Accueil > Revues > Agronomie et biotechnologies > Cahiers Agricultures > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Cahiers Agricultures
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Connaissance paysanne des insectes foreurs de tiges du riz et leurs dégâts dans différentes zones écologiques du Bénin (Afrique de l'Ouest)


Cahiers Agricultures. Volume 19, Numéro 4, 262-6, juillet-août 2010, Étude originale

DOI : 10.1684/agr.2010.0410

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Abou Togola, Francis E Nwilene, Alphonse Agbaka, Florence Anato, Tolulope A Agunbiade, Daniel C Chougourou , Centre du Riz pour l'Afrique (AfricaRice) Division Entomologie01 BP 2031 Cotonou Bénin, Centre du Riz pour l'Afrique (AfricaRice)P.M.B. 5320Oyo RoadIbadanNigeria, École polytechnique d'Abomey Calavi (EPAC) 01 BP 2009 CotonouBénin.

Résumé : Au Bénin, les dommages causés par les foreurs de tiges constituent une menace pour la production rizicole. La présente étude vise à évaluer la connaissance paysanne de ces ravageurs en vue de trouver une solution participative à leur surveillance et leur contrôle en milieu rural. Ainsi, une enquête agronomique a été menée auprès de 151 producteurs des départements du Zou, des Collines et du Couffo où des spécimens des foreurs de tige du riz et les échantillons de leurs dégâts ont été présentés aux paysans pour identification. De plus, des visites ont été organisées dans les champs paysans afin de vérifier les connaissances des riziculteurs sur le terrain. Les résultats obtenus montrent que les paysans ont une bonne connaissance des principaux foreurs de tige tels que Sesamia calamistis Hampson (Lepidopera : Noctuidae), Chilo zacconius Bleszynski (Lepidoptera : Pyralidae), Maliarpha separatella Ragonot (Lepidopera : Pyralidae) et Diopsis spp. (Diptera : Diopsidae). Les dégâts des foreurs, notamment les cœurs morts et les panicules blanches, sont également très bien reconnus par les paysans. La connaissance avérée de ces foreurs par les agriculteurs béninois permettrait aux services d'encadrement rural de mettre à profit l'expérience et le savoir des paysans en les associant aussi bien aux diagnostics locaux qu'aux opérations de lutte contre ces ravageurs.

Mots-clés : pathologie, productions végétales

ARTICLE

Auteur(s) : Abou Togola1, Francis E Nwilene2, Alphonse Agbaka3, Florence Anato3, Tolulope A Agunbiade2, Daniel C Chougourou3

1Centre du Riz pour l'Afrique (AfricaRice) Division Entomologie 01 BP 2031 Cotonou Bénin
2Centre du Riz pour l'Afrique (AfricaRice) P.M.B. 5320 Oyo Road Ibadan Nigeria
3École polytechnique d'Abomey Calavi (EPAC) 01 BP 2009 Cotonou Bénin

Le riz (Oryza spp.) est devenu l'une des céréales les plus consommées au Bénin. La production locale n'arrive plus à satisfaire les besoins de la population et le pays doit importer chaque année des milliers de tonnes de cette céréale (Assigbe, 2003).

Afin de réduire cette dépendance vis-à-vis de l'extérieur, la production locale doit être encouragée. Cependant, les attaques occasionnées par les insectes en général et les foreurs de tige en particulier limitent de nos jours la production locale du riz. Dans les années de forte infestation, les foreurs seuls sont capables d'engendrer des pertes pouvant atteindre 30 % sur le riz pluvial et 100 % sur le riz de bas-fonds (Umeh et al., 1993). La lutte contre eux doit passer nécessairement par une surveillance régulière de leurs populations et dégâts.

Au Bénin, la surveillance et l'alerte précoce concernant les ravageurs sont dévolues aux seuls services d'encadrement, mais, compte tenu de leurs moyens limités, ils n'arrivent pas à cerner à temps tous les problèmes entomologiques. La prise en compte de la participation paysanne dans les diagnostics locaux est très limitée (Velay et al., 2001), car très peu d'agronomes admettent que les agriculteurs connaissent suffisamment les réalités de leurs terroirs (Friedberg, 1999). Or, le rôle des paysans dans de telles opérations est très important, car ils sont les premiers témoins des problèmes qui apparaissent dans leurs champs. Cependant, avant de solliciter la participation des agriculteurs dans les diagnostics locaux, il paraît prioritaire de savoir si oui ou non, ils ont une bonne connaissance des phénomènes entomologiques. L'objectif de cette étude est de mettre en évidence la connaissance des agriculteurs sur les foreurs de tige du riz et leurs dégâts dans les zones écologiques des plateaux, des bas-fonds et zones irriguées du Bénin en vue de justifier leur participation dans les programmes de lutte entomologique. En outre, l'étude permettra d'identifier la présence des principaux foreurs de tige et leur répartition à travers les zones de production du riz afin de mieux orienter les interventions futures pour une meilleure protection des cultures rizicoles au Bénin.

Matériel et méthode

Au cours de la campagne 2006, le Centre du riz pour l'Afrique (AfricaRice) en collaboration avec l'Institut national des recherches agricoles du Bénin (Inrab) a conduit une enquête, dans les départements du Zou, des Collines et du Couffo où les agriculteurs de huit villages ont été interrogés : Koussin, Lélé, Dévé, Sowé, Gankpètin, Sokponta, Lema, et Odo-Otchèrè. Le choix des sites a été fait en considérant l'importance de la culture du riz dans les localités. Des entretiens individuels ont été menés auprès de 151 producteurs de riz (hommes et femmes) choisis de manière aléatoire à l'intérieur des zones de production du riz, prenant en compte les différents sites (bas-fonds, plateaux et zones irriguées). Les réponses paysannes étaient notées sur les questionnaires. Par ailleurs, les enquêteurs étaient munis des spécimens des principaux insectes foreurs du riz (Sesamia calamistis, Chilo zacconius, Maliarpha Separatella et Eldana saccharina, Diopsis spp. et Orseolia oryzivora), d'échantillons de cœurs morts et de panicules blanches ainsi que de photographies des principales chenilles foreuses et symptômes de leurs dégâts sur le riz (Chaudhary et al., 2003). La procédure de l'enquête comprenait l'interview des paysans et la visite des champs.

L'interview a consisté à rencontrer chaque producteur individuellement et à lui présenter les spécimens et photos d'insectes foreurs (adultes et larves) et des échantillons de leurs dégâts. Pour chaque insecte présenté, il a été demandé au producteur de donner son nom vernaculaire, de faire sa description, d'indiquer ses dégâts et les stades phénologiques vulnérables et enfin de citer les organes de la plante où on le rencontre. Pour chaque dégât présenté, le producteur devait indiquer sa nature, ses causes, les stades phénologiques de son apparition et son importance économique. Enfin, les pertes de production dues aux foreurs étaient estimées par les producteurs sur la base du nombre de sacs de 100 kg perdus annuellement. Ainsi, trois niveaux de pertes ont été considérés : perte faible (inférieur à 10 % de la production), moyennement grande (entre 10 % et 20 %) et élevée (dépassant 20 % de la production).

La visite des champs a pris en compte un seul champ par paysan, celui qui se trouvait aux stades vulnérables du tallage ou de l'épiaison (stades vulnérables aux foreurs). Au champ, le paysan devait trouver et montrer aux enquêteurs les dégâts des foreurs (cœurs morts, panicules blanches, galles et tunnels). Ensuite, il devait disséquer les tiges infestées, extraire le foreur, donner son nom vernaculaire, le décrire et enfin le montrer dans la collection de référence ou sur la photographie. Pour les foreurs de l'ordre des Lépidoptères l'identification portait seulement sur les larves qui sont facilement observables dans les tiges infestées. Quant à ceux appartenant à l'ordre des Diptères, l'identification concernait les larves et les adultes. Pour un foreur non rencontré sur le terrain, des questions complémentaires étaient posées au paysan pour savoir s'il avait une connaissance réelle de l'espèce concernée. Enfin, chaque producteur a évalué la perte en fonction des dégâts présents au champ. Les réponses paysannes étaient notées sur les questionnaires.

Les données collectées ont été réorganisées sous forme de variables quantitatives après codification. Elles ont été ensuite saisies dans le logiciel Excel et soumises à l'analyse statistique à l'aide du logiciel SAS® (Statistical Analysis System) version 9.1 (SAS Institute, 2003). Dans le cas de cette étude, les statistiques descriptives ont été utilisées pour faire ressortir les pourcentages moyens des réponses paysannes pour chaque variable étudiée suivant les différentes zones écologiques.

Résultats

Connaissance des agriculteurs sur les foreurs de tige du riz

Les résultats des interviews (RI), ont montré que toutes les espèces de foreurs de tige du riz présentées sont connues des paysans (tableau 1). Dans les zones de riziculture de plateau, C. zacconius et M. Separatella ont été les plus reconnus (soit par 83 % des producteurs). Ils ont été suivis par les deux Diptères Diopsis spp. et O. oryzivora (par 75 % des paysans) et enfin S. calamistis et E. saccharina (par 50 % des paysans). Dans les zones écologiques de bas-fond, M. Separatella, C. zacconius et Diopsis spp. ont été les plus reconnus par les producteurs. Enfin, dans la zone de riziculture irriguée, S. calamistis, Diopsis spp. et C. zacconius ont été les plus reconnus tandis que M. separatella, E. saccharina et O. oryzivora ont été les moins reconnus par les paysans. Les observations au champ ont permis de vérifier les connaissances paysannes sur le terrain où Diopsis spp. a été correctement identifié par 90 % d'entre eux, C. zacconius par 83 %, S. calamistis par 62 % et M. Separatella par 47 %. En revanche, la présence des espèces E. saccharina et O. oryzivora n'a pas été constatée au champ. Toutefois, les producteurs ont su décrire E. saccharina et ont expliqué que cette espèce se rencontre sur le riz quand cette culture se trouve à côté d'un champ de maïs. Les résultats des observations au champ (RC) sont notés dans le tableau 1.

Au vu des résultats des interviews et des observations au champ, il s'avère que les paysans des principales zones de production du riz au Bénin connaissent au moins les quatre foreurs de tige que sont Diopsis spp, C. zacconius, S. calamistis et M. Separatella. Pour ce qui concerne E. saccharina et O. oryzivora, leur connaissance par les paysans n'a pas été pratiquement prouvée.

Tableau 1 Proportion des producteurs ayant identifié les foreurs de tige et leurs dégâts dans chaque zone écologique.

Table 1. Proportion of farmers having identified stem borers and their damage in each ecological zone.

Pourcentage de paysan (%)

Bas-fonds

Plateau

Zone irriguée

MG

RI

RC

RI

RC

RI

RC

RI

RC

1. Espèces de foreurs de tige

Sesamia calamistis

41

61

50

80

75

46

55

62

Chilo zacconius

61

78

83

87

73

84

72

83

Eldana saccharina

42

-

50

-

15

-

36

-

Orseolia oryzivora

52

-

75

-

41

-

56

-

Diopsis sp.

59

93

75

82

74

96

69

90

Maliarpha separatella

69

43

83

57

45

42

66

47

2. Dégâts des foreurs de tige

Cœur mort

80

77

92

86

96

93

89

85

Panicule blanche

89

95

100

100

98

98

96

98

Galle

79

-

100

-

70

-

83

-

Tunnels

72

20

92

18

88

49

84

29

Connaissance des agriculteurs sur les dégâts des foreurs de tige du riz

Au cours de l'interview, tous les dégâts des foreurs présentés ont été déclarés connus par les paysans, les cœurs morts et les panicules blanches l'ayant été davantage que les autres. Les observations au champ ont permis à 98 % des producteurs d'identifier correctement les panicules blanches et à 85 % d'entre eux d'identifier les cœurs morts. Seuls 29 % ont pu reconnaître les tunnels dans les tiges (tableau 1). Pour les dégâts des galles, ils n'ont pas été vus au champ : les paysans les confondaient avec le symptôme de mauvais déploiement des feuilles suite aux attaques tardives des Diopsides.

L'importance économique des dégâts de panicules blanches a été signalée par 59 % des paysans enquêtés alors que celle des cœurs morts, des tunnels et des galles a été mentionnée respectivement par 21, 13 et 7 % des producteurs (tableau 2).

Ces résultats montrent que les producteurs ont une bonne connaissance des principaux dégâts des foreurs de tige du riz au Bénin et qu'ils maîtrisent ceux qui sont économiquement importants.

Tableau 2 Connaissance des agriculteurs de l'importance économique des dégâts des foreurs de tige et des stades phénologiques vulnérables du riz.

Table 2. Farmer knowledge of economic importance of stem borer damage and the different susceptibility of rice according to its stage.

Pourcentage de paysans (%)

Bas-fonds

Plateau

Zone irriguée

MG

1. Les types de dégâts

Cœur mort

24

25

13

21

Panicule blanche

52

67

58

59

Galle

7

8

6

7

Tunnels des tiges

17

0

23

13

Total (%)

100

100

100

100

2. Les stades phénologiques

Plantule

15

17

21

18

Tallage

28

33

50

37

Épiaison

47

50

29

42

Total (%)

100

100

100

100

Connaissance des agriculteurs sur les stades phénologiques vulnérables aux foreurs du riz

Dans l'ensemble des zones de production, 42 % des paysans interrogés ont estimé que le stade épiaison est le plus sensible aux attaques des foreurs de tige, 37 % ont cité le stade tallage comme étant le plus sensible et 18 % ont trouvé que le stade plantule (prétallage) est le plus vulnérable (tableau 2).

Ces résultats montrent que les paysans ont une très bonne connaissance des stades physiologiques du riz qui sont sensibles aux attaques des foreurs de tiges.

Connaissance des agriculteurs sur le niveau des pertes

Sur la base des réponses recueillies lors de l'interview, 47 % des paysans pensent que les pertes engendrées par les foreurs de tiges sont faibles (< 10 % de la production), 38 % estiment qu'elles se situent entre 10–20 % de la production, et seulement 15 % trouvent qu'elles sont élevées (> 20 % des récoltes). Au champ et précisément au moment de l'observation, 53 % des producteurs ont estimé les pertes comme étant faibles, 29 % les ont estimées comme moyennement grandes (10–20 %) et 18 % les ont évalués comme importantes (tableau 3).

Au même moment, les notations faites par les agents enquêteurs dans les champs ont prouvé que les pertes dues aux attaques des foreurs de tige ne dépassaient pas 10 %. Ces résultats montrent que beaucoup de producteurs savent évaluer les pertes, mais que certains ont tendance à les surestimer.

Tableau 3 Connaissance des agriculteurs des niveaux de pertes induites par les foreurs de tige.

Table 3. Farmer knowledge of loss levels due to stem borer damage.

Connaissance paysanne des niveaux de perte (%)

Bas-fonds

Plateau

Zone irriguée

MG

Niveaux des dégâts

RI

RC

RI

RC

RI

RC

RI

RC

Pertes faibles (< 10 %)

49

45

50

65

42

48

47

53

Pertes intermédiaires (10-20 %)

32

32

33

23

48

32

38

29

Pertes élevées (> 20 %)

19

23

17

12

10

20

15

18

Total

100

100

100

100

100

100

100

100

Discussion

Connaissance des agriculteurs sur les foreurs de tige du riz

L'analyse des résultats présentés permet de situer clairement le niveau de connaissance des paysans sur les différents foreurs de tige du riz au Bénin.

La mouche à pédoncule, Diopsis spp., a été le foreur le plus reconnu sur l'ensemble des zones de production, mais en majorité par les agriculteurs des bas-fonds et ceux des zones irriguées. La fréquence et l'abondance de ces mouches dans les rizières, et aussi leur curieuse forme avec leurs yeux au bout des antennes seraient à la base de leur bonne identification par les paysans. Selon Cocherau (1978), les adultes des Diopsides sont fréquents pendant le jour et leur pullulation au champ se remarque facilement. En outre, de nombreuses recherches ont rapporté que ces mouches peuvent se rencontrer dans toutes les zones de culture du riz (Brenière, 1983), mais qu'elles sont plus abondantes dans les rizières irriguées (Heinrichs et al., 2004) et celles des bas-fonds (Appert et al., 1988 ; Olalekan, 2002). Le foreur rayé, C. zacconius, a été bien reconnu surtout dans les zones de plateau et dans les zones irriguées. La connaissance des paysans des plateaux pourrait s'expliquer par l'abondance de C. zacconius dans les rizières en culture pluviale, comme rapporté par Alam (1992), tandis que celle des paysans des zones irriguées serait le résultat de leur longue expérience en riziculture au Bénin.

Quant au foreur rose africain, S. calamistis, il a été reconnu par la majorité des producteurs en général, et en particulier par ceux des zones écologiques de plateau et de bas-fonds. Ce savoir paysan se justifie dans la mesure où le foreur rose serait prédominant aussi bien sur les plateaux (Alam, 1992) que dans les bas-fonds (Nwilene et al., 2008).

Le foreur blanc, M. Separatella, déclaré connu par 66 % des producteurs lors de l'interview, ne l'a été que par seulement 47 % au cours de la visite de terrain. Ce contraste serait dû au fait que les producteurs sont moins habitués à identifier les insectes sur collections et photos qu'au champ et auraient confondu les chenilles du foreur blanc avec celles d'autres espèces pendant l'interview.

Quant au foreur E. saccharina, il n'a pas été rencontré sur le terrain, mais l'hypothèse selon laquelle il attaquerait le riz dans les localités où cette culture se trouve dans les mêmes environnements que le maïs est soutenue par les travaux d'Appert (1988) et de Tran (1981). Ainsi, tout porte à croire que les producteurs le connaissent. Concernant enfin O. oryzivora, aucune investigation au champ ni aucune donnée de recherche antérieure n'ont signalé sa présence au Bénin. Il est normal que cette espèce ne soit pas reconnue par les agriculteurs.

Les enquêtes effectuées prouvent que les producteurs des départements du Zou, des Collines et du Couffo ont une bonne connaissance de S. calamistis, C. zacconius, Diopsis spp. et M. separatella. Selon plusieurs auteurs, ces espèces sont celles qui causent l'essentiel des dégâts sur le riz en Afrique de l'Ouest (Akinsola, 1975 ; Brenière, 1976 ; Hari et al., 1997 ; Tran, 1981 ; Alam, 1988 ; Diarisso, 1992 ; Heinrichs, 1998).

En résumé, il apparaît que les agriculteurs des principales zones rizicoles au Bénin – de par leur savoir sur les foreurs de tiges – seraient en mesure de participer aux opérations de prospection et de lutte contre eux.

Connaissance des agriculteurs sur les dégâts et pertes dus aux foreurs de tige du riz

Lors des interviews, les paysans avaient déclaré connaître tous les symptômes des dégâts des foreurs de tige, mais les observations au champ ont montré que les cœurs morts et les panicules blanches sont les seuls qui soient bien connus. En effet, ces deux types de symptômes sont facilement visibles. Le premier se traduit par un dessèchement de la feuille centrale (Cochereau, 1978) et le second par le dessèchement suivi d'une coloration blanche caractéristique des inflorescences (Heinrich et al., 2004). Quant aux symptômes de tunnels et de galles, ils ont été très peu ou pas identifiés.

En outre, les paysans ont déclaré que les stades tallage et épiaison étaient les plus vulnérables aux attaques des foreurs de tige et que les dégâts de cœurs morts et de panicules blanches étaient les plus importants économiquement. Ces résultats, confirmés par les observations au champ, reflètent la réalité d'autant plus que les cœurs morts apparaissent au stade tallage du riz et les panicules blanches au cours de l'épiaison (Descamps, 1957 ; Cochereau, 1978 ; Brenière, 1983 ; Heinrich et al., 2004), comme le disent les agriculteurs. Concernant l'estimation des pertes dues aux foreurs, il n'y avait pas de grande différence entre les résultats des interviews et ceux résultant de l'observation au champ, les estimations paysannes ayant été conformes aux résultats des notations effectuées par les enquêteurs. Ces résultats sont par ailleurs du même ordre de grandeur que les résultats obtenus dans des zones écologiques similaires d'autres régions d'Afrique où les pertes occasionnées par les foreurs ont été estimées entre 2 et 38 % (Dakouo et al., 1992 ; Heinrichs, 1998).

Ces analyses prouvent que les producteurs des départements du Zou, des Collines et du Couffo ont une bonne connaissance des principaux dégâts des foreurs de tige du riz et seraient capables de participer à une opération d'investigation visant à les évaluer au champ.

Conclusion

L'étude a permis de démontrer qu'une bonne proportion des paysans des zones rizicoles du Bénin connaît les principales espèces de foreurs de tiges et leurs dégâts sur le riz. Dans quelques rares cas, une certaine confusion a été notée dans la relation entre type d'insecte et nature des dégâts, d'où un besoin de renforcement de capacités dans ce domaine. Dans l'ensemble, les résultats obtenus sont conformes à la réalité du terrain et sont soutenus par des recherches antérieures.

Ces résultats devront permettre aux services d'encadrement agricole du pays et aux institutions de recherche de mieux impliquer les paysans dans les opérations de surveillance régulière et d'alerte précoce des foreurs de tige ainsi que dans les recherches participatives pour une lutte efficace contre ces ravageurs.

Références

[Akinsola, 1975] Akinsola EA. Present status of different rice stem borers in plants of Nigeria. Rice Entomololy Newsletter 1975 : 3 p.

[Alam, 1988] Alam MS. Seasonal abundance of rice stem borer species in upland rice and irrigated rice in Nigeria. Insect Sci Appl 1988 ; 9 : 191-5.

[Alam, 1992] Alam MS. A survey of rice pests in Nigeria. Trop Pest Manage 1992 ; 38 : 115-8.

[Appert et Deuse, 1988] Appert J, Deuse, J. Le technicien d'agriculture tropical : Insectes nuisibles aux cultures vivrières et maraîchères. 2e éd. Paris : Ed G.-P. Maisonneuve et Larose; A.C.C.T, 1988.

[Assigbe, 2003] Assigbe P. Développement participatif de technologies pour la gestion intégrée de la fertilité des sols rizicoles du centre Bénin. Actes de la seconde revue régionale de la recherche rizicole (4Rs 2002). Monrovia (Liberia) : ADRAO, 2003.

[Brenière, 1976] Brenière J. Reconnaissance des principaux lépidoptères du riz de l'Afrique de l'Ouest. Agronomie Tropicale 1976 ; 31 : 213-31.

[Brenière, 1983] Brenière J. Principaux ennemis du riz en Afrique de l'Ouest et leur contrôle. 2e éd. Monrovia (Liberia) : ADRAO, 1983.

[Chaudhary et al., 2003] Chaudhary RC, Nanda JS, Tran DV. Guide d'identification des contraintes de terrain à la production de riz. Rome : FAO, 2003.

[Cochereau, 1978] Cochereau P. Fluctuations des populations imaginales de Diopsis thoracica Westwood et de Diopsis apicalis Wstwood (Diptera, Diopsidea) en liaison avec la phénologie d'un riz de bas-fond à Bouaké (Côte d'Ivoire). Cahiers Orstom. Ser Biologie 1978 ; XIII : 45-58.

[Dakouo et Nacro, 1992] Dakouo D, Nacro S. Lutte contre les insectes ravageurs du riz au Burkina-Faso : bilan et perspectives, Vol. 1. Communication présentée au Deuxième séminaire sur la lutte intégrée contre les ennemis des cultures vivrières dans le Sahel. Bamako (Mali) : Ed Institut du Sahel, 1992.

[Descamps, 1957] Descamps M. Contribution a l'étude des diptères Diopsidae nuisibles au riz dans le nord Cameroun. Res. J Agric & Biol Sci 1957 ; 4 : 83-93.

[Diarisso, 1992] Diarisso NY. Les foreurs de tige du riz au Mali, Vol. 1. Communication présentée au Deuxième séminaire sur la lutte intégrée contre les ennemis des cultures vivrières dans le Sahel. Bamako (Mali) : Ed Institut du Sahel, 1992.

[Friedberg, 1999] Friedberg C. Les savoirs populaires sur la nature. Sciences Humaines 1999 ; 24 : Hors série : La dynamique des savoirs : 8–11.

[Hari, 1997] Hari KP. Systèmes améliorés de riziculture pluviale. Archives de documents. Rome : FAO, 1997. (www.fao.org/docrep/003/T0751F/T0751F00.HTM).

[Heinrichs, 1998] Heinrichs EA. African Cereal Stem Borers : economic importance, taxonomy, natural enemies and control. London : Ed Polaszek ; CTA, 1998.

[Heinrichs et Alberto, 2004] Heinrichs EA, Alberto T. Rice-Feeding Insects and Selected Natural Enemies in West Africa Biology, ecology, identification. Los Baños (Philippines) ; Abidjan (Côte d'Ivoire) : éditions IRRI/WARDA, 2004.

[Nwilene et al., 2008] Nwilene FE, Jones MP, Brar DS, et al. Integrated pest management (IPM) strategies for NERICA varieties. In : The New Rice for Africa – a Compendium. Manuel. Cotonou : sn, 2008.

[Olalekan, 2002] Olalekan OB. Management of major Insects Pests of Rice in Tanzania. Plant Protect Sci 2002 ; 38 : 108-13.

[SAS Institute, 2003] SAS Institute. SAS systems for Windows. Version 9.1 Edition 2002-2003. Cary (NC, États-Unis) : SAS Institute Inc, 2003.

[Tran, 1981] Tran M. Reconnaissance des principaux foreurs des tiges du riz, du maïs et de la canne à sucre en Côte d'Ivoire. Travaux et documentations de l'Orstom, n° 48. Paris : Orstom éditions, 1981

[Umeh et Joshi, 1993] Umeh EDN, Joshi RC. Aspects of the biology, ecology and natural biological control of the African rice gall midge, Orseolia oryzivora Harris and Gagné (Dipt.,Cecidomyiidae) in south east Nigeria. J Appl Entomol 1993 ; 116 : 391-8.

[Velay et al., 2001] Velay F, Baudoin JP, Mergeai G. Caractérisation du savoir paysan sur les insectes nuisibles du pois d'Angole (Cajanus cajan (L.) Millsp.) dans le Nord de l'Ouganda. Biotechnol Agron Soc Environ 2001 ; 5 : 105-14.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]