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Toxicité et mode d'action des extraits de Carica papaya L. (Caricaceae) sur Macrotermes bellicosus Rambur (Isoptera ; Macrotermitinae) *


Cahiers Agricultures. Volume 19, Numéro 4, 267-72, juillet-août 2010, Étude originale

DOI : 10.1684/agr.2010.0408

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Annick Tahiri, Mathias Assi, Augustin Amissa , Université de Cocody UFR biosciences Labo de biologie et d'endocrinologie 22 BP 582  Abidjan Côte d'Ivoire, UFR Biosciences Labo de chimie Université de Cocody 22 BP 582  Abidjan Côte d'Ivoire, INP-HB Laboratoire de chimie Yamoussokro Côte d'Ivoire.

Résumé : Les propriétés pesticides des extraits totaux de différents organes du papayer Carica papaya L. (Caricaceae) ont été testées sur l'espèce de termite ravageur Macrotermes bellicosus. L'effet de l'extrait alcoolique des graines contenues dans le fruit vert et celui des extraits hexaniques de la pulpe et des graines sont les plus toxiques. Ces trois extraits possèdent des doses léthales (DL50) similaires et les plus faibles (respectivement 0,15 ± 0,0 mg/L, 0,16 ± 0,0 mg/L et 1,06 ± 0,0 mg/L). Ils peuvent justifier de façon satisfaisante l'usage en milieu traditionnel du papayer comme insecticide. L'extrait alcoolique de graines et l'extrait hexanique de la pulpe de papaye, les plus toxiques, ont leurs actions optimales à faible dose. Les autres extraits ont leur toxicité qui croît aux doses supérieures. Comme mode d'action, le contact et l'inhalation sont les facteurs essentiels à l'efficacité des extraits. Ils sont de plus capables de se transmettre dans la colonie lors des tâches sociales. Mais ils n'agissent pas par ingestion et ils sont inhibiteurs de la prise alimentaire vis-à-vis du termite.

Mots-clés : pathologie, productions végétales, ressources naturelles et environnement

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Annick Tahiri1, Mathias Assi2, Augustin Amissa3

1Université de Cocody UFR biosciences Labo de biologie et d'endocrinologie 22 BP 582  Abidjan Côte d'Ivoire
2UFR Biosciences Labo de chimie Université de Cocody 22 BP 582  Abidjan Côte d'Ivoire
3INP-HB Laboratoire de chimie Yamoussokro Côte d'Ivoire

Par les attaques et les dégâts qu'ils occasionnent, les termites constituent un des plus grands fléaux de l'agroforesterie tropicale et une contrainte majeure pour les agriculteurs. Dans la lutte contre ces insectes, les intrants chimiques, bien que coûteux et complexes, sont les plus employés par les agriculteurs (Cowie et Wood, 1989). Malgré l'utilisation de ces pesticides, les attaques des termites persistent (Logan et al., 1990).

Avec l'intensification de l'agriculture et les restrictions dans l'usage des pesticides pour leurs effets toxiques sur l'environnement, nous avons voulu valoriser des connaissances locales en matière de plantes à propriétés pesticides. Nous avons ainsi axé nos travaux vers la recherche de nouveaux biopesticides. Traditionnellement, les paysans utilisent des plantes pour lutter contre les termites nuisibles. Le papayer est décrit comme toxique sur les termites par Yaga (1973). Cet auteur montre en laboratoire que l'extrait aqueux du fruit vert du papayer est toxique sur les ouvriers adultes du termite Coptotermes formosanus. Cette plante est également décrite comme toxique sur d'autres insectes que le termite. L'extrait aqueux de feuilles du papayer, mélangé à l'eau d'irrigation, limite les ravages des insectes phytophages tels que les chenilles et les pucerons, dans les cultures maraîchères en Côte d'Ivoire (non publié1). Au Bénin, les extraits aqueux du fruit vert du papayer sont utilisés traditionnellement dans la lutte contre tous les stades de la bruche Callosobruchus maculatus F., nuisible aux fleurs et aux gousses du niébé (non publié2). Aussi, nous avons vérifié le fondement de l'utilisation traditionnelle de cette plante dans les campagnes en lutte antitermites et nous avons plus particulièrement recherché le mode d'action de cette plante sur les termites.

Le choix de cette étude part des constats suivants :

  • malgré les nombreux traitements chimiques utilisés en Côte d'Ivoire, les cultivateurs restent impuissants face aux ravages et aux pertes occasionnées par les termites (96 % des dégâts sur des parcelles expérimentales d'hévéa et 85 % des ravages sur des parcelles expérimentales de maïs sont liés aux termites) (Tahiri, 2010) ;
  • les méthodes traditionnelles à base de plantes pour la lutte contre les insectes ravageurs des cultures sont de plus en plus délaissées aux profits des intrants chimiques, délicats à utiliser, potentiellement toxiques contre les humains et onéreux pour le paysan dont les conditions de vie se dégradent.

L'objectif général de la présente étude est de proposer une solution de lutte autre que l'utilisation des intrants chimiques, efficace, plus accessible aux paysans, sans menace pour l'environnement et pour l'homme et, moins coûteuse.

Plus spécifiquement, il s'agit :

  • d'étudier la toxicité directe des différents extraits totaux aqueux, alcoolique et hexanique des différents organes du papayer sur les ouvriers adultes d'une espèce de termite ravageur, Macrotermes bellicosus Rambur ;
  • de déterminer : i) si la mortalité du termite peut résulter ou non d'une consommation de l'extrait ; ii) si l'extrait est toxique sans être en contact avec le termite (test d'inhalation) ; iii) si les ouvriers qui ont été en contact avec l'extrait peuvent contaminer des ouvriers qui n'ont pas été en contact avec le produit (test de transmission) ; et iv) si les ouvriers, lorsqu'ils ont le choix, sont capables de détecter le produit et de l'éviter (test de choix) ;
  • d'évaluer la dose létale (DL503) des extraits en 24 heures ;
  • de déterminer la persistance d'efficacité des extraits actifs du papayer.

Matériel et méthode

Site d'étude

Les travaux se sont déroulés à l'université de Cocody située à Abidjan, en Côte d'Ivoire.

Matériel végétal

Notre choix s'est porté sur le papayer Carica papaya L. (Caricaceae), très courant en Côte d'Ivoire. La composition chimique des feuilles du papayer et de son fruit est connue (Busson, 1968 ; Fortin et al., 2000). En revanche, peu de travaux mentionnent ses propriétés pesticides. Les fruits et les feuilles sont utilisés comme insecticides contre les termites (Yaga, 1973), contre les chenilles, les pucerons et les bruches (non publié4).

Matériel animal

Macrotermes bellicosus Rambur (sous-famille des Macrotermitinae) a été choisie pour les tests biologiques en raison de son impact sur de nombreuses cultures, de son abondance dans la zone d'étude et de son nid épigé permettant la capture en grand nombre des ouvriers. Les ouvriers étudiés dans ces travaux ne proviennent pas d'élevage, mais d'une même colonie issue du même nid du campus de Cocody. Chez cette espèce champignonniste, les ouvriers sont de deux tailles – grands et petits. Le dimorphisme entre la taille de la tête des petits et des grands ouvriers permet de les séparer pour nos expériences.

Préparation des extraits totaux

La plante a été récoltée de mai à septembre 2005 et de mai à septembre 2006. Les résultats concernent ces deux séries de prélèvements, sans distinguer les années. Les extraits totaux aqueux, alcoolique et hexanique de feuilles, de graines et de pulpe du fruit sont réalisés selon la méthode d'extraction successive classique par des solvants de différentes polarités (Kaushik et Vir, 2000). L'organe végétal est d'abord épuisé par l'hexane, ensuite par le méthanol, et enfin, par l'eau. Les solutions recueillies sont évaporées par évaporation rotative au rotavapor, pour obtenir des extraits totaux hexanique (huileux), méthanolique et aqueux, qui sont séchés sous vide.

Calcul du taux (en %) du rendement à l'extraction

Le rendement à l'extraction de chaque fraction (R) se définit comme le rapport de la quantité de l'extrait (E) sur la quantité de matière sèche du produit (MS) :

R = E/MS x 100

Préparation des formulations

Une solution-mère à 10 % est préparée à partir de chaque extrait séché avec le solvant correspondant avant d'être testée sur 1 gramme de poids frais des petits ouvriers (PO) adultes du termite M. bellicosus (soit sur 136 petits ouvriers), aux doses de 10, 20, 50 et 100 μL par boîte, soit aux quatre teneurs suivantes : 1, 2, 5 et 10 mg d'extrait/L. Le témoin est traité aux mêmes doses du solvant correspondant.

Tests biologiques

Cinq tests biologiques sont réalisés selon les protocoles de Delgarde et Rouland-Lefèvre (2002) :
  • 1. Le test de toxicité directe permet de mesurer les réponses des termites à un sol traité avec l'insecticide ;
  • 2. Le test de toxicité par consommation permet de déterminer si la mortalité des petits ouvriers résulte ou non d'une consommation de l'insecticide et précise l'importance de la consommation du produit dans cette mortalité ;
  • 3. Le test de toxicité par inhalation sert à étudier si les émanations de l'insecticide sont toxiques ;
  • 4. Le test de toxicité par transmission est utilisé pour déterminer si des grands ouvriers qui ont été en contact avec l'insecticide pendant 1 heure et demie, puis transférés avec des petits ouvriers qui n'ont pas été en contact avec le produit, peuvent contaminer les petits ouvriers après 2 heures de présence des deux catégories d'ouvriers ;
  • 5. Le test d'évitement de l'extrait permet de déterminer si les ouvriers, lorsqu'ils ont le choix, sont capables de détecter le produit et de l'éviter.

Les tests sont réalisés à la température ambiante du laboratoire comprise entre 27 et 28 °C. Les tests de toxicité directe, par consommation et par transmission, sont réalisés dans une petite boîte rectangulaire en plexiglass de 95 x 65 x 20 mm de hauteur contenant 7 grammes de terre humidifiée avec 2 ml d'eau distillée. Les tests d'inhalation et par évitement sont réalisés dans une grande boîte en plexiglass de 180 x 120 x 70 mm de hauteur contenant 17 grammes de terre tamisée et humidifiée avec 5 ml d'eau distillée.

À l'aide d'une micropipette, les doses sont déposées soit sur la terre (pour les tests de toxicité directe et par transmission), soit sur des morceaux de papier Whatman N° 1 de 4 cm2 (pour les tests de consommation, d'inhalation et d'évitement). Après dépôt, les boîtes sont séchées à l'air libre durant 1 heure. Les petits ouvriers de M. bellicosus sont ensuite introduits dans ces dispositifs qui sont fermés et ne permettent pas de circulation d'air. Chaque solution d'extrait est testée aux quatre doses citées. Chaque dose est reprise dix fois pour l'ensemble des tests. Chaque boîte témoin est traitée avec le solvant correspondant.

La mortalité des petits ouvriers a été déterminée 24 heures après les traitements. La DL50 est calculée. La surface de chaque papier Whatman recouverte de placage de terre et celle consommée (mm2/ouvrier) sont mesurées chaque jour avec un micromètre oculaire adapté à une loupe. La quantité d'extrait ingérée par ouvrier par jour (en ppm) est calculée.

Persistance d'efficacité (en jours) de l'extrait le plus actif

Dans une petite boîte en plexiglass de 95 x 65 x 20 mm de hauteur contenant 7 grammes de terre humidifiée avec 2 ml d'eau distillée, la terre est traitée à la dose la plus efficace de l'extrait. Les petits ouvriers sont retirés et remplacés toutes les 24 heures par de nouveaux pendant 7 jours. Les boîtes témoins sont traitées avec le solvant correspondant. Les petits ouvriers morts sont comptés jusqu'à ce que la quantité dans les boîtes essais et dans les témoins ne soit pas significativement différente. Le pourcentage de mortalité est calculé.

Calcul du pourcentage de mortalité

Le pourcentage de mortalité (Pc) est calculé selon le rapport du nombre d'individus morts observé sur le nombre total de termites :

Pc = Mortalités observés/nombre total termites x 100

Analyses statistiques

Les données recueillies lors des tests biologiques sont traitées au moyen du logiciel Statistica (2001).

Le diagramme en boîte, l'estimation boostrap, les tests non paramétriques de Newman-Keuls et de Kruskal-Wallis (au seuil de 5 %) et les tests de corrélation ont été utilisés. La DL50 est calculée par l'analyse Probit sur la base des mortalités obtenues après 24 heures sur différentes doses.

Résultats

Rendement d'extractions successives des différentes parties de C. papaya

Les quantités successives extraites par chacun des trois solvants exprimées en pourcentage de la quantité totale extraite sont indiquées dans le tableau 1.

Tableau 1 Rendement d'extractions successives des différentes parties de Carica papaya.

Table 1. Successive extraction output of the different parts of Carica papaya.

Extrait hexanique (%)

Extrait alcoolique (%)

Extrait aqueux (%)

Feuille

6

13

11

Graine

15

18

17

Pulpe

12

15

13

Toxicité directe des extraits de C. papaya

Sept groupes d'extraits classés des plus efficaces au moins actifs selon leur toxicité (DL50), sur le termite M. bellicosus, se distinguent (tableau 2). Dans le groupe 1, et en tête de liste, se retrouvent les extraits alcooliques de graines et hexaniques de pulpe et de graines. Ces extraits possèdent une toxicité supérieure à l'ensemble des autres extraits de la plante et des DL50 similaires. Dans le groupe 2, se retrouve l'extrait aqueux de feuilles. En revanche, l'extrait alcoolique de la pulpe est le moins toxique (tableau 2). Les pourcentages de mortalité des petits ouvriers obtenus après traitement avec cet extrait restent en deçà de 50 % de la population. Les extraits les plus toxiques (alcoolique de graines et hexanique de pulpe) ont leur action optimale à faible dose (1 mg/L). À dose élevée (10 mg/L), ils sont moins performants. Les toxicités des autres extraits sont corrélées positivement avec les doses.

Tableau 2 Classement par ordre décroissant des DL50 des extraits de Carica papaya sur les petits ouvriers de Macrotermes bellicosus dans le test de toxicité directe.

Table 2. LD50 classification in descending order of Carica papaya extract on small Macrotermes billicosus workers in the direct toxicity test.

Ordre d'efficacité

Extrait

DL50 en 24 h (mg/L)

1

Alcoolique graine

0,15 ± 0 a

2

Hexanique pulpe

0,16 ± 0 a

3

Hexanique graine

0,6 ± 0 ab

4

Aqueux Feuille

2 ± 0 b

5

Alcoolique feuille

10,3 ± 0 c

6

Hexanique feuille

18 ± 0 d

7

Aqueux graine

23,5 ± 0 e

8

Aqueux pulpe

146 ± 0 f

9

Alcoolique pulpe

152,3 ± 0,2 g

Persistance d'efficacité (en jours) des différents extraits de C. papaya

Les extraits de graines de C. papaya possèdent les meilleures persistances. Entre 3,7 jours et 4,3 jours, les extraits restent actifs (les taux de mortalité des petits ouvriers sont significativement supérieurs à celui obtenu chez le témoin au seuil de 5 %) (tableau 3)

Tableau 3 Persistance d'efficacité* (en jours) des différents extraits de Carica papaya.

Table 3. Persistence of efficiency* (in days) of the different Carica papaya extracts.

Extrait hexanique

Extrait alcoolique

Extrait aqueux

Feuille

3,3 ± 0,4 b

3,7 ± 0,4 a

3,3 ± 0,4 b

Graine

3,7 ± 0,4 a

3,7 ± 0,4 a

4,3 ± 0,4 a

Pulpe

3,3 ± 0, 4 b

3,2 ± 0,4 b

3,7 ± 0,4 a

Mode d'action de l'extrait alcoolique de graines de C. papaya le plus toxique sur le termite

Toxicité par consommation

Les papiers témoins et les papiers traités à l'extrait sont visités par le termite comme le montrent les placages de terre. Mais le termite ne consomme pas les papiers traités.

En revanche, la surface moyenne de papier consommée chez le témoin est de 5 mm2, soit 0,04 mm2/ouvrier (tableau 4). La quantité d'extrait ingérée par les ouvriers en fin d'expérience est nulle. Or, les pourcentages de mortalité obtenus chez les ouvriers traités sont significativement supérieurs à celui du témoin (H = 9,33 ; p = 0,000 ; N = 50). Il n'y a donc pas de corrélation entre la mortalité des ouvriers et la consommation de l'extrait pour les doses testées à 24 heures (R = 0,45 ; N = 50 ; p = 0,220). L'effet toxique de l'extrait alcoolique de graines de C. papaya n'est donc pas lié à son ingestion par le termite.

Nous allons préciser par les tests suivants les autres voies d'actions du produit.

Tableau 4 Effet de l'extrait alcoolique de graines de Carica papaya sur l'activité de récolte des ouvriers de Macrotermes bellicosus (test par consommation).

Table 4. Effect of the Carica papaya grain alcohol extract on the Macrotermes billicosus workers’ collection activity (consumption test).

Dose d'extrait alcoolique de graine de C. papaya (mg/L)

Surface placage cumulée (mm2/ov)

Surface consommée cumulée de papier (mm2/ov)

Quantité d'extrait ingérée cumulée (en ppm/ov)

0

0,30 ± 0,23 a

0,04 ± 0 b

0 a

1

4,50 ± 5,46 ab

0 a

0 a

2

2,18 ± 1 b

0 a

0 a

5

2,23 ± 1,31 b

0 a

0 a

10

3 ± 5 b

0 a

0 a

Toxicité par inhalation

L'extrait n'agissant pas par ingestion, il est intéressant de voir s'il peut être toxique sans être en contact avec le termite. Aux doses de 1, 2, 5 et 10 mg/L, l'inhalation de l'extrait entraîne un taux de mortalité significativement plus élevé que celui obtenu chez le témoin à 24 heures et à 48 heures après le traitement (H = 9,47 ; p = 0,000 ; N = 50). En revanche, les taux de mortalité ne sont pas significativement différents entre les doses (H = 9,187 ; p = 0,081 ; N = 40).

Toxicité par transmission

Aux doses de 1, 2 et 5 mg/L, le taux de mortalité des petits ouvriers de M. bellicosus mis en contact avec les grands ouvriers traités avec l'extrait est significativement plus élevé que celui obtenu chez le témoin (H = 19,66 ; p = 0,000 ; N = 50) (figure 1). Le TL505 moyen de 0,9 ± 0,3 jour est significativement inférieur au TL50 de 1,8 ± 0,1 jours obtenu chez le témoin (H = 19,48 ; p = 0,000 ; N = 50). Cet extrait est donc favorable à la transmission dans les colonies.

Évitement de l'extrait

Lorsque le choix se présente, les papiers témoins et les papiers traités à l'extrait sont visités par le termite comme le montrent les placages de terre. Mais aucun papier, traité ou témoin disposé à proximité, n'est consommé par les ouvriers de M. bellicosus (tableau 5). L'inhibition de la prise alimentaire par l'extrait s'exerce aussi bien sur la consommation du papier traité que sur celle du papier non traité disposé à proximité.

Tableau 5 Effet de l'extrait alcoolique de graines de Carica papaya sur l'activité de récolte des ouvriers de Macrotermes bellicosus (test par évitement).

Table 5. Effect of the Carica papaya grain alcohol extract on the Macrotermes billicosus workers’ collection activity (avoidance test).

Dose d'extrait alcoolique de graine de C. papaya (mg/L)

Surface placage cumulée (mm2/ov)

Surface de papier consommée cumulée (mm2/ov)

Témoin 1 mg/L

3 ± 0,67 a 1,64 ± 0,50 a

0 a 0 a

Témoin 2 mg/L

3 ± 2,87 a 1,80 ± 1,48 a

0 a 0 a

Témoin 5 mg/L

3,25 ± 5,26 a 2,43 ± 2,60 a

0 a 0 a

Témoin 10 mg/L

3 ± 2,15 a 1,41 ± 1,60 a

0 a 0 a

Discussion

Toutes les parties du papayer (feuilles, pulpe et graines du fruit) s'avèrent plus ou moins toxiques pour M. bellicosus. Les extraits du fruit vert (extrait alcoolique de graines et extraits hexaniques de pulpe et de graines) sont les plus toxiques. Les constituants du papayer contribuent à expliquer l'action insecticide potentielle. L'extrait alcoolique de graines du papayer contient des terpénoïdes, des tanins et des alcaloïdes (Tahiri, 2010). Les effets insecticides de ces constituants ont été mentionnés par plusieurs auteurs. Les terpénoïdes ont des propriétés insecticide, fongicide, répulsive et antiappétante (Wardell, 1987 ; Fortin et al., 2000). Les tanins possèdent des propriétés insecticides, larvicides et répulsifs (Zhang et al., 1990). Les alcaloïdes induisent des effets toxiques vis-à-vis des insectes (Appert et Deuse, 1982 ; Bouchelta et al., 2005). Les deux extraits les plus performants, aux doses élevées, présentent un rapport dose-effet non linéaire. Nos observations sont similaires à celles des travaux de Fournier (1998), de Delgarde et Rouland-Lefèvre (2002) et de Reinhard et al. (2002), avec l'utilisation de signaux chimiques comme les phéromones et l'attractant X94 (thiophane de méthyle) sur les termites. Ces auteurs l'expliquent par des interactions chimiques des composants pouvant entraîner la saturation des processus tels que leur absorption ou leur activation métabolique.

Les extraits de graines de papayer possèdent les meilleures persistances d'efficacité et de bons rendements d'extraction.

Nos résultats montrent également que le contact et l'inhalation sont les deux facteurs essentiels à l'efficacité des extraits du papayer sur le termite. Les substances toxiques peuvent donc pénétrer à travers la cuticule et les stigmates de l'insecte. Ils n'agissent pas par ingestion et ils sont inhibiteurs de la prise alimentaire vis-à-vis du termite. Leur utilisation en appât contre cet insecte peut donc poser des problèmes. Ils sont en revanche capables de se transmettre à partir d'individus traités dans la colonie, lors des tâches sociales, par contact et par léchage, ce qui est une qualité recherchée dans un termiticide.

Les extraits n'ont plus d'effet 72 à 96 heures après le traitement. À l'instar de nombreux autres insectes phytophages, le termite doit pouvoir détoxifier les composés toxiques en produisant des enzymes qui sont impliqués dans les mécanismes métaboliques de la détoxication de substances organiques polluantes (Scott, 1999).

Des techniques simples de gestion des attaques des termites en milieu de culture par des extraits aqueux de graines de papayer peuvent être facilement réalisées par les cultivateurs.

Les doses à appliquer sont réalisables (en laboratoire ; la dose expérimentale de 1,6 kg d'extrait/ha a donné des résultats satisfaisants).

Conclusion

Bien que moins actifs que les insecticides vendus sur le commerce comme antitermites, les extraits naturels du papayer peuvent être une autre solution à la place des pesticides dans la lutte contre les termites. Des compléments d'analyses sur l'identification des composés actifs sur le termite, sur les capacités de formulations et sur les facteurs qui peuvent compromettre leurs efficacités sur le terrain sont à évaluer en milieu naturel.

Références

[Appert et Deuse, 1982] Appert J, Deuse J. Les ravageurs des cultures vivrières et maraîchères sous les tropiques. Paris : Maisonneuve & Larose, 1982.

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[Busson, 1968] Busson HM. Plantes alimentaires de l'Ouest africain. Marseille : Leconte ed, 1968.

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[Delgarde et Rouland-Lefèvre, 2002] Delgarde S, Rouland-Lefèvre C. Efficacy of Actara 25 WG on three species of Brazilian termite (Isoptera : nasutitermitinae). Sociobiology 2002 ; 40 : 669-710.

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[Fournier, 1998] Fournier J. Chimie des pesticides. Cultures et Techniques - ACCT. Vienne : Les Trois Moutiers, 1998.

[Kaushik et Vir, 2000] Kaushik N, Vir S. Variations in fatty acid and composition of neem seeds collected from the Rajasthan State of India. Biochem Soc Trans 2000 ; 28 : 880-2.

[Logan et al., 1990] Logan JWM, Cowie RH, Wood TJ. Termite (Isoptera) control in agriculture band forestry non chemical methods, a review. Bull Entomol Res 1990 ; 80 : 309-30.

[Reinhard et al., 2002] Reinhard J, Lacey M, Ibarra F, et al. Hydroquinone. A general phagostimulating pheromone in termites. J Chem Ecol 2002 ; 28 : 1-14.

[Scott, 1999] Scott JC. Cytochromes and insecticide resistance. Insect Biochem Mol Biol 1999 ; 29 : 757-77.

[Tahiri, 2010] Tahiri A. Termites ravageurs de Hevea brasiliensis (Kunth) Müll. Arg., 1775 dans les départements de Daoukro et d'Agboville (Côte d'Ivoire) : lutte par utilisation d'extraits de 6 plantes locales contre Macrotermes bellicosus Rambur 1842. Thèse d'État ès-sciences naturelles, université de Cocody, Abidjan 2010.

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1 Travaux de Bekon K.A., 1998.

2 Travaux de Ahohuendo et al., 2005.

3 DL50 : dose létale 50, indicateur quantitatif de la toxicité d'une substance.

4 Travaux de Bekon et al., 1998 et de Ahohuendo et al., 2005.

5 TL50 : temps létal 50, (temps moyens pour lesquels on observe 50 % de morts).


 

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