ARTICLE
Libéralisation et mode de coordination
des agents : la suspension des transactions en
différé
Avant 1999, l'intervention de l'État permettait aux opérateurs
situés à des stades différents de la filière
(paysans et sociétés de commerce d'une part, exportateurs
et importateurs d'autre part) de s'engager dans des accords de coopération
durables, palliant ainsi certaines inefficacités du marché.
La libéralisation a entraîné un changement radical
du mode de coordination des agents qui sont maintenant contraints d'effectuer
l'ensemble de leurs transactions au comptant.
Évolution du mode d'organisation de la
filière
La production de cacao en Côte d'Ivoire s'est développée
dans le cadre d'une filière administrée où la Caisse
de soutien et de stabilisation des prix des produits agricoles (CSSPPA)
jouait un rôle central. Elle fixait en début de campagne
un prix garanti au producteur, identique sur l'ensemble du territoire,
et contrôlait la commercialisation extérieure des produits
à travers la distribution de quotas d'exportation aux exportateurs
agréés. La commercialisation intérieure était
assurée par le secteur privé mais l'ensemble des coûts
et des marges de commercialisation, depuis le prix d'achat bord champ
au producteur jusqu'au prix garanti à l'exportateur, était
fixé dans un barème. La Caisse percevait un prélèvement
variable, égal à la différence entre le prix de réalisation
à l'exportation et le coût de revient CAF (coût, assurance
et frêt) fixé dans le barème.
Ce système de stabilisation était à l'origine de
nombreuses inefficacités. D'une part, le mécanisme de stabilisation,
détourné de ses objectifs initiaux, a été
utilisé comme un instrument fiscal et la prédominance de
l'objectif de recette a conduit à maintenir le prix payé
au producteur à un niveau en moyenne très inférieur
au prix international. De plus, en dérogeant aux procédures
budgétaires habituelles, le système d'affectation des ressources
de la Caisse de stabilisation a introduit des facteurs supplémentaires
de déséquilibre et d'inefficacité dans l'utilisation
des ressources publiques [3, 4]. D'autre part, le mécanisme du
barème, dont certains postes étaient largement surestimés,
et le système de gestion des quotas d'exportation ont contribué
au développement de sociétés de commerce bénéficiant
de situation de rente.
Les premières réformes sont intervenues au début
des années 90 après la « guerre du cacao 1
». Ainsi, en 1990, les pouvoirs publics abandonnent l'objectif de
stabilisation pluriannuelle des prix mais la Caisse continue à
gérer un mécanisme de régulation des ventes à
l'exportation qui lui permet encore de fixer par avance, mais pour la
durée de la campagne seulement, l'ensemble des prix en amont de
la filière. Ce mécanisme de stabilisation intra-annuelle
repose sur un programme de ventes à l'exportation, le PVAM (Programme
de ventes anticipées à la moyenne), qui doit permettre de
vendre au prix moyen du marché, sans chercher à réaliser
un prix supérieur à la moyenne. Les droits d'exportation
(déblocages) sont, dans une première période, attribués
par la Caisse puis, à partir de mai 1996, mis aux enchères
auprès des exportateurs agréés. L'achat d'un déblocage
garantit un prix FOB (Free on Board) pour l'exportateur. Si le prix de
vente (prix d'exécution du contrat) excède le prix FOB garanti,
l'exportateur reverse la différence à la Caisse ; dans le
cas inverse, il bénéficie d'un soutien [5, 6].
Libéralisation et arrêt des transactions
différées
La libéralisation instaure un nouveau mode d'organisation de
la filière caractérisé, notamment, par l'apparition
d'acteurs privés d'envergure mondiale (ADM, Cargill). Ces groupes
cherchent à assurer leurs approvisionnements en s'implantant directement
dans les pays producteurs. Pour conquérir des parts de marché,
ils se livrent une forte concurrence à l'achat du produit, rendant
impossible, en l'absence d'un cadre juridique bien défini, le respect
des engagements à terme au stade de l'exportation et de la collecte.
* Transactions au stade de l'exportation
Avant 1999, l'État ivoirien, à travers la caisse de stabilisation,
jouait un rôle crucial en imposant une entente entre les exportateurs
privés pour la mise en marché du produit. Le mécanisme
de stabilisation (PVAM) permettait à l'exportateur, à travers
l'achat de droits d'exportation, de couvrir ses ventes et de s'engager
à terme vis-à-vis des acheteurs internationaux. Dans ce
système de vente à l'exportation, obligatoire pour tous
les exportateurs, la Caisse de stabilisation était garante du respect
des engagements pris par les exportateurs privés, de sorte que
le risque de contrepartie était considérablement réduit.
De fait, la Caisse était considérée sur le marché
international comme un intervenant fiable et pouvait vendre longtemps
à l'avance, parfois jusqu'à 18 mois avant la récolte
[5, 6].
Le contrôle des ventes prenait la forme d'une autorisation préalable
d'exportation avec vérification de la conformité du prix
obtenu au prix mondial et octroi d'un quota d'exportation. Le contrôle
du prix permettait de lutter contre la sous-facturation et le système
de gestion des quotas équivalait à un mécanisme de
caution solidaire, dans la mesure où il permettait de faire face
à la défaillance d'un exportateur. Cette intervention débouchait
sur la publication d'un prix indicatif au producteur annoncé en
début de campagne, dont la crédibilité était
assurée puisqu'il découlait du prix effectif de réalisation
à l'exportation.
Avec la libéralisation, les ventes anticipées se sont
effondrées en raison de l'importance du risque de non-livraison.
En effet, dans un système libéralisé, les exportateurs
peuvent être dans l'impossibilité de respecter leurs engagements
s'ils n'ont pas le produit en magasin au moment voulu ou en l'absence
de contrat à terme avec les producteurs. Or, dans un environnement
caractérisé par une forte concurrence à l'achat et
par la défaillance du système juridique, les exportateurs
sont dans l'impossibilité de sécuriser leurs approvisionnements
à travers des accords commerciaux avec les paysans. De fait, le
respect des engagements entre un exportateur et une multitude de petits
producteurs, ou de coopératives, tentés de vendre au plus
offrant, est aujourd'hui impossible à garantir.
* Transactions au stade de la collecte
La régulation des exportations par la Caisse favorisait aussi
l'émergence de relations de coopération, fondées
sur la confiance, entre paysans et sociétés de commerce.
Au stade de la collecte, la concurrence par les prix était fortement
réduite de même que les comportements opportunistes des paysans
et des sociétés de commerce, en l'absence d'un véritable
État de droit. Les paysans pouvaient alors, par un engagement contractuel
le plus souvent implicite avec une société de commerce,
accéder à certains biens pour lesquels le recours au marché
engendre des coûts de transaction prohibitifs, la transaction étant
dénouée à la récolte.
Le principal intérêt des producteurs pauvres à s'engager
dans une relation contractuelle avec une société industrielle
ou commerciale était d'avoir un accès plus facile à
un crédit de court terme. Le contrat fixait alors les conditions
d'accès et de remboursement du crédit fourni par la société
de commerce à travers le mécanisme des « avances en
brousse ». Le contrat entre paysans et sociétés de
commerce comporte des éléments proches du contrat commercial
à terme. Ce contrat, établi avant la récolte, fixe
les conditions de remboursement des emprunts et de vente du produit (prix,
qualité, quantité) et, éventuellement, les délais
de livraison. D'une façon générale, la société
se réserve le droit de refuser les produits de mauvaise qualité
ou de les déclasser. Cependant, ce type de contrat va au-delà
du simple contrat commercial dans la mesure où la répétition
des transactions et l'apport de crédit introduisent un élément
de coopération durable que l'on retrouve dans des filières
quasi intégrées [7].
En favorisant une vive concurrence entre les exportateurs, la libéralisation
a entraîné une augmentation importante du risque de défaut
des partenaires et l'arrêt des transactions différées
au stade de la collecte, en particulier du mécanisme de préfinancement
des achats de cacao. En raison du délai entre le moment où
le paysan s'engage vis-à-vis d'une société et la
récolte, la transaction est soumise à deux catégories
d'incertitude : une incertitude externe, liée aux variations exogènes
de l'offre (aléas climatiques) et des prix mondiaux, et une incertitude
interne, liée à l'effort inobservable des paysans qui peuvent
ainsi justifier leur absence de livraison. Ces deux sources d'incertitude
sont à l'origine d'asymétries informationnelles et de comportements
opportunistes de la part des paysans et des sociétés de
commerce. Ainsi, par exemple, en cas de chute des cours mondiaux, la société
de commerce, qui s'est engagée à acheter à prix fixe
la récolte des producteurs, sera tentée de ne pas respecter
ses engagements. Inversement, en cas de hausse des prix mondiaux, les
paysans sont incités à tricher en recherchant le meilleur
offreur.
D'une façon générale, au stade de la collecte comme
au niveau de l'exportation, la libéralisation pose le problème
essentiel du respect des engagements lorsque les institutions juridiques
sont défaillantes. On considère généralement
que le respect des engagements est assuré par les effets de réputation.
Or, le caractère répété des engagements n'assure
pas nécessairement l'émergence d'une solution coopérative
entre les agents car la menace de non-reconduction de l'engagement n'est
généralement pas crédible. De plus, dans les pays
en développement, les agents, notamment les pauvres, ont une préférence
élevée pour le présent, qui les pousse à ne
pas respecter leurs engagements.
Libéralisation et revenu des planteurs
Alors que les producteurs attendaient, pour la première campagne
libéralisée, une augmentation de leur pouvoir d'achat, leur
revenu a chuté de 50 % par rapport à la campagne précédente,
en raison principalement de la chute des cours mondiaux mais aussi de
la faible productivité des exploitations.
Chute des prix à la production
Les prix au producteur ont été divisés par deux
entre 1998/1999 et 1999/2000, passant d'une moyenne de 547 FCFA/kg à
275 FCFA/kg ; en valeur réelle, ces prix sont à leur plus
bas niveau depuis 1960. La chute des prix au producteur est la conséquence
de la baisse des cours mondiaux (figure)
que ne pouvait compenser la réduction des coûts et des marges
de commercialisation.
* Chute des cours mondiaux du cacao
La libéralisation de la filière ivoirienne, anticipée
dès le début de la campagne 1998/1999, a vraisemblablement
contribué de façon transitoire à la baisse des prix
mondiaux amorcée dès juin 1998. En novembre 1998, les premières
défaillances de certains exportateurs conduisent en effet le marché
à anticiper des disponibilités importantes. Ces anticipations
sont renforcées par les perspectives de libéralisation et
jouent dans le sens d'une baisse des cours. Fin 1999, les prévisions
de récolte ivoirienne révèlent un niveau de production
record tandis que la consommation mondiale régresse. Cette détérioration
des fondamentaux du marché accentue alors la chute des cours.
Par ailleurs, du fait de l'abandon du mécanisme de ventes anticipées,
les exportateurs ne peuvent bénéficier, en situation normale,
des reports de marché, ce qui a pu contribuer à la faiblesse
des prix de vente à l'exportation 2. Enfin, on peut
attendre de l'arrêt des ventes à terme une augmentation de
la variabilité intra-annuelle des cours liée aux fluctuations
saisonnières de la production ivoirienne, ce que semble montrer
la remontée des cours au premier semestre 2001.
* Efficacité accrue des circuits commerciaux
Le système d'incitation, qui résultait de l'administration
des coûts et marges de commercialisation intérieurs à
travers un barème, était considéré comme inefficace
et défavorable aux planteurs. En effet, l'État ne dispose
généralement pas des informations sur les opérateurs
privés qui lui permettraient d'établir ces prix à
leur niveau de concurrence. De plus, l'État peut, à travers
la fixation des coûts et marges de commercialisation, chercher à
favoriser les industriels et exportateurs au détriment des paysans.
Aujourd'hui encore, il semblerait que la tarification d'un certain nombre
de services imposés aux exportateurs (contrôle de qualité
à l'embarquement, certification des exportations, etc.) soit surévaluée
du fait de la situation de monopole de certains prestataires de services
[7].
Néanmoins, les paysans ont bénéficié, dès
la première campagne libéralisée, de la concurrence
introduite par de nouveaux opérateurs qui se sont engagés
dans une course au produit en pratiquant une surenchère sur les
prix d'achat des fèves. Les coûts de commercialisation intérieure
ont baissé de 35 % en valeur courante et en valeur réelle
sur la première campagne libéralisée 3.
Ils restent toutefois, en valeur réelle, à un niveau relativement
élevé. Ainsi, si l'on compare le niveau des coûts
de commercialisation en 1982 et 1999, années où le prix
mondial est au même niveau (520 FCFA/kg), on constate une forte
progression des coûts et marges des intermédiaires de la
filière (+ 71 %) au détriment des producteurs (- 8 %) et
de l'État (- 11 %).
* Élimination des opérateurs nationaux moins efficaces
La diminution des marges commerciales a entraîné l'éviction
des opérateurs nationaux les moins compétitifs. La capacité
des grands groupes à surenchérir s'explique à la
fois par des coûts de fonctionnement moins élevés
et par l'acceptation de marges plus faibles dans une stratégie
de conquête de marché.
Par rapport aux exportateurs traditionnels, les grands groupes bénéficient,
du fait de leur appartenance à des multinationales, d'économies
d'envergure notamment au niveau du fret. Ainsi, les sociétés
qui peuvent affréter leur propre cargo et transporter le cacao
en vrac réalisent des économies substantielles sur le fret.
Surtout, les frais financiers de ces nouveaux opérateurs sont considérablement
réduits par rapport à ceux des anciennes sociétés
de la place. D'une part, ils n'assurent pas de préfinancement de
leurs achats et paient le produit au comptant. D'autre part, les filiales
de multinationales ont la possibilité de mobiliser des financements
internes au groupe ou de se financer sur les marchés internationaux
de capitaux, ce qui réduit leurs frais financiers par rapport aux
opérateurs contraints de se financer auprès des banques
locales 4. Enfin, la transformation locale du cacao leur permet
de bénéficier d'avantages fiscaux et d'un droit de sortie
à taux réduit sur les produits semi-transformés.
Ces avantages ainsi que la nécessité d'approvisionner les
usines incitent les industriels à pratiquer des prix d'achat plus
élevés.
Faible productivité des exploitations
La productivité des exploitations dépend étroitement
des soins apportés aux plantations et notamment des traitements
phytosanitaires effectués. Or, au début de la campagne 2000/2001,
avant les troubles socio-politiques qui ont marqué le pays, les
planteurs avaient employé moins de main-d'uvre saisonnière
et réduit les traitements phytosanitaires, ce qui a contribué
à la baisse des rendements [8]. Le premier traitement des cacaoyers,
déterminant pour le rendement futur et qui a lieu normalement en
juillet-août, a été particulièrement affecté.
Ce phénomène peut être mis en relation avec la chute
des revenus sur deux campagnes consécutives et avec les difficultés
d'accès au crédit des planteurs.
Les planteurs, notamment les pauvres, sont soumis à une forte
contrainte de liquidités en raison de leur faible niveau de revenu
et d'un accès aujourd'hui plus limité aux circuits de crédit
faute de collatéraux et d'une offre de crédit adéquate
: la Banque nationale de développement agricole a été
liquidée, l'activité du Crédit mutuel reste limitée
et le crédit de campagne s'est effondré.
La productivité des plantations et la qualité des fèves
dépendent aussi de la diffusion des nouvelles technologies et du
conseil agricole. Or, la dégradation des services publics d'encadrement
liée aux difficultés financières de l'État
ainsi que l'impuissance des pouvoirs publics à garantir le respect
de normes de qualité pour les intrants agricoles contribuent à
la mauvaise qualité des intrants disponibles et à la faiblesse
des rendements 5. Face à ces défaillances de
l'État, les sociétés privées de commercialisation
ne peuvent prendre le relais que si elles sont assurées de bénéficier
des retombées positives de leur investissement dans le conseil
agricole ou la fourniture d'intrants. Cela supposerait qu'elles soient
en mesure de contrer les comportements opportunistes des paysans en disposant
d'une situation de monopole sur leur zone de collecte 6 ou
en intégrant l'activité de production.
Vulnérabilité des paysans face
au risque de revenu
Les planteurs, qui n'avaient jamais connu d'autre situation que celle
d'un prix unique et stabilisé, se trouvent aujourd'hui confrontés
à un phénomène nouveau : l'instabilité intra-annuelle
des prix du cacao. En l'absence de tout système d'assurance, les
paysans et notamment les pauvres n'ont que très peu de moyens de
se protéger des conséquences néfastes du risque engendré
par l'instabilité des prix. Ils sont dès lors incités
à diversifier leurs productions et contraints de réduire
leurs dépenses de consommation courante en période de soudure.
Exposition accrue au risque de revenu
Malgré la mise en place d'un système d'information sur
les prix assuré par les médias, le PRIMAC (Programme d'information
sur les marchés du café-cacao), les paysans sont peu ou
mal informés de l'évolution des marchés locaux et
internationaux 7. De plus, le cacao ne pouvant être conservé
sur l'exploitation, les planteurs ne peuvent jouer sur les stocks pour
réguler leur offre en fonction de leurs anticipations de prix.
Ils ne sont donc pas en mesure de tirer profit de hausses futures des
prix et sont contraints de vendre dès la récolte.
Surtout, les producteurs de cacao ont été confrontés
à la gestion des risques de prix et de revenu dans un contexte
particulièrement défavorable, caractérisé
par la succession de deux années de très bas prix, qui a
conduit à un tarissement de leur épargne. Face à
cet épuisement de leurs réserves, les ménages n'ont
pu se tourner vers les circuits formels de crédit qui restent peu
actifs en zone rurale, voire inexistants dans certaines régions.
Mais la libéralisation a également eu des conséquences
directes sur l'accès des ménages aux circuits informels
du crédit.
D'une part, la libéralisation a entraîné l'arrêt
du système de préfinancement des achats de cacao par les
exportateurs. Les paysans qui pouvaient ainsi bénéficier
d'un crédit de quelques semaines, pour financer certaines de leurs
dépenses courantes avant le début de la campagne, ont été
pénalisés par la suspension de cette forme de crédit
8. Dans la structure actuelle du marché, ils ne peuvent pas
non plus espérer, à travers un engagement contractuel avec
une société de commercialisation, transférer le risque
de prix à l'opérateur commercial. Le risque de défaut
du paysan est actuellement trop grand pour qu'une société
s'engage, avant la récolte, à acheter le produit à
un prix fixé à l'avance.
D'autre part, le risque de prix a entraîné une raréfaction
des sources de crédit traditionnelles en milieu rural : famille,
amis, commerçant local, etc. En effet, dans le système de
prix stabilisés, le revenu futur de l'emprunteur pouvait être
assez facilement évalué, et sa variabilité, essentiellement
due aux aléas climatiques, était suffisamment faible pour
permettre de sécuriser le prêt. En entraînant une dévalorisation
du collatéral que représente la récolte future de
cacao, l'instabilité intra-annuelle des prix a eu pour conséquence
une réduction de l'offre de crédit 9.
Risque de consommation et diversification de
la production
Ainsi, en l'absence d'épargne, de mécanisme d'assurance
et d'un système de crédit développé, le risque
de revenu s'est répercuté sur la consommation des ménages,
engendrant une contraction de la dépense, notamment des dépenses
d'éducation, en période de soudure. Bien évidemment,
les producteurs les plus pauvres sont plus particulièrement affectés.
De fait, une réduction sensible de certaines dépenses courantes
de consommation a pu être constatée au troisième trimestre
2000. Les dépenses de scolarité, qui interviennent normalement
en septembre, avant le début de la campagne cacaoyère, sont
particulièrement touchées et les retards de scolarisation
ont été nombreux lors de la dernière rentrée.
Il en résulte aussi un changement sensible du comportement des
producteurs qui investissent moins dans leurs plantations et cherchent
à diversifier leurs sources de revenu. Les producteurs de cacao
se sont engagés dans des processus de diversification de leurs
sources de revenu ou ont renforcé des stratégies déjà
amorcées dans les années 90. Ils investissent notamment
dans l'hévéa qui présente l'avantage de fournir des
revenus certes plus faibles que ceux du cacao mais échelonnés
tout au long de l'année. Dans les zones favorables, ils investissent
également dans le palmier à huile. Malgré un coût
d'investissement et un délai de production importants pour ces
cultures pérennes, les producteurs considèrent que leurs
revenus sont plus sûrs 10.
Au total, plusieurs facteurs peuvent expliquer la chute de la production
de cacao en 2000/2001, chute estimée à environ 300 000 tonnes,
parmi lesquels le faible niveau des prix et le risque de revenu jouent
un rôle important. Outre une mauvaise pluviométrie et un
contexte socio-politique hostile aux exploitants immigrés, les
paysans à court d'épargne et n'ayant pas accès au
crédit ont moins investi dans leurs plantations.
Libéralisation et redistribution publique
Compte tenu de l'importance de la contribution de la filière
cacao au budget de l'État ivoirien et du lien étroit, en
longue période, entre le niveau des ressources publiques et l'offre
de biens publics, le prélèvement sur la filière cacao
est un élément important du financement des biens publics.
La structure et le niveau du prélèvement sur la filière
cacao sont eux-mêmes étroitement liés à son
mode d'organisation.
Fiscalité sur les exportations
Les taxes sur les produits exportés demeurent une source essentielle
de recettes publiques, tandis que la fiscalité sur les bénéfices
des sociétés de commerce et de transformation reste relativement
faible.
Jusqu'en 1985, le droit unique de sortie (DUS) représentait une
faible part du prélèvement total opéré sur
la filière, qui consistait principalement en des prélèvements
de la Caisse de stabilisation. Ces derniers sont devenus négligeables
à partir de 1990, du fait de l'abandon de l'objectif de stabilisation
inter-annuelle des prix. Le DUS, supprimé entre 1989 et 1993 à
la suite de la baisse des cours mondiaux, a été réintroduit
en 1994 au moment de la dévaluation du franc CFA et fixé
à un niveau élevé (200 FCFA/kg) 11. Il
est, depuis, fortement corrélé avec la valeur du prix mondial
exprimé en FCFA 12, de sorte que le montant du prélèvement
total sur les exportations de cacao, pour un même prix international,
n'a pas sensiblement changé depuis l'abandon de la stabilisation
des prix.
Cette stratégie de maintien d'un niveau élevé de
prélèvement à l'exportation se justifie par la place
dominante de la Côte d'Ivoire sur le marché mondial. De ce
fait, l'incidence de la taxe à l'exportation est en grande partie
supportée par les consommateurs étrangers. Ainsi, comme
cela a pu être observé en 1999 13, une baisse
du DUS profiterait vraisemblablement davantage aux consommateurs étrangers,
sous forme d'une baisse du prix international, qu'aux producteurs ivoiriens.
Redistribution et offre de biens publics
Certaines formes d'intervention sur les prix peuvent être souhaitables
du point de vue de l'équité si elles bénéficient
aux pauvres. C'est le cas, en principe, des politiques de stabilisation
des prix qui doivent permettre d'accroître le bien-être des
plus pauvres dont l'aversion au risque est plus grande et les moyens de
protection contre le risque particulièrement limités. C'est
aussi le cas de la péréquation spatiale des prix dont on
attend un effet positif sur le revenu des paysans pauvres. En allant à
l'encontre d'une spécialisation régionale, la péréquation
des prix est inefficace mais la fixation d'un prix unique sur l'ensemble
du territoire constitue un instrument de redistribution au profit des
paysans les plus éloignés des marchés qui sont généralement
ceux des régions les plus pauvres.
Ces deux formes d'intervention, péréquations spatiale
et temporelle des prix, peuvent donc être considérées
comme des instruments de redistribution à travers le système
des prix, au bénéfice des plus pauvres. Bien évidemment,
un système de subventions directes au profit des pauvres et aussi
forfaitaires que possible serait préférable du point de
vue de l'efficacité, car n'interférant pas avec les mécanismes
de marché. Cependant, compte tenu de la situation des finances
publiques de la Côte d'Ivoire, de la capacité administrative
et des coûts d'administration, un tel système n'est pas envisageable
actuellement.
Par ailleurs, la politique de prix garantis et stabilisés telle
qu'elle a été pratiquée en Côte d'Ivoire jusqu'à
la fin des années 80 peut être considérée comme
un système de redistribution des producteurs de cultures de rente
(principalement café, cacao et coton) au profit des classes urbaines
(fonctionnaires, employés des sociétés publiques,
etc.). Cependant, malgré l'importance des prélèvements
publics sur les cultures de rente, la politique de prix a certainement
constitué un facteur de cohésion sociale entre groupes sociaux
et régions différentes. Ainsi, les prélèvements
sur l'agriculture d'exportation ont servi à financer une politique
de rééquilibrage en faveur du Nord, d'importantes infrastructures
publiques, aussi bien en zone urbaine que rurale, ainsi qu'un système
éducatif développé.
Libéralisation et participation des planteurs
pauvres
Les mesures d'accompagnement de la libéralisation prévoyaient
la restructuration et le renforcement du mouvement coopératif ainsi
que la participation des paysans au processus de décision dans
la filière cacao. Ces mesures devaient notamment permettre aux
paysans de faire prévaloir leurs intérêts dans la
définition de la politique cacaoyère en renforçant
leur pouvoir de négociation vis-à-vis des sociétés
de commerce et de l'administration.
Affaiblissement du mouvement coopératif
dans le secteur cacao
La libéralisation devait s'accompagner du renforcement du rôle
des organisations de producteurs pour leur permettre d'intervenir jusqu'à
l'exportation du produit. La transformation des GVC (Groupement villageois
à vocation coopérative) en coopératives était
une première étape de ce processus qui devait permettre
d'assainir les groupements existants en leur imposant de nouveaux modes
d'organisation et de gestion 14. Il s'avère en fait
que la libéralisation a entraîné une réduction
sensible du rôle des nouvelles coopératives : la part des
produits collectés par les GVC et coopératives est estimée
à 25 % sur la campagne 1999/2000 contre 32 % en 1998/1999 [9].
Cette réduction de l'activité des coopératives
est en grande partie imputable à leurs difficultés de financement
qui les ont conduit à développer leurs achats à crédit
auprès des paysans (ils passent de 15 % en 1998/1999 à 32
% en 1999/2000) alors que, dans le même temps, les achats à
crédit effectués par le secteur privé baissaient
de 6 à 2 %. Le délai de paiement des producteurs par la
coopérative est en général de plusieurs jours, le
temps que celle-ci livre son produit au magasin de l'exportateur ou à
l'usine. L'exportateur, lui, paie comptant à la livraison, à
la coopérative ou au traitant.
Le mouvement coopératif reste donc largement minoritaire parmi
les producteurs de cacao 15 et a été plutôt
affaibli par la libéralisation. En effet, en l'absence de fonds
propres et d'accès au crédit bancaire, les coopératives,
contraintes d'acheter à crédit dans un contexte où
toutes les transactions s'effectuent au comptant et où les paysans
ont un besoin pressant de liquidités, voient leurs parts de marché
diminuer. De plus, les nouveaux opérateurs commerciaux tendent
à pratiquer une politique de prix discriminante vis-à-vis
des groupements de producteurs. Par le passé, l'exportateur accordait
une prime à la coopérative en rémunération
des services de collecte, ce qui ne semble plus être le cas aujourd'hui
; bien souvent, le prix payé à la coopérative au
stade entrée usine n'est pas différent du prix payé
au paysan.
Risque d'exclusion des pauvres
En traitant avec des groupements de producteurs, les firmes devraient
pouvoir réduire significativement leurs coûts de fonctionnement
(coûts de négociation d'un nombre plus réduit de contrats,
de surveillance, de collecte des produits et de fourniture de biens et
services annexes) et devraient donc être incitées à
encourager leur développement. Cependant, les organisations paysannes
peuvent aussi être perçues comme une menace par les sociétés
de commerce, voire par l'État lui-même, dès lors qu'elles
sont susceptibles de négocier collectivement, voire d'évoluer
vers un mouvement syndical et de constituer une force organisée.
Le risque est aussi que les paysans pauvres soient marginalisés
dans les relations sociétés de commerce/planteurs. L'expérience
montre en effet que les sociétés de commerce préfèrent
contracter avec un nombre réduit de grands cultivateurs plutôt
qu'avec un grand nombre de petits paysans [10].
D'une façon générale, une société
privée de commerce ou de transformation à la recherche du
profit maximum préférera traiter avec les paysans les plus
aisés, qui sont généralement les plus proches des
axes de communication, disposant de grandes exploitations et d'un bon
niveau d'éducation. L'intérêt de la firme est en effet
de traiter avec un nombre limité de grands producteurs afin de
réduire les coûts de négociation des contrats mais
aussi les coûts fixes associés à la fourniture de
certains produits et services : crédit, intrants, conseil technique,
encadrement, etc. Les grandes exploitations ont pour autre avantage d'offrir
une production plus importante et de qualité homogène.
Par ailleurs, le risque de défaut d'un paysan (non-remboursement
du crédit ou non-livraison des produits) est généralement
plus faible pour un paysan disposant d'un capital d'exploitation important.
Compte tenu de la difficulté pour une société, et
notamment une société étrangère, de sanctionner
les paysans qui ne respectent pas leurs engagements, elle préférera
donc traiter avec ceux qui présentent davantage de garanties. De
même, on s'attend à ce que les paysans les plus riches soient
aussi ceux dont le niveau d'éducation est le plus élevé.
Leur plus grande capacité à adopter de nouvelles technologies
permettra alors à la firme de réduire ses coûts de
vulgarisation, d'encadrement et de contrôle.
Enfin, les sociétés sont souvent réticentes à
s'engager dans des activités autres que la commercialisation et
la transformation des produits. Or les petits producteurs sont ceux qui
ont le plus de difficultés à accéder aux marchés
et, par conséquent, ce sont ceux qui demandent à la firme
le plus d'intrants, de capital et de services d'assistance par unité
de produit [11]. Les coûts associés aux activités
de crédit, de distribution d'intrants et d'assurance sont généralement
élevés et les firmes peuvent avoir des difficultés
à les répercuter en intégralité sur les paysans.
Cela impliquerait en effet que la firme puisse offrir un contrat différent,
et donc des prix différents, à chaque cultivateur en fonction
de ses besoins spécifiques en intrants et en services annexes.
Il en résulterait alors une augmentation des coûts de gestion
et de surveillance de l'ensemble des contrats. De ce fait, les firmes
préféreront se décharger de ces activités
en traitant, par exemple, avec des paysans relativement aisés qui
ont accès aux circuits formels de crédit.
Face à ce risque d'exclusion des plus pauvres, l'organisation
des paysans en groupements de producteurs peut constituer une réponse
souhaitable du point de vue à la fois de l'efficacité et
de l'équité.
* Ce travail s'appuie sur les résultats d'une étude financée
par le ministère des Affaires étrangères français.
Bien entendu, les commentaires et analyses développés n'engagent
que leurs auteurs.
Notes :
1 Entre juillet 1987 et octobre 1989, la Côte d'Ivoire
a suspendu ses exportations de cacao dans le but de faire pression sur
les cours mondiaux. Cette initiative de manipulation du marché
mondial s'est soldée par un échec et par la mise en place
d'une série de réformes.
2 MacIntire et Varangis [5] ont montré que la Côte
d'Ivoire a bénéficié d'une prime de terme de 1985
à 1995 environ, résultat qui va dans le sens de simulations
montrant que le gain potentiel tiré des primes sur les ventes à
terme n'est pas négligeable [6].
3 Résultats qui rejoignent ceux du BNETD. Parmi les
différents intervenants dans la commercialisation, il semblerait
que les collecteurs (traitants et pisteurs) soient en position de force
vis-à-vis des exportateurs et que des producteurs aient réussi
à maintenir leur marge, voire à l'augmenter au cours de
la première campagne libéralisée.
4 À partir de la campagne 1998/1999, suite à
de nombreux impayés, les banques locales exigent une plus grande
surface financière de la part des exportateurs et acceptent de
ne financer que les exportateurs adossés à des maisons de
négoce internationales tandis que le deuxième passage, en
décembre-janvier, qui se situe après le début de
la campagne, est moins touché.
5 Une défaillance classique du marché des intrants
découle des asymétries informationnelles entre vendeurs
et acheteurs sur la qualité et la pertinence agronomique des intrants
échangés. Ainsi, il est possible que des phénomènes
de sélection contraire se manifestent, entraînant la disparition
du marché des intrants de bonne qualité et une augmentation
du prix des intrants disponibles [12].
6 C'est le cas de certaines sociétés cotonnières
dans des pays d'Afrique de la zone franc.
7 Le PRIMAC diffuse seulement le prix moyen du jour précédent
sur le marché de New York et de Londres et ne fournit aucune information
sur les conditions locales du marché, autrement dit sur les écarts
de prix entre le marché mondial et les principaux centres de collecte.
Il en résulte souvent une incompréhension des paysans qui
ne voient pas le lien entre le prix affiché par le PRIMAC et le
prix qui leur est offert.
8 Une étude réalisée par le BNETD en
1997/1998 auprès de 336 planteurs dispersés sur l'ensemble
de la zone de production montrait que 12 % d'entre eux avaient contracté
des crédits auprès des acheteurs de cacao en 1996/1997 et
15 % auprès d'autres producteurs, parents ou amis.
9 Rappelons qu'en Côte d'Ivoire, du fait de l'absence
d'un véritable marché foncier, la terre n'a pas valeur de
collatéral et ne facilite pas l'accès des propriétaires
fonciers au crédit. Aussi, le produit (la récolte sur pied)
était-il le principal collatéral à l'octroi d'un
crédit.
10 On estime à 30 000 les producteurs concernés
par la culture de l'hévéa et du palmier à huile.
11 À ce prélèvement sur les exportations
de fèves de cacao s'ajoutent un droit d'enregistrement fixé
à 2,3 % du prix CAF d'enregistrement payable au guichet unique
et une redevance de 5 FCFA/kg, en 2000, perçue par la Caisse.
12 Le coefficient de corrélation entre les variations
du DUS et celles du prix mondial exprimé en FCFA est de 82 % sur
la période 1990/2000.
13 La réduction du DUS de 150 à 125 FCFA/kg
en début de campagne 1999/2000 a été immédiatement
suivie d'une baisse équivalente du prix international.
14 La loi sur les coopératives, votée en décembre
1997, a pris effet en 1998, mais les GVC avaient jusqu'à la fin
2000 pour se mettre en conformité avec cette nouvelle loi.
15 Les planteurs de café et cacao sont regroupés
dans une demi-douzaine d'organisations syndicales ou professionnelles.
La plus importante est l'APROCACI (Association des producteurs de café
et de cacao) ; elle est principalement implantée au centre et à
l'est du pays et regroupe 26 000 planteurs et 12 coopératives,
soit seulement 5 à 6 % de la production nationale.
CONCLUSION
Les résultats des deux premières campagnes libéralisées
tendent à montrer qu'en permettant l'entrée de nouveaux
opérateurs sur le marché ivoirien, la libéralisation
a été à l'origine de gains d'efficacité au
niveau de la commercialisation du cacao. Néanmoins, du fait de
la part relativement faible des coûts de commercialisation dans
le prix d'exportation, on ne pouvait attendre de la réduction de
ces coûts une amélioration importante des prix payés
aux producteurs, de sorte que le revenu des planteurs s'est fortement
détérioré à la suite de la chute des cours
mondiaux. En raison de la position dominante de la Côte d'Ivoire
sur le marché international, une réduction du prélèvement
public, qui demeure substantiel, ne pouvait permettre d'augmenter significativement
le prix au producteur, l'incidence du prélèvement étant
largement reportée sur les consommateurs étrangers.
La libéralisation a eu des conséquences importantes sur
le mode de coordination des agents au sein de la filière. En l'absence
d'un cadre juridique garantissant le respect des contrats, la libéralisation
a entraîné une forte aggravation du risque de défaut
des paysans vis-à-vis des exportateurs et de ces derniers vis-à-vis
des acheteurs internationaux. La perte de confiance des opérateurs
a eu pour conséquence l'arrêt des transactions en différé
et l'impossibilité de fixer par avance les prix aux producteurs.
Il en résulte une plus grande vulnérabilité des paysans
dont le risque de revenu est fortement accru et dont les moyens de protection
sont très limités en l'absence de mécanismes d'assurance
et de crédit alternatifs. Les paysans ont été contraints
de réduire certaines dépenses de consommation, notamment
d'éducation, et d'exploitation. Ils ont aussi été
incités à diminuer leur offre de cacao et à développer
des stratégies de diversification de leurs sources de revenu. Enfin,
la libéralisation s'est accompagnée d'un moindre rôle
des coopératives dans la commercialisation du cacao tandis que
les modalités de la participation des paysans à une autorité
de régulation de la filière restent floues.
Le nouvel équilibre créé par libéralisation
apparaît donc plus défavorable aux pauvres et est de ce fait
probablement moins efficace. Face à l'incomplétude des réformes
qui visaient essentiellement un objectif d'efficacité économique,
il apparaît particulièrement important de s'attacher à
mettre en place les institutions nécessaires à un meilleur
fonctionnement des marchés et/ou des politiques redistributives
au profit des pauvres.
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la croissance et le développement ? Rev Économie Dévelop,
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d'Ivoire : une étude cas du syndrome néerlandais. Rev
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des modes d'organisation des filières agro-alimentaires dans la
lutte contre la pauvreté : les filières cacao et coton.
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paraître).
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10. GOLDSMITH A (1985). The private sector and rural development:
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