ARTICLE
Auteur(s) : Thomas
Bearth1, Joseph
Baya2
1Department of General Linguistics University of
Zurich Langäckerstrasse 28 CH-8957 Spreitenbach Switzerland
2Projet LAGSUS (Language, Gender and Sustainability) c/o
Centre suisse de recherches scientifiques en Côte
d'Ivoire 01 BP 1303 Abidjan-01 Côte d'Ivoire
Objectif et méthode de l'enquête
Parmi les effets collatéraux les plus destructeurs des rébellions
et des guerres figurent les coups portés aux fondements mêmes sur
lesquels repose l'espoir de retour à une vie « normale » pour les
populations concernées. Les stigmates laissés dans le milieu
naturel par un conflit ont souvent des conséquences dramatiques
pour ces dernières : démunies et appauvries par l'effondrement
d'une économie déjà fragile en temps normal, elles se voient de
surcroît privées des ressources naturelles nécessaires au
développement social et individuel au-delà d'une survie au
quotidien dans un après-guerre sombre et dépourvu de toute
perspective. Des régions entières sont ainsi dévalorisées et
l'avenir des générations futures compromis. Mais, contrairement aux
dégâts environnementaux causés par les conflits armés (Alvarez,
2003 ; Price, 2003 ; Halle et Bruzon, 2006), les réactions des
populations concernées face à ce type de menace n'ont guère fait
l'objet d'enquêtes approfondies, encore moins les ressorts d'une
possible résilience. La présente étude de cas est fondée sur
l'observation participative d'une population réduite à
la précarité extrême par la guerre civile ivoirienne,
condition aggravée et prolongée par son enclavement géographique en
zone montagneuse. L'étude rend compte d'une résilience manifestée
au sein de cette population à l'égard d'un enjeu de
conservation qui lui avait été imposé de l'extérieur, à savoir
le Parc national du mont Sangbé (PNMS), situé sur son territoire en
zone ex-rebelle à l'ouest du pays. Menée de 2003 à 2008 par des
enquêteurs résidents, dans le cadre d'une recherche mandatée par la
Fondation Volkswagen et bénéficiant de l'appui logistique du Centre
suisse de recherches scientifiques en Côte d'Ivoire, l'étude
s'inspire d'une hypothèse développée dans le cadre du projet
LAGSUS1 (Language, Gender
and Sustainability), à savoir qu'il existe un lien étroit
entre le recours aux langues locales comme moyen d'appropriation
des innovations et leur durabilité, hypothèse récapitulée dans le
théorème de la durabilité communicationnelle (LAGSUS, 2009). Grâce
au contact ininterrompu avec la population concernée et à l'échange
par internet avec des chercheurs externes, l'équipe sur place a pu
suivre de près le processus de renégociation endogène des enjeux du
parc avec le concours des habitants de sa zone riveraine. Ceux-ci
furent associés aux activités de recherche, tantôt comme source
principale d'une analyse locale de la crise et de ses effets sur
leur propre situation et celle du parc, tantôt comme source de
validation des hypothèses et analyses dégagées des discours
enregistrés au cours de l'enquête.
Le parc et sa périphérie dans le contexte
de la crise ivoirienne
Forêt classée depuis 1945, déclaré parc national par décret du
19 février 1976 et aménagé de 1995 à 2001 sous l'égide de
la Commission européenne et de la République de Côte d'Ivoire,
avec un financement de lancement de trois millions d'euros, le PNMS
est situé dans la région de Man, en zone de transition
forêt-savane, dans l'Ouest du pays (figure 1).
Confiné dans le triangle Biankouma-Touba-Sifié, traversé d'ouest
en est par le Bafing, tributaire du Sassandra, le PNMS contribue à
un réseau hydrographique qui alimente la vaste étendue du plateau
ivoirien, drainant sur son passage vers l'Atlantique la partie
occidentale de la « boucle du cacao ». Faisant partie
des patrimoines naturels et forestiers de la Côte d'Ivoire, le
PNMS occupe, avec ses 95 000 hectares, la quatrième place
après les parcs de Bouna, Taï et Marahoué. Quarante pourcents de
cette superficie se situe en zone montagneuse : le massif du mont
Sangbé, dernier rebondissement de la dorsale guinéenne vers l'est,
culmine à 1 052 mètres. Un recensement de la faune en
cours, interrompu par la crise, a identifié 69 espèces de
mammifères, 12 de reptiles et 60 d'oiseaux (MEEF,
2000).
Les populations riveraines du PNMS, estimées à
47 000 personnes, dont environ 750 « déguerpis » (MEEF,
2000), sont circonscrites dans un périmètre appelé « zone
périphérique du PNMS ». Cette zone, d'une superficie de
200 000 hectares comprise dans un rayon de 20 à
40 kilomètres autour du parc, héberge quatre groupes
ethniques: les Yacouba au nord-ouest de Biankouma, préfecture à
35 kilomètres au nord de Man ; les Toura dans la zone
montagneuse au nord-est de Biankouma ; les Mahou dans le
département de Touba, à 130 kilomètres au nord de Man, et les
Worodougou à Sifié, à 100 kilomètres à l'est de Man (figure 2).
Cette zone se caractérise par une économie de subsistance de
type traditionnel fondée sur la culture du riz, du manioc, de
l'igname, du gombo, de la patate, du piment et de l'aubergine. En
temps normal, l'excédent de production de ces cultures est vendu
sur les marchés locaux et régionaux.
L'aménagement du PNMS, effectué dans les années précédant la
guerre civile, s'inscrit dans le projet mondial de conservation et
de gestion durable des ressources naturelles.
Le fonctionnement du PNMS est de type intégratif (Guéneau et
Jacobée, 2005) : réserve naturelle ouverte aux visiteurs et
chercheurs, mais dont l'exploitation est interdite aux populations
locales ; en guise de compensation, ces dernières bénéficient de
subventions spéciales attribuées au développement de la zone
périphérique du parc ainsi que d'emplois créés par sa mise en
valeur touristique.
Jusqu'au déclenchement des hostilités dans la région,
l'administration chargée de mener à terme l'aménagement comprenait
:
- – la cellule administrative responsable de la
coordination des activités relatives au parc ;
- – la « Mission mont Sangbé » composée de
spécialistes des parcs, dont un représentant du Parc naturel
régional du Haut Jura, et d'une équipe de l'Association française
des volontaires du progrès (AFVP) chargée de la surveillance du
développement de la zone périphérique ;
- – les Comités de développement intervillageois (Codiv),
structures locales formées dans le but de relayer à terme
l'appareil administratif du parc afin d'en assurer la gestion
durable. Les CODIV, composés de deux représentants
élus par la population de chacun des 137 villages de la zone
périphérique, sont regroupés en dix « pays ruraux » et pilotés par
la Fédération des Codiv (Fedeco), habilitée à les représenter
devant l'administration.
Le rapport final de l'AFVP (Ouattara et al., 2001) tire un
bilan positif des efforts faits pour créer, au travers de ces
structures locales, un engagement tangible des populations en
faveur du parc : « Les deux principaux objectifs relatifs au
développement socio-économique de la zone périphérique et
l'implication de la population dans la gestion du Parc National du
Mont Sangbé ont été honorés. » Toutefois, à la lumière des
témoignages recueillis auprès de plusieurs communautés toura, cette
appréciation, qui semble suggérer une adhésion générale de la
population à l'idéologie du parc et aux principes de sa gestion,
appelle quelques réserves.
Ainsi à Kokealo, localité au nord du territoire toura fondée
pour accueillir les « déguerpis » du parc, l'attitude contestataire
de la population par rapport à la nouvelle vocation de leur terre
est résumée par un notable dans une formule succincte : « Ko-à
poon' à gá le » `C'est notre chose.' (c'est-à-dire, le parc nous
appartient). Se réalignant aussitôt sur le discours officiel, le
locuteur reprend sa phrase pour corriger son « erreur » : « Ko-à
poon' nuu à gá le » `C'était notre chose.'… Calcul ou lapsus
freudien ? La transformation de la terre en parc s'assimile
pour les gens de Kokealo à un acte de piraterie attribué à kwí (le
Blanc), vocable qui désigne tout pouvoir externe interférant avec
l'ordre traditionnel sans être légitimé par ce dernier. « Kwí-à
poon » (chose du Blanc), formule appliquée au parc au moment de sa
mise en place, exprime la frustration et l'incompréhension
générales de la population (Baya, 2008) face à l'aliénation de
leurs droits ancestraux, dont ceux d'y cultiver la terre, d'y
chasser et d'y habiter, sans parler des droits héréditaires des
particuliers dont la liste reste à faire.
Si la formule dans ses variations atteste de la part des gens la
reconnaissance d'un état de fait qu'ils opposent à un état de droit
toujours en vigueur à leurs yeux, ce stade de contestation
sournoise semble dépassé lorsque, en février 2005, en pleine crise
politico-militaire, le chef du village de Gouané, chef-lieu du pays
rural de même nom, la reprend à son compte. Bien que littéralement
identique à celle du notable cité plus haut, elle sert à exprimer
non pas la revendication d'un bien perdu, mais la réappropriation
de ce même bien pour le compte de sa vocation écologique et
touristique, dont on est désormais cogestionnaire ; on traduirait :
« Le parc est notre affaire. » Pour expliquer ce retournement
sémantique, nous en proposerons une double lecture en tant que
:
- – réponse d'une communauté rurale au défi moral et
économique de la crise qui met en cause son avenir ;
- – résultat d'une stratégie d'implication des populations
fondée sur les ressources communicationnelles locales et
l'autonomie de la gestion.
Séquelles écologiques et économiques
de la guerre
L'irruption de la guerre en novembre 2002 entraîne
l'effondrement de l'économie rurale et de toute activité de
développement. La chute dramatique des prix du café, du cacao,
du coton et du riz contraint les paysans à abandonner les cultures
de rente pour ne les reprendre timidement qu'à partir de 2006.
Le déclin brutal de l'économie locale, la détérioration des
conditions de production, l'impraticabilité des voies d'écoulement
et l'accueil de nombreux réfugiés dans sa zone montagneuse – moins
touchée par les hostilités – finissent par réduire la population
toura à un état de pauvreté sans précédent (Bearth, 2008).
Le passage de la région sous le contrôle du pouvoir militaire
rebelle ne réussit que très partiellement à combler le vide
administratif engendré par le départ des services gouvernementaux.
En contrepartie, cet état de dérèglement et de dénuement favorise
l'essor d'une économie prédatrice au détriment de l'environnement
et des paysans. Ces derniers, démunis et contraints d'assurer
le minimum de revenu nécessaire à leur survie, en sont à la fois
victimes et complices : pillage du patrimoine forestier ; vente à
vil prix des propriétés terriennes à des exploitants allochtones ;
commerce de balais à feuilles de palmier pratiqué par les
femmes – marché de dupes qui, pour un « gain » de 100 à
200 francs CFA2 par palmier sacrifié, risque
d'anéantir les palmeraies, une richesse naturelle des monts Toura.
Dès le début des hostilités, les administrateurs du parc et les
agents chargés de sa surveillance, à l'instar des autres
fonctionnaires, se réfugient dans la zone gouvernementale.
Les Codiv, seuls défenseurs attitrés du parc restés sur place,
deviennent, après la disparition de l'autorité administrative dont
ils tiennent leur mandat, les cibles de menaces d'élimination
physique, accusés d'être de mèche avec le pouvoir loyaliste. Cette
stratégie fomentée afin de neutraliser leur capacité d'intervention
en faveur de la sauvegarde du parc livre ce dernier à la merci des
braconniers qui, munis d'armes à feu automatiques, proviennent de
partout, voire même des pays limitrophes, pour piller le PNMS.
Les marchés locaux regorgent de gibier abattu dans l'enceinte
du parc, dont une partie est ensuite revendue en ville (figure 3).
Quelle fut l'attitude de la population face à ce qu'elle perçoit
elle-même comme une liquidation de la substance vive du parc ?
Les témoignages recueillis à partir de janvier 2004
autorisent une double lecture, dans laquelle se mêlent le souci
causé par la destruction du patrimoine en tant que valeur à
conserver et à transmettre aux générations futures, et le «
ras-le-bol » d'être, une fois de plus, les grands perdants d'une
économie sauvage entretenue par des acteurs venus d'ailleurs qui,
du fait de la supériorité de leurs armes, s'enrichissent à leurs
dépens. Rien d'étonnant alors à ce que certains villageois tentent
leur chance à leur tour, comparant le gain qu'ils tirent de la
chasse illicite au rendement désormais ridicule des cultures
de rente. « Par jour dix jeunes en moyenne » traversent le village
de Dio sur l'axe d'accès qui relie Biankouma à Gouané pour se
rendre à la chasse illicite au parc. À défaut de statistiques,
cette observation faite lors d'une interview menée en
janvier 2004 laisse deviner l'ampleur du phénomène.
Un tollé en faveur du parc
C'est sur ce fond de pessimisme et de pragmatisme qu'on appréciera
à sa juste valeur le regain d'intérêt collectif pour le parc parmi
la population locale, notamment dans la zone de Gouané. Coupée du
monde extérieur, cette zone ne dispose ni d'électricité ni de
réseau téléphonique ni – depuis que la guerre a commencé – de
pistes d'accès praticables. L'évolution des mentalités à propos du
PNMS peut être retracée au travers des débats publics du Codiv
local qui, composé d'une cinquantaine de délégués et de
surveillants de 12 localités représentant une population de
2 500 habitants, se réunit dans l'enceinte de l'école,
désertée après l'exode des instituteurs d'État.
« Lave-toi toi-même le ventre pendant qu'on te lave le dos » :
ce proverbe, prononcé le 6 février 2006 lors de la relance des
activités du Codiv, invite la population démoralisée par la guerre
et ses séquelles à reprendre son destin en main, dont les enjeux
majeurs sont le parc et le développement de sa périphérie. À
l'attitude de victimes résignées face à la crise politico-militaire
et à la destruction du parc, l'image du proverbe oppose celle
d'acteurs qui, en s'engageant pour le parc sans attendre le retour
de son administration, devancent par leur action le dénouement de
la crise. Si cet engagement reste limité, par manque des moyens
appropriés pour pouvoir s'opposer efficacement au braconnage
organisé, le ralliement de la population, sous l'égide des chefs et
des notables, autour de la cause du parc, pour contrer sa mise à
sac, est en soi un accomplissement majeur, qui sera d'ailleurs
reconnu par l'administrateur désigné de la section Ouest du parc
lors d'une prise de contact avec les habitants, le 8 juillet
2009, en anticipation de sa relance officielle.
Ce tollé en faveur d'un enjeu écologique menacé, venant d'une
population elle-même dénuée de tous ses atouts économiques suite à
la guerre, ne s'explique que si l'on tient compte d'un processus
d'appropriation ayant déjà abouti bien en amont de celle-ci. Comme
le rappelle un notable lors d'une rencontre publique en 2008,
l'autonomie accordée par la régie du parc au Codiv de Gouané dès
2001, l'autorisant à gérer l'attribution et à assurer le suivi des
subventions allouées au développement de la zone périphérique,
avait convaincu la majorité locale : « Eux-mêmes l'ont alors
affirmé : “Le parc est notre chose.” » L'autonomie en matière
de gestion n'est pourtant pas la raison de l'engagement local
en faveur du parc ; elle en est plutôt la récompense, au même titre
qu'une prime attribuée en 2001 au CodiV de Gouané pour avoir
mis sur pied un comité local de surveillance du parc qui avait
contribué à la baisse marquée du braconnage dans la zone sous son
contrôle. Mais en même temps, elle renforce au sein de la
population la crédibilité de ceux qui s'étaient laissés convaincre
par l'argument écologique.
Détail significatif, le notable qui, en avocat éloquent du parc,
retrace ainsi l'évolution des mentalités vers un consensus en sa
faveur, n'appartient ni par son âge ni par son éducation au groupe
d'interlocuteurs privilégiés par la stratégie de sensibilisation
originalement préconisée. Cette dernière devait s'appuyer de
préférence sur les jeunes natifs des localités riveraines du parc
qui, scolarisés et ayant séjourné en ville, « sont ouverts aux
innovations technologiques et doivent devenir, pour le projet, des
interlocuteurs de choix » (Engref, 1996). Elle avait ainsi
privilégié comme vecteur du message innovateur le français, langue
officielle mais peu maîtrisée par la population et ses dignitaires,
et comme promoteurs du parc au sein de celle-ci un groupe
sommairement assimilé aux « Blancs », dépourvu de statut dans la
hiérarchie sociale de la communauté-cible.
Au vu de l'échec manifeste de cette stratégie, l'AFVP admet, à
titre expérimental, mais en laissant aux animateurs le choix de
l'adopter ou non, une stratégie de sensibilisation inclusive,
privilégiant la langue locale comme source de conceptualisation, de
réflexion et de négociation, au lieu de la reléguer au statut de
moyen de retransmission d'un discours conçu en français.
Le parc sera « expliqué » et ses enjeux soumis à la
délibération de l'ensemble des habitants de chaque localité au
travers du Kono – procédure de consultation publique, fermement
ancrée dans la culture locale, qui, par le truchement d'un
protocole réglant l'attribution de la parole, met obligatoirement
à contribution, avant toute prise de décision, les membres de
la communauté concernée par le message, du plus jeune au plus
vieux, en réservant le mot décisif aux aînés (Bearth et Fan, 2006)
(figure 4).
Cette stratégie, en soumettant au contrôle local la gestion des
ressources communicationnelles mises en œuvre en vue de la
sensibilisation de la population, favorisait la compréhension par
celle-ci des enjeux écologiques du parc, au lieu de miser
uniquement sur la compensation économique comme facteur susceptible
de motiver l'adhésion. Plutôt que de marginaliser les aînés et les
notables – supposés réfractaires à l'innovation – tout le poids fut
donné à leur avis dans la phase décisive des négociations
conduisant au renoncement à leur terre ancestrale et à sa
réappropriation au travers de son nouveau statut de parc.
Le bouleversement que cela impliquait pour la société locale
pouvait se préparer dans le respect des prérogatives sociales
reconnues par tous. Conséquence remarquable de ce choix stratégique
: ce sont les aînés et les notables dits « illettrés », et non pas
l’« élite » francophone, qui, dans la période de crise et de remise
en question du parc, se révèlent être les avocats les plus
éloquents et les plus écoutés de sa sauvegarde et de sa
réhabilitation.
Le message de réappropriation du parc, négocié dès 2006 au sein
du Codiv, puis validé au travers de sa mise en circuit parmi la
population et ses dirigeants, ne s'éloigne guère, par sa teneur,
des objectifs initialement fixés par l'administration. Excluant
toute velléité de récupération des droits ancestraux sur le parc,
il met cependant l'accent sur une participation réelle aux
activités visant sa sauvegarde et son exploitation touristique.
Si l'enquête LAGSUS a été créditée d'un rôle de catalyseur dans
la relance du débat au sujet du parc, l'assimilant à la main
proverbiale intervenant du côté du dos, il convient de porter au
seul crédit des acteurs locaux la part symbolisée par la main
occupée à laver le ventre. En effet :
- – la réhabilitation du parc comme propriété à
sauvegarder et à valoriser s'effectue sans la moindre ingérence
externe, exclue d'emblée par le double handicap de l'enclavement en
zone rebelle et l'isolement géographique des lieux ;
- – dans la chronologie du conflit ivoirien, cette relance
endogène du parc s'amorce au moins une année avant les accords
de Ouagadougou de mars 2007 qui marquent la fin
officielle de la guerre, donc bien avant le début de ce qu'il sera
convenu d'appeler la « sortie de crise ».
Conclusion
Imposé au départ, le message du PNMS est reconstitué spontanément,
dans des conditions de rupture radicale avec sa source d'origine,
au sein de la société à laquelle il avait été destiné, offrant
ainsi un exemple parfait de « durabilité communicationnelle »
(LAGSUS, 2009). Si celle-ci ne se confond pas avec la durabilité du
parc en tant qu'objet de conservation, elle en constitue cependant,
à l'heure actuelle, un des atouts majeurs. Loin d'être l'effet d'un
simple retour à un état antérieur à la crise, elle est plutôt issue
de celle-ci. L'acquis dynamique d'une prise de conscience spontanée
des gens concernant la valeur de la conservation incarnée dans «
leur parc », s'il est de bon augure, non seulement pour l'avenir de
ce dernier, mais aussi en tant qu'exemple d'une maîtrise des enjeux
écologiques par une population qui, bien que située en dehors des
grands circuits économiques, est stratégiquement placée par rapport
à l'équilibre écologique d'une région dont l'étendue dépasse ce
cadre restreint. Il faut espérer que, dans l'intérêt de la
sauvegarde du PNMS en tant qu'écosystème d'importance régionale et
nationale, cet acquis soit reconnu et intégré dans la feuille de
route pour un meilleur après-guerre du parc et des habitants
de sa zone périphérique.
Références
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Paris : Karthala, 2008.
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In : Hess-Lüttich EWB, ed. Eco-Semiotics. Umwelt- und
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Abidjan : AFVP, Délégation en République de Côte d'Ivoire,
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1 LAGSUS : Description du projet,
fondations, résultats (2009) : www.lagsus.de/français
2 1 euro = 655, 96 francs CFA.
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