ARTICLE
Les questions d'ordre cognitif que posent les choix européens
en matière de politique agricole sont plus que jamais à
l'ordre du jour. La crise de l'ESB révèle l'importance du
travail de recherche à entreprendre sur les problèmes de
qualité des produits, de sécurité sanitaire, de bien-être
animal. Avec les notions de développement durable, de valorisation
des terroirs, de biodiversité, de coexistence équilibrée
entre diverses utilisations du territoire - notions introduites en
1999 par la loi d'orientation agricole -, c'est un champ de réflexion
indissociable du précédent qui a été ainsi
officiellement ouvert et dont dépendent la définition d'orientations
socialement attendues et l'émergence de meilleures réponses
aux besoins des marchés.
La question des territoires est en effet paradigmatique de toute une
époque de la PAC. Autrefois lieux des identités historiques1,
devenus « objets absents » de la politique européenne,
les territoires de l'Union ont été envisagés conformément
au schéma porté par le projet de la PAC lui-même,
c'est-à-dire comme simples supports des processus de segmentation
et de verticalisation des filières. Soit une dynamique d'«
abstraction territoriale »2, dont les effets associés3
aux performances productives obtenues appellent aujourd'hui la mise en
place de nouvelles solidarités entre productions, développement
rural et développement durable.
Les acteurs de la gouvernance européenne ne sont évidemment
pas seuls concernés par ces problèmes de « représentation
» plus ouverts aux dimensions systémiques de l'action...
De nouvelles synthèses sont ici exigées de la recherche
agronomique, tant elle s'est également modelée sur cette
verticalisation. Adapté à ces problématiques complexes
l'objectif est désormais pour elle de traiter « les finalités
de gestion de l'environnement et de l'espace rural comme des objectifs
à part entière et non plus seulement comme des co-produits
de recherches axées sur la production »4.
L'importance des questions méthodologiques est un des éléments
qui ressortent de ce dossier constitué autour de ces sujets.
Objet spécifique, non déductible d'une approche in
vitro, en fait continuum de dimensions « naturelles » et
socio-techniques (de la microbiologie des sols au peuplement, de l'exploitation
agricole aux paysages, des bassins versants à l'histoire régionale,
etc.), le territoire et sa connaissance impliquent une démarche
adaptée. Michel Sebillotte parle ici du territoire comme d'un «
construit social » et met au centre de la démarche, y compris
pour les questions touchant à l'interdisciplinarité, le
développement de relations de partenariat avec les acteurs socio-économiques
concernés et une co-construction collégiale de la ou des
dimensions territoriales à traiter. Soit des conclusions qui recoupent
celles de la sociologie des sciences et qui conduisent le chercheur à
se faire négociateur des problèmes de connaissance, à
s'accepter et à s'impliquer dans un processus où se déterminent
les acteurs impliqués et leur identité.
Le dépassement de l'« abstraction territoriale », unissant
le contexte et le complexe, trouve ici une voie d'approche.
Références
1 Voir Bertrand HERVIEU, Jean VIARD (2001). L'Archipel
paysan, la fin de la république agricole, Éditions de
l'Aube.
2 Expression de Bertrand HERVIEU. In : Recherches pour
et sur le développement territorial, Symposium de Montpellier,
11-12/01/2000. Inra, DADP.
3 Voir pour un tabeau synthétique de ces effets, Louis
Pascal MAHÉ, F ORTALO-MAGNÉ (2001). L'avenir d'un modèle
européen de l'espace rural, Paris : Presses de Siences-Po,
un ouvrage qui par ailleurs semble abandonner toute idée de «
politique agricole » autre qu'environnementale (! ?).
4 Voir INRA, Document d'orientations 2001-2004.
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