ARTICLE
Auteur(s) : Leonardo
Becchetti1, Giuseppina
Gianfreda2
1Université Roma Tor Vergata Faculté d’économie Via
Columbia 2 00133 Rome Italie
2Université de Viterbe Faculté de sciences
politiques Via San Carlo, 32 01100 Viterbo
Les produits issus du commerce équitable proviennent de chaînes
de valeur innovatrices, ayant pour but de générer une valeur
économique plus élevée et de procurer des bénéfices sociaux aux
producteurs marginalisés. Le dispositif du commerce équitable
comprend :
- – un renforcement des capacités ;
- – une prime de prix contracyclique permettant de
compenser le faible pouvoir de marché des producteurs et dont le
niveau ne peut être inférieur à un « seuil de subsistance »
prédéfini (en Équateur, le prix sur le marché conventionnel d’une
caisse de 1,14 kg de bananes était de 2,91 dollars US en
2005, contre un prix du commerce équitable de 7,75 dollars
US). D’autres données concernant ces primes pour les prix du café
et du cacao au cours des 20 dernières années sont disponibles
auprès des auteurs ;
- – un mécanisme de préfinancement dont le but est de
casser le pouvoir monopolistique des prêteurs locaux. Une partie de
la prime est versée à l’association de producteurs locale pour
financer l’offre de biens publics locaux (formations, installations
sanitaires, accompagnement éducatif etc.).
Plusieurs enquêtes menées dans la plupart des pays
industrialisés révèlent un consentement à payer élevé des
consommateurs pour les attributs sociaux et environnementaux des
biens de consommation (Becchetti et Rosati, 2007).
Les préférences révélées confirment que les choix virtuels se
traduisent par des achats réels, d’une part parce que les
consommateurs paient une prime pour ces éléments immatériels
intégrés dans des produits, et, d’autre part, parce que la part de
marché des produits issus du commerce équitable a atteint un niveau
remarquable sur certains segments (47 % pour les bananes en Suisse,
20 % du café moulu au Royaume-Uni, soit une croissance annuelle des
ventes nettes globales de 20 % au cours des cinq dernières années).
Maseland et De Vaal (2002) proposent une évaluation théorique
des effets du commerce équitable au regard des théories de commerce
international. S’appuyant sur la théorie traditionnelle du commerce
international, ces auteurs expliquent dans quelles circonstances
les subventions implicites du commerce équitable augmentent le
bien-être. D’autres articles traitent de manière pertinente
différents aspects de l’impact du commerce équitable : ainsi Moore
(2004), Hayes (2004) et Redfern et Sneker (2002) soulignent qu’il
est impossible d’analyser le commerce équitable de façon statique
en tant que distorsion du prix de marché et qu’il faut l’évaluer de
façon dynamique, en tenant compte de son effet potentiellement
positif sur le renforcement des capacités des producteurs et sur
l’accès au marché de ces derniers. À l’heure actuelle, la
littérature empirique dans ce domaine se limite à des études de cas
et à quelques analyses économétriques. Bacon (2005) montre ainsi,
sans toutefois contrôler l’effet d’autres facteurs explicatifs,
que, pour un échantillon de producteurs de café du Guatemala,
l’accès aux marchés certifiés produit un effet positif sur le prix
de vente. Pariente (2000) observe un impact positif du prix minimum
sur la stabilité du revenu des producteurs de café – qui diminue
ainsi la probabilité qu’ils ont de tomber sous le seuil de pauvreté
– au sein de la coopérative Coocafé au Costa Rica. Becchetti et
Costantino (2008) montrent, après avoir contrôlé le biais de
sélection, que l’affiliation au commerce équitable exerce un impact
significatif sur plusieurs indicateurs de bien-être, même si cet
élément ne semble pas améliorer de façon significative
l’investissement en capital humain. Dans le cadre d’une enquête
parallèle menée sur deux coopératives de producteurs au Pérou,
Becchetti, Costantino et Portale (2007) mettent en avant deux types
d’externalités : les acteurs affiliés au commerce équitable
jouissent d’un pouvoir de négociation plus important auprès des
intermédiaires locaux et, dans un des deux projets, le commerce
équitable permet d’améliorer la situation des acteurs locaux non
affiliés au commerce équitable. La prime de prix du commerce
équitable (différence entre le prix du commerce équitable et le
prix offert par les importateurs traditionnels) dépasse les 100 %
dans cette étude. Les seuls à payer davantage que les
importateurs du commerce équitable sont les « voyageurs éthiques
»1. Dans les deux projets, le revenu des producteurs,
l’investissement en capital humain, les dépenses hebdomadaires
d’alimentation, la part de la consommation non alimentaire dans les
dépenses totales, le niveau de vie relatif autoévalué et l’estime
de soi profession.nelle sont corrélés de façon significative et
positive avec le nombre d’années d’affiliation au commerce
équitable.
Notre article examine l’impact de l’affiliation au commerce
équitable sur une dimension jusqu’à présent inexplorée : la santé
des travailleurs. Ce critère est doublement important. Primo,
il est bien connu que la santé est l’une des dimensions les plus
importantes du bien-être individuel et du sentiment de satisfaction
globale de la vie (Frey et Stutzer, 2002a, 2002b ; Clark
et al., 2006). Secundo, la santé influence de façon cruciale
la productivité individuelle et peut être considérée comme un
facteur indirect de convergence conditionnelle dans les modèles de
croissance, dans la mesure où de mauvaises conditions sanitaires
pénalisent l’investissement dans l’éducation et réduisent le nombre
d’heures travaillées. Des études empiriques ont souligné une
relation de double causalité entre l’état de santé et les
conditions socio-économiques. D’une part, on considère qu’une
mauvaise santé influence la capacité à constituer un revenu et à
accumuler de la richesse, car elle affecte la productivité et les
salaires et accroît les dépenses de santé. D’autre part, un revenu
limité suppose du stress physique et un accès limité aux soins.
La relation entre les revenus et la santé se traduit de façon
très différente dans les pays riches et les pays pauvres, car les
pays pauvres souffrent tout particulièrement de problèmes comme la
malnutrition, les mauvaises conditions sanitaires et
l’analphabétisme. Les canaux par lesquels une plus grande
richesse influence la santé dans les pays pauvres ne se limitent
pas à un meilleur accès aux soins et à la disponibilité en
médicaments. Il n’est pas surprenant que les études empiriques
soulignent l’importance de facteurs tels que la qualité
nutritionnelle, l’accès à l’eau propre et à l’électricité, et
toutes les infrastructures favorisant une meilleure hygiène.
Il convient également de noter que l’hygiène est étroitement
liée à l’éducation dans les pays en voie de développement. Jusqu’à
présent, les travaux se sont surtout concentrés sur la relation
entre l’éducation et la santé des adultes, ainsi que sur la
relation entre l’éducation des parents et la santé des enfants.
Pour une vue d’ensemble de cette littérature concernant les pays
pauvres, voir Deaton (2006) et Strauss et Thomas (1998).
Parmi les critères établis par WFTO (World Fair Trade
Organisation), la fédération internationale du commerce équitable
regroupant des importateurs et des associations de producteurs),
figurent les « conditions de travail » définies comme un
environnement de travail sain pour les producteurs. Plusieurs
éléments des accords sur le commerce équitable contribuent à la
réalisation de cet objectif. Des avantages tels que la
stabilisation des prix, l’octroi d’une prime de prix contracyclique
et le développement d’une capacité intégrée permettent de réduire
les risques liés à l’activité économique. Becchetti et Costantino
(2008) montrent que la réduction des risques est liée de manière
significative à la réduction de l’épargne de précaution, à une
hausse de la consommation et des dépenses sanitaires, et à
l’amélioration de la qualité nutritionnelle. On s’attend à ce que
ces facteurs aient un effet positif significatif sur la santé.
Le soutien au développement des techniques de l’agriculture
biologique peut également contribuer à réduire l’exposition des
agriculteurs aux maladies, de façon directe – en diminuant l’usage
des produits chimiques – et indirecte – dans les pays pauvres, une
part importante de la production est généralement autoconsommée.
Cependant, il convient de noter que la question des avantages de
l’agriculture biologique par rapport à l’agriculture
conventionnelle reste un sujet de controverses. Par exemple, même
si un moindre recours aux pesticides peut avoir des effets
bénéfiques sur la santé, les produits alimentaires conventionnels
restent moins chers et un accroissement des quantités consommées
peut également améliorer la santé des populations. Trewavas (2004)
discute cette question dans le cas du Royaume-Uni. De même,
alors que la littérature (Worthington, 2001) souligne l’existence
de différences nutritionnelles entre les aliments issus de
l’agriculture biologique et les aliments conventionnels, l’on ne
dispose toujours pas de preuves pour soutenir ou réfuter
l’hypothèse d’une meilleure qualité nutritionnelle de
l’alimentation biologique par rapport à l’alimentation
conventionnelle (Williams, 2002).
Le projet « Meru Herbs »
Meru Herbs est une société commerciale fondée en 1991 par une
association d’agriculteurs locaux (le comité des eaux de Ng’uuru
Gakirwe) pour collecter des fonds via la commercialisation des
produits alimentaires, financer l’aménagement hydraulique du fleuve
Kitcheno et ainsi approvisionner les foyers et fermes en eau.
Le Comité a été fondé par 430 familles occupant des
parcelles (de 4 à 16 hectares) octroyées par le
gouvernement kenyan pendant les années 1960. Les parcelles se
situent dans les districts de Meru Central et de Tharaka, à
200 kilomètres de Naïrobi sur le versant Est du Mont Kenya.
Dès sa création, Meru Herbs a développé un partenariat expérimental
avec CTM (premier importateur italien de produits issus du commerce
équitable) dans le but de briser le monopsone des commerçants de
Naïrobi pour la commercialisation des produits alimentaires. En
2000, Meru Herbs s’est vu délivrer une certification biologique par
l’entreprise britannique Soil Association Certification Ltd.
Aujourd’hui, jusqu’à 97 % du chiffre d’affaires net de Meru Herbs
est réalisé avec des organisations de commerce équitable.
Les relations commerciales des agriculteurs locaux avec Meru
Herbs ne sont pas exclusives : les agriculteurs continuent à vendre
localement jusqu’à 40 % de leur production.
Pour s’affilier à Meru Herbs, les agriculteurs ont dû obtenir la
certification biologique (ou doivent avoir entamé la procédure pour
l’obtenir). Meru Herbs achète également les fruits d’agriculteurs
conventionnels pour la production de confitures. Il est ainsi
possible de regrouper les agriculteurs qui font du commerce avec
Meru Herbs en trois catégories : les membres à 100 %, c’est-à-dire
des agriculteurs biologiques ayant signé un contrat avec Meru Herbs
(« agriculteurs biologiques ») ; les agriculteurs ayant récemment
signé un contrat avec Meru Herbs et qui ont entamé la procédure
d’obtention de certification biologique (« agriculteurs en
conversion ») ; et de simples vendeurs de fruits à l’association de
producteurs (« fruticulteurs »). Pour souligner l’effet du projet
commerce équitable-Meru Herbs sur les variables socio-économiques,
l’enquête comprend un « groupe témoin », sélectionné parmi les
agriculteurs non affiliés vivant dans la même région. Pour mener
notre analyse, nous avons sélectionné de manière aléatoire des
nombres égaux d’individus dans les quatre groupes mentionnés
ci-dessus (biologique, conversion, fruticulteurs, témoin) parmi la
population de 474 agriculteurs vivant dans la région du projet
des eaux de Ng’uuru Gakirwe. Comme Meru Herbs a été dès son origine
lié aux organismes du commerce équitable, il est impossible de
distinguer les bénéfices associés à l’affiliation auprès de Meru
Herbs de ceux découlant des relations avec le commerce
équitable.
En janvier 2005, les membres des quatre groupes ont
répondu, au cours d’entretiens individuels, à une enquête
comprenant 100 questions. Les informations obtenues
concernaient la démographie, les conditions de vente des produits,
les sources de revenu monétaire et non monétaire, la santé, les
dépenses de consommation alimentaire et la qualité nutritionnelle,
le nombre d’années d’éducation et la situation professionnelle des
membres du ménage, des indicateurs sociaux et d’aptitude, des
mesures subjectives de la satisfaction concernant les prix et les
conditions de vie ainsi que des indicateurs du capital social.
Résultats descriptifs
Nous mesurons l’état de santé par le nombre de jours de travail
perdus pour cause de maladie. Notre questionnaire indique quatre
catégories de réponses des agriculteurs : des individus n’ayant
perdu aucun jour de travail pour cause de maladie, des individus
ayant perdu entre 1 et 5 jours, des individus ayant perdu
entre 6 et 15, et des individus ayant perdu plus de
15 jours. Le tableau 1
montre que les agriculteurs du groupe « agriculteurs biologiques »
sont les individus les plus représentés dans le groupe des
agriculteurs n’ayant perdu aucun jour de travail et les moins
représentés parmi les agriculteurs ayant perdu plus de
15 jours. Leur présence dans chacune des catégories diminue au
fur et à mesure que le nombre de jours perdus augmente. Aucun autre
groupe ne démontre une distribution aussi particulière que le
groupe « agriculteurs biologiques ». Ce résultat est d’autant
plus significatif que les agriculteurs biologiques affichent une
moins bonne performance par rapport aux facteurs identifiés dans la
littérature comme des déterminants majeurs de la santé (éducation
et âge).
Les caractéristiques sommaires des quatre groupes sont
présentées dans le tableau 2. Nous
indiquons également (entre crochets) des intervalles de confiance à
95 % pour les valeurs moyennes du groupe présentées dans le
tableau. Quand les intervalles de confiance ne se chevauchent pas,
la différence des moyennes entre deux valeurs de groupes données
est statistiquement significative à 95 %. Pour la grande majorité
des répondants de l’échantillon (77,7 %), l’agriculture est
l’activité principale. En additionnant les revenus des activités
principale et secondaire, le groupe « fruticulteurs » affiche le
revenu mensuel moyen le plus élevé, suivi des agriculteurs des
groupes « agriculteurs biologiques », « agriculteurs en conversion
» et « groupe témoin ». Cependant, les agriculteurs du «
groupe témoin » ont un âge moyen inférieur à celui des autres
groupes. Pour rendre équivalents les revenus, il faut tenir compte
de la composition des ménages. C’est la raison pour laquelle nous
avons tenu compte du nombre d’enfants vivant dans le ménage («
nombre de fils ») et du nombre total d’individus vivant dans le
ménage (« personnes dans le ménage ») dans le descriptif de
l’échantillon. À cet égard, il est intéressant de noter que le
groupe « agriculteurs biologiques » a la plus grande proportion
d’enfants vivant dans la famille, ce qui signifie que notre mesure
du revenu total est en quelque sorte biaisée par le haut pour ce
groupe. Néanmoins, le groupe « agriculteurs biologiques » affiche
également la part d’autoconsommation la plus élevée.
En ce qui concerne le sexe des répondants, la part d’hommes dans
le groupe « agriculteurs biologiques » reste dans la moyenne par
rapport aux autres groupes.
En termes d’éducation, les agriculteurs du groupe « agriculteurs
biologiques » affichent le plus faible nombre d’années de
scolarisation. Ce résultat s’explique par deux facteurs.
D’abord, comme on le constate souvent dans les pays en voie de
développement, il existe une corrélation entre l’âge et les années
de scolarisation, due aux effets progressifs des politiques
d’éducation dans le temps. En outre, la coopérative a débuté avec
les agriculteurs les plus pauvres, dont la seule activité
économique était l’agriculture. Par conséquent, l’affiliation à
l’agriculture biologique est corrélée avec un plus faible niveau de
scolarisation.
Nous avons également pris en compte les variables disponibles
liées aux conditions et aux pratiques sanitaires. Celles-ci
comprennent la visite aux dispensaires (« dispensaire ») plutôt
qu’aux hôpitaux (« hôpital public ») en cas de maladie et une
variable muette (« médecin ») qui renvoie à la présence d’un
médecin pendant le dernier accouchement. En général, les
agriculteurs du groupe « agriculteurs biologiques » ont davantage
recours aux hôpitaux publics (par rapport aux dispensaires) que les
autres groupes, mais ils n’affichent pas de préférence quant aux
soins médicaux.
Une autre mesure de bien-être qui a un impact direct sur la
santé dans les pays pauvres est la nutrition. Dans notre enquête,
nous disposons d’informations concernant la fréquence à laquelle
sont consommées certaines denrées alimentaires (ugali, chapati,
riz, maïs, fèves, œufs, lait, poulet, autres viandes, poisson,
pommes de terre, légumes verts, fruits frais). À partir de cette
base, nous construisons un indice de qualité nutritionnelle en
attribuant des valeurs décroissantes (d’un maximum de 5 à un
minimum d’1) aux modalités de fréquence susmentionnées. Enfin, nous
calculons notre indice synthétique comme la moyenne des valeurs
attribuées à chaque bien alimentaire. L’indice de qualité
nutritionnelle semble être relativement homogène entre les quatre
groupes, bien qu’il soit plus faible dans le groupe témoin.
Bien évidemment, l’état de santé dépend de différentes
caractéristiques liées aux conditions de travail, car les individus
en âge de travailler passent une grande partie de leur temps sur le
lieu de travail. À cet égard, nous examinons deux variables :
- – une variable muette qui prend une valeur 1 dans le cas
d’une rémunération fondée sur la quantité produite (« paiement au
kilo ») et 0 dans le cas d’un salaire fixe ;
- – une variable muette qui prend une valeur 1 si
l’agriculteur travaille seul (« travailler seul ») plutôt que dans
un groupe agriculteurs.
Il convient de noter que les agriculteurs du groupe «
agriculteurs biologiques » sont les moins présents parmi ceux qui
travaillent seuls. Ceci signifie que la corrélation négative entre
le nombre de jours de travail perdus pour cause de maladie et
l’affiliation au commerce équitable ne peut pas être expliquée par
le fait que les travailleurs agriculteurs biologiques ne peuvent
pas se permettre d’être absents.
En ce qui concerne nos mesures de l’état de santé, le tableau 2 montre que le groupe «
agriculteurs biologiques » affiche le nombre le plus élevé de
travailleurs appartenant à la catégorie de travailleurs ayant perdu
le moins de jours de travail, ainsi que le nombre le plus faible de
travailleurs appartenant à la catégorie de travailleurs ayant perdu
le plus de jours de travail pour cause de maladie.
Ces résultats confirment les résultats présentés dans le tableau 1. Il faut noter que nous
obtenons une significativité statistique de 95 % lorsque nous
comparons le groupe « agriculteurs biologiques » et le « groupe
témoin » sur la base du nombre de travailleurs ayant perdu plus de
15 jours de travail pour cause de maladie. Cependant il ne
faut pas oublier que les trois autres catégories de jours de
travail perdus sont grandes et ont donc tendance à réduire les
différences entre les groupes.
Enfin, les estimations économétriques montrent que le nombre
d’années d’affiliation au commerce équitable réduit de façon
significative le nombre de jours perdus pour cause de maladie, net
de l’effet des variables de contrôle traditionnelles (revenu,
richesse, âge, éducation, qualité nutritionnelle) proposées par la
littérature et également après avoir contrôlé pour les effets dus
au biais de sélection2.
Tableau 1 La performance des quatre groupes en termes
de jours de travail perdus pour cause de maladie.Table 1.
Performance of the four groups in terms of days lost for illness.
|
0 jour perdu
|
1 à 5 jours perdus
|
6 à 15 jours perdus
|
> 15 jours perdus
|
|
Bio
|
37 %
|
32 %
|
25 %
|
8 %*
|
|
Conversion
|
21 %
|
21 %
|
27 %
|
28 %
|
|
Fruticulteurs
|
11 %
|
29 %
|
25 %
|
32 %
|
|
Témoin
|
32 %
|
18 %
|
23 %
|
32 %
|
Tableau 2 Caractéristiques sommaires des quatre groupes
(valeurs moyennes).Table 2. Summary characteristics of the four
groups (mean values).
|
Bio
|
Conversion
|
Fruiticulteur
|
Témoin
|
|
Années d’affiliation au « Meru »
|
13,3 [12,55 ; 14,12]
|
1,1 [0,97 ; 1,16]
|
0 [1,85 ; 3,75]
|
0 [-0,07 ; 0,20]
|
|
Revenu total*
|
5,411 [1,149 ; 8,972]
|
4,807 [2,834 ; 6,779]
|
6,602 [3,549 ; 9,655]
|
3,884 [1,383 ; 6,385]
|
|
Agriculteur
|
0,8 [0,648 ; 0,95]
|
0,73 [0,57 ; 0,90]
|
0,73 [0,57 ; 0,90]
|
0,83 [0,68 ; 0,97]
|
|
Années de scolarisation
|
3,96 [2,21 ; 5,72]
|
7,41 [5,87 ; 9,16]
|
5,41 [3,49 ; 7,33]
|
6,52 [4,52 ; 8,51]
|
|
Âge
|
48,14 [43,72 ; 51,94]
|
42,32 [37,68 ; 47,05]
|
48,25 [42,01 ; 53,99]
|
38,21 [32,35 ; 43,19]
|
|
Homme
|
0,53 [0,34 ; 0,72]
|
0,33 [0,15 ; 0,51]
|
0,7 [0,53 ; 0,87]
|
0,4 [0,21 ; 0,59]
|
|
Nombre de fils
|
2,29 [1,59 ; 2,98]
|
0,83 [0,39 ; 1,27]
|
1,52 [,88 ; 2,16]
|
1,70 [1,07 ; 2,34]
|
|
Personnes dans le ménage
|
2,63 [1,76 ; 3,50]
|
3,45 [2,73 ; 4,17]
|
2,77 [1,84 ; 3,70]
|
3,13 [2,36 ; 3,91]
|
|
Autoconsommation
|
5,2 [4,95 ; 5,45]
|
4,93 [4,57 ; 5,30]
|
0
|
0
|
|
Paiement au kilogramme
|
0,83 [0,69 ; 0,97]
|
0,77 [0,61 ; 0,93]
|
0,77 [0,61 ; 0,93]
|
0,86 [0,73 ; 1,00]
|
|
Médecin
|
0,8 [0,41 ; 0,79]
|
0,9 [0,79 ; 1,01]
|
0,86 [0,74 ; 1,00]
|
0,63 [0,45 ; 0,82]
|
|
Qualité nutritionnelle
|
2,40 [2,30 ; 2,52]
|
2,36 [2,20 ; 2,53]
|
2,45 [2,35 ; 2,55]
|
2,25 [2,20 ; 2,30]
|
|
Travailler seul
|
0,03 [-0,03 ; 0,10]
|
0,13 [0,00 ; 0,26]
|
0,17 [0,03 ; 0,31]
|
0,41 [0,20 ; 0,61]
|
|
Dispensaire
|
0,13 [0,00 ; 0,26]
|
0,27 [1,00 ; 0,43]
|
0,23 [0,07 ; 0,39]
|
0,37 [0,18 ; 0,55]
|
|
Hôpital public
|
0,87 [0,74 ; 1,00]
|
0,27 [1,00 ; 0,43]
|
0,77 [0,61 ; 0,93]
|
0,6 [0,41 ; 0,79]
|
|
Aucun jour perdu
|
0,23 [0,07 ; 0,39]
|
0,13 [0,00 ; 0,26]
|
0,07 [-0,03 ;0,16]
|
0,2 [0,05 ; 0,35]
|
|
1 à 5 jours perdus
|
0,3 [0,13 ; 0,47]
|
0,2 [0,05 ; 0,35]
|
0,27 [0,1 ; 0,43]
|
0,27 [0,02 ; 0,31]
|
|
6 à 15 jours perdus
|
0,4 [0,21 ; 0,59]
|
0,43 [0,24 ; 0,62]
|
0,4 [0,21 ; 0,59]
|
0,37 [0,18 ; 0,55]
|
|
Plus de 15 jours perdus
|
0,07 [0,01 ; 0,12]
|
0,23 [0,07 ; 0,39]
|
0,27 [0,1 ; 0,43]
|
0,27 [0,14 ; 0,39]
|
|
Nombre d’observations
|
30
|
>30
|
30
|
30
|
Conclusion
L’analyse descriptive souligne une relation entre l’appartenance au
groupe « agriculteurs biologiques » et l’état de santé mesuré par
le nombre de jours de travail perdus pour cause de maladie. Cette
relation ne peut s’expliquer par des différences de revenus ou de
scolarisation entre les différents groupes. Les estimations
économétriques confirment la significativité de ce résultat.
Ce résultat est surprenant, non seulement parce que les
conditions socio-économiques générales sont homogènes entre les
quatre groupes, mais aussi parce que les agriculteurs affiliés sont
beaucoup plus âgés et moins instruits que ceux du groupe témoin.
Cela signifie que les facteurs traditionnellement perçus comme des
déterminants de l’état de santé dans les pays pauvres ne jouent
aucun rôle pour expliquer les différences d’état de santé dans
notre échantillon. Nos résultats éclairent de manière significative
la question de l’impact du commerce équitable sur le bien-être et
la capacité productive des producteurs. Au-delà d’un effet sur la
productivité que font ressortir certaines études d’impact,
l’affiliation au commerce équitable produit un autre effet indirect
positif sur la création de valeur en agissant sur l’état de santé
des producteurs et sur le nombre de jours travaillés.
En examinant les autres caractéristiques de l’affiliation au
commerce équitable présentées dans l’introduction, nous mettons en
avant la possibilité d’un cercle vertueux basé sur les échanges
marchands, dans lequel l’alliance entre des consommateurs
socialement responsables, des importateurs et détaillants du
commerce équitable et des producteurs marginalisés crée les
prémisses d’une amélioration en termes de capital humain, d’accès
au marché et de productivité, amélioration nécessaire pour
promouvoir l’intégration et sortir ces producteurs de la trappe de
la pauvreté.
Références
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1 Le tourisme éthique et responsable est
une initiative globale dont le but est d’organiser des activités
touristiques pour minimiser l’impact des voyageurs sur les pays
visités et nourrir les échanges socioculturels avec la population
rencontrée. En général, l’élément de responsabilité sociale
implique qu’une part plus importante de la valeur générée par ce
genre de tourisme revienne à la population locale.
2 Les résultats sont disponibles sur
demande.
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