ARTICLE
Biodisponibilité des protéines végétales
L'aptitude d'une protéine alimentaire à assurer les besoins
de l'organisme se décompose en deux étapes. La première
est la biodisponibilité de la protéine, c'est-à-dire
la proportion d'acides aminés qui après digestion et absorption
devient accessible aux phénomènes métaboliques. La
seconde est l'efficacité avec laquelle les acides aminés
ainsi mis à disposition sont utilisés pour répondre
aux besoins spécifiques de l'organisme. La biodisponibilité
est un facteur important de la valeur nutritionnelle des protéines
[1]. Elle est relative à la sensibilité des protéines
à l'hydrolyse enzymatique et à l'efficacité de l'absorption
des acides aminés et peptides libérés. La biodisponibilité
est le plus souvent étudiée à travers la mesure de
digestibilité des protéines. D'autres facteurs tels que
la vitesse de libération et de distribution métabolique
des acides aminés caractérisent également la biodisponibilité.
La mesure de la digestibilité in vitro est un modèle
de détermination de la sensibilité des protéines
à l'hydrolyse enzymatique, première étape clef de
la mise à disposition des acides aminés. Cette approche
peut permettre de mettre en évidence des altérations de
la biodisponibilité de certaines protéines, par exemple
lors de traitements technologiques. Cependant, la complexité des
interactions in vivo avec le milieu étant occultée,
cette méthode ne permet ni de comparer des protéines d'origines
différentes ou nouvelles ni de quantifier réellement la
biodisponibilité, en particulier chez l'homme [2, 3]. In vivo,
la digestibilité est le plus communément estimée
en calculant la proportion d'azote ingérée par des rats
qui n'est pas retrouvée dans les fèces. Cette digestibilité
fécale apparente est le plus souvent corrigée pour tenir
compte de la présence d'azote qui ne provient pas du repas mais
des sécrétions « endogènes » d'azote. On
parle alors de digestibilité fécale vraie. Cette méthode
préconisée par la FAO et l'OMS [4, 5] est une méthode
biologique, relativement accessible techniquement, rendant compte des
aptitudes des protéines à être digérées
et absorbées par l'organisme. Les mesures de digestibilité
fécale vraie chez le rat semblent se corréler assez bien,
sauf exception, avec les mesures effectuées chez l'homme, mais
cette méthode pourrait cependant surestimer la digestibilité
chez l'homme [2, 6]. La correction par la quantité d'azote endogène
est réalisée soit en prenant pour valeur la quantité
d'azote excrétée par les animaux soumis à un régime
protéiprive, soit par régression sur les données
d'excrétion d'azote d'animaux soumis à différents
niveaux d'apports protéiques. Ainsi cette correction ne tient compte
que partiellement du fait que les sécrétions endogènes
sont modulables par l'apport alimentaire [7]. De nombreuses méthodes
ont été proposées visant à distinguer directement
dans l'azote excrété la part alimentaire de la part endogène.
Les plus fiables sont celles qui utilisent des isotopes stables, le plus
souvent l'isotope stable de l'azote (15N), afin de « marquer
» soit la fraction endogène (en enrichissant l'organisme en
15N), soit la fraction alimentaire (à l'aide de protéines
enrichies en 15N). Ces deux méthodes ont été
utilisées chez l'animal [8, 9] et chez l'homme [10-13]. Cependant,
la méthode par marquage des sécrétions endogène
à l'aide de [15N]-leucine a montré d'importantes
limites [14, 15], alors que l'utilisation de protéines intrinsèquement
marquées semble être actuellement la méthode la plus
fiable [16]. Enfin, les acides aminés qui entrent dans le côlon
et qui ne sont pas excrétés dans les fèces sont consommés
par la flore bactérienne et donnent lieu à une production
d'ammoniaque et d'autres produits azotés qui sont alors absorbés.
Ainsi la digestibilité fécale reflète mal la biodisponibilité
métabolique réelle des acides aminés alimentaires.
C'est pourquoi la mesure de la digestibilité iléale est
souvent un meilleur marqueur de la biodisponibilité des acides
aminés constitutifs de la protéine testée [17, 18].
Toutefois, cette mesure s'effectue chez l'animal à l'aide de techniques
chirurgicales assez lourdes [8, 19] ou chez l'homme, auprès de
personnes ayant subi une iléostomie [20, 21] ou à l'aide
de volontaires, en utilisant des sondes à plusieurs lumières
descendant dans l'iléon [10, 22].
Le tableau 1 présente
des valeurs de digestibilité de plusieurs protéines végétales.
En général, la biodisponibilité des protéines
végétales dans leur forme naturelle est plus faible que
celle des protéines animales. Dans certaines formes natives, elle
est très réduite. Cette réduction de biodisponibilité
est essentiellement liée à la présence de certains
facteurs antinutritionnels [23]. En effet, certaines substances réduisent
l'accessibilité des protéines à l'hydrolyse enzymatique
(par exemple les tanins) ou l'action enzymatique (comme les inhibiteurs
d'enzymes). Ce problème se résout en grande partie lors
de la préparation alimentaire ou du procédé technologique
mis en uvre qui est le plus souvent un prérequis à
la consommation des protéines végétales. En particulier,
les inhibiteurs trypsiques, souvent présents dans les légumineuses
et particulièrement abondants, dans la graine de soja, sont facilement
détruits par un traitement thermique adéquat. Le traitement
technologique peut réduire la teneur en agents antinutritionnels,
mais également augmenter la sensibilité des protéines
à l'hydrolyse enzymatique en les dénaturant partiellement
(traitement thermique) ou en facilitant l'accès (finesse du broyage).
Si ces traitements sont correctement appliqués, la digestibilité
des protéines végétales peut être très
élevée. Par exemple, la digestibilité de farine de
soja est assez faible, alors qu'un isolé de soja présente
généralement une digestibilité haute chez le rat
et chez l'homme. La digestibilité oro-iléale vraie chez
l'homme d'un isolé de soja s'élève à 91-92
%, valeur légèrement inférieure aux 95 % atteints
par des protéines de lait [24, 25] et équivalente à
celle des protéines d'uf [12]. Par opposition, certains traitements
technologiques peuvent réduire fortement la biodisponibilité
des protéines végétales. C'est le cas d'un isolé
de soja soumis à un traitement alcalin intense, mais ceci n'est
pas propre aux protéines végétales (voir tableau
1 et [26]). Au final, les protéines végétales
étant le plus souvent consommées sous des formes transformées,
ce sont les conditions de transformations qui façonnent leur biodisponibilité.
Les progrès technologiques permettent souvent d'élaborer
un traitement technologique propre à optimiser la biodisponibilité
mais, parfois, la valeur nutritionnelle n'étant pas toujours la
première recherchée, d'autres contraintes (par exemple relatives
aux propriétés technologiques ou sensorielles, ou au coût
de fabrication) limitent ces possibilités d'optimisation.
Enfin, il subsiste un certain nombre d'incertitudes concernant la biodisponibilité
des protéines végétales. Comme nous l'avons vu plus
haut, la plupart des données de biodisponibilité sont des
résultats de digestibilité fécale, approximativement
corrigés pour les pertes endogènes. Nous avons évoqué
jusqu'ici la digestibilité de l'azote alimentaire d'un point de
vue global. Or, la digestibilité individuelle des acides aminés
peut varier autour de la digestibilité globale de l'azote [15].
Pour les protéines végétales, la biodisponibilité
de certains acides aminés généralement limitants
(tout particulièrement les acides aminés soufrés
et la lysine) est un paramètre tout particulièrement sensible
sur lequel peu de données sont disponibles. En effet, indépendamment
de la digestibilité totale de l'azote, une diminution de la digestibilité
de l'acide aminé limitant peut survenir et est susceptible d'avoir
des répercussions critiques sur la valeur nutritionnelle [27-29].
En modifiant le profil des acides aminés mis à disposition,
en particulier en provoquant ou en modulant une déficience en un
acide aminé, cette modification qualitative de la biodisponibilité
est susceptible d'avoir des répercutions majeures sur l'utilisation
métabolique des acides aminés. L'obtention de telles données
peut permettre de caractériser plus finement la biodisponibilité
des protéines et d'expliquer des modifications d'utilisation biologique.
Malheureusement, les problèmes méthodologiques de détermination
de la digestibilité de l'azote se posent de manière plus
cruciale encore quand il s'agit de digestibilité des acides aminés
[15, 30].
Utilisation métabolique et valeur biologique
des protéines végétales
La qualité nutritionnelle des protéines alimentaires correspond
à leur capacité à couvrir les besoins en azote et
en acides aminés pour assurer la croissance et l'entretien des
tissus. On considère classiquement que le besoin nutritionnel en
protéines est constitué de trois composantes :
- le besoin en acides aminés strictement indispensables dans
toutes les situations (histidine, isoleucine, leucine, lysine, méthionine,
phénylalanine, thréonine, tryptophane, valine) ;
- le besoin en acides aminés conditionnellement indispensables
dans certaines situations physiologiques ou pathologiques (cystine, tyrosine,
taurine, glycine, arginine, glutamine, proline) ; - le besoin non spécifique
d'azote pour la synthèse des acides aminés non nutritionnellement
indispensables (acide aspartique, asparagine, acide glutamique, alanine,
sérine) et des autres composés azotés de l'organisme.
Une fois mis à disposition, les acides aminés composant
la protéine ingérée sont utilisés par l'organisme
pour satisfaire ses besoins. Les mesures des réponses de croissance
pondérale de rats soumis à un régime contenant la
protéine testée ont été pendant longtemps
la référence de mesure de l'efficacité de cette utilisation.
Cette mesure n'explicite pas la part relative de la biodisponibilité
et de l'efficacité d'utilisation métabolique et reste une
mesure globale peu explicative. Au contraire, les mesures de bilan azoté
chez le rat, chez d'autres animaux ou chez l'homme permettent, une fois
la digestibilité établie, de connaître la part de
l'azote absorbé qui est retenue par l'organisme, c'est- à-dire
la valeur biologique. Chez le rat, il est maintenant établi de
manière consensuelle que les besoins en acides aminés ne
sont pas identiques à ceux de l'homme [4, 31]. Ceci est d'autant
plus vrai que l'homme, jeune ou adulte, a essentiellement des besoins
d'entretien alors que le rat est en croissance. Chez l'homme, c'est avec
la méthode du bilan azoté qu'ont été obtenus
la plupart des résultats in vivo disponibles concernant
l'efficacité avec laquelle les différentes protéines
sont utilisées. Cette méthode est intéressante parce
qu'elle est directe et réalisée in vivo chez l'homme.
Néanmoins, sa sensibilité est altérée par
les phénomènes d'adaptation protéique qui interviennent
lorsque l'homme est soumis à un régime dont la seule source
protéique est la protéine testée [32].
Il est généralement accepté que la valeur nutritionnelle
des protéines alimentaires dépend en première analyse
de leur teneur en chacun des acides aminés strictement indispensables.
Si le profil est déséquilibré, l'acide aminé
(« limitant ») présent en moindre quantité limite
l'utilisation des autres acides aminés pour la synthèse
de protéines et augmente l'oxydation irréversible des acides
aminés. Sur cette base, il a été proposé de
juger de la qualité des protéines à partir de leur
composition en acides aminés. En ce qui concerne le nouveau-né,
la référence reste la composition du lait maternel. Pour
l'enfant comme pour l'homme, le profil idéal de composition en
acides aminés est actuellement calculé à partir de
l'estimation des besoins de l'homme en acides aminés. L' «
indice chimique » est calculé en faisant le rapport, pour
chaque acide aminé indispensable, de sa concentration dans la protéine
étudiée sur sa concentration dans le profil de référence.
Le plus faible des rapports est l'indice retenu. Si cette méthode
a pour intérêt principal de décrire le facteur premier
de variation de la valeur biologique de manière assez facile et
peu onéreuse, elle a l'inconvénient d'être intimement
liée à l'estimation des besoins en acides aminés
qui reste un sujet de controverse [33-35]. Par ailleurs, la méthode
est simplificatrice car elle ne tient compte que de l'acide aminé
limitant et non de l'ensemble des rapports relatifs des acides aminés
entre eux [36]. Techniquement, le dosage des acides aminés, et
en particulier des acides aminés soufrés et du tryptophane,
pâtit de variations inter-laboratoires conséquentes [37].
Plus fondamentalement, il est maintenant établi que l'organisme
fait montre d'une large capacité d'adaptation autour de variations
d'apports [38] et que la prédiction de la valeur biologique d'une
protéine par l'analyse chimique de sa composition en acides aminés
est une approche réductrice. En couplant la digestibilité
(fécale, chez le rat) à l'indice chimique, la FAO a proposé
un indice officiel, nommé PDCAAS (Protein digestibility corrected
amino acid score) [5]. Celui-ci se calcule en multipliant l'indice
chimique (non plafonné) à la valeur de la digestibilité.
Le PDCAAS est plafonné à 1. Il hérite des limites
qui sont celles des deux mesures dont il est issu, et certaines autres
restrictions ont été mises à jour [26, 37]. Cependant,
cet indice est généralement accepté comme un moyen
intéressant de rendre compte dans un même indice de la biodisponibilité
et la bio-utilisation, tout en convenant qu'il doit être mis à
l'épreuve de mesures plus élaborées chez l'homme.
D'autres investigateurs s'attachent à décrire l'utilisation
métabolique des protéines en étudiant directement,
à l'aide d'isotopes stables, les réponses métaboliques
aiguës de l'organisme dans la phase postprandiale qui est la période
critique pour le devenir des acides aminés ingérés
[11, 24, 39-41]. Ces données directes métaboliques sont
parfois couplées à une mesure de digestibilité iléale
vraie [11, 24, 41], permettant ainsi d'analyser les résultats en
décomposant ce qui revient à la biodisponibilité
de ce qui est relatif à l'utilisation. Ces études encore
trop rares permettent la comparaison fine des sources protéiques,
en même temps qu'elles permettent d'appréhender les facteurs
de variations de l'utilisation métabolique [25].
Les protéines végétales présentent souvent
une déficience relative en un acide aminé indispensable
par rapport aux besoins estimés de l'homme. Les acides aminés
sensibles sont principalement la lysine, souvent déficiente dans
les céréales, et les acides aminés soufrés
souvent déficients dans les légumes et les graines. La thréonine
et le tryptophane peuvent aussi être limitants. L'évaluation
de l'efficacité avec laquelle les acides aminés ainsi mis
à disposition sont utilisés pour les besoins de l'homme
a été longtemps exprimée à l'aide des mesures
biologiques chez le rat. Ces mesures, dont la portée est limitée,
ont conduit à considérer que les protéines végétales
étaient généralement de valeur inférieure
aux protéines animales. L'indice chimique indique que, comparés
aux besoins estimés de l'homme adulte, certains acides aminés
sont en quantité limitante dans certaines sources protéiques
(tableau 2). Si certaines protéines végétales
présentent des valeurs élevées (soja et colza par
exemple), d'autres présentent un PDCAAS plus faible (pois, lentille,
tournesol, blé, fèves, lentilles). Les besoins en lysine
chez l'homme ayant été officiellement réévalués
à la hausse en 1990, ceci abaisse considérablement l'indice
chimique et donc le PDCAAS de beaucoup de protéines végétales.
Nombre de données confirment que les précédentes
valeurs étaient trop faibles [42-44]. À l'inverse, il a
été suggéré que la réévaluation
pourrait être exagérée. En effet, si les besoins en
lysine sont tels, la plupart des régimes à base de végétaux
consommés par les pays en développement ou par les végétariens
seraient carencés en lysine alors que, le plus souvent, aucune
autre indication d'inadéquation des apports protéiques n'apparaît
[17].
Des données obtenues chez l'homme par mesure du bilan azoté
ont indiqué la plus faible valeur de rétention des céréales
par rapport aux protéines animales [45, 46]. Des mesures de bilan
azoté chez l'homme ingérant de l'isolé ou du concentré
de protéine soja ont révélé que ces sources
étaient aptes à assurer les besoins protéiques [47].
Ce n'est pas le cas chez l'enfant pour lequel une supplémentation
de la protéine de soja en méthionine est nécessaire
[47]. Récemment, en mesurant la digestibilité iléale
vraie et la rétention postprandiale d'un isolé de soja marqué
à l'azote 15, il a été établi, par comparaison
avec des données identiques obtenues sur des protéines de
lait, qu'un isolé de soja avait une valeur nutritionnelle égale
à 90 % de celle des protéines de lait [24, 25]. Le pois
aurait également une valeur assez élevée, qui serait
de l'ordre de 80 % de celle du lait [25, 41]. Cependant, il a aussi été
rapporté que caséine et soja n'induisaient pas les mêmes
réponses métaboliques, en particulier que le soja entraînait
un plus grand flux d'oxydation chez le porc [40]. Cependant, si certaines
protéines végétales ont une valeur biologique moins
élevée que d'autres protéines lorsqu'elles sont ingérées
comme unique source protéique, une telle situation est rarement
réalisée dans un régime alimentaire. Dans ces conditions,
des complémentarités entre sources végétales
interviennent et relèvent alors fortement la qualité de
l'apport protéique résultant.
Beaucoup d'inconnues subsistent. La valeur nutritionnelle de nombreuses
sources protéiques en émergence (par exemple tournesol ou
colza) a été évaluée uniquement chez le rat
ou à partir du profil en acides aminés. L'effet de certaines
modifications (variétales ou technologiques) sur la valeur nutritionnelle
est méconnue. Enfin, si l'étude de la valeur protéique
s'attache à évaluer les différences réelles
d'utilisation des sources protéiques, il convient d'étudier
la signification de ces différences dans le contexte complexe de
l'alimentation humaine. L'influence de plusieurs variables reste méconnue
: l'importance de la complémentation sur un repas, mais surtout
sur une période de temps, l'importance des phénomènes
adaptatifs, ou encore l'importance du niveau d'apport protéique.
Actions et activités associées
aux protéines végétales
Au sein des matières protéiques végétales,
il existe de nombreux composés présents en faibles quantités,
caractérisés pour leur capacité à induire
des actions physiologiques. Ces composés forment une classe hétérogène.
Alors qu'on a pendant longtemps cherché à supprimer ces
facteurs ou à contrer leurs actions, paradoxalement de nombreux
travaux récents ont attribué à certains composés
des propriétés favorables au métabolisme de l'homme
ou sur la prévention des maladies chroniques.
Certains facteurs affaiblissent la biodisponibilité des protéines,
suite à la perturbation des dégradations enzymatiques (inhibiteurs
trypsiques, lectines, polyphénols) ou des capacités générales
d'absorption (lectines) [23]. Comme nous l'avons vu plus haut, un traitement
technologique adéquat peut rétablir une bonne digestibilité.
En particulier, le traitement par la chaleur réduit fortement les
inhibiteurs trypsiques, tandis qu'il facilite l'accessibilité enzymatique.
Phytates et oxalates sont des agents chélateurs des minéraux.
Leur action est souvent importante et elle entraîne généralement
une réduction conséquente de la biodisponibilité
des minéraux des sources végétales [48]. Néanmoins,
l'importance de ces chélateurs de minéraux dans les mélanges
alimentaires est souvent difficile à prévoir.
Les oligosaccharides des légumineuses qui ne sont métabolisés
qu'au niveau colique augmentent la production de gaz et entraînent
inconfort et flatulence. Enfin, certains antinutritionnels peuvent avoir
des effets toxiques, par exemple sur le foie (certaines lectines), sur
le système nerveux (glucosides cyanogénétiques, alcaloïdes)
ou sur la glande thyroïde (glucosides) [23]. Pour une part importante,
ces diverses actions néfastes peuvent être prévenues
de deux manières. Il est possible de limiter ou de réduire
les teneurs en facteurs antinutritionnels par traitement technologique
ou par sélection variétale [49, 50]. Par exemple, les variétés
de lupin doux (pauvre en alcaloïdes) ne posent pas de problèmes
toxicologiques. Il est également possible, sans diminuer la teneur
en antinutritionnels, d'agir indirectement contre leurs actions. Par exemple,
il est possible d'améliorer la digestibilité en intervenant
sur la structure physique des protéines, ou encore de fortifier
certaines protéines végétales en minéraux
ou en vitamine C pour rétablir la biodisponibilité du fer
et d'autres minéraux [51-53].
La recherche d'un rôle préventif de composants de l'alimentation
a fait l'objet de travaux intensifs depuis quelques années visant
à confirmer ou infirmer les effets supposés. Le plus connu
d'entre eux concerne l'effet bénéfique des protéines
végétales sur la survenue des maladies cardio-vasculaires.
Cet effet a été suggéré assez tôt pour
diverses sources protéiques végétales [54]. Cet effet
a été intensivement étudié pour les protéines
de soja. En 1995, la méta-analyse d'Anderson et al. [50]
est venue faire la synthèse des abondants travaux portant sur l'effet
des protéines de soja sur le cholestérol. Cette analyse,
qui porte sur 38 études cliniques contrôlées et 730
volontaires, conclut que la consommation de protéines de soja réduit
significativement de 9 % la cholestérolémie, de 13 % la
fraction LDL (fraction athérogène) et de 10 % les triglycérides,
l'effet sur la fraction HDL (fraction anti-athérogène) (+
2,4 %) n'étant pas significatif. L'analyse indique que la consommation
de 25 g de soja est associée à une réduction moyenne
du taux de cholestérol de 90 mg/l, et que la réponse augmente
avec le niveau initial de cholestérol et la quantité de
protéines de soja ingérées. La FDA américaine,
estimant que la consommation de soja dans un régime pauvre en lipides
saturés et en cholestérol peut réduire le risque
de maladies coronariennes en diminuant la cholestérolémie,
a autorisé en octobre 1999 l'utilisation d'allégations sur
le rôle du soja dans la réduction du risque de maladies cardio-vasculaires.
Ceci pourra être ainsi indiqué sur tous les produits (tels
que boissons à base de soja, tofu, tempeh, produits carnés
et éventuellement certains produits cuits) contenant 6,25 g de
protéines de soja par portion, c'est-à-dire le quart des
25 g quotidiens estimés diminuer sensiblement la cholestérolémie.
Cette propriété est sans doute en majeure partie due aux
isoflavones, que l'on trouve essentiellement dans le soja (et en bien
plus faible quantité dans quelques autres légumineuses),
mais d'autres facteurs liés aux protéines ou à d'autres
substances entrent également en jeu [55]. En outre, les isoflavones
auraient d'autres propriétés favorables à la réduction
du risque de développement de l'athérosclérose. En
effet, les isoflavones possèdent des propriétés antioxydantes,
réduisant in vitro la peroxydabilité des LDL et préservant
l'élasticité artérielle. D'autres phyto-strogènes,
substances mimant des activités strogéniques ou anti-strogéniques,
en particulier les lignans présents dans de nombreuses graines
mais surtout dans les graines de lin et de sésame, pourraient avoir
le même type d'effet, mais peu de données sont disponibles
[56, 57]. Les flavonoïdes, comme la quercetine qu'on trouve dans
les oignons mais aussi dans le haricot et la fève, sont suspectées
de pouvoir réduire la détérioration oxydative des
LDL mais rien n'est encore démontré [57, 58].
Par ailleurs, des propriétés susceptibles d'effets réducteurs
du risque de cancer ont aussi été mises en évidence.
En particulier, l'ingestion (surtout précoce) d'isoflavones pourrait
réduire l'incidence du cancer du sein chez la femme pré
ou post-ménopausée. Les isoflavones, qui se concentrent
dans le liquide prostatique, pourraient protéger du cancer de la
prostate. De nombreux autres composés présentant des activités
antioxydantes fortes sont suspectés d'être anticarcinogènes.
Il a été proposé depuis longtemps que les propriétés
antioxydantes de l'acide phytique pourraient lui conférer une action
protectrice du cancer, en particulier colique [59]. Les inhibiteurs de
protéases seraient également antimutagènes et anticancerogènes
[60-63]. Les oligosaccharides fermentescibles pourraient également
avoir des répercussions positives sur la flore colique et ainsi
réduire le risque de cancer du côlon [59]. En revanche, l'effet
anticancérogène (et hypocholestérolémiant)
des saponines chez l'animal reste spéculatif chez l'homme, en particulier
aux doses susceptibles d'être ingérées [64-66].
La consommation de phyto-strogènes, par leurs actions strogéniques
chez la femme pré ou post-ménopausée, est également
favorable à la santé osseuse et peut ainsi réduire
les phénomènes d'ostéoporose [67-69]. Leurs effets
bénéfiques potentiels sur la survenue de l'athérosclérose
et de l'ostéoporose ont ainsi conduit à considérer
le soja comme une alternative potentielle au traitement de substitution
hormonal ou aux traitements médicamenteux de la ménopause
[56]. Il est suggéré que cette substitution réduit
le risque hormono-dépendant de cancer du sein chez la femme.
L'étude des propriétés des protéines végétales
vis-à-vis de la santé de l'homme s'est extrêmement
intensifiée ces dernières années. Beaucoup de données
convaincantes amènent à identifier assez clairement le rôle
bénéfique de certains composés liés à
la fraction protéique des végétaux. Cependant, certaines
relations sont suggérées de manière répétée
par des données épidémiologiques tandis que d'autres
résultats expérimentaux détectent un effet global.
Il n'est souvent pas possible de désigner expérimentalement
les substances responsables, en particulier de savoir si ce sont des substances
associées intimement aux protéines ou si les effets sont
imputables aux autres macronutriments (lipides et fibres). Au vu de l'intérêt
suscité, il est vraisemblable que dans les prochaines années
notre connaissance de ces composés et de leurs effets s'étendra
nettement.
Protéines végétales
et allergie
La réaction allergique aux protéines alimentaires est
une réaction d'hypersensibilité aiguë ou chronique
à certaines protéines contenues dans les aliments ingérés
après une phase initiale de sensibilisation. Dans la plupart des
cas, l'hypersensibilité aux protéines alimentaires se présente
chez le nouveau-né ou le jeune enfant sensibilisé très
tôt in utero ou nourrisson aux allergènes en question.
L'allergie au lait est la plus fréquente des allergies caractérisées
du nourrisson mais, dès que l'alimentation se diversifie, d'autres
protéines peuvent induire des manifestations d'intolérance
ou d'allergie : et les plus fréquemment citées sont celles
de l'uf, du lait, du poisson et de l'arachide. Dans 80 % des cas
les symptômes d'allergie alimentaire apparaissent avant la première
année. Si la plupart des enfants développent une tolérance
à bon nombre d'allergènes après quelques années,
chez l'adulte, l'allergie aux protéines alimentaires reste un problème
important, en particulier au regard de la gravité de certaines
réactions.
L'arachide est connue comme une protéine allergénique
majeure, dont l'hypersensibilité s'estompe rarement avec l'âge.
Le soja, en particulier à travers l'inhibiteur trypsique de type
Kunitz, est également allergénique. La réactivité
croisée entre légumineuses est assez faible. Si le phénomène
existe, les réactions croisées cliniquement importantes
chez l'enfant seraient rares [70-73]. Les substituts lactés à
base de soja sont utilisés chez les nourrissons intolérants
au lait de vache ou chez le nourrisson atopique quand l'allaitement n'est
pas possible. Le bien- fondé de cette utilisation reste controversé
[74]. Les protéines des divers types de noix sont une source d'allergènes
répandue. Le blé est également considéré
comme très allergénique. Cela se manifeste par voie orale
mais aussi par voie pulmonaire, comme l'asthme du boulanger. Pour le blé,
des fractions albumine et gliadine ont été mises en évidence,
mais des facteurs antinutritionnels comme un inhibiteur d'amylase ou une
lectine ont également pu être identifiés [75, 76].
La gliadine est également le facteur central de la maladie cliaque,
responsable des réactions digestives d'intolérance au gluten.
Les allergies aux autres céréales sont souvent de moindre
importance, et la réactivité croisée semble assez
faible [77].
Les propriétés allergéniques sont souvent insensibles
au traitement thermique et beaucoup d'allergènes sont thermostables,
en particulier dans la gamme de température préservant par
ailleurs la qualité nutritionnelle [78]. La fermentation et l'hydrolyse
enzymatique, éventuellement combinées au traitement thermique,
peuvent permettre d'obtenir des produits hypoallergéniques, mais
d'usages spécifiques [78-80]. Les technologies de transformation
peuvent engendrer de nouveaux allergènes mais, en général,
amènent plutôt une réduction du risque allergique.
Comme pour d'autres protéines (uf, lait), l'introduction
de matières protéiques végétales dans les
produits alimentaires industriels rend important l'étiquetage explicite
de la nature des protéines utilisées.
CONCLUSION Les
protéines végétales, le plus souvent après un
traitement technologique adéquat, peuvent présenter une haute
biodisponibilité et être utilisées pour assurer les
besoins protéiques de l'homme. Cependant, le nombre insuffisant de
travaux réalisés directement chez l'homme empêche d'aller
plus avant dans l'analyse fine de la valeur nutritionnelle, en même
temps qu'il entrave la validation ou la création de méthodes
simples. Par ailleurs, la découverte de nombreux facteurs associés
aux protéines végétales jouant ou susceptibles de jouer
un rôle physiologique important dans la prévention de certaines
maladies a suscité un vif intérêt et ouvert de larges
perspectives. Les futurs résultats des études à long
terme devraient permettre de distinguer les effets supposés de ceux
identifiables chez l'homme et à même de jouer un rôle
dans la nutrition préventive. La part des produits animaux dans la
ration des populations occidentales s'est étendue avec le développement
économique. La nécessité de rééquilibrer
cette tendance a été évoquée depuis longtemps
et reste un débat ouvert. Il pourrait conduire les protéines
végétales à voir leur utilisation augmenter dans les
années à venir. REFERENCES
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