ARTICLE
Auteur(s) : Abdrahmane
Wane, Véronique
Ancey, Ibra Touré
Cirad Département « Environnements et sociétés » CIRAD-PPZS
Délégation régionale BP 6189 Dakar-Etoile 99999 Dakar Sénégal
L’un des objectifs du Millénaire pour le développement – la
réduction de moitié de l’extrême pauvreté avant 2015 – bénéficie
d’une attention particulière au Sénégal où le Fond monétaire
international (FMI) a invoqué en 2002, le manque de revenus et
d’accès aux services sociaux de base comme facteurs déterminants.
Ce fléau reste préoccupant en milieu rural et les pasteurs du
Ferlo sont directement concernés. Ils sont également au centre
des interrogations des autorités publiques sur leur capacité à
faire face aux prévisions de croissance de la demande globale de
viande (+ 60 %) et de lait (+ 52 %) en Afrique d’ici 2020
(Delgado et al., 1999). Dès lors, les autorités sénégalaises
affichent la volonté de moderniser l’élevage pastoral en contrôlant
les mécanismes de « déstockage », levier de lutte contre la
pauvreté en milieu rural et de satisfaction des besoins nationaux
de consommation en produits animaux (ministère de l’Agriculture, de
l’Élevage et de l’Hydraulique du Sénégal, 2004). Le terme «
déstockage » est toutefois diversement interprété. Pour les
services centraux de l’État, il s’agit d’augmenter radicalement la
commercialisation du bétail alors que pour les éleveurs, il évoque
des images de crises les contraignant à des ventes massives et
dramatiques d’animaux à bout de forces, parfois avec l’appui des
gouvernements. Les autorités publiques sont confortées dans la
voie du « déstockage » par le succès de la politique de promotion
de la production locale de viande menée à partir de 2004. Celle-ci
a soutenu le taux de croissance annuel de l’élevage (+ 5 %)
dans un secteur primaire dont les performances annuelles ont
décliné de 19,8 % en 2003 à 2,3 % en 2004 mais devrait se relancer
pour atteindre 11 % en 2006 (IMF, 2006 ; IMF, 2007).
Cette politique d’élevage est toutefois menée sans connaissance
actualisée des comportements de marché des pasteurs. Pour éclairer
ces derniers, nous effectuons une analyse économique et spatiale
des ventes de produits pastoraux au Ferlo. À l’instar de la plupart
des régions pastorales sahéliennes, le Ferlo est déficient en
statistiques (Hatfield et Davies, 2006) de sorte qu’un dispositif
spécifique et adapté a été imaginé (Wane et al., 2007).
Cet article vise à aborder l’économie pastorale comme un
processus dynamique se réalisant au sein et en dehors du marché ;
produire des connaissances chiffrées et cartographiées ; renseigner
la capacité des pasteurs à générer des encaisses monétaires ;
montrer l’inadéquation des indicateurs standards de pauvreté dans
le contexte pastoral ; contribuer à repenser des services sociaux
de base plus adaptés.
Son premier point, méthodologique, décrit le dispositif de
collecte des données. Le deuxième expose et spatialise les
résultats obtenus. Le troisième discute de leur portée et des
perspectives pour le pastoralisme sahélien.
Dispositif de collecte de données adapté
aux populations mobiles
Le Ferlo est un vaste espace d’une superficie de
67 610 km2 – soit près d’un tiers du
territoire national, délimité par la vallée du fleuve Sénégal au
nord et par le front du bassin arachidier au sud. Cet espace
désigne parfois abusivement la zone pastorale. En réalité, les
pasteurs distinguent les espaces du Fuuta, du Djoloff, du Cayor, du
Ferlo, en fonction de multiples critères parmi lesquels la
pluviosité n’est qu’un des éléments, sur un transect allant de
moins de 300 mm de pluies annuelles en moyenne à
l’Extrême-Nord (zone de départ massif des transhumants) à plus de
400 mm au sud (zone agro-pastorale).
Nos enquêtes sur les ventes des pasteurs ont été effectuées
entre la saison des pluies de 2005 et celle de 2006 au Ferlo. Elles
ont commencé le 1er octobre 2005 (fin de la saison
des pluies) et se sont poursuivies jusqu’au 15 juin 2006 en
partant des sites du nord du Ferlo vers ceux du sud. L’objectif
consistait à obtenir des informations sur les ventes sur une année
entière allant de la fin de la saison des pluies de 2004 à celle de
2005.
Aux trois sites (Thiel, Tatki et Rewane) représentatifs de la
diversité écologique de cette région (Touré et al., 2003), ont
été rajoutés les sites de Boulal, localité proche de Dahra (gros
marché régional de regroupement et d’échange de bétail), et de
Mbame assez enclavé pour renseigner sur l’activité pastorale en
l’absence de toute marque de politique publique. Tous les sites
disposent de forages pastoraux (représentés dans les figures
ci-après par le centre du premier cercle intérieur) excepté Mbame
où il n’y a que des puits pastoraux privatifs.
Les enquêtes ont été menées dans des campements au sein desquels
les principaux répondants étaient les chefs de ménages et leurs
épouses. La distinction entre campements et ménages découle du
fait que la famille pastorale est constituée d’un ensemble de
ménages (en peul : kiralé au pluriel, hirandé au singulier) vivant
dans des campements (galle, galleji) qui sont des unités de gestion
et de production.
Après traitement des données d’enquête, l’étude porte finalement
sur un échantillon de 276 campements (tableau 1) dont 20 % se trouvent sur le site
de Rewane, 29 % à Boulal, 20 % à Thiel, 23 % à Tatki et 8 % à
Mbame. Cet échantillon correspond à une marge d’erreur de 4,68 %,
un intervalle de confiance de 95 %, une proportion de 50 %.
Il répond aux standards statistiques en matière
d’échantillonnage (Anderson et al., 2001)
Tableau 1 Distribution de l’échantillon entre les
sites.Table 1. Sample distribution between sites.
|
Sites focaux
|
Répartition initiale des campements
|
En proportion (%)
|
Taille théorique d’échantillon
|
Taille effective d’échantillon
|
|
Marge d’erreur1
|
3%
|
5%
|
4,68%
|
|
Mbame
|
83
|
11
|
49
|
28
|
23
|
|
Boulal
|
268
|
36
|
158
|
91
|
79
|
|
Rewane
|
121
|
16
|
71
|
40
|
54
|
|
Tatki
|
105
|
14
|
62
|
36
|
64
|
|
Thiel
|
163
|
22
|
96
|
56
|
56
|
|
Total
|
740
|
100
|
438
|
253
|
276
|
Structure des ventes des pasteurs
L’examen de la structure des ventes des pasteurs s’effectuera à
trois niveaux : le global, la moyenne par site et la moyenne par
campement.
Analyse de la répartition des recettes
globales
D’après les déclarations des chefs de ménage, les ventes réalisées
entre la fin de la saison des pluies 2004 et celle de 2005
représentent 692 millions de F CFA (1,055 million
d’euros). Ces recettes proviennent des ventes d’animaux de
rente (bovins, ovins, caprins) à 97,9 %; des produits laitiers
(lait frais, lait caillé et beurre) à 0,5 % ; des asins et équins à
0,8 % et des cultures (mil, gomme arabique, produits de cueillette
– jujubes, fruits de balanites) à 0,8 % (tableau 2).
Les recettes de vente des animaux de rente s’élèvent environ à
677 millions de F CFA (1,032 million d’euros) avec
une contribution des bovins à 40 %, des ovins à 53 % et des caprins
à 7 % (tableau 2).
Les ventes de produits laitiers contribuent marginalement (un
peu moins de 4 millions de F CFA soit
6 098 euros) aux recettes globales des pasteurs.
Les produits laitiers vendus sont constitués de denrées
rapidement périssables (lait frais et caillé) ou relativement
stockables sur une année (beurre). Les ventes portent sur le
lait frais (19 %), le lait caillé (31 %) et le beurre (50 %) (tableau 2). La consommation des
produits laitiers et leur vente jouent un rôle vital dans la
sécurité alimentaire des ménages pastoraux. Leur commercialisation
reste, cependant, fortement contrainte par le déficit
d’infrastructures de collecte et de stockage, le caractère
saisonnier de ces produits, le niveau élevé des coûts de
transactions et également les comportements des pasteurs inscrits
dans une logique de sécurisation de leur consommation.
Il ressort des entretiens qu’un arbitrage permanent s’effectue
entre autoconsommation et commercialisation.
Tableau 2 Détail des ventes de produits pastoraux.Table
2. Breakdown of pastoral product sales.
|
Ventes
|
Total (millions F CFA)
|
Animaux de rente (%)
|
Bovin (%)
|
Ovins (%)
|
Caprins (%)
|
Équidés (%)
|
Produits laitiers (%)
|
Lait frais (%)
|
Lait caillé (%)
|
Beurre (%)
|
Cultures (%)
|
|
Boulal
|
175,2
|
97,6
|
53,8
|
40,3
|
4,8
|
1,1
|
1,1
|
36,6
|
43,0
|
20,4
|
0,2
|
|
Mbame
|
84,9
|
98,3
|
32,0
|
60,1
|
6,3
|
1,7
|
0,0
|
0,0
|
0,0
|
100,0
|
0,0
|
|
Rewane
|
90,8
|
97,5
|
35,9
|
50,7
|
13,1
|
0,3
|
0,2
|
0,0
|
6,1
|
93,9
|
2,0
|
|
Tatki
|
215,9
|
99,2
|
33,8
|
60,0
|
5,8
|
0,4
|
0,4
|
0,2
|
11,1
|
88,7
|
0,1
|
|
Thiel
|
125,2
|
96,1
|
36,7
|
54,1
|
8,3
|
0,9
|
0,6
|
0,0
|
26,4
|
73,6
|
2,4
|
|
Total
|
692,0
|
97,9
|
39,4
|
52,8
|
7,0
|
0,8
|
0,5
|
19,0
|
31,0
|
50,0
|
0,8
|
Répartition des recettes commerciales par site
Près de 57 % des recettes globales proviennent de Tatki et de
Boulal qui fournissent 52 % des campements enquêtés. Avec seulement
8 % des campements, Mbame contribue à hauteur de 12 % aux recettes
globales alors qu’avec chacun 20 % des campements, Thiel et Rewane
ne participent qu’à hauteur de 18 et 13 %.
La spatialisation des résultats montre une très forte
hétérogénéité des recettes sur les sites disposant de forages
(Tatki, Rewane et Boulal) mais une certaine homogénéité sur le seul
site doté de puits pastoraux (Mbame). En revanche, les ventes
élevées (de 4,2 à 18,5 millions de F CFA soit 6 402
à 28 203 d’euros) sont concentrées à Mbame (39 %) et Tatki (23
%) alors que les faibles recettes (moins de 2 millions de
F CFA soit 3 049 euros) se retrouvent en majorité
autour des forages pastoraux à Rewane (76 %), Boulal (63 %) et
Thiel (61 %) (figure 1).
La commercialisation des animaux de rente procure plus de 96 %
des ventes globales par site. Les ventes d’asins et d’équins
sont plus fortes à Mbame où, avec l’éparpillement de la population
et l’absence d’infrastructures de base, ces animaux sont utilisés
pour les déplacements des pasteurs vers les marchés et les points
d’eau.
Sur l’ensemble des sites enquêtés, la commercialisation des
cultures contribue marginalement aux recettes. Cette situation est
aussi valable pour les sites de Thiel et de Rewane qui sont
pourtant situés dans des zones agropastorales. Les ventes des
cultures y contribuent à plus de 2 % des recettes globales (tableau 2). À Thiel, il s’agit de vente
de mil et d’arachide alors qu’à Rewane, zone de forte déprise
agricole, nous avons plutôt observé lors de nos enquêtes, des
produits de cueillette et de la gomme arabique même si les
déclarations de ventes sont probablement sous-estimées car ces
activités sont plutôt mal considérées socialement. Comme pour le
lait, un arbitrage entre autoconsommation et commercialisation est
effectué sur les produits agricoles par les agropasteurs qui
cultivent de plus en plus dans la zone sud du Ferlo. L’activité
agricole s’organise sur un « clivage » entre une production animale
relativement destinée au marché (avec les limites imposées par les
contraintes de sécurité alimentaire en milieu pastoral) et des
cultures vivrières destinées à l’autoconsommation. Les ventes
de cultures sont quasi inexistantes à Mbame.
En termes de structures de vente par espèce animale, les ventes
de bovins concernent essentiellement des bœufs (58-75 % selon les
sites). Les vaches sont relativement moins commercialisées du
fait de la variété de bénéfices qu’elles procurent aux pasteurs
(lait et veaux). La surreprésentation des bœufs dans les
ventes animales est plus marquée à Rewane (3/4 mâles pour 1/4 de
femelles) qu’à Boulal. Les ventes d’ovins concernent davantage
les moutons (67-80 %) que les brebis (33-20 %).
La prédominance des ventes d’ovins mâles s’explique par les
pics observés lors des fêtes de l’Aïd-El-Kébir, suivant la
recommandation de l’Islam de sacrifier des moutons, et aussi par la
préférence générale à garder une majorité de reproductrices. Pour
les caprins, il y a plus de chèvres vendues que de boucs, sauf à
Boulal. (figure 2). L’effet
prix est favorable à la vente de chèvres, meilleur marché, souvent
écoulées dans les « dibiteries » (restaurants populaires
spécialisés dans la vente de viande grillée).
Grâce à la proximité de la route goudronnée, la
commercialisation des produits laitiers est plus importante à
Boulal. Elle est marquée à 80 % par les ventes de lait frais et
caillé, à l’inverse des sites plus ou moins enclavés. Il y a
donc une diversification des ventes dans les sites disposant
d’infrastructures de base et à proximité des marchés et des pistes.
La différence entre Boulal et Thiel s’explique également par
la proximité du marché de Dahra. Le plus gros marché régional
de regroupement de bétail joue un rôle spécifique sur les ventes
comparativement au rôle limité des marchés de brousse (luma) tels
que Thiel. Dans les sites isolés comme Mbame, les ventes concernent
exclusivement les produits stockables (beurre) (figure 3).
Analyse des ventes par campement
Les recettes annuelles s’élèvent en moyenne par campement à
2 507 386 F CFA (3 822 euros) et par
tête à 147 462 F CFA (225 euros). Comme les
recettes par campement intègrent l’ensemble des individus, une
première approximation de la productivité des actifs est obtenue
par les recettes moyennes par actif déclaré travailler dans
l’élevage (284 321 F CFA ou 433 euros).
Quelques grandes tendances sont observables au niveau des
campements. À Rewane (figure 4) et à Tatki,
les campements à recettes élevées tendent à s’implanter loin des
forages pour éviter la concurrence sur les pâturages. Ceux à
faibles recettes se situent souvent à proximité des pistes et cette
tendance se renforce avec la proximité des forages. En revanche,
les deux tendances précédentes sont diluées à Boulal (figure 5).
La configuration spatiale des campements subit la double
influence du forage et de la route bitumée Louga-Dahra. Certains
gros éleveurs s’installent de part et d’autre de la route nationale
et du forage pour écouler plus facilement leurs produits notamment
laitiers.
Discussion et perspectives pour l’économie
du pastoralisme
Notre analyse des ventes de produits animaux au Ferlo inscrit le
pastoralisme dans un champ d’investigation intégrant la singularité
des comportements de marché des pasteurs. Elle révèle le niveau de
sensibilité des pasteurs aux opportunités des marchés. Elle étaye
quantitativement une forme de rationalité contingente à un
environnement incertain. Les pasteurs s’adressent généralement
aux marchés pour y réaliser une recette prédéterminée permettant de
couvrir leurs dépenses de consommation courante. Ils sont tout
aussi capables de saisir des opportunités lorsque les signaux de
marchés leur apparaissent favorables (Aïd-El-Kébir). L’imperfection
et l’incomplétude des informations de marchés les incitent à une
position prudente, adaptée aux circonstances et donc, contingente à
leur environnement socio-économique (Wane, 2005). Cela explique que
les pasteurs ne sont pas dans une logique de « déstockage »
régulier de leurs animaux même si les services techniques les y
incitent. Loin de se désintéresser du niveau des prix du marché
(Kerven, 1992), les éleveurs opèrent des arbitrages entre leurs
nécessités immédiates et leurs besoins anticipés de moyen terme.
Par analogie avec les différentes formes de capital, les divers
types de bétail peuvent être assimilés, selon les situations, à de
la trésorerie, à une assurance et à un patrimoine, d’où une
commercialisation « mesurée » en nombre d’unités vendues comme en
décisions temporelles de mises sur le marché. Ce qui importe
pour eux c’est de s’insérer dans le marché tout en conservant du
cheptel en réserve afin de parer à certains risques. C’est en
période de crise et à défaut de pouvoir nourrir le bétail et/ou à
cause de la flambée des prix des céréales que les éleveurs se
sentent contraints de « déstocker », vivant à un degré élevé une
tension classique entre les nécessités du marché et celles d’une
société précapitaliste.
Cette situation conduit à un conflit d’intérêts entre des
autorités sénégalaises soucieuses d’approvisionner les grands
centres urbains en viande et en lait et des pasteurs confrontés
d’abord à leur sécurité alimentaire (Ancey et Monas, 2005).
De plus, les décideurs politiques se préoccupent des
importations massives de lait en poudre (152 159 tonnes
en moyenne entre 2000 et 2005) face à une demande potentielle de
267 598 tonnes (Wane, 2006) et aussi de la faiblesse de
la consommation de lait par habitant qui, en 2003, était de
27 litres par an (Corniaux, 2003).
Les utilités du bétail, leur valeur et leurs modes de
circulation dépassent la seule fonction marchande en société
pastorale. Dans ce contexte, parler de pauvreté monétaire (IMF,
2002) paraît inapproprié. Compte tenu de la commercialisation
orientée et autolimitée aux besoins courants des pasteurs et de
leur famille et des nombreuses ressources non monétaires dont
dépend leur sécurité, la notion de vulnérabilité est plus
pertinente et rend mieux compte, à la fois, de la diversité des
besoins, de l’exposition aux risques, et de la dynamique des
stratégies des acteurs déterminant leur réactivité.
Comme autre déterminant important de la pauvreté au Sénégal, le
FMI a identifié l’accès aux services sociaux de base des
populations rurales. En milieu pastoral notamment, les niveaux de
scolarisation sont faibles et les services de santé se dégradent.
Cela est dû, en partie, au dysfonctionnement de ces services mais
renvoie également aux difficultés d’accès particulières des ruraux
dispersés et mobiles. Les services sociaux à réhabiliter
devraient intégrer les caractéristiques du pastoralisme sahélien.
Une fourniture de services sociaux de base ajustée aux réalités
pastorales passerait par une politique foncière équilibrée entre
les intérêts des usagers, une scolarisation adaptée (cantines
scolaires, hébergement, véhicules scolaires mobiles en saison de
transhumance), des innovations financières (micro-crédit et
micro-assurance).
L’analyse des comportements de marché des pasteurs permet enfin
de contribuer aux débats inspirés par Polanyi (1983) sur
l’imbrication de la production et de l’échange dans le politique,
le social et le culturel. Dans la résistance des pasteurs au «
déstockage » se joue la reproduction et la durabilité
socio-économique de leur système d’élevage, tant que le troupeau
hérité, géré et valorisé au sein et hors du marché représente le
principal pilier de sécurité alimentaire, d’assurance et de
reproduction sociale, dans une société par ailleurs sensible aux
opportunités. La modernisation des sociétés et économies
pastorales, si souvent invoquée, n’est pas strictement une affaire
d’augmentation de la production marchande mais avant tout
d’augmentation de la sécurité et du bien-être des populations, sans
laquelle les ambitions légitimes des politiques sectorielles ne se
réaliseront pas durablement.
Conclusion
Les forages ont, certes, un rôle structurant dans l’organisation
spatiale des activités pastorales mais n’incitent pas spécialement
les éleveurs à favoriser la commercialisation de leurs produits.
La diversification de la production pastorale (produits
animaux, dérivés et agricoles) ne se traduit pas totalement sur le
plan commercial. Cela détermine des équilibres économiques et
alimentaires différents dans la région. De plus, les
différents profils statistiques de la structuration des revenus
dans les campements suggèrent que les équilibres sociaux dans les
unités pastorales se diversifient eux aussi en fonction des
responsabilités individuelles de production et de gestion des
revenus.
Le recours autolimité aux marchés révèle un comportement des
pasteurs qui, dans un environnement incertain, savent profiter des
opportunités de marché sans chercher à « déstocker ». Le terme
de « pauvreté monétaire » est moins adapté que celui de
vulnérabilité compte tenu des besoins monétaires et des stratégies
de marché des pasteurs.
Notre analyse statistique, économique et spatiale des ventes
pastorales renforce la connaissance actuelle de l’économie
pastorale des zones arides du Sénégal. Elle montre que cette
économie se réalise à la fois au sein et hors des marchés. Elle
attire aussi l’attention sur la gestion des ventes comme un facteur
stratégique en complément des enjeux de la gestion des ressources
naturelles.
Références
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