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Oléagineux, Corps Gras, Lipides
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Rôle de Rhizobium sp., rhizobactérie productrice d’exopolysaccharide dans l’agrégation du sol rhizosphérique du tournesol : conséquences sur la croissance de la plante et la résistance de la plante à la contrainte hydrique


Oléagineux, Corps Gras, Lipides. Volume 6, Numéro 6, 524-8, Novembre - Décembre 1999, Fondamental


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Younes ALAMI, Luc CHAMPOLIVIER, André MERRIEN, Thierry HEULIN, CEA/Cadarache, DSV-DEVM, Laboratoire d'Écologie microbienne de la rhizosphère (LEMiR), UMR 163 CNRS-CEA, 13108 Saint-Paul-lez-Durance Cedex.

Résumé : En quoi l’étude de l’agrégation du sol rhizosphérique a-t-elle un intérêt en agronomie en général et dans l’optimisation de la culture du tournesol en particulier ? Avant de répondre à cette question, il est utile de donner la définition du mot « rhizosphère » : il s’agit de la fraction de sol fixé aux racines vivantes, organisé en manchon ou en paquets d’agrégats, dont la structure ainsi que la composition chimique et biologique sont très différentes de celles du sol qui n’est pas sous l’influence directe de la racine (sol nu). Dans le domaine de la microbiologie, la littérature sur le sujet est riche en exemples de communautés et d’espèces microbiennes fortement stimulées dans la rhizosphère. Parmi les fonctions bactériennes qui sont activées dans cette zone, plusieurs interviennent dans le cycle de l’azote : réduction de l’azote atmosphérique, dénitrification [1]. Une autre fonction microbienne importante permet d’établir un lien entre l’exsudation racinaire de composés carbonés riches en énergie (comme le glucose) et la structuration du sol autour des racines [2]. Cette fonction est assurée par de nombreuses espèces bactériennes [3]. Elle consiste à transformer une partie de ces exsudats racinaires en exopolysaccharides (EPS) [4]. Dans le cas du blé, nous avons mis en évidence la contribution de telles bactéries productrices d’EPS dans l’agrégation du sol rhizosphérique [5,6]. La construction d’un mutant de Paenibacillus polymyxa incapable de produire du lévane (polymère de fructose) nous a permis de montrer que l’EPS produit par cette bactérie était responsable de l’effet observé sur l’agrégation [7]. Sans minimiser le rôle des polysaccharides produits par la plante elle-même, en particulier à l’apex des racines, nous avons maintenant un faisceau d’évidences montrant que les bactéries productrices d’EPS stimulées dans la rhizosphère contribuent à la structuration du sol adhérant aux racines.Tout cela ne démontre toujours pas l’intérêt agronomique que représente l’étude de la structure de ce « sol adhérent ». Pour cela, il faut faire la preuve que les transferts d’eau et des éléments minéraux associés sont, au moins en partie, conditionnés par la présence de ce sol adhérent aux propriétés bio-physico-chimiques particulières. Nous avons entrepris d’étudier l’impact de ce mécanisme dans la rhizosphère du tournesol, en collaboration avec le Cetiom. Pourquoi le tournesol ? L’intérêt du tournesol réside dans le fait que sa culture est destinée à réduire les déficits en huile et en protéines de la France et de l’Union européenne. En France, la surface cultivée est de 820 000 ha (1998), le maximum ayant été atteint en 1990 (1 150 000 ha). Sur le plan agronomique, le tournesol est une plante réputée pour sa faculté à bien supporter un rationnement en eau, mieux que la plupart des autres cultures d’été, pour peu qu’elle ait la possibilité de s’adapter à cette situation durant sa phase pré-florale [8]. La réforme de la PAC en 1992 a exclu cette culture des dispositifs d’aide à l’irrigation. Tout cela a concouru à ce que le tournesol se retrouve souvent cantonné dans des situations à fort risque de contrainte hydrique (davantage d’irrigation, sols plus superficiels), d’où l’intérêt d’une étude visant à explorer une piste qui pourrait permettre d’améliorer encore les capacités d’extraction de l’eau du sol en conditions limitantes. L’objectif du travail présenté ici était donc d’évaluer la contribution d’une souche de Rhizobium sp. productrice d’EPS au processus d’agrégation du sol adhérant aux racines de tournesol, et les conséquences de son inoculation sur la croissance et le rendement du tournesol. Ce facteur inoculation a été croisé avec le régime hydrique (alimentation hydrique non limitante vs limitante).

Illustrations

ARTICLE

Matériels et méthodes

Le sol

Le sol utilisé est un sol brun de texture limono-argileuse. Ses principales caractéristiques sont les suivantes : argile 18 %, limons 68 % et sables 12 % ; carbone 0,84 %, matière organique 1,4 %, CEC 11,7 mEq/100 g, calcaire 0,4 % ; pH (H2O) 7,5, pH (KCl) 6,7. Il provient d'une parcelle d'essais de la station expérimentale du Cetiom (Centre Technique Interprofessionnel des Oléagineux Métropolitains) de St-Pathus (77). Le sol a été prélevé au début du mois d'août 1995 et désinfecté à la vapeur avant utilisation.

La plante

La plante utilisée est le tournesol (Helianthus annuus), variété Albena, dont les semences, non traitées (lot 1993), ont été fournies par la société Prograin Génétique (Le Mas du Saule). La variété Albena est précoce à mi-précoce, moyennement riche en huile et peu sensible aux attaques des pucerons, de Sclerotinia (stade bouton floral) et de Phomopsis [9].

La bactérie

La souche bactérienne testée (YAS34) a été isolée de la rhizosphère du tournesol sur la base de sa capacité à produire un exopolysaccharide (EPS) de type gélifiant, sur milieu enrichi en carbone [10]. Le tournesol avait été cultivé sur un sol argilo-calcaire du Berry (station Cetiom de St-Florent-sur-Cher). L'identification de cette souche a été réalisée par séquençage de son ADNr 16S. Elle appartient au genre Rhizobium, mais à aucune espèce décrite jusqu'ici. L'espèce la plus proche est Rhizobium leguminosarum [10].

Dispositif expérimental et conduite culturale

Les effets de deux facteurs ont été étudiés : inoculation ou non de la souche Rhizobium sp. YAS34 et régime hydrique non limitant (évaporation maximale, ETM) ou limitant (ETM/2). L'ETM correspond à la consommation de la plante en eau, en l'absence de contrainte hydrique.

L'essai a été mis en place suivant un dispositif bifactoriel entièrement randomisé (4 répétitions complètes). Chaque parcelle élémentaire comprend 4 pots de 2 plantes chacun. Le nombre de pots est donc de 64 (2 niveaux d'inoculation x 2 régimes hydriques x 4 blocs x 4 pots).

Le semis a été réalisé le 3 août 1995 à raison de 10 graines par pot. Les pots à réserve d'eau (25 x 25 x 25 cm) contenaient 12 kg de sol et 3 l d'eau. Le peuplement a été progressivement réduit jusqu'à atteindre 2 plantes par pot au stade B4 (deuxième paire de feuilles). Les pots ont été placés en serre jusqu'au 9 août, date à laquelle ils ont été transférés à l'extérieur. Ils ont été ensuite réintroduits en serre le 20 septembre (stade E3, bouton séparé de la dernière feuille).

La fertilisation a été conduite de manière à satisfaire les besoins de la plante : 2,6 g N/plante en trois apports du stade 2 feuilles (B2) à début floraison (F1) ; 0,4 g P/plante au stade B2 ; 2,75 g K/plante en deux apports aux stades B2 et B8 ; 0,29 g S/plante + 0,90 g Mg/plante + 0,005 g B/plante au stade B2. Une protection phytosanitaire aussi parfaite que possible a été assurée. Une faible attaque de Phomopsis n'a toutefois pas pu être évitée (perte de 6 feuilles sur l'essai en début d'attaque ; pas de passage de la maladie sur tige).

La différenciation des régimes hydriques (ETM vs ETM/2) a été initiée le 26 septembre, après le retour en serre (soit 4 jours avant le stade F1, inclinaison du bouton floral). En régime non limitant (ETM) les pots sont approvisionnés avec deux goutteurs, contre un seul goutteur en régime limitant (ETM/2). Les apports étaient déclenchés à l'aide d'un système de balances à deux plateaux permettant l'ouverture d'une électrovanne à fermeture temporisée (durée de temporisation réglable). Une balance commandait l'irrigation de deux répétitions de chaque régime. Une permutation hebdomadaire des pots placés sur les balances a permis de limiter les hétérogénéités d'alimentation hydrique. Le régime hydrique réellement appliqué dans le traitement « limitant » a été de 47 % de l'ETM du 26/9 au 2/10, de 44 % ETM du 3/10 au 24/10, puis de 29 % jusqu'à maturité. Le faible niveau du régime hydrique en fin d'expérience est lié à la sénescence précoce des feuilles dans le traitement « limitant », qui a conduit à une réduction de la transpiration. Les plantes ont été récoltées le 20 novembre 1995, soit 109 jours après le semis.

Modes d'inoculation

Les semences de tournesol, préalablement décortiquées et désinfectées, ont été incubées, sous agitation modérée, dans 50 ml d'inoculum (bactéries avec leur polysaccharide : 107 bactéries. ml-1) pendant 4 h à 30 °C. Dans le cas du témoin, les semences sont placées dans de l'eau distillée stérile. Afin d'assurer une bonne implantation de la souche inoculée dans la rhizosphère du tournesol, nous avons apporté 3 ml d'inoculum (107 bactéries lavées. ml-1) au moment du semis sur chaque semence.

Récupération du sol adhérent

En fin de culture, les plantes de tournesol sont séparées en deux parties : racinaires et aériennes. Ensuite, une partie du système racinaire (avec son sol adhérent) est récupérée et agitée mécaniquement (1400 vibrations/min) à l'aide d'un vibreur (Flask Shaker SF1, Stuart Scientific) pendant 1 min afin de ne garder que le sol adhérent. Le sol adhérent est séparé des racines par lavage à l'eau distillée stérile. Les masses de matière sèche racinaire (Ra) et de sol adhérent (SA) ont été déterminées après séchage à 105 °C.

Stabilité structurale du sol adhérent

La stabilité structurale est mesurée par une technique mise au point par Bartoli et al. [11]. L'appareil de désagrégation est constitué d'un plateau circulaire auquel sont suspendus 9 tamis ayant des pores de 0,2 mm de diamètre, immergés chacun dans 200 ml d'eau. Les racines, avec leur sol adhérent, sont placées dans les tamis (à raison d'un échantillon par tamis) puis soumises à un mouvement rotatif constant pendant 1 h. Les deux fractions de sol, supérieure et inférieure à 0,2 mm, sont ensuite séchées à 105 °C et le pourcentage des agrégats supérieurs à 0,2 mm a été déterminé.

Analyse statistique

Les données ont été traitées à l'aide du logiciel d'analyse de variance (STATGRAPHIC'S, Release 4.2 Uniware STSC, Inc. USA). Les risques de 1re et 2e espèce ont été fixés respectivement à 5 et 10 %.

Résultats et discussion

Avant de voir quels ont été les effets des deux facteurs étudiés (régime hydrique, inoculation) sur les variables mesurées (croissance, rendement), nous avons contrôlé que ces deux facteurs avaient été appliqués efficacement.

Suivi des facteurs étudiés

En ce qui concerne le régime hydrique, l'humidité du sol des plantes témoins non soumises au stress hydrique (ETM) a été maintenue à environ 30 % (correspondant à pF 3,0) jusqu'au stade maturité. La contrainte hydrique appliquée a significativement fait baisser cette humidité entre 12 et 14 % (correspondant à pF 3,7) (tableau 1). L'inoculation bactérienne n'a eu aucun effet sur l'humidité du sol mesurée hors de la rhizosphère (sol nu).

Nous n'avons pas pu vérifier directement la colonisation de la rhizosphère du tournesol par la souche YAS34 car, en cours d'expérience, il aurait fallu sacrifier quelques plantes et, en fin d'expérience, nous n'avons pas pu récolter les échantillons dans des conditions compatibles avec une analyse microbiologique. Par contre, nous avons réussi à mettre en évidence ce que nous considérons comme étant la résultante de l'activité de cette bactérie dans le sol rhizosphérique. Il s'agit de l'augmentation de la masse de sol adhérent par unité de masse racinaire (rapport SA/Ra), ainsi que la modification de la structure de ce sol adhérent. En effet, nous avons montré, au cours d'expériences antérieures réalisées en conditions contrôlées (phytotrons), qu'il existait une corrélation positive entre l'augmentation de la population de la souche YAS34 après inoculation et celle de la masse de sol adhérant aux racines de tournesol, avec une modification de la structure de ce sol [10].

Dans les conditions expérimentales de l'étude présentée ici, nous confirmons que, quel que soit le régime hydrique, l'inoculation augmente significativement cette masse de sol adhérent par unité de masse racinaire (+ 50 % pour le régime hydrique témoin) (tableau 2). À l'inverse, la contrainte hydrique s'accompagne d'une très forte diminution du rapport SA/Ra, associée ou non à l'inoculation de la souche YAS34.

Afin de vérifier l'effet de l'inoculation bactérienne sur la structuration du sol autour des racines, nous avons mesuré la stabilité des agrégats de cette fraction de sol (tableau 3). L'inoculation bactérienne conduit effectivement à une augmentation significative de la stabilité des agrégats, quel que soit le régime hydrique. Bien que faisant appel à des processus physiques différents, la stabilité des agrégats du sol adhérent provenant des traitements soumis à la contrainte hydrique est significativement supérieure à celles des agrégats issus des traitements témoins non stressés.

En conclusion de cette première partie, nous pouvons dire que les deux facteurs étudiés (régime hydrique, inoculation) ont été effectivement appliqués puisque nous avons pu mesurer leurs effets les plus directs (humidité du sol, agrégation et stabilité du sol adhérent).

Évolution de la masse de matière sèche aérienne

La production de biomasse aérienne (feuilles et tiges) a été suivie au cours du cycle végétatif (données non présentées). Ni la contrainte hydrique ni l'inoculation n'ont eu d'effet sur cette biomasse jusqu'au stade F1 (inclinaison du bouton floral). Des mesures intermédiaires avaient été réalisées aux stades E1 (apparition du bouton floral = stade étoile) et E2 (bouton floral détaché de la couronne foliaire). Ce résultat est attendu dans le cas de la contrainte hydrique puisqu'elle a été appliquée seulement 4 jours avant le stade F1. Ensuite, toutefois l'effet de la contrainte hydrique se traduit par une baisse significative de la biomasse aérienne au stade M1.1 (dos du capitule vert jaune). Cette diminution de la biomasse est corrélée à celle de la surface foliaire (données non présentées).

Cette diminution significative de la biomasse aérienne dans les traitements soumis à la contrainte hydrique est confirmée à maturité (en moyenne - 7 %) (tableau 4). De nouveau, l'inoculation n'a aucun effet significatif sur ce paramètre.

Évaluation du rendement et de ses composantes

Le tournesol est cultivé pour sa production d'huile et de tourteaux. Le rendement en huile du tournesol se décompose en plusieurs facteurs. Dans cette expérience, le rendement sera évalué par plante.

Le rendement en graines et ses composantes

Tout d'abord le rendement en graines (masse de matière sèche de graines/plante) a été mesuré pour chacun des traitements. De nouveau, l'effet négatif de la contrainte hydrique est significatif sur ce paramètre (- 20 %), alors que l'inoculation n'a pas d'effet (tableau 5).

Les deux composantes du rendement prises en compte sont le nombre de graines par plante et le poids de mille graines.

* Le nombre de graines par plante

Globalement, la contrainte hydrique diminue ce paramètre de façon significative (- 7 %), contrairement à l'inoculation bactérienne dont l'effet positif n'est pas significatif. Il faut noter que le nombre de graines par plante du traitement inoculé et stressé n'est pas significativement différent de celui du témoin non inoculé/non stressé (tableau 6).

* Le poids de mille graines

L'impact de la contrainte hydrique sur ce paramètre est de nouveau hautement significatif (en moyenne -13 %), alors que les traitements inoculés sont strictement identiques aux témoins non inoculés (tableau 7).

Le rendement qualitatif

* La teneur des graines en huile

Ce paramètre est le seul à être significativement modifié par le facteur inoculation, sans être affecté par la contrainte hydrique. L'analyse de variance montre que l'inoculation augmente significativement (p < 0,01) la teneur des graines en huile (49,5 vs 47,5 ; + 4 %), en prenant en compte globalement les deux niveaux d'alimentation hydrique (effet moyen). Cet effet de l'inoculation n'est pas significatif lorsque les deux niveaux d'alimentation hydrique sont analysés séparément (tableau 8).

* Le rendement en huile

Le calcul du rendement en huile (masse de graines/plante x teneur des graines en huile) conduit au même constat. L'effet négatif de la contrainte hydrique est hautement significatif, et du même ordre que celui observé sur le rendement en graines (en moyenne - 18 %), alors que la tendance observée pour le traitement « inoculation » n'est pas significative (tableau 9).

En conclusion, l'impact de la contrainte hydrique sur le rendement en huile de la plante (- 18 %) s'explique d'abord par une forte chute du poids de mille graines (- 13 %) et par une diminution du nombre de graines par plante (- 7 %). Aucun effet de ce facteur n'a été détecté sur la teneur des graines en huile.

Bien que l'inoculation n'ait pas augmenté significativement le rendement en huile de la plante (+ 6 %, non significatif), ce facteur a stimulé significativement la teneur des graines en huile (49,5 vs 47,5 %).

CONCLUSION

Au cours de cette expérience, la contrainte hydrique a été maîtrisée (nette diminution de l'humidité du sol dans le traitement stressé) et elle s'est logiquement traduite par une baisse significative de la croissance du tournesol (masse de matière sèche des feuilles et tiges) et du rendement en graines et en huile (environ - 20 %). De façon prévisible, cette réduction de la croissance au cours de la phase végétative du tournesol (dès le stade F1) s'est répercutée sur le nombre de graines par plante. De plus, la contrainte hydrique a probablement raccourci la durée de vie du feuillage après la floraison permettant d'expliquer la diminution du poids de mille graines. La réduction de ces deux composantes du rendement (nombre de graines par plante, poids de mille graines) permet de rendre compte de la diminution significative du rendement en régime hydrique limitant. Le résultat concernant l'effet négatif du déficit hydrique sur le rendement en graines et en huile est en conformité avec ceux obtenus lors d'expérimentations antérieures réalisées par le Cetiom.

L'objectif principal de cette expérience était de confirmer, dans un premier temps, que l'inoculation modifiait la structure du sol autour des racines, puis d'évaluer les conséquences de cette modification sur la croissance et le rendement du tournesol.

Concernant le premier point et dans nos conditions expérimentales, l'inoculation du tournesol par la souche Rhizobium sp. YAS34 augmente la masse de sol adhérent sur les racines (SA/Ra : + 50 %), confirmant ainsi des résultats obtenus sur des plantules de tournesol plus jeunes (2 semaines) [10]. Les valeurs de SA/Ra obtenues, y compris après inoculation par la souche YAS34, sont beaucoup plus faibles que celles qui ont été obtenues par exemple sur les racines de blé [5, 6]. L'augmentation de la stabilité des agrégats des traitements inoculés est une confirmation de l'effet de l'inoculation sur la modification de la structure du sol. L'hypothèse concernant le mécanisme bactérien impliqué est que l'EPS de la souche YAS34 produit à partir des exsudats racinaires contribue à la cimentation d'agrégats dans la rhizosphère conduisant à une plus grande stabilité, une modification de la porosité et une augmentation du volume de sol autour des racines.

Dans un deuxième temps, nous avons pu tester les conséquences de cette activité bactérienne sur la croissance et le rendement du tournesol, ce qui jusqu'ici avait été impossible en conditions de laboratoire.

Tout d'abord, nous observons que, pour certains paramètres comme le nombre de graines par plante et la teneur des graines en huile, la valeur du traitement « inoculé et stressé » est équivalente à celle du témoin « non stressé/non inoculé » (tableaux 6 et 8). Ce résultat est en faveur d'une compensation de l'effet négatif de la contrainte hydrique par un effet positif de l'inoculation, même lorsque l'effet global de l'inoculation n'est pas significatif.

De façon générale, il est clair que, dans ces conditions expérimentales, il n'y a pas d'effet de l'inoculation sur la croissance du tournesol en phase végétative et que, très logiquement, la composante du rendement (nombre de graines par plante) dépendant de cette phase de croissance n'est pas significativement augmentée (tableau 6). Le résultat le plus encourageant est l'effet de l'inoculation sur la teneur des graines en huile, permettant d'augmenter significativement cette composante de deux points. Ce résultat indiquerait que l'effet de l'inoculation sur l'agrégation rhizosphérique et ses conséquences sur l'alimentation hydrique se manifesteraient très tard dans le cycle du tournesol (après floraison). Il s'agit d'une piste intéressante, car c'est à ce stade que la contrainte hydrique est souvent la plus dramatique pour les cultures d'été en général, et le tournesol en particulier. Ces résultats nécessitent d'être confirmés, en particulier en utilisant une souche de Rhizobium sp. hyperproductrice d'EPS afin d'augmenter de façon encore plus nette la masse de sol adhérent, et en évaluer les conséquences sur la croissance et le rendement du tournesol.

L'inoculation ou la stimulation de populations bactériennes capables de produire activement des EPS structurant le sol rhizosphérique est une approche qui est complémentaire de celle qui consiste à utiliser des bactéries ayant des effets de promotion de croissance par stimulation de la croissance racinaire ou par lutte biologique contre des champignons pathogènes [12].

La réussite de telles applications de la microbiologie en agronomie dépend du dialogue permanent qui doit s'instaurer entre la recherche fondamentale en écologie microbienne et la validation des hypothèses en conditions agronomiquement pertinentes.

REFERENCES

1. LEMANCEAU P, HEULIN T (1998). La rhizosphère. In : STENGEL P, GELIN S, eds. Sol, interface fragile. INRA Éditions, Collection « Mieux comprendre » : 93-106.

2. ANGERS DA, MEHUYS GR (1989). Effects of cropping on carbohydrate content and water stable aggregation of a clay soil. Can J Soil Sci 69 : 373-80.

3. HEBBAR P, GUENIOT B, HEYRAUD A, COLIN-MOREL P, HEULIN T, BALANDREAU J, RINAUDO M (1992). Characterization of exopolysaccharides produced by rhizobacteria. Appl Microbiol Biotechnol 38 : 248-53.

4. LYNCH JM, GRAGG E (1985). Microorganisms and soil aggregate stability. Adv Soil Sci 2 : 133-71.

5. GOUZOU L, BURTIN G, PHILIPPY R, BARTOLI F, HEULIN T (1993). Effect of inoculation with Bacillus polymyxa on soil aggregation in the wheat rhizo- sphere: preliminary examination. Geoderma 56 : 479-91.

6. AMELLAL N, BURTIN G, BARTOLI F, HEULIN T (1998). Colonization of wheat rhizosphere by EPS-producing Pantoea agglomerans and its effect on soil aggregation. Appl Environ Microbiol 64 : 3740-7.

7. BEZZATE S, AYMERICH S, CHAMBERT R, CZARNES S, BERGE O, HEULIN T. (2000). Disruption of the Paenibacillus polymyxa levansucrase gene decreases soil aggregation in the wheat rhizosphere. (soumis)

8. Cetiom (1994). Le tournesol et l'eau. Adaptation à la sécheresse. Réponse à l'irrigation. Les points Sciences du Cetiom, Éd. Cetiom ; 139 p.

9. Cetiom (1994). Le tournesol en 1994. Le contexte économique, les techniques culturales, les débouchés. Prolea, Éd. Cetiom.

10. ALAMI Y (1997). Rôle d'une bactérie productrice d'exopolysaccharides (Rhizobium sp.) dans l'agrégation du sol rhizosphérique du tournesol : conséquences de l'inoculation sur la structuration du sol et la nutrition minérale de la plante. Thèse de Doctorat de l'Université Nancy I ; 138 p.

11. BARTOLI F, PHILIPPY R, BURTIN G (1991). Aggregation in soils with small amounts of swelling clay. I. Aggregate stability. J Soil Sci 39 : 593-616.

12. BALLY R, HEULIN T, LEMANCEAU P (1999). Les microbes et le cultivateur. Biofutur 185 : 17-9.


 

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