cependant, il semble que les caractéristiques de texture ne rendent
pas complètement compte des différences perçues.
L'emploi d'un épaississant pour augmenter la viscosité ne
suffit pas à augmenter la sensation de gras perçue mais
l'ajout d'une flaveur améliore la sensibilité de la perception
[23]. Ainsi, la flaveur est un trait supplémentaire de la perception
du gras qui s'ajoute au profil général de la texture [22,24].
Utilisant les procédures de l'analyse multidimensionnelle, Tepper
& Kuang [25] ont récemment confirmé que la flaveur du
produit laitier joue un rôle important dans la perception du gras.
Ces auteurs proposent un modèle psychophysique dans lequel interviennent
la viscosité, la taille et le nombre des particules, et aussi la
perception des odeurs.
Gilbertson et al. [26] ont une autre approche. Les lipides purs
ne semblent pas avoir de goût, mais ces auteurs ont démontré
que les acides gras polyinsaturés (polyunsaturated fatty acids,
PUFA) inhibent les canaux potassiques à effet prolongé
des cellules des bourgeons du goût. Selon ces chercheurs, cette
inhibition pourrait intervenir dans le processus gustatif de deux façons.
Ce pourrait être un mécanisme de transduction comme celui
de l'inhibition des canaux potassiques qui est censé intervenir
dans la détection du sucré, de l'amer et de l'acide [27].
Il se pourrait aussi que, dû à la non-spécificité
et à la durée de l'action de ces PUFA, cet effet module
la sensibilité du sujet aux autres stimulus gustatifs.
L'estimation du contenu lipidique
Certains auteurs se sont intéressés soit au jugement des
consommateurs sur le contenu global de leur régime en lipides [28,29],
soit au jugement sur le contenu lipidique des aliments séparés
[30]. Peu de travaux portent sur la fiabilité de l'estimation quantitative
du contenu lipidique des aliments. Mela [31] a demandé à
293 sujets d'indiquer le pourcentage d'énergie représenté
par les lipides dans 24 aliments courants. Alors que le positionnement
relatif des aliments est en général correct, les sujets
surestiment le contenu en gras des aliments en contenant peu et sous-estiment
celui des aliments qui en sont riches. De plus, l'estimation précise
est le plus souvent erronée et très erronée pour
certains aliments tels que les pommes de terre à l'eau, les pâtes,
les ufs, le lait écrémé et les corps gras.
Certains sujets paraissent plus doués que d'autres dans cette
estimation. Tepper & Nurse [32] ont récemment montré
que les individus qui sont génétiquement les plus sensibles
au goût amer : les goûteurs et super-goûteurs
d'amer ont une plus grande densité de papilles fungiformes, sont
plus sensibles à la capsaïcine et ont une plus grande capacité
à discriminer le contenu lipidique des aliments. Pour la première
fois était mise en évidence une relation entre la perception
du gras et le patrimoine génétique. Cependant une étude
récente faite dans notre laboratoire sur des jeunes femmes françaises
n'a pas mis en évidence une telle différence entre goûteurs
et non-goûteurs d'amer [33].
Ainsi, le sujet humain perçoit mal le gras mais il semble l'apprécier.
Ce « goût » est-il acquis ? Quels peuvent être les
mécanismes sous-jacents et est-il possible de les déjouer
?
Le « goût pour
» le gras
Mela et Sachetti [34] ont demandé à 30 sujets humains
de poids normal de faire pendant une semaine un relevé précis
de leurs consommations puis ils leur ont proposé la dégustation
de 10 aliments très différents (ufs brouillés,
purée de pomme de terre, thon émietté en conserve,
crème-dessert, etc.) chacun avec différentes concentrations
en lipides (0 à plus de 50 %). De cette masse de données
il ressort que, pour chaque aliment, les différences individuelles
quant à la teneur en lipides préférée sont
importantes, que pour un même individu cette préférence
varie beaucoup en fonction de l'aliment et qu'il n'y a pas de relation
entre la moyenne des teneurs préférées et le pourcentage
de lipides dans le régime. En revanche, il existe une corrélation
positive entre cette moyenne et l'adiposité de sujets. Cette indication
est importante et ce qu'elle signifie sera évoqué plus loin.
Chez le sujet humain il est bien difficile de séparer les mécanismes
purement physiologiques des facteurs cognitifs, affectifs et socioculturels.
L'observation du rat, cet autre omnivore, peut-il aider à faire
le point ?
Le rat aime-t-il le gras ?
Le rat de laboratoire ayant eu à disposition, depuis le sevrage,
un aliment unique, complet et équilibré (3 % de l'énergie
apportés par les lipides) aime-t-il le gras ? Mis en situation
de choix, préfère-t-il un régime riche en lipides,
un régime peu lipidique ou son habituelle provende ? Les données
de la littérature semblent contradictoires. Pour les uns, le rat
préfère les régimes gras [35,36]. Cependant, Naim
et al. [37] montrent que lorsque le rat est libre de son choix,
à long terme (c'est-à-dire après les premières
24 heures) il consomme toujours plus du régime de laboratoire que
du régime dans lequel de l'huile de maïs (8 à 30 %),
du lard (5 à 25 %) ou de la margarine (5 à 26 %) ont été
substitués à un poids équivalent de glucides. Enfin,
Romsos et al. [38] montrent que le rat, mis pendant une semaine
devant le choix entre un régime hyperglucidique et un régime
hyperlipidique, prend finalement 60 % de sa ration à partir du
premier et 40 % à partir du second. Ainsi, les contradictions ne
sont qu'apparentes : en tests brefs, les rats aiment le gras, à
long terme ils choisissent l'équilibre ! Il faut 2 ou 3 jours pour
que la prise sur chacun de ces régimes se stabilise : serait-ce
le temps de l'apprentissage des phénomènes post-ingestifs
de ces régimes ? En aigu, la préférence pour le gras
serait-elle due à l'expérience mémorisée du
lait maternel ?
Le « goût pour
» le gras est inné ou précocement acquis mais il est
maintenu par ses effets post-ingestifs
Le rat nouveau-né, tout comme le rat âgé de 12 à
15 jours, ingère activement des émulsions d'huile de maïs
ou d'huile de paraffine [39]. Si au cours de tests quotidiens, la double
présentation d'huile de maïs et d'huile minérale est
poursuivie, le rat à jeun montre très vite une préférence
pour la première : lors du 8e test, l'huile de maïs
représente 80 % de la prise totale. Cette préférence
s'établit aussi, mais elle est moins marquée, si l'animal
n'est pas à jeun. Il semble donc que l'animal, d'abord seulement
attiré par les propriétés sensorielles des émulsions,
acquiert ensuite une préférence pour le produit qui, carburant
métabolisable, lui fournit de l'énergie. Ainsi, des rats,
munis d'un cathéter gastrique à demeure, ont accès
alternativement un jour sur deux à de l'eau avec soit une flaveur
A en même temps qu'ils reçoivent dans l'estomac une émulsion
d'huile de maïs, soit une flaveur B alors qu'ils reçoivent
dans l'estomac de l'eau pure. Une préférence pour la flaveur
A s'établit dès la deuxième paire de tests et se
confirme lors des tests suivants [40]. Le rat a bien associé la
flaveur A aux effets bénéfiques de l'émulsion. Il
faut cependant bien remarquer qu'un tel apprentissage n'a pu être
réussi qu'avec des émulsions absorbées rapidement
et non pas avec des corps gras purs absorbés lentement. Il faut
aussi remarquer que ces préférences sont moins intenses
que celles qui sont obtenues avec des solutions de glucides. Ainsi, si
les lipides soulagent le besoin énergétique, ils sont appréciés
: le rat modérément diabétique choisit un régime
hyperlipidique [41] mais le rat atteint de cholestase l'évite [42].
Les lipides sont-ils un bon carburant pour le
sujet normal ?
Très généralement, un repas apporte des protéines,
des lipides et des glucides. Une part au moins des acides aminés
issus de la digestion des protéines sert directement au maintien
des tissus en renouvellement. Cependant, les acides aminés qui
viennent des protéines « renouvelées » sont métabolisés
en même temps que les acides aminés venant des protéines
consommées au-delà des besoins. In fine, la totalité
des protéines ingérées servent de carburant glucidique
et ce par le biais de la néoglucogenèse qui est la voie
principale du métabolisme des acides aminés [43]. Comment
alors sont utilisés les deux nutriments en présence, glucides
et lipides ? Au début de l'intervalle postprandial, l'hyperglycémie
accompagnée de l'hyperinsulinémie favorise l'utilisation
glucidique. En revanche, en fin d'intervalle, glycémie et insulinémie
sont basses, la lipolyse qui n'est plus inhibée par une insulinémie
élevée, peut intervenir et les concentrations en acides
gras qui s'élèvent favorisent leur oxydation. Ce tableau
prend fin quand le glucose disponible fléchit et qu'un repas est
déclenché [44]. C'est dire que tout aliment qui contient
des glucides (c'est le cas général), et même en petite
quantité, soulage rapidement le besoin énergétique
via l'oxydation glucidique. Les lipides sont utilisés après
et seulement tant que le repas suivant n'est pas déclenché,
c'est-à-dire tant que du glucose est encore immédiatement
disponible pour l'organisme [44-47].
Ainsi, chez le sujet normal, si les aliments hyperlipidiques ingérés
quotidiennement parce que majoritaires dans notre environnement alimentaire
actuel sont appréciés, ce n'est pas pour leur teneur en
lipides, c'est parce qu'ils contiennent des glucides et que leur image
sensorielle (image grasse) est associée au soulagement rapide du
besoin énergétique provoqué par l'absorption de ces
glucides.
Garder le bénéfice (et même l'augmenter en changeant
la composition), sans changer l'image sensorielle grasse ne change rien
au «goût pour» les aliments à texture grasse (et
donc pour ceux qui le sont réellement). En revanche, si l'image
sensorielle associée n'est plus une image «grasse», alors
la valeur hédonique des aliments à texture grasse diminue.
Dans l'étude de Mattes [48] la palatabilité de certains
aliments (de teneur en gras variée) fut évaluée mensuellement
chez des adultes en bonne santé et de poids normal au cours de
12 semaines de régime. Certains sujets (A) ont conservé
leur régime, les autres ont été soumis à un
régime hypolipidique (B), les derniers (C) ont subi ce même
régime mais les aliments hypolipidiques proposés contenaient
des substituts lipidiques qui leur confèraient la texture des aliments
gras. Les sujets B ont rapidement perdu le «goût pour»
le gras et le changement fut maintenu tant qu'ils ne furent pas conduits
(pour des raisons d'environnement) à consommer à nouveau
des aliments lipidiques. Les sujets C, qui avaient eux aussi un régime
hypolipidique mais qui avaient conservé l'image sensorielle du
régime A, ont attribué aux aliments gras la même valeur
hédonique que celle qu'ils leur attribuaient avant traitement.
Cette étude cruciale a eu trop peu de retentissement : il suffit
d'un effort soutenu pendant moins de 12 semaines pour que les aliments
gras perdent leur attrait pour le sujet de poids normal qui s'astreint
à consommer peu gras. Quand ceci est acquis, l'adhésion
au régime ne devrait plus poser de problèmes.
Tous les sujets sont-ils égaux devant
le goût pour le gras
Il a été remarqué plus haut que la supériorité
des goûteurs d'amer quant à la discrimination des teneurs
lipidiques des aliments ne fut pas confirmée par nos travaux. Ceux-ci,
par ailleurs, ont montré que ces goûteurs d'amer étaient
des amateurs de sucre et de gras. Pour expliquer ces résultats
nous avons, à partir des travaux de Jerzsa-Latta [49] et de Kroeze
& Bartoshuck [50], proposé l'hypothèse selon laquelle
la présence de substances sucrées et/ ou de gras au sein
d'un aliment amer pourrait masquer ce goût.
Il est fort intéressant de constater que dès que l'oxydation
des acides gras est augmentée, c'est-à-dire dès que
les acides gras participent, rapidement après la prise alimentaire
et de façon notable, à la couverture des besoins, le «
goût pour » le gras est accru et la consommation de lipides
activement augmentée. Les obèses aiment plus le gras que
les sujets minces [51) et le goût pour le gras est corrélé
à l'adiposité [34]. Un exercice physique intense et prolongé
induit une activation sympathique qui stimule la lipolyse, augmente la
concentration des acides gras circulants et donc l'oxydation lipidique.
C'est ainsi que Johnson et al. [52] ont observé que des
femmes effectuant un entraînement sur ergocycle ingèrent
moins d'énergie mais proportionnellement plus de lipides qu'avant.
On sait que la morphine et autres agonistes opioïdes stimulent la
lipolyse [53] et donc la participation rapide et substantielle des lipides
à la couverture des besoins : chez le rat, un traitement de 10
jours à la morphine ne change pas la prise énergétique
mais induit en 5 jours une augmentation substantielle de la consommation
de lipides [54].
CONCLUSION Nous
apprécions les aliments qui ingérés soulagent rapidement
nos besoins courants ou anticipés. Submergés d'aliments trop
riches en gras mais qui contiennent forcément des glucides vite absorbés,
nous les apprécions. En réalité peu importe les caractéristiques
de leur image sensorielle : il suffit qu'elle puisse être reconnue.
Puisque peu importent les caractéristiques de l'image sensorielle,
alors importent peu les performances fines de l'analyseur sensoriel à
la seule condition qu'il permette la reconnaissance et peu importent les
préférences établies préalablement. Un rat toujours
nourri quand il est suffisamment à jeun préfère une
solution de polycose non sucré mais absorbée de façon
extrêmement rapide à une solution de saccharose bien sucrée
mais plus lente à soulager sa faim [55]. Le café, la bière
sont amers mais appréciés pour leurs effets psychoactifs post-ingestifs.
Ainsi, il est possible de manipuler la préférence pour
les aliments gras chez le sujet de poids normal. Hélas, il semble
donc que cette stratégie ne puisse être que préventive.
Chez le sujet obèse et chez ceux qui au cours de l'intervalle post-prandial
utilisent de façon précoce et substantielle des acides gras
pour couvrir leurs besoins énergétiques, la préférence
pour les aliments gras n'est plus affaire d'image grasse mais réellement
affaire de composition.
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