ARTICLE
Auteur(s) : Abdelaziz Smouni1, Mohammed
Ater2, Florence Auguy3, Laurent
Laplaze3, Mohammed
El Mzibri1, Fatiha Berhada4, Abdelkarim
Filali-Maltouf4, Patrick Doumas3
1CNESTEN Centre national de l'énergie, des sciences
et des techniques nucléaires Laboratoire de biotechnologie des
plantes UBRM-DSV BP 1382 R.P 10001 Rabat Maroc
2Faculté des sciences Université Abdelmalek Essaâdi
Laboratoire « Diversité et conservation des systèmes biologiques »
BP 2062 93002 Tétouan Maroc
3IRD Institut de recherche pour le développement Équipe
Rhizogenèse (INRA/IRD/UM2) UMR DIAPC 911, Av. Agropolis 34394
Montpellier cedex 5 France
4Faculté des sciences Université Mohammed V - Agdal
Laboratoire de microbiologie et biologie moléculaire Av. Ibn
Batouta BP 1014 10001 Rabat Maroc
Le développement mondial de l'industrialisation a entraîné une
utilisation massive de plusieurs types de minerais métallifères et
une croissance importante des activités minières.
Ces activités minières sont fortement polluantes et leurs
impacts sur l'environnement et la santé sont à l'échelle de leur
importance économique (Jung, 2001 ; Navarro et al., 2008).
La plupart des polluants miniers sont nocifs pour la faune et la
flore des milieux terrestres et aquatiques. En plus des lixiviats
acides et des résidus miniers qui provoquent une détérioration des
écosystèmes, les éléments-traces métalliques (ETM) sont à l'origine
d'effets encore plus néfastes sur les fonctions physiologiques des
organismes vivants (Boularbah et al., 2006 ; Lim et al.,
2007). À faibles doses, des métaux comme le fer, le zinc, le chrome
et le cuivre sont nécessaires à la vie. Cependant, à fortes doses,
ils sont toxiques et peuvent être à l'origine de complications
fonctionnelles importantes et de troubles de santé graves. Par
ailleurs, certains métaux comme le plomb, le mercure ou l'arsenic
sont très toxiques et sont classés parmi les polluants dits «
polluants atmosphériques dangereux » (Lee et Chon, 2003).
Plusieurs études se sont intéressées à la pollution par les ETM
des sites miniers et de leurs alentours et à l'impact de ces
activités sur l'environnement (Rybicka, 1995 ; Lee et al.,
2001). Ces études ont montré que la pollution par les ETM peut
affecter l'écosystème de manière irréversible si des mesures
adéquates de protection ne sont pas prises rapidement. En raison
des phénomènes d'érosion dans les zones contaminées, les ETM
peuvent se retrouver dispersés dans les réseaux fluviaux ou
sous forme d'aérosols à plusieurs kilomètres des sites d'origine.
Cette contamination diffuse rend le phénomène encore plus
dévastateur et difficile à contrôler (Bell et al., 2001 ;
Schwartz et al., 2001 ; Passariello et al., 2002).
L'activité minière est l'un des piliers fondamentaux de
l'économie marocaine, et le secteur des métaux a connu un
développement substantiel depuis 1919. La production marocaine
de plomb avait dépassé 170 000 tonnes en 1980,
représentant 3,5 % de la production mondiale (Wajdini, 1998). Dans
ce contexte, les mines du Maroc oriental ont largement contribué à
la production nationale de plomb. Cependant, les activités minières
ont conduit à une modification profonde du paysage de la région et
à sa contamination par les sous-produits des traitements et les
déchets rejetés.
L'objectif de ce travail est de réaliser une évaluation
préliminaire du taux de pollution des sols par les éléments-traces
métalliques au niveau de l'un des principaux sites miniers du Maroc
oriental : le district minier de Boubker et Touissit ainsi que la
fonderie d'Oued El Heimer.
Matériel et méthode
Description des sites
La région d'étude se situe au niveau de la chaîne des horsts, bande
montagneuse qui s'étend sur une longueur de 100 km et une
largeur de 20-30 km. Cette chaîne est limitée au nord par le
couloir Oujda-Taourirt, à l'ouest par la plaine de Tafrata, au sud
par le vaste domaine des hauts plateaux et à l'est par la frontière
maroco-algérienne. Le site d'étude se situe dans la partie
orientale de cette chaîne montagneuse, au niveau de la fonderie
d'Oued El Heimer et des mines Touissit et Boubker (figure 1).
La fonderie d'Oued El Heimer, à proximité du village du même
nom, se trouve à 33 km au sud-est de la ville d'Oujda. Cette
fonderie encore en activité est spécialisée dans le traitement, la
fusion et le raffinage du plomb et de l'argent. Depuis 1945,
l'unité traite les minerais provenant de l'ensemble des districts
miniers du Maroc oriental. À partir de 1980, suite à l'épuisement
des sites marocains, la matière première est principalement
importée du Mexique, du Brésil, de la Tunisie et de l'Algérie.
Cette région est soumise à une forte pollution aérienne due à
l'émission de gaz chargés de poussières fines qui polluent les
zones avoisinantes, en particulier les zones situées dans la
direction des vents dominants (N-NE). Des tentatives de
reboisement de la zone avoisinant la fonderie ont été entreprises
mais, en raison des fortes émissions de gaz, le massif forestier
situé dans l'axe des vents dominants n'a pu résister à cette
pollution (figure 2A, stations
OH1 à OH7). Seuls persistent quelques arbres situés de part et
d'autre de cette zone. Les sols sont également soumis à une
forte pollution par une accumulation massive de scories au
voisinage direct de la fonderie (figure 2B, stations
OH8 à OH11). Ces scories sont disposées au bord d'un cours
d'eau qui, en période de crues, en emporte une quantité
importante sous forme particulaire ou dissoute. Ce lessivage
peut constituer une source majeure de contamination des sols et des
points d'eau avoisinants.
Les sites de Boubker et de Touissit, situés à une trentaine de
kilomètres au sud de la ville d'Oujda, ont respectivement été
fermés en 1975 et 2002, suite à l'épuisement des
réserves, après une exploitation de près de 40 ans pour
Boubker et de 75 ans pour Touissit. La source de
pollution dans cette région est principalement constituée par les
déchets de lavage formant des digues de sable de grande superficie.
Ces sables sont facilement transportés par les vents et les
précipitations sous forme particulaire. Il est important de
souligner la présence de nombreuses habitations directement au pied
des digues (figure 3A). Par
ailleurs, certaines de ces digues ont été recouvertes par un
substrat (stérile) correspondant aux matériaux résiduels
directement issus du minerai extrait lors de l'exploitation de la
mine. La station Toui1 correspond à la plus ancienne digue de
la région de Touissit. Cette digue, recouverte depuis une dizaine
d'années, a fait l'objet de reboisement par du pin.
Les stations Toui2 et Toui3 sont situées respectivement sur
une digue non recouverte et une digue recouverte ayant fait l'objet
de reboisement par du pin et de l'acacia. La station Toui4
correspond à la digue la plus récente, en cours de recouvrement.
La station Toui5 est située près de l'entrée du puits de la
mine de Touissit. Les stations Toui6 et Toui7 sont situées
respectivement dans les zones recouvertes et non recouvertes de la
plus grande digue de Touissit. Cette digue porte un couvert épars
de pin et d'acacia (figure 3B).
Les stations Bou1 et Bou2 sont situées au niveau d'une digue
de sable restée nue et sans traitement, ni couverture végétale
(figure 3C).
Deux sites témoins – Tem1 et Tem2 - à l'écart des activités
minières, ont également été utilisés. Tem1 se situe au niveau du
Jbel Magaze, à 1 km de la fonderie dans le sens opposé au vent
dominant et Tem2 entre Touissit et Oued El Heimer.
Les échantillons de sol ont été prélevés sur 22 stations
dans les trois régions étudiées (tableau 1). Pour l'ensemble des échantillons,
la partie superficielle du sol, d'une surface de
0,3 m2, a été prélevée sur 10 cm de
profondeur, homogénéisée et tamisée (< 2mm).
Tableau 1 Description des échantillons
analysés.
Table 1. Description of analyzed samples.
|
Site
|
Code
|
pH
|
Coordonnées GPS
|
Nature de l'échantillon
|
|
Témoin
|
Tem1
|
7,7
|
alt : 995 m N 34° 27 30′ W 001° 53 46′
|
Sol végétalisé
|
|
Tem2
|
7,7
|
alt : 1 134 m N 34° 28 15′ W 001° 46 34′
|
Sol végétalisé
|
|
Oued El Heimer
|
OH1
|
7,3
|
alt : 981 m N 34° 26 59′ W 001°53 97′
|
Sol végétalisé
|
|
OH2
|
6,7
|
alt : 981 m N 34° 26 59′ W 001°53 97′
|
Sol végétalisé
|
|
OH3
|
7,1
|
alt : 981 m N 34° 26 59′ W 001°53 97′
|
Sol végétalisé
|
|
OH4
|
7,0
|
alt : 981 m N 34° 26 59′ W 001°53 97′
|
Sol végétalisé
|
|
OH5
|
7,6
|
alt : 981 m N 34° 26 59′ W 001°53 97′
|
Sol végétalisé
|
|
OH6
|
5,5
|
alt : 981 m N 34° 26 59′ W 001°53 97′
|
Sol végétalisé
|
|
OH7
|
7,7
|
alt : 981 m N 34° 26 59′ W 001°53 98′
|
Sol végétalisé sous pinède
|
|
OH8
|
7,1
|
alt : 959 m N 34° 26 88′ W 001° 54 03′
|
Scories issues de la fonderie
|
|
OH9
|
6,1
|
alt : 959 m N 34° 26 88′ W 001° 54 03′
|
Scories issues de la fonderie
|
|
OH10
|
7,9
|
alt : 961 m N 34° 24 88′ W 001° 54 02′
|
Scories issues de la fonderie
|
|
OH11
|
7,2
|
alt : 961 m N 34° 24 88′ W 001° 54 01′
|
Scories issues de la fonderie
|
|
Touissit
|
Toui1
|
7,7
|
alt : 1 132 m N 34° 28 26′ W 001° 46 19′
|
Stérile recouvrant la digue
|
|
Toui2
|
7,6
|
alt : 1 134 m N 34° 28 15′ W 001° 46 34′
|
Digue de sable (résidus de traitement
du minerai)
|
|
Toui3
|
7,2
|
alt : 1 134 m N 34° 28 15′ W 001° 46 34′
|
Stérile recouvrant la digue
|
|
Toui4
|
7,2
|
alt : 1 064 m N 34° 27 93′ W 001° 46 75′
|
Stérile recouvrant la digue
|
|
Toui5
|
7,4
|
alt : 1 055 m N 34° 26 49′ W 001° 48 22′
|
Stérile
|
|
Toui6
|
6,9
|
alt : 1 160 m N 34° 28 61′ W 001° 45 42′
|
Digue de sable (résidus de traitement
du minerai)
|
|
Toui7
|
6,8
|
alt : 1 160 m N 34° 28 61′ W 001° 45 42′
|
Stérile recouvrant la digue
|
|
Boubker
|
Bou1
|
7,7
|
alt : 1 200 m N 34° 28 34′ W 001° 42 99′
|
Digue de sable (résidus de traitement
du minerai)
|
|
Bou2
|
7,8
|
alt : 1 189 m N 34° 28 31′ W 001° 43 21′
|
Digue de sable (résidus de traitement
du minerai)
|
Mesure du pH
Dix grammes de sol sont mis en suspension dans 50 mL d'eau
distillée. Le mélange est agité pendant 1 heure à l'aide
d'un agitateur magnétique et est ensuite décanté pendant
30 min. Le pH est déterminé sur le surnageant directement
à l'aide d'un pH-mètre (Moreno et al., 1996).
Dosage des métaux
Les échantillons de sols sont séchés à température ambiante puis
broyés pour avoir une granulométrie inférieure à 180 μm.
Le sol ainsi finement moulu est minéralisé selon la procédure
suivante : à 100 mg de sol, sont ajoutés 2 mL de
HNO3 concentré. La solution est portée à sec à
110 °C puis 3 mL d'acide fluoridrique concentré sont
ajoutés et les extraits sont maintenus 15 heures à
140 °C. Après refroidissement à 110 °C, 2 ml de
HNO3 concentré sont apportés. Cette opération est
répétée trois fois puis les extraits secs sont repris par
25 mL de HCl 2M avant d'être analysés. Les concentrations
en As, Cd, Cu, Ni, Pb et Zn sont ensuite déterminées par ICP-AES
(inductively coupled plasma-atomic emission spectrometry ; Ultima2
JY) selon la méthode de Marguí et al. (2005).
Résultats et discussion
Mesures du pH
Les résultats obtenus montrent des valeurs de pH neutre à
faiblement acide, variant entre 5,5 et 7,8 (tableau 2). Parmi l'ensemble des
prélèvements, seuls deux prélèvements présentent des pH légèrement
acides dans le site d'Oued El Heimer. Des résultats similaires
ont été rapportés par Pichtel et al. (2000) pour des sols
avoisinant une fonderie de plomb aux États-Unis. Saïdi (2004)
rapporte des valeurs de pH comprises entre 7,5 et 8,1 dans le
district minier de Zaïda dans le Maroc oriental. Cependant, Navarro
et al. (2008) ont trouvé des valeurs de pH comprises entre 3,1
et 8,4 dans les régions minières de Cabezo Rajao en Espagne.
Plusieurs auteurs ont montré que le pH du sol joue un rôle majeur
dans la solubilité et la biodisponibilité des métaux (Basta
et al., 1993 ; Jung et Thornton, 1996). Dans notre étude, de
nombreux sites présentent des pH alcalins dont l'origine résulte
généralement de la présence de carbonates dans le sol.
Ces carbonates peuvent être un réservoir important pour les
ETM du sol. Kabata-Pendias et Pendias (1992) rapportent que le Cd,
le Cu, le Pb et le Zn ont une affinité particulièrement élevée pour
les carbonates. Ainsi, dans les milieux où les concentrations en
plomb sont relativement élevées, les carbonates sous forme
d'hydrocérusite et de cérusite, sont les régulateurs majeurs de la
distribution de cet élément dans les sols et les eaux
superficielles (Essington et al., 2004).
Tableau 2 Concentration en éléments-traces
métalliques (ETM) (As, Cd, Cu, Ni, Pb et Zn) (mg/kg)
et indice de pollution (IP)
dans les échantillons.
Table 2. Amount of metallic trace elements (MTE) (mg/kg)
and pollution index (IP) in samples.
|
Site
|
Station
|
As
|
Cd
|
Cu
|
Ni
|
Pb
|
Zn
|
IP
|
|
Témoin
|
Tem1
|
37
|
nd
|
15
|
26
|
286
|
106
|
0,84
|
|
Tem2
|
nd
|
nd
|
7
|
21
|
24
|
9
|
0,08
|
|
Oued El Heimer
|
OH1
|
21
|
nd
|
86
|
34
|
4 685
|
781
|
12,58
|
|
OH2
|
7
|
9
|
10
|
1
|
725
|
96
|
2,66
|
|
OH3
|
16
|
1
|
4
|
2
|
53
|
302
|
0,43
|
|
OH4
|
10
|
1
|
1
|
nd
|
26
|
527
|
0,55
|
|
OH5
|
16
|
2
|
3
|
nd
|
58
|
10
|
0,37
|
|
OH6
|
16
|
4
|
8
|
1
|
125
|
1 146
|
1,60
|
|
OH7
|
30
|
12
|
67
|
2
|
4 174
|
2 231
|
11,82
|
|
OH8
|
249
|
7
|
134
|
6
|
7 179
|
17 786
|
33,73
|
|
OH9
|
201
|
17
|
336
|
6
|
7 407
|
11 210
|
30,09
|
|
OH10
|
411
|
5
|
509
|
26
|
9 479
|
26 776
|
47,69
|
|
OH11
|
331
|
165
|
533
|
15
|
4 562
|
886
|
27,18
|
|
Touissit
|
Toui1
|
11
|
4
|
100
|
nd
|
1 212
|
171
|
3,80
|
|
Toui2
|
14
|
3
|
32
|
nd
|
264
|
206
|
1,19
|
|
Toui3
|
13
|
nd
|
223
|
nd
|
7 458
|
725
|
19,81
|
|
Toui4
|
47
|
15
|
766
|
3
|
1 817
|
315
|
7,96
|
|
Toui5
|
101
|
11
|
643
|
9
|
3 083
|
252
|
10,48
|
|
Toui6
|
187
|
18
|
2 243
|
3
|
3 309
|
472
|
15,78
|
|
Toui7
|
15
|
13
|
31
|
nd
|
197
|
795
|
2,29
|
|
Boubker
|
Bou1
|
66
|
58
|
148
|
nd
|
355
|
2 256
|
7,93
|
|
Bou2
|
76
|
37
|
53
|
2
|
84
|
1 388
|
4,57
|
|
VN
|
|
6
|
0,35
|
30
|
5
|
35
|
90
|
|
Mesure de la concentration en ETM
dans les sols
Les concentrations en As, Cd, Cu, Ni, Pb et Zn dans les
échantillons de sol prélevés dans les différentes stations sont
présentées dans le tableau 2.
Les régions minières de Touissit et Boubker se caractérisent par
des teneurs qui varient entre 11 et 187 ppm d'As, entre
0 et 57,5 ppm de Cd, entre 31 et 2 253 ppm de Cu,
entre 0 et 12,3 ppm de Ni, entre 84 et
7 458 ppm de Pb et entre 171 et 2 256 ppm pour
le Zn. Les teneurs en As, Cd et Cu sont comparables à celles
trouvées dans la région de Cabezo Rajao en Espagne par Navarro
et al. (2008). En revanche, les teneurs en Pb et Zn sont
nettement supérieures à celles rapportées par ces auteurs.
La région d'Oued El Heimer, où se situe la fonderie, présente
des teneurs en As situées entre 7 et 411 ppm, en Cd entre
0,1 et 164,5 ppm, en Cu entre 0,3 et 531,6 ppm et en Ni
entre 0,1 et 34,4 ppm. Cette région se caractérise par de
fortes teneurs en Zn et Pb en particulier au niveau des scories.
Ces valeurs varient entre 10 et 26 776 ppm pour le
Zn et entre 26 et 9 478 ppm pour le Pb. Bien que ces
valeurs semblent élevées, des concentrations en Pb et Zn plus
importantes ont été rapportées, en particulier autour de certaines
fonderies (Baker et al., 1994 ; Saïdi, 2004).
Des variations importantes dans les concentrations en ETM pour
les différents sites et pour les différentes stations soulignent
une grande hétérogénéité. Ainsi, les échantillons OH8 à OH11,
présentant globalement les teneurs les plus élevées en ETM,
correspondent à des scories issues de la fonderie. Cependant, il
existe une grande hétérogénéité des teneurs en ETM au sein d'une
même classe de substrat. Par exemple, les digues de sable
(Toui2, Toui6, Bou1 et Bou2) présentent une variation
importante dans leur composition en Pb allant de 84 à
3 309 ppm. La variation des concentrations en ETM
entre les sites et même entre les différentes zones d'un même site
semble être une caractéristique de la pollution des sites miniers.
Ernst et Nelissen (2000) ont montré que les concentrations en
métaux totaux dans les sols orogéniques, ainsi que dans les sols
proches des fonderies, sont très élevées mais très variables d'un
site à l'autre.
Les échantillons récoltés aux abords de la fonderie d'Oued El
Heimer, et en particulier au niveau des scories, présentent des
concentrations plus élevées en As, Cd, Pb et Zn que dans les deux
régions minières décrites. Les teneurs en Cu et Ni sont
également importantes. De nombreux auteurs ont montré que les
régions à proximité des fonderies sont extrêmement polluées par les
émissions de particules riches en ETM durant le processus de fusion
et leur accumulation subséquente à la surface du sol (Li et
Thornton, 1993 ; Bloemen et al., 1995 ; Dudka et al.,
1996). Les sols des sites de fonderies causent plus de
problèmes environnementaux que les sites d'extraction, du fait que,
dans ces zones, les métaux sont plus mobiles et biodisponibles (Li
et Thornton, 1993).
Dans les sols d'une mine de Pb et Zn en Corée du Sud, des
concentrations en Zn variant entre 329 et 25 800 ppm
ont été trouvées (Jung et Thornton, 1996). Ces valeurs
rentrent dans l'intervalle de variation des résidus de la région
étudiée. Par ailleurs, Li et Thornton (1993) ont rapporté des
concentrations en Zn atteignant 45 900 ppm dans la région
minière de Shipham en Grande-Bretagne. Dans le district minier de
Zaïda, Saïdi (2004) rapporte des concentrations en Zn allant
jusqu'à 409 741 ppm et Boularbah et al. (2006) présente
des valeurs en Zn de 108 000 ppm dans les résidus d'une
mine polymétallique de la région de Guemassa au Maroc.
Ces valeurs sont plus élevées que celles trouvées dans les
sites étudiés.
Les concentrations en Pb dans notre site d'étude sont
normalement élevées puisqu'il s'agit de mines et de sites
d'exploitation dédiés au Pb, au Zn et à l'Ag. Dans d'autres études,
plusieurs équipes ont trouvé des teneurs plus importantes en Pb
dans les déchets miniers. Li et Thornton (1993) ont rapporté des
concentrations en Pb variant de 3 280 à
28 900 ppm dans une région minière de Pb et Zn, en
Grande-Bretagne. Saïdi (2004) et Boularbah et al. (2006)
rapportent respectivement des valeurs de 73 936 et 30
100 ppm de Pb dans des résidus de fonderies situées dans
l'Atlas marocain.
Pour le Cu, Bennisse et al. (2005) rapportent des teneurs
atteignant 424 ppm dans la région minière de Draâ Sfar au
Maroc. Cette valeur est comparable à la concentration trouvée dans
les scories d'Oued El Heimer. Par ailleurs, des concentrations
atteignant 1 400 et 1 899 ppm ont été trouvées
respectivement près du site minier de Sambo en Corée du Sud (Jung
et Thornton, 1996) et dans les résidus de fonderies du district
minier de Zaïda (Saïdi, 2004).
Les travaux de Navarro et al. (2008) ont mis en évidence
des concentrations en Cd atteignant 332 ppm dans les sols
prélevés à partir d'une ancienne région minière de Pb-Zn en
Espagne. Fuge et al. (1993) ont trouvé des valeurs de
980 ppm de Cd dans des sols près des mines métallifères au
Pays de Galles. Saïdi (2004) rapporte des concentrations en Cd de 1
046 ppm dans le site minier de Mibladen au Maroc.
Ces valeurs sont nettement plus élevées que celles trouvées
dans les régions d'Oued El Heimer, Touissit et Boubker. Cependant,
certains auteurs ont trouvé des valeurs en Cd proches de nos
résultats. Ainsi, Boularbah et al. (2006) et Lim et al.
(2007) rapportent respectivement des concentrations de 228 ppm
et de 20 ppm en Cd.
Dans notre étude, excepté pour le Ni, la concentration en ETM
dans les sols témoins est inférieure ou proche de la moyenne
mondiale des sols non contaminés (tableau 2, VN). En revanche, la majorité des
sols issus des zones qui présentent une activité minière ont des
concentrations élevées en un ou plusieurs de ces éléments.
Ces concentrations élevées en EMT sont donc directement liées
aux activités minières qui durent depuis des décennies dans la
région. Des résultats similaires ont été trouvés par de
nombreux auteurs (Matthews et Thornton, 1982 ; Saïdi, 2004).
Index de pollution par les ETM
dans les sols
La concentration critique du sol est définie comme étant la valeur
au-dessus de laquelle la toxicité est possible.
Ces valeurs sont de 8 ppm pour le Cd, 125 ppm pour
le Cu et 400 ppm pour le Pb et le Zn (Kabata-Pendias et
Pendias, 1992). Dans notre étude, les résultats obtenus montrent
que les concentrations en métaux sont au-dessus du niveau critique
dans la plupart des stations. Quatre-vingts pour cent des stations
présentent des valeurs supérieures au seuil critique pour au moins
trois de ces éléments. Les scories d'Oued El Heimer et les
digues de Touissit et Boubker sont particulièrement riches en ces
quatre éléments. Ces sols sont également riches en As.
Néanmoins, la toxicité de cet élément est difficile à apprécier
dans le sol puisqu'elle dépend de sa biodisponibilité, généralement
très faible1.
La pollution par les métaux dans les sites miniers est
généralement associée à une contamination multiple qui augmente
considérablement le degré de toxicité des sols (Nimick et Moor,
1991 ; Chon et al., 1998). L'index de pollution (IP) est un
critère permettant d'évaluer la toxicité d'un sol. Il permet
d'identifier une contamination de type multiéléments dans les
échantillons (Chon et al., 1998). Cet index est calculé par le
rapport des concentrations des métaux dans le sol sur la base
de valeurs ajustées correspondant aux niveaux tolérables des
concentrations en métaux dans le sol (IP = (Cd/3 + Cu/100 + Pb/100
+ Zn/300)/4). Ainsi, un IP supérieur à 1 correspond à un sol
pollué.
Dans le cas de cette étude, l'index de pollution a été calculé
pour les différents sites de prélèvement et les résultats sont
reportés dans le tableau 1. Pour
les stations où la concentration en Cd est inférieure au seuil de
détection, la valeur est considérée comme nulle.
Les résultats obtenus montrent des valeurs d'IP très variables
d'une station à une autre. Ces valeurs sont comprises entre
0,43 et 47,69. Les indices les plus bas sont obtenus sur les
sols témoins et quelques sols végétalisés d'Oued El Heimer. En
outre, sur les 22 échantillons testés, 17 ont des IP
supérieurs à 1, confirmant la forte contamination de notre site
d'étude par les ETM. Des valeurs similaires sont fréquemment
observées dans les régions qui présentent des activités minières.
Jung (2001) et Lee et al. (2001) rapportent des valeurs d'IP
supérieures à 1 dans les sols de plusieurs régions minières en
Corée. Saïdi (2004) présente des valeurs d'IP atteignant
14 dans les mines de Zaïda. Bien que dans la région étudiée
les concentrations en Pb et Zn soient inférieures aux sols de
Zaïda, les IP sont, pour certains échantillons, nettement
supérieurs à ceux trouvés par Saïdi (2004). Sur les 20 sites
pollués, 85 % des échantillons analysés ont un IP supérieur à 1, et
45 % sont très fortement pollués avec un IP supérieur à 10.
Les IP les plus élevés sont enregistrés au niveau des scories
aux abords de la fonderie, soulignant le caractère extrêmement
toxique de ces milieux. Une analyse statistique non paramétrique
(test de Wilcoxon, Statitica 7) révèle une très forte corrélation
entre la valeur d'IP et les teneurs en Pb et Zn dans les milieux
étudiés, et, dans une moindre mesure, avec l'As, donnant un poids
particulier à ces trois éléments dans la toxicité des substrats.
Ces résultats montrent que la combinaison de métaux présents
dans les sols de la région de Touissit, Boubker et Oued El Heimer
est extrêmement toxique. Ces ETM fournissent une source de
dispersion continue et peuvent être à l'origine d'une pollution
endémique de la région.
Conclusion
L'analyse de la composition en métaux des sols (sols végétalisés,
digues, stériles et scories) des sites miniers de Touissit et
Boubker et de la fonderie d'Oued El Heimer a révélé des taux élevés
en ETM. L'index de pollution, souvent très élevé, montre que la
combinaison en métaux dans les sols de la région est une source
potentielle de toxicité pour la flore, la faune et les habitants.
En plus des activités minières, ces régions connaissent une
activité agricole vivrière à prendre en considération. On y
dénombre plusieurs cultures céréalières ainsi que des plantations
d'arbres fruitiers (oliviers, pruniers et pommiers). L'activité
pastorale est également omniprésente autour des agglomérations.
Ces activités constituent une voie d'entrée des ETM dans la
chaîne alimentaire et augmentent ainsi le risque de contamination
de la population.
Malgré l'environnement hostile du milieu, plusieurs essences
végétales ont été observées sur les sites et sont parfaitement
adaptées aux conditions édapho-climatiques de la région.
Ces espèces dites métallicoles participent à la fixation des
sols et minimisent ainsi la dissémination des ETM sous l'effet de
l'érosion. Certaines de ces plantes ont mis en place des processus
adaptatifs leur permettant de tolérer de fortes teneurs en ETM dans
le sol. Parmi celles-ci, on peut distinguer les plantes
accumulatrices de métaux. Ces plantes présentent un potentiel
important pour le développement de stratégies de
réhabilitation des sites miniers par des approches de
phytoremédiation.
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