ARTICLE
agr.2011.0498
Application to forest-agriculture transition in Madagascar
Auteur(s) : Venot Ratiarson1 r_venot@yahoo.fr, Dominique Hervé1,2 dominique.herve@ird.fr, Cyprien
R. Rakotoasimbahoaka1 rakoto_cyprien@yahoo.fr,
Jean-Pierre Müller3 jean-pierre.muller@cirad.fr
1 Université de Fianarantsoa
École nationale d’informatique
BP 1487 Tanambao
Fianarantsoa (301)
Madagascar
2 IRD
911, avenue Agropolis
BP 64501
34394 Montpellier cedex 5
France
3 Cirad
UR GREEN
73, rue Jean-François Breton
BP 5035
34398 Montpellier cedex 5
France
Tirés à part : D. Hervé
La détermination des règles de transition moyennes vers
lesquelles tendent les pratiques de successions culturales des
agriculteurs après le défrichement de la forêt est essentielle pour
décider d’une stratégie de conservation. Le corridor forestier de
Fianarantsoa qui relie deux aires protégées, au centre est
malgache, constitue un enjeu national pour la politique de
conservation des forêts et de la biodiversité. Sa lisière est une
mosaïque paysagère hétérogène regroupée, pour la modélisation de
l’occupation du sol, en six états entre lesquels existent des
transitions : forêt, culture, jachère, herbe, plantation et
rizière. La première culture résulte d’un défrichement de la forêt,
les suivantes d’un défrichement de jachère ou d’un retournement
d’herbe. L’état jachère résulte de l’abandon de culture. L’état
rizière provenant de l’aménagement définitif de bas-fonds en forêt,
et la catégorie plantation regroupant pour sa durée relativement
longue les cultures pérennes (10 ans) et les plantations
d’arbres (20 ans), bloquent les possibilités de régénération
forestière. Les transitions entre ces états sont gouvernées par des
règles de changement d’état observées auprès des agriculteurs
riverains de la forêt, à l’échelle de la parcelle, unité paysagère
qui évolue annuellement sous l’effet des pratiques des agriculteurs
ou des processus écologiques de régénération forestière
(Randriamalala et al., 2007). Le problème est alors de
trouver les règles moyennes de changement d’état des parcelles de
forêt depuis l’année de leur premier défrichement, d’abord dans une
phase culturale postforestière, puis dans une phase postculturale
de successions végétales.
Le suivi de l’évolution d’un paysage à partir de son état passé
a donné lieu à des modèles de changement d’état, qui requièrent de
nombreuses données fiables pour le calibrage des paramètres :
des modèles agrégés comme les équations différentielles (Dobson
et al., 1997) et les modèles markoviens (Baltzer,
2000 ; Lippe et al., 1985 ; Turner, 1987), des
modèles explicitant l’espace comme les automates cellulaires
(Landzer, 2002) ou les acteurs comme les modèles à base d’agents
(Castella et al., 2002) et des modèles d’automate temporisé
(Largouet et Cordier, 2000 ; Doyen, 2007).
L’objectif de ce travail est de calibrer et valider un modèle de
dynamique d’occupation du sol postforestière à base d’automate
temporisé à l’aide d’un modèle markovien. Nous disposons de deux
jeux d’historiques culturaux annuels d’occupation du sol de
parcelles en lisière, initialement en forêt, indépendantes et non
spatialisées, localisées dans deux zones paysagères proches, mais
différentes, de la lisière ouest du corridor : l’un pour la
calibration et l’autre pour la validation.
Méthode
Description de la zone d’application
La zone d’application est localisée au centre est des Hautes
Terres malgaches, dans la commune Betsileo d’Androy, située au
nord-ouest du corridor forestier de Fianarantsoa, en bordure d’une
bande étroite de forêt (5-15 km) reliant les parcs nationaux
de Ranomafana et d’Andringitra. Les parcelles sont échantillonnées
entre le nord-est du village d’Ambendrana (21° 22′ 46″
S ; 47° 18′ 34 E ; alt. 1 132 m) et
le village d’Amindrabe. Dans la région étudiée, les populations
paysannes pratiquent la riziculture irriguée dans les bas-fonds et
la culture sur brÛlis sur les pentes pour produire maïs, haricot,
patate douce et manioc, les zébus servant pour le piétinement, la
mise en boue des rizières et l’apport de fertilisant organique.
Obtention des données
Pour comprendre les dynamiques d’usage des terres après le
défrichement de la forêt, nous avons reconstitué l’histoire
culturale d’un échantillon de parcelles en bordure Betsileo du
corridor forestier, qui se trouvaient initialement en forêt. À
l’échelle d’un petit bassin-versant, le défrichement des bas de
versants suit en général l’aménagement des talwegs en rizières. Les
dates du premier défrichement et du premier aménagement de
bas-fonds étant connues, l’historique de chaque parcelle depuis la
forêt jusqu’à son état actuel est reconstitué par enquêtes et en
comparant les parcelles entre elles. Les autorisations de
défrichement de forêt, décrétées à des dates fixes, ont contribué à
des défrichements par paquets qui ont pris fin à partir de 2000,
année de l’interdiction instituée par les transferts de gestion. La
limite de la forêt se trouve dès lors figée et ce sont d’autres
couverts végétaux qui sont sollicités pour être mis en culture.
Deux petits bassins-versants voisins ont été échantillonnés sur
22 ans (1985-2006) : 60 parcelles du Vallon 1,
qui incluaient des rizières et des plantations, et
25 parcelles du Vallon 2, qui incluaient des parcelles en
herbe. Dans la lisière forestière, hors de ces bassins-versants,
l’historique cultural de 104 parcelles est reconstitué sur
34 ans (1973-2006) par recoupement des enquêtes et des
observations actuelles sur la végétation.
Dynamique de l’usage du sol pour une parcelle
En lisière de forêt, les transitions entre les états sont
gouvernées par des règles, définies par des durées de séjour dans
chaque état transitoire, déterministes pour les dynamiques
écologiques et non déterministes pour les pratiques des
agriculteurs. Nous verrons comment certaines simplifications nous
ramènent à des règles déterministes. Ces règles reposent sur
l’observation que les successions de couvert végétal s’effectuent
dans l’ordre forêt→culture→jachère ou herbe. Par exemple : i)
si une parcelle est dans l’état jachère ou herbe, alors elle sera
cultivée au plus tôt après 2 ans ; ii) après avoir suivi
au moins deux cycles de culture-jachère, une parcelle passe de
l’état culture à l’état herbe dès qu’elle est abandonnée ;
iii) si une parcelle reste en jachère pendant 50 ans, alors
elle devient forêt.
Modèle d’automate temporisé
Choix de l’automate temporisé
Les automates temporisés peuvent être décrits comme des
automates d’états finis auxquels ont été rajoutées des variables
d’horloge (Alur et Dill, 1994). Ces horloges évoluent au cours du
temps, toutes à la même vitesse. Chaque transition d’un automate
temporisé est étiquetée d’une part par l’action qui peut être
effectuée, d’autre part par une contrainte d’horloge qui doit être
vérifiée pour franchir la transition, et enfin par un ensemble
d’horloges qui devront être remises à zéro. La sémantique de la
modélisation par automate temporisé – une suite de couples (action,
date) – est bien adaptée pour décrire l’évolution annuelle d’une
parcelle avec des contraintes temporelles.
Description du modèle
L’évolution de la parcelle est représentée à l’aide d’un
automate temporisé (figure 1) où les
nœuds représentent les états d’occupation du sol, et les arcs, les
transitions étiquetées par des événements munis de contraintes
temporelles. On distingue les événements continus, correspondant
aux dynamiques écologiques, et les événements discrets,
correspondant aux pratiques agricoles.
L’automate se définit par :
- –. des variables d’horloge τf, τc,
τj, τh, τp et τr pour
les états forêt, culture, jachère, herbe, plantation et rizière,
initialisées à zéro au début des transitions ;
- –. un compteur de cycles culturaux (τcycle)
initialisé à zéro lors du premier défrichement. Un cycle cultural
est la succession d’années de culture suivies d’années de jachère
jusqu’à la remise en culture suivante ; le nombre de cycles
(NbCycles) conditionne la transition de culture à herbe ;
- –. des durées de séjour respectivement en culture
(Dc) avant d’être abandonnée en jachère ou herbe ;
en jachère avant de passer en culture (Djc) ou
d’être régénérée en forêt (Djf) ; en herbe avant
d’être labourée pour être cultivée (Dhc), ou avant de
devenir jachère (Dhj) ; en plantation
(Dpc) au bout de laquelle la plantation est défrichée
pour une mise en culture ;
- –. un système de transitions, étiquetées d’événements
munis de contraintes de temps, donnant la sémantique de l’automate
(tableau 1).
Tableau 1 Sémantique de l’automate temporisé.
Semantics of timed automaton.
| État courant |
Transitions |
Etat final |
| Forêt |
- Défrichement : forêt→culture |
Culture |
| - Aménagement : forêt→rizière |
Rizière |
| Culture |
- Culture
[τc≤Dc] : culture→culture |
Culture |
| - Abandon en Jachère
[τc>Dc Λ τcycle
<NbCycles] : culture→jachère |
Jachère |
| - Abandon en herbe
[τc>Dc Λ τcycle
≥NbCycles] : culture→herbe |
Herbe |
| - Plantation : culture→plantation |
Plantation |
| Jachère |
- En jachère [τj ≤Djc V
τj ≤ Djf] : jachère→jachère |
Jachère |
| - Régénération en forêt
[τj>Djf] : jachère→forêt |
Forêt |
| - Remise en culture par défrichement
[τj>Djc] : jachère→culture |
Culture |
| Herbe |
- En herbe [τh ≤
Dhc V τh ≤ Dhj] :
herbe→herbe |
Herbe |
| - Remise en culture par labour [τh
>Dhc] : herbe→culture |
Culture |
| - Conversion en jachère
[τh>Dhj Λ distance à la forêt ≤
5 km] : herbe→jachère |
Jachère |
| - Reboisement : herbe→plantation |
Plantation |
| Plantation |
- En
plantation [τp≤Dpc] :
plantation→plantation |
Plantation |
| - Coupe et défrichement
[τp>Dpc] : plantation→culture |
Culture |
| Rizière |
- En rizière [τr < ∞] :
rizière→rizière |
Rizière |
Les symboles Λ et V désignent respectivement les connecteurs
logiques « ET » et « OU ».
Parmi les transitions existantes, la transition de forêt vers
rizière est irréversible et les transitions vers l’état plantation
conduisent au maintien dans cet état pendant au moins 20 ans.
Les états rizière et plantation, constituant des blocages longs de
l’usage du sol, sont considérés comme des états absorbants au sens
de Markov. La période couverte par l’échantillon ne laisse pas le
temps d’une régénération forestière ni d’une conversion d’herbe en
jachère. Les transitions correspondantes et les états absorbants
sont donc éliminés dans le modèle simplifié dont toutes les règles
sont à présent déterministes (figure 1). Parmi
les quatre états retenus (forêt, culture, jachère, herbe), forêt
n’intervient que dans le premier défrichement (forêt→culture).
L’automate évolue en partant de l’état initial en forêt,
défriché pour la mise en culture. Pendant Dc années, la
parcelle reste dans l’état culture puis est abandonnée en jachère
dès que τc>Dc et τcycle <
NbCycles. L’automate reste en jachère pendant Djc années
et revient à culture lorsque τj >Djc.
Quand τcycle≥NbCycles et τc>Dc,
l’état culture est abandonné en herbe, état dans lequel l’automate
reste pendant Dhc années et passe à culture par un
labour dès que τh > Dhc.
Dans ce modèle, deux décisions de l’agriculteur – la mise
en culture et l’abandon – liées entre elles, définissent un
moteur de changement d’état pour la recherche d’une nouvelle
parcelle en remplacement d’une parcelle abandonnée, afin de
garantir les besoins alimentaires de la population. Le taux de
remplacement β définit le nombre de parcelles à cultiver pour
remplacer une parcelle abandonnée. Le choix de nouvelles parcelles
s’effectue selon les précédents culturaux dans l’ordre
suivant : 1) jachère, 2) herbe, 3) forêt ; en choisissant
la forêt en dernier car elle est protégée par des dispositifs de
conservation et, dans chaque classe, la parcelle la plus âgée car
elle est supposée plus fertile.
Analyse des histoires culturales
Les 66 parcelles des vallons hors plantations et rizières,
jointes aux 104 parcelles de lisière, qui renseignent les
transitions entre quatre états d’occupation du sol (forêt, culture,
jachère, herbe), constituent l’échantillon complet des
170 parcelles de bordure Betsileo du corridor. Selon ces
données : i) la durée de séjour en forêt avant le premier
défrichement varie selon l’année de défrichement ; ii) les
temps de séjour dans chaque état varient entre 1 et 9 ans
(culture), 1 et 12 ans (jachère intercalaire), 1 et 5 ans
(herbe) et le nombre de cycles culturaux varie de 1 à 5.
Calibration et validation de l’automate temporisé
Les paramètres du modèle sont les durées de séjour en culture,
en jachère et en herbe ainsi que le nombre de cycles culturaux
depuis le premier défrichement. Avec un pas de temps annuel, la
simulation du modèle génère en sortie une succession d’états pour
chaque parcelle, par l’application des règles de transition, à
partir d’une configuration initiale du paysage composée d’un nombre
fixe de parcelles en forêt, dont un petit nombre de parcelles
cultivées implicitement égal à la taille de la population
initiale.
L’échantillon de données a une structure complexe car il est
composé d’historiques annuels d’occupation du sol de
170 parcelles dans lesquels les temps de séjour dans chaque
état sont variables. Comparer les successions temporelles simulées
et observées de plusieurs parcelles est une opération complexe qui
nous oblige à examiner deux matrices de transition markoviennes
résumant ces successions. Sous l’hypothèse nulle que la matrice de
transition simulée est identique à la matrice observée, soit
pour i, j =1..m, la statistique de test
suit une loi de χ2 avec m (m-1) degrés de liberté, où
m désigne le nombre des états possibles (Anderson et GoodMan,
1957). La probabilité moyenne pij de passer de l’état i
à l’état j est estimée empiriquement par le rapport
pij=nij/ni où nij est
le nombre de transitions de l’état i vers l’état j et
ni, le nombre d’unités du paysage dans l’état i
(Berchtold, 1998).
Nous construisons la matrice de transition en ne prenant pas en
compte les séquences longues : i) de forêt initiale, jusqu’au
premier défrichement ; ni ii) de jachère finale, après le
dernier abandon de culture, car ces séquences n’apportent pas
d’informations significatives sur la dynamique de l’occupation du
sol. Lorsque la durée de la jachère finale dépend de la dernière
année d’observation, et non d’une remise en culture, on ne peut la
relier ni à une dynamique écologique, ni à une décision de
l’agriculteur. On ne garde donc que les successions d’états situées
entre le premier défrichement et le dernier abandon.
La calibration de l’automate consiste à ajuster les paramètres
des règles en explorant en parallèle l’espace des quatre paramètres
dans leurs plages de valeurs préalablement définies. On simule de
manière itérative, pour chaque quadruplet de paramètres,
<strike>l</strike>a dynamique d’utilisation du sol sur
toutes les parcelles pour une durée donnée tout en gardant
β = 1. Les paramètres ajustés sont ceux qui minimisent la
distance entre la matrice simulée retenue et la matrice de Markov
observée, selon la métrique de χ2.
La validation du modèle consiste à le simuler avec les
paramètres préalablement ajustés sur un nouveau jeu de données
d’une autre durée. Les successions simulées sont ensuite comparées
aux observations issues du second jeu de données via les
matrices de transition.
Résultats
Le modèle est calibré avec le jeu d’histoires culturales de
104 parcelles de lisière connues sur une durée de 34 ans.
Le modèle ainsi calibré est ensuite validé par simulation sur
l’autre jeu de données des 66 parcelles du vallon dont l’usage
est connu sur une durée de 22 ans. Dans les deux cas, nous
procédons à un test de χ2 avec 12 degrés de
liberté, un risque de 5 % et une hypothèse nulle
(H0) : les matrices simulée et observée sont
similaires. Les valeurs des paramètres ajustés par la calibration
(tableau 2) sont les durées de séjour en
culture de 3 ans, en jachère de 2 ans, en herbe de
4 ans et le nombre de cycles culturaux égal à 4.
Tableau 2 Calibration par minimisation de la distance
entre les matrices de Markov observée et simulée.
Calibration by minimizing the distance between observed and
simulated Markov matrices.
| État initial |
État final |
|
| Matrice observée |
Matrice simulée retenue |
|
| Forêt |
Jachère |
Culture |
Herbe |
Forêt |
Jachère |
Culture |
Herbe |
| Forêt |
0 |
0 |
1 |
0 |
0 |
0 |
1 |
0 |
| Jachère |
0 |
0,69 |
0,31 |
0 |
0 |
0,67 |
0,33 |
0 |
| Culture |
0 |
0,32 |
0,62 |
0,06 |
0 |
0,27 |
0,68 |
0,05 |
| Herbe |
0 |
0 |
0,16 |
0,84 |
0 |
0 |
0,18 |
0,82 |
Statistique de test χ2 (3,76) inférieure au seuil
critique (21,03), donc H0 acceptée.
L’acceptation de l’hypothèse nulle du test de validation (tableau 3) permet de conclure que les
paramètres ajustés du modèle sont donc conformes en moyenne aux
pratiques culturales des agriculteurs observées sur le terrain.
Tableau 3 Comparaison des matrices de Markov observée et
simulée pour la validation.
Comparison of observed and simulated Markov matrices for
validation.
| État initial |
État final |
|
| Matrice observée |
Matrice simulée |
|
| Forêt |
Jachère |
Culture |
Herbe |
Forêt |
Jachère |
Culture |
Herbe |
| Forêt |
0 |
0 |
1 |
0 |
0 |
0 |
1 |
0 |
| Jachère |
0 |
0,59 |
0,41 |
0 |
0 |
0,63 |
0,37 |
0 |
| Culture |
0 |
0,26 |
0,72 |
0,02 |
0 |
0,25 |
0,70 |
0,05 |
| Herbe |
0 |
0 |
0,19 |
0,81 |
0 |
0 |
0,18 |
0,82 |
Statistique de test χ2 (5,52) inférieure au seuil
critique (21,03), donc H0 acceptée.
Avec le modèle validé, nous testons des scénarios de croissance
démographique et d’anticipation foncière en faisant varier le taux
de remplacement d’une parcelle abandonnée β entre 1 et 3 dans un
espace borné de 900 parcelles initialement en forêt dont
9 parcelles cultivées, ce qui correspond aux connaissances des
agronomes sur les vallons observés. Nous estimons par simulation
dans chaque scénario au bout de combien d’années : i) la forêt
va disparaître ; ii) la forêt ne dépasse pas un seuil de
préservation de 50 % mesuré en population de parcelles. Le
scénario β = 1 ne prévoit pas la disparition de la forêt.
Les scénarios β = 2 et β = 3, correspondant à
des anticipations de mise en réserve de terres pour les
descendants, donnent respectivement 21-15 ans et
12-9 ans. Ces délais relativement courts posent la question du
maintien de la forêt dans les prochaines décennies.
Discussion
Les résultats de la calibration et de la validation dépendent
des contraintes de construction de la matrice markovienne et du
choix de deux jeux dans les données. D’autres démarches posent des
problèmes : i) calibrer le modèle sur m parcelles et le
valider sur n autres parcelles de l’échantillon oblige à tirer
aléatoirement m et n ; ii) calibrer sur m années et valider
sur n années suivantes oblige à changer de matrice de transition
car les états d’occupation du sol ne sont pas les mêmes entre les
deux périodes, empêchant toute comparaison. Nous avons donc choisi
de diviser l’échantillon des 170 parcelles selon deux zones
géographiques – vallons et lisière – la différence de durée des
successions (22 et 34 ans) n’ayant pas de conséquences sur la
structure de la matrice de transition.
Conclusion
Ce travail aborde un problème de détermination des règles
moyennes vers lesquelles tendent les pratiques des agriculteurs
après le premier défrichement de la forêt en lisière du corridor
forestier. Un modèle à base d’automate temporisé a été proposé pour
modéliser la dynamique d’occupation du sol régie par des règles
déterministes reposant sur des durées.
L’originalité de ce travail réside dans : i)
l’explicitation de toutes les étapes de simplification dans la
construction du modèle ; ii) la possibilité de calibrer
l’automate temporisé sur un jeu de données et de le valider sur un
autre jeu de données ; iii) la possibilité de valider en
s’appuyant sur la comparaison des matrices markoviennes par un test
de χ2. Des scénarios de disparition de forêt sont testés
avec le modèle validé.
Cependant l’unicité des règles et leur stabilité dans le temps
sont des contraintes fortes alors que ces règles varient selon les
besoins des agriculteurs et l’évolution des techniques agricoles.
Un modèle à base d’agents permettrait de simuler des règles
variables selon les agriculteurs et la croissance démographique,
tout en étant plus difficile à calibrer, étant donné le plus grand
nombre de paramètres.
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