ARTICLE
Je me dois de remercier vivement la revue OCL de s'être
toujours intéressée à nos travaux de prospective.
C'est pourquoi, lorsque la proposition me fut faite par son rédacteur
en chef, Jean-Claude Icart, de construire un dossier autour de nos prospectives,
j'ai bien volontiers accepté cette occasion de présenter
la démarche originale d'un grand institut national de recherche,
l'INRA.
En janvier 1992, Guy Paillotin et Hervé Bichat, Président
et Directeur général de l'INRA, me chargeaient de mener
une réflexion qu'ils résumaient ainsi : « Saisir l'avenir
de notre agriculture, traduire cette analyse en grands objectifs de recherche,
proposer des modes d'organisation de notre travail scientifique, voilà
les trois volets de la réflexion dont nous vous confions la conduite
» 1.
Cela a abouti au rapport « Avenir de l'agriculture et futur de
l'INRA » (Sebillotte M., 1993) et engendré la création
d'une délégation, la DADP, dont la direction m'était
confiée. Parmi ses missions, la DADP recevait celle de mener des
travaux de prospective.
J'ai alors organisé le travail de prospective de la DADP autour
des deux missions suivantes : mener des études prospectives et
développer une méthodologie adaptée, originale par
rapport aux autres méthodes existantes. Ainsi, la capitalisation
de notre pratique de la prospective nous a permis de développer
la méthode SYSPAHMM (SYStème-Processus-Agrégats d'Hypothèses-Micro
et Macroscénarios). Le deuxième article de ce dossier lui
est consacré. Sa première partie développe la conception
de la prospective qui prévaut à la DADP, tandis que la seconde
partie traite plus particulièrement de la méthode elle-même.
Avec cette nouvelle méthode, nous avons réalisé des
prospectives sur le secteur semencier 2, sur la forêt
et le bois, sur les protéines 3. Deux travaux sont actuellement
en cours à la DADP : sur l'eau et les milieux aquatiques, en collaboration
avec le Cémagref, et sur les vignes et les vins avec le concours
de l'Onivins et de l'Ensam. Enfin, la DADP a apporté son soutien
méthodologique au Cetiom pour un travail sur l'avenir des oléagineux
qui, du fait de conditions de réalisation différentes, a
enrichi de plusieurs innovations la méthode SYSPAHMM.
Nous avons alors choisi, pour tenir compte des orientations de la revue
OCL, d'illustrer l'application de la démarche SYSPAHMM par
deux articles sur la prospective « oléagineux », le premier
présentant la démarche générale, tandis que
le second aborde l'étape essentielle de la construction des microscénarios.
Enfin, nous présentons une innovation produite lors de la prospective
sur les protéines : l'élaboration de macroscénarios.
La DADP a aussi mené d'autres travaux de prospective s'inspirant
de la méthodologie précédente. D'une part, nous avons
engagé des réflexions prospectives régionales en
Aquitaine et en Pays de la Loire en liaison avec les programmes de recherche
« pour » et « sur » le développement régional
que la DADP anime par ailleurs, d'autre part nous avons apporté
un soutien méthodologique à des réflexions en cours
à l'INRA pour plusieurs filières de production végétale.
Précisons que chacun de ces travaux est, depuis l'origine, mené
dans un esprit de recherche. Ainsi, si chaque prospective a d'abord pour
objectif de répondre à une commande, elle a pour second
objectif de nourrir la méthodologie, en testant le bien fondé
des choix antérieurs et en étant l'occasion de nouvelles
innovations. C'est dans cet esprit que j'ai sollicité, pour certains
de nos travaux, le concours de Pierre Gonod. En effet, ses réflexions
et son expérience internationale allaient dans le sens de ce que
je souhaitais faire à l'INRA. Il était alors normal de lui
demander un article introductif au dossier sur l'évolution de la
prospective.
Au-delà de la poursuite des améliorations de méthode,
point essentiel puisque celle-ci est garante de la validité des
travaux réalisés, les réflexions actuelles de la
DADP portent : sur l'utilisation de la prospective pour organiser des
veilles plus économes que les pratiques courantes ; sur l'appropriation
des résultats par les instances destinatrices, l'organisme lui-même,
les administrations de tutelle, les acteurs de la vie économique,
les consommateurs... ; sur les types de développement possibles
et, entre autres, sur le développement durable ; enfin, sur le
passage de la prospective à l'action.
Les travaux réalisés l'ont été à
la suite de commandes (voir, à ce sujet, le deuxième article).
Bien évidemment, l'INRA occupe une place privilégiée
dans l'origine de ces commandes. Mais, signalons que le travail sur les
semences était aussi souhaité par les entreprises semencières
qui y ont beaucoup participé, que celui sur la forêt était
aussi demandé par le ministère de l'Agriculture, que celui
sur l'eau était également commandé par le Cémagref
et, enfin, que celui sur les vignes et les vins était aussi fortement
souhaité par les organisations professionnelles. Ces origines permettent
de souligner que ces travaux n'ont pas pour seule fin de produire des
orientations de recherches mais qu'ils sont aussi destinés à
alimenter des politiques publiques (État, collectivités
territoriales), professionnelles et des stratégies d'entreprises.
Enfin, depuis plus de 8 ans, la DADP assure une formation dans le domaine
de la prospective pour les agents de l'INRA, entre autres ses cadres dirigeants,
et pour des personnes externes. L'objectif est d'initier nos collègues
à l'esprit et aux démarches prospectives, donnant une vision
large incluant des participations extérieures, et de partager notre
méthode et nos résultats.
Notes :
1 Lettre de mission du 23 janvier 1992.
2 Voir Sebillotte M, Lecur H, La prospective «
Semences » à l'INRA. Conséquences et questions pour
un institut de recherche publique 1999, OCL 6 x 2
: 165-8.
3 Voir Dronne Y, Quelques données de cadrage mondial
sur les protéines 1999, 6 x 6 : 466-76 et Sebillotte
M, Apports et utilisation de la prospective Protéines, 2002,
9 x 1 : 7-11.
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