ARTICLE
Auteur(s) : Ali
Daoudi1, Betty
Wampfler2
1Institut national agronomique École nationale
supérieure agronomique Département d'économie rurale Hacène Badi -
El Harrach 16200 Alger Algérie
2IRC SupAgro Montpellier 1101, Avenue Agropolis BP
509834033 MontpellierFrance
En Algérie, comme dans de nombreux pays en développement, les
réformes des systèmes financiers n'ont pas abouti à l'émergence de
marchés financiers ruraux dynamiques pouvant répondre efficacement
aux besoins de toutes les catégories d'exploitations agricoles. En
Afrique et en Asie du Sud, le taux de bancarisation de
l'agriculture ne dépasse par 6 % (Morvant-Roux, 2008). Dans
beaucoup de ces pays, 50 à 80 % des habitants ont un problème
d'accès à des services financiers adéquats (Banque mondiale, 2007).
Dans les pays du Maghreb, la situation n'est pas meilleure. En
Tunisie, la proportion des exploitations agricoles accédant au
financement bancaire atteint à peine 10 % (Audinet Tunisie, 2007).
Au Maroc, le secteur agricole souffre d'un sous-financement
important et les banques ne contribuent que très peu dans le
financement des besoins des exploitations (Akesbi et al.,
2008). Le même caractère marginal de la contribution des
banques au financement des exploitations agricoles est relevé en
Algérie (Conseil national économique et social, 2003 ; Mesli,
2007).
Le manque d'information sur les détails opérationnels des
exploitations, leur incapacité à fournir des garanties matérielles
et l'importance des coûts de transaction seraient les principales
raisons de cette exclusion (Ruan et Zhang, 2008 ; Andersson, 2008).
Dans les pays du Maghreb, la frilosité des banques à l'égard du
secteur agricole est accentuée par l'importance des risques
climatiques qui rendent la production très aléatoire (Ben El Ahmar,
2003 ; Mesli, 2004).
L'importance du crédit agricole dans la modernisation de
l'agriculture de pays comme l'Algérie remet à l'ordre du jour les
réflexions sur les conditions qui rendent ce crédit accessible aux
agriculteurs. L'étude du fonctionnement des pratiques de
financement informel, qui seraient très fréquentes dans
l'agriculture algérienne (Daoudi et Bédrani, 2002, 2008 ; CNES,
2003), peut dégager des pistes de réflexion susceptibles
d'alimenter le débat sur la réforme du système de financement
agricole. Cet article présente les résultats d'une recherche
empirique sur le financement informel dans le secteur agricole
algérien. Après définition du cadre conceptuel et méthodologique,
il décrit les principales formes de financement informel pratiquées
et propose une interprétation de leurs déterminants
structurels.
Cadre conceptuel et méthodologie
Le financement informel est un trait caractéristique des économies
agricoles et rurales des pays en développement (Adams et Fitchett,
1994 ; Tsai Kelee, 2004 ; Maksimovic et al., 2008 ; Andersson,
2008). En Algérie, même si son existence est généralement
admise, il reste une facette inexplorée de la réalité de
l'agriculture.
En l'absence de connaissances empiriques validées,
l'identification des principales formes de financement informel a
été le premier enjeu de ce travail. Considérant le financement
informel comme étant « toute transaction qui permet aux
agriculteurs de mobiliser des moyens productifs auprès d'un tiers
parti non formel », l'étude s'est attachée à analyser les deux
termes de cette transaction : les besoins des exploitations
agricoles et leurs sources de financement dans des zones agricoles
supposées représenter différentes situations d'offre. Car nous
considérons que les pratiques de financement informel des
agriculteurs seraient déterminées non seulement par les besoins en
financement, eux-mêmes déterminés par la nature des systèmes de
production, mais aussi par l'offre informelle qui est déterminée à
son tour par des facteurs économiques (Venet, 1994) et
socioculturels (Henni, 1993 ; Servet, 1995). Dans une synthèse de
ses travaux sur l'économie géographique, Krugman (2004), montre
clairement la relation directe qui existe entre la taille du
marché et la localisation de l'offre. En nous appuyant sur
cette thèse, nous considérons que la configuration
de l'offre de financement informel varie avec la configuration
de l'économie agricole de chaque région du pays. Ainsi, la
concentration de l'offre de financement informel serait liée à la
concentration d'une spéculation agricole donnée, elle-même
déterminée par les paramètres agroécologiques.
Quatre wilayas sont retenues pour représenter les principales
zones agroécologiques du pays : Blida pour les plaines littorales,
Constantine pour les hautes plaines intérieures, Djelfa pour les
zones steppiques et Tlemcen pour les zones de montagne. Dans
chacune de ces wilayas, un échantillon de 100 agriculteurs a
été enquêté en 2002.
Pratiques de financement informel : caractéristiques
et importance relative
Les agriculteurs mobilisent quatre sources de financement pour
satisfaire les besoins financiers de leur système de production.
L'autofinancement en est de loin la principale.
Les subventions publiques sont aléatoires, ne touchant que
quelques spéculations alors que le crédit bancaire est insignifiant
(0,75 % des enquêtés y ont recouru durant la campagne considérée).
Le financement informel est, en revanche, fortement développé
et organisé autour de quatre types de pratiques : la vente sur pied
avec préfinancement, l'association de production, le crédit
fournisseur et le prêt entre particuliers. Chacune de ces formes
répond à un besoin spécifique et est mobilisée par un type
particulier d'agriculteurs. L'offre de financement émane d'acteurs
de l'environnement de l'agriculteur poursuivant des fins
économiques ou sociales. Le tableau 1 montre la diversité des
caractéristiques des pratiques et les principes qui les
sous-tendent. La quantification précise de l'importance
relative de ces formes de financement a été impossible du fait de
la difficulté de collecte de données sur les montants monétaires
mobilisés. Aussi, leur importance a été appréhendée à travers la
fréquence de leur mobilisation par les agriculteurs et l'étude
s'est concentrée sur l'analyse des processus qui les permettent.
La vente sur pied avec préfinancement
Le contrat classique de vente sur pied d'une récolte donnée est ici
élargi par des clauses spécifiant la mobilisation, par l'acheteur,
de ressources financières pour couvrir tout ou partie des charges
de campagne. Cette mobilisation peut prendre la forme d'une avance
sur le montant de l'achat de la récolte ou celle d'une contribution
de l'acheteur dans la prise en charge directe de dépenses de
production. Les arrangements sont multiples et concernent
surtout le partage des responsabilités techniques et financières de
la conduite du processus de production. La négociation et la
conclusion de ce type de transaction se font au début du cycle
biologique de la production concernée.
Cette pratique, exclusivement dédiée à l'arboriculture fruitière
chez les attributaires des terres des ex-domaines publics, n'est
rencontrée qu'à Blida, l'une des principales wilayas arboricoles du
pays, où 56 % des enquêtés couvrent les charges d'acquisition des
intrants agricoles grâce aux avances des commerçants
collecteurs.
Tableau 1 Principales caractéristiques des formes
de financement informel pratiquées
par les agriculteurs.
Table 1. Principal characteristics of farmers’ informal
funding practices.
|
Formes de financement informel
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Principales caractéristiques
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Objet principal de la transaction
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Type de service financier
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Bénéficiaires potentiels
|
Offreurs potentiels
|
Intérêt de l'offreur
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Vente sur pied avec préfinancement
|
Récolte sur pied de fruits et légumes
|
Préfinancement ou avance sur le montant
de la transaction de vente
|
Les arboriculteurs des zones potentielles, notamment
les attributaires des terres des ex-domaines
publics
|
Les commerçants collecteurs livreurs des fruits
et légumes
|
Négociation, de gré à gré, d'un prix d'achat
préférentiel
|
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L'association de production
|
Coproduction
|
Apport d'un facteur de production (terre
ou capital)
|
Les propriétaires terriens sans capital Les exploitants agricoles,
sans terres
|
Les exploitants agricoles, sans terres Les propriétaires terriens
sans capital
|
Part de la production réalisée, valorisation
d'un facteur de production possédé
|
|
Le crédit fournisseur
|
Intrants ou services agricoles Dans une moindre mesure,
acquisition de matériel agricole ou réalisation
de forages
|
Crédit de paiement
|
Pour le crédit relatif aux services : Les
céréaliculteurs potentiels Les éleveurs potentiels Pour
le crédit relatif à l'achat d'intrants : Les maraîchers
potentiels Les éleveurs potentiels Les aviculteurs potentiels
|
Les professionnels de la location de matériel
agricole Les fournisseurs des services et produits
vétérinaires Les fournisseurs d'intrants agricoles Les fournisseurs
d'aliments du bétail et des volailles Les revendeurs
de matériel agricole Les entreprises de réalisation
de forages
|
Fidélisation des clients potentiels
et ou amélioration du chiffre d'affaire
|
|
Le prêt entre particuliers
|
Argent liquide
|
Prêt non rémunéré
|
Tous les agriculteurs
|
Parents, amis et partenaires économiques
|
Méta-financier (solidarité, réciprocité…)
|
L'association de production
Ce type de transaction permet à des individus disposant de facteurs
de production différents mais complémentaires de les combiner et de
les faire fructifier dans le cadre de processus de coproduction.
Le propriétaire de la terre donne celle-ci à un tiers, porteur
d'un capital, pour la travailler en association ou la travaille
lui-même en association avec la contribution d'un partenaire qui
apporte le capital. Le partage de la récolte entre associés se
fait proportionnellement à l'apport de chacun en facteurs de
production.
L'association de production concerne généralement des cultures
annuelles, maraîchage et céréaliculture, et s'observe également en
aviculture. Près de 38 % des enquêtés des quatre wilayas y ont
recouru au moins une fois durant la période 1997-2002. Pour la
campagne 2001-2002, 18 %, 18 %, 14 % et 1 % des enquêtés
respectivement à Blida, Tlemcen, Constantine et Djelfa, ont
pratiqué l'association de production pour au moins une spéculation
agricole, 43 % des contrats recensés concernant les cultures
maraîchères et plus de 39 % les céréales.
Le crédit fournisseur d'intrants et de services
agricoles
Dans ces transactions, des fournisseurs d'intrants ou de services
agricoles accordent à des clients des facilités de paiement de
leurs acquisitions en services et/ou en intrants. Le crédit
fournisseur peut être mobilisé, mais dans une moindre mesure, pour
le financement d'investissements productifs.
Plus de 71 % des enquêtés ont bénéficié, au moins une fois, d'un
crédit fournisseur durant la période 1997-2002. Ce taux varie
d'une wilaya à une autre : il est de 82 % à Djelfa, de 80 % à
Constantine, 72 % à Tlemcen et de près de 61 % à Blida.
Le prêt entre particuliers
Les prêts entre particuliers se font presque exclusivement en
argent et ce, sans intérêt. Parmi les enquêtés, 72 % ont recouru au
moins une fois à un emprunt auprès de particuliers pour financer
une activité agricole productive durant la période 1997-2002. Dans
environ 84 % des cas, ils en ont disposé pour une période allant de
quelques semaines à quelques mois. La mobilisation de ces
prêts n'est pas limitée à un type particulier de besoins et peut
financer des charges courantes ou des investissements productifs.
Ainsi, 11,6 % des investissements agricoles productifs réalisés
durant la période 1997-2002 ont été financés grâce à des emprunts
contractés chez des particuliers. Quant aux montants concernés, ils
sont inférieurs ou égaux, dans plus de 72 % des cas, à 100 000
DA1.
Déterminants des pratiques de financement informel
dans l'agriculture
Les formes de financement informel identifiées sont, presque
toutes, présentes dans chacune des régions étudiées, mais dans des
proportions différentes, une à deux d'entre elles étant plus
fréquentes que les autres.
À Blida, le secteur agricole se caractérise par l'importance de
la superficie irriguée qui atteint 38 % de la SAU de la wilaya et
qui est surtout consacrée à l'arboriculture fruitière et dans une
moindre mesure au maraîchage. Cette wilaya totalise à elle seule 27
% du verger agrumicole national avec 12 754 hectares
(Recensement général de l'agriculture (RGA), 2003). Elle compte
aussi les plus grands marchés de gros de fruits et légumes du pays,
les commerçants étant les véritables banquiers de la filière fruits
et légumes de toute la wilaya.
Les pratiques de financement informel les plus fréquentes sont
presque toutes liées aux principales productions déjà mentionnées.
Il s'agit de la vente sur pied, de l'association de production
et du crédit fournisseur. L'offre de financement émane des
commerçants collecteurs livreurs des fruits et légumes, des
maraîchers sans terre et des fournisseurs d'intrants agricoles.
Parmi les arboriculteurs enquêtés à Blida, 56 % assurent le
financement des charges d'acquisition des intrants (engrais et
produits phytosanitaires) grâce aux avances des commerçants
collecteurs et 37,9 % des maraîchers font appel à l'association de
production.
Pour Constantine, la céréaliculture, qui occupe 98 % de la SAU
de la wilaya, est la spéculation structurante de l'économie
agricole de la région. L'élevage qui lui est associé, assez
dynamique, joue le rôle d'activité secondaire. Classée parmi les
régions céréalières potentielles, Constantine a été ciblée par le
programme d'intensification des céréales dont les subventions
constituaient, au moment de l'enquête, une source de financement
importante pour les exploitations céréalières. Par ailleurs, les
fournisseurs de services agricoles contribuent significativement au
financement de la céréaliculture dans la wilaya, à travers les
crédits de paiement des services agricoles (location de matériel).
En effet, 72 % des céréaliculteurs sans matériel de labour et qui
recourent à la location, financent ce genre de services grâce au
crédit de paiement. Ils sont près de 91 % de céréaliculteurs à
s'orienter vers ce mode de paiement pour la location de
moissonneuses batteuses. De par l'importance du marché de la
location du matériel, certains agriculteurs se sont spécialisés
dans ce type de services et sont devenus de véritables
entrepreneurs agricoles.
L'économie agricole à Djelfa est largement dominée par l'élevage
pastoral dont l'importance – 3,4 millions de têtes d'ovins – a
favorisé le développement des marchés d'aliment du bétail et des
services et produits vétérinaires. Poussés par la concurrence, les
commerçants d'aliments et les vétérinaires jouent un grand rôle
dans le financement de l'activité d'élevage. Les crédits de
paiement qu'ils offrent aux éleveurs en mal de liquidité, font
partie intégrante des ressources de trésorerie de ces derniers. En
effet, 44 % des agriculteurs enquêtés dans la wilaya bénéficient de
crédits de paiement de la part de leurs fournisseurs d'aliment du
bétail et de services et produits vétérinaires. Une enquête récente
(2010) auprès d'un fournisseur de services et intrants vétérinaires
exerçant dans l'une des communes de la wilaya de Djelfa a confirmé
l'importance de cette pratique. En effet, sur un chiffre d'affaire
annuel de près de 4 millions de dinars, le vétérinaire enquêté
déclare accorder à ses clients des crédits de paiement totalisant
730 000 DA par an.
Dans les zones de montagne de la wilaya de Tlemcen, les
potentialités agricoles sont limitées et aucune filière ne
structure de manière significative l'économie agricole.
Les exploitations sont plus petites et généralement très
diversifiées, ne favorisant pas l'émergence d'importants marchés à
l'amont ou à l'aval, dont les acteurs seraient les offreurs de
financement informel. L'autofinancement est largement dominant et
la contribution des acteurs de l'environnement économique et
institutionnel est moins massive et systématique que dans les
autres régions.
Ces différences dans les pratiques de financement informel
dominantes s'expliquent par l'influence des données structurelles
de l'économie agricole de chacune des régions. Une production
agricole structurante, insérée dans une filière dynamique, façonne
les opportunités de financement offertes aux agriculteurs.
L'analyse des données de l'enquête montre les liens entre les
caractères structurels de l'environnement des exploitations
agricoles et les pratiques de financement informel des agriculteurs
(figure 1).
La demande de financement de l'exploitation agricole est
essentiellement déterminée par les caractéristiques du système de
production. L'offre de financement informel peut provenir de trois
types d'acteurs : les agriculteurs excédentaires en ressources
productives, les partenaires économiques des agriculteurs,
notamment les commerçants dans notre cas, et les membres des
réseaux sociaux de l'agriculteur. Dans les régions à fort potentiel
agricole, se développe autour de la spéculation agricole
structurante, une économie de services qui, en fonction de la
taille du marché et de sa structure, peut jouer un rôle plus au
moins important dans le financement des exploitations agricoles.
Les cas du commerce des fruits et légumes à Blida, des
activités de prestations de services agricoles à Constantine ou
celui du marché des services et produits vétérinaires à Djelfa,
illustrent bien cette relation.
Par ailleurs, certaines catégories d'agriculteurs peuvent offrir
des financements à d'autres. À Constantine, l'association de
production est souvent initiée par des agriculteurs bien dotés en
matériel agricole mais limités en foncier et qui cherchent à
étendre leurs activités productives. Cette catégorie d'agriculteurs
excédentaires en certaines ressources productives est plus
importante dans les régions agricoles riches.
Enfin, toutes les pratiques de financement informel sont
enchâssées dans le tissu des rapports sociaux.
Les agriculteurs peuvent faire partie de plusieurs réseaux, au
sein desquels la mobilisation du capital social facilite l'accès à
l'information et la construction de confiance.
Conclusion
Les résultats partiels exposés dans cet article démontrent
l'existence et la relative importance du financement informel dans
le fonctionnement de l'agriculture algérienne. Ils mettent en
évidence les liens entre les caractéristiques des pratiques et les
données de l'environnement naturel et socio-économique des
exploitations agricoles. Cependant, la recherche dans laquelle
s'insère cette étude a permis d'identifier les principales limites
de ces pratiques (Daoudi et Bédrani, 2008). D'abord, la relative
faiblesse des volumes de financement offerts : quelle que soit la
pratique, l'offre de financement informel reste très en deçà des
besoins des exploitations agricoles. Ensuite, l'offre de
financement informel est limitée à des catégories de spéculations
et à des besoins spécifiques, ne couvrant pas la diversité des
besoins des agriculteurs. Enfin, cette offre est majoritairement
inscrite dans le court terme et sa capacité à prendre en charge le
financement des investissements productifs est limitée. De par
ces limites, le financement informel ne peut donc pas contribuer de
manière significative au développement et à la modernisation dont a
besoin l'agriculture algérienne.
L'intérêt majeur de l'étude du financement informel réside dans
le fait que son existence démontre que les risques de défaillance
dans les transactions de financement agricole sont surmontables. En
effet, l'existence même de ces pratiques laisse supposer que les
agriculteurs et leurs partenaires sont parvenus à mettre en œuvre
des mécanismes de gestion des risques de défaillance, efficaces et
adaptés à leurs situations. L'inscription de la plupart des
transactions de financement informel dans le cadre de relations
économiques plus englobantes et généralement récurrentes peut être
l'un des fondements des mécanismes de gestion des risques de
défaillance dans ces transactions. La récurrence des
transactions inscrit les rapports entre partenaires dans le long
terme et réduit considérablement les comportements
opportunistes.
Les résultats de l'analyse de ces mécanismes pourraient
alimenter la réflexion sur la réforme des systèmes du crédit
agricole en Algérie et éventuellement dans les autres pays du
Maghreb, par des idées qui les rapprocheraient davantage des
spécificités de l'agriculture maghrébine et des logiques des
agriculteurs. Car le défi de la modernisation de l'agriculture au
Maghreb passe inévitablement par le développement de marchés
financiers ruraux efficaces.
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