ARTICLE
Auteur(s) : Olivier
Mikolasek1, Trinh Dinh Khuyen2,
Jean-Michel
Medoc3, Vincent
Porphyre4
1Cirad UR « Aquaculture et gestion des
ressources aquatiques » TA B-20/01 Avenue Agropolis 34398
Montpellier cedex 5 France
2Faculté de production animale et de production aquacole
Département de production aquacole Université Agronomique no 1 de
Hanoi Trau Quy, Gia Lam, Hanoi, Vietnam
3Cirad UR Recyclage et risque Cirad Regional Office 35
Dien Bien Phu Hanoï Vietnam
4Cirad UR « Systèmes d’élevage » Station de
Ligne-Paradis - 7 chemin de l’IRAT 97410 Saint-Pierre Ile de la
Réunion
Ce travail a été réalisé dans le cadre du projet E3P Animal
Production Intensification in Vietnam and Environmental Protection.
Ce projet avait pour objectif global d’évaluer l’impact des
déjections porcines sur l’environnement dans la perspective de la
mise en œuvre du plan de développement national d’intensification
de la production porcine de la province de Thai Binh dans le delta
du fleuve Rouge au Nord Vietnam. Il s’agissait notamment
d’identifier les principales situations rencontrées au niveau des
élevages porcins, des surfaces réceptrices de la matière organique
(champs et étangs de pisciculture) et des stratégies de gestion des
effluents (Porphyre et Médoc, 2006).
Depuis 1999, le département aquacole de la province accorde des
subventions pour réaménager des étangs et transformer en
pisciculture des rizières à faible rendement. Cette politique
d’encouragement de la pisciculture d’eau douce a été renforcée, en
2004, par la promotion de l’élevage du tilapia (Porphyre et Nguyen,
2006). Ce projet s’inscrit dans une volonté nationale
d’augmenter le volume des exportations nationales de produits
aquacoles.
Tout en constituant des surfaces réceptrices d’une matière
organique excédentaire et potentiellement polluante vis-à-vis de
l’environnement, la pisciculture bénéficie ainsi d’une ressource
abondante pour son propre développement. En effet, la grande
majorité des poissons issus de la pisciculture d’eau douce sont
produits, en Asie, dans des systèmes semi-intensifs fertilisés par
des effluents d’élevage. Ainsi, la forte augmentation de la
production aquacole observée en Chine (Cremer, 1999), au cours des
dernières décennies, est pour partie liée à l’explosion des
élevages porcins et de l’aviculture (Gerber et al., 2005 ; Chen et
al., 1995). Ces effluents d’élevage sont employés même quand
une alimentation supplémentaire de bonne qualité est disponible, et
ils sont encore largement utilisés dans des systèmes aquacoles
qualifiés d’intensifs (Diana et al., 1996).
L’utilisation par la pisciculture des déjections porcines,
déchets recyclés mais aussi ressources à valoriser, n’est pas le
seul fait de l’Asie, mais aussi de pays nouvellement aquacoles
comme le Brésil (Souza et al., 2002). Dans ce dernier pays, des
modèles localisés de pisciculture intégrée à l’élevage de porc ont
été construits en partenariat avec l’ensemble des acteurs de la
filière souvent au prix de fortes controverses, notamment
environnementales (da Silva et al., 2009). L’application du modèle
permet d’absorber des quantités importantes de lisiers, tout en
respectant les normes environnementales et, notamment, sanitaires
(Tomazelli et al., 2003).
Le travail présenté repose sur une analyse des systèmes de
production qui a consisté à :
- – rassembler l’ensemble des informations relatives aux
pratiques piscicoles et aux contraintes rencontrées par les
producteurs ;
- – évaluer les niveaux d’utilisation des effluents
animaux par type de pisciculture.
Méthodologie
Enquêtes auprès des exploitants
Les enquêtes ont eu lieu en 2005 dans les districts de Vu Thu,
Quynh Phu et Thai Thuy (figure 1) : 45
questionnaires ont été utilisés pour réaliser la typologie et 149
questionnaires supplémentaires dans le district de Dông Hung ont
permis de confirmer la représentativité des résultats obtenus
(Mikolasek et al., 2006).
Calcul des quantités d’azote apportées
par les effluents d’élevage
Les recommandations en matière d’épandage de déjections sur les
étangs sont de 60 porcs par hectare, de 50 kg de poids vif
moyen (Delmondo, 1980). Afin de comparer les pratiques des
pisciculteurs, ceux-ci n’épandant pas tous ou exclusivement des
déjections de porcs sur leurs étangs, les apports de fertilisants
ont été convertis en quantité d’azote par hectare. Soixante
équivalents porcs par hectare correspondent à une fourniture
d’environ 240 kg N/ha par an sur la base de calcul suivante :
quantité de déjections fraîches (kg/j) : nombre de porcs × poids
moyen vif × 0,05 (Derail et Klotz, 2002) ; et teneur en azote 0,44
% du poids frais des déjections (Dierolf et al., 2001).
Les données de référence utilisées pour évaluer les apports
d’azote contenus dans les autres effluents d’élevage sont
présentées dans le tableau 1.
Ces apports d’azote devaient permettre d’obtenir des rendements
en poissons compris entre 4 à 10 t/ha par an en fonction des
facteurs de l’environnement (réserve alcaline, disponibilité en
eau, température de l’eau, etc.) et des pratiques d’élevage
(Delmondo, 1980).
Tableau 1 Teneur en azote de différents effluents
d’élevage d’après Le Van Can (1975), Knud-Hansen et al. (1993),
Muchtar et Sri (1998), et Dierolf (2001).
Table 1 Nitrogen rate of various animal faeces from Le
Van Can (1975), Knud-Hansen et al. (1993), Muchtar et Sri (1998),
and Dierolf (2001).
|
Source d’effluent
|
Type d’effluent
|
Pourcentage N en poids frais
|
|
Porc
|
Fèces raclées
|
0,7
|
|
Urine
|
0,39
|
|
Urine + fèces
|
0,44
|
|
Compost
|
0,66
|
|
Canard
|
Fiente
|
0,01
|
|
Poulet
|
Fiente
|
0,0163
|
|
Buffle/vache
|
Fèces
|
0,30/0,34
|
|
Urine
|
1
|
|
Compost
|
0,45
|
|
Homme
|
Fèces
|
1,6
|
|
Urine
|
1
|
Caractéristiques de la pisciculture
Intégration dans les systèmes de production
de l’exploitation
À l’origine, dans la région du Nord Vietnam, des mares furent
creusées pour utiliser la terre dans la construction de la maison
et la mise en place du jardin potager. L’eau collectée dans les
mares était utilisée dans un but domestique et pour arroser des
plantes. Les fèces animales étaient valorisées sur les
cultures, en particulier pour le riz. Par la suite, ces mares ont
été transformées en étangs piscicoles.
Actuellement, la pisciculture prenant de l’importance, les
déjections d’origine animale sont de plus en plus épandues sur les
étangs au détriment des cultures. L’élevage de poissons est réalisé
dans des étangs qui sont étroitement intégrés aux voies
énergétiques et nutritives des autres productions de
l’exploitation. Le système de production dans les étangs
d’aquaculture intégrée est régi par deux sources d’énergie : le
soleil à travers le phytoplancton et les apports organiques à
travers les bactéries hétérotrophes. La clé pour capturer les
diverses sources d’énergie est la polyculture de poissons.
Polyculture à base d’espèces « traditionnelles »
Les espèces « traditionnelles » (et exotiques), élevées dans la
province, regroupent la carpe herbivore
(Ctenopharyngodon idella), la carpe commune
(Cyprinus carpio), la carpe argentée
(Hypophthalmichthys molitrix), la carpe à grosse tête
(Aristichthys nobilis), les carpes indiennes rohu et mrigal
(Labeo rohita et Cirrhinus cirrhosus). Les espèces
nouvellement élevées se composent des tilapias
(Oreochromis niloticus et Oreochromis mossambicus), du
pirapitinga (Piaractus brachypomus), du poisson-chat
(Clarias macrocephalus) et de la carpe herbivore noire
(Mylopharyngodon piceus). La polyculture associant carpes
herbivores, carpes communes, carpes argentées et carpes indiennes
constitue une situation quasi générale. Quelques exploitations ont,
en plus, du tilapia (13 % des fermes), du pirapitinga (6 % des
fermes) et, plus rarement, du poisson-chat (2 %) et de la carpe
herbivore noire (4 %).
Système riz-poissons en perte de vitesse
Dans la province de Thai Binh, la rizipisciculture est de moins en
moins pratiquée. Elle est considérée par les autorités provinciales
comme une étape de transition pour la transformation des rizières à
bas rendements en étangs piscicoles. Parmi les exploitants
enquêtés, seuls 6 % d’entre eux pratiquent la rizipisciculture.
Système porcs-poissons dans toutes
les exploitations
Les porcs sont le plus souvent élevés dans des bâtiments au bord de
l’étang, et les déjections partent directement dans l’étang avec
les eaux de lavage. Les fèces sont parfois raclées pour être
épandues sur les cultures et, dans ce cas, seules les eaux de
lavage contenant le reste de l’urine se déversent dans l’étang.
À Thai Binh, la majorité des exploitants (87 %) rencontrés
pratiquent ce système d’intégration (figure 2).
Système canards-poissons, l’intégration la plus
complète
Dans la province de Thai Binh, 48 % des exploitants interrogés
pratiquent l’élevage de volaille (figure 2) : 29 % élèvent
les canards directement sur l’étang dont une partie des excréments
riches en protéines est directement consommée par les poissons, et
19 % pratiquent le système poulets-poissons. Ces deux systèmes
coexistent chez 8 % des exploitants.
Système VAC, une conceptualisation des systèmes
traditionnels
L’intégration du maraîchage, de l’élevage et des étangs piscicoles
est appelée « système VAC ». En vietnamien, VAC est l’acronyme pour
Vuòn Ao Chuông (jardin-étang-élevage). Le mouvement VAC a
débuté dans les années 1980. Son objectif était d’améliorer la
qualité nutritionnelle de l’alimentation des ruraux pauvres (Luu,
2001). Dans la province de Thai Binh, bien que certains des
exploitants appliquent ce modèle, ils ne s’y réfèrent pas
explicitement.
Évaluation des pratiques de recyclage
des effluents d’élevage
Pisciculteurs en faveur de l’utilisation
des lisiers frais de porc
La fertilisation organique est utilisée par 77 % des exploitations
piscicoles. Les déjections animales brutes sont alors épandues
sans stockage préalable et sans séparation de la phase solide et de
la phase liquide. Dans 13 % des fermes, la phase liquide est
séparée de la phase solide par raclage, et seules les eaux de
lavage s’écoulent dans l’étang. Cela n’est valable que pour les
déjections porcines, bovines, bubalines et humaines. Huit pour cent
des exploitations, pratiquant un système volailles-poissons,
fertilisent leurs étangs avec les fientes en une seule fois à
l’issue du cycle de production de volailles. Seules 8 % des fermes
transforment leurs effluents d’élevage avant de les épandre sur les
étangs. Les différents exploitants combinent souvent les
différents modes d’utilisation des déjections en fonction de leur
provenance animale.
La plupart des pisciculteurs jugent les lisiers frais de porcs
comme les plus efficaces à la fois en termes d’effet sur
l’appétence des poissons et sur la productivité des étangs. Malgré
cette fertilisation organique, près de 30 % des pisciculteurs
apportent dans leurs étangs un supplément de fertilisation chimique
principalement sous forme d’urée.
Des récoltes de poissons qui reflètent la diversité
des pratiques
Les quantités de poissons récoltées dans les exploitations
enquêtées ont été très hétérogènes. Elles étaient comprises entre
0,36 et 11,5 t/ha par an pour une valeur moyenne de l’ordre de
3,2 t/ha par an. Au regard des apports azotés, et notamment
pour les valeurs recommandées (240 kg N/ha par an ; Delmondo,
1980), les récoltes sont souvent inférieures aux résultats attendus
(< 4 t/ha par an). Elles ne sont pas proportionnelles
aux apports azotés déclarés (figure 3). Cela reflète la
grande diversité des pratiques (densité de mise en charge, gestion
de l’eau et des apports de matières organiques) et, d’une manière
globale, d’une maîtrise très inégale de la conduite de la
pisciculture dans un contexte difficile. De manière empirique
(figure 3), les
exploitations ont été rattachées à trois types d’exploitations
(tableau 2).
Tableau 2 Types d’exploitation en fonction des apports
d’azote et des récoltes de poissons.
Table 2 Types of farming according to nitrogen supplies
and fish harvests.
|
Groupe 1
|
Groupe 2
|
Groupe 3
|
|
Équivalents porcs de 50 kg/ha
|
< 28
|
28-84
|
> 84
|
|
Quantité de N (kg/ha par an)
|
< 240
|
240-560
|
> 560
|
|
Récolte (kg/ha par an)
|
< 4
|
< 5,5
|
1-10
|
Déterminants de l’utilisation des effluents
dans la fertilisation des étangs
pH acides limitant la réponse des étangs
à la fertilisation
Les parcelles situées le long du fleuve Rouge ou de sa dérivation,
le Tra Ly, sont constituées de sols alluvionnaires au pH bas, de
l’ordre de 6, qui sont le signe d’un manque de réserves alcalines.
Le manque de carbonates est un facteur limitant à
l’augmentation de la productivité des étangs et, notamment à une
dégradation optimale de la matière organique. En conséquence, il
est recommandé aux pisciculteurs de la région de chauler leurs
étangs tous les ans.
Risques d’inondation
Thai Binh est située dans une zone de delta ; la pente est
inférieure à 1 %, et l’altitude varie entre 1 et 2 m au-dessus
du niveau de la mer. C’est pourquoi, les étangs sont le plus
souvent approvisionnés en eau et/ou vidangés grâce à des pompes,
voire manuellement. Les inondations représentent un grave
problème pour 40 % des pisciculteurs. Elles provoquent des pertes
importantes de poissons.
Principale contrainte : une saison à la fois
sèche et froide
De décembre à mai, quand la température de l’eau est inférieure à
18 ou 20 °C, il est alors recommandé aux producteurs de
réduire les apports en matière organique dans les étangs. L’excès
de matières organiques en saison froide conjugué au manque d’eau
est perçu par les exploitants comme la principale cause de
dégradation de la qualité de l’eau. Cette situation entraîne une
désoxygénation de l’eau des étangs provoquant des mortalités de
poissons.
Exploitants à la recherche de nouveaux
revenus
Pratiqué souvent depuis moins de dix ans par des agriculteurs d’âge
mûr et instruits, le développement récent de la pisciculture semble
pour partie résulter des actions gouvernementales de promotion de
l’aquaculture. Deux tiers des paysans de la province de Thai Binh
déclarent s’être engagés dans la pisciculture pour augmenter leur
revenu.
Volonté politique de développer la pisciculture
Depuis 1996, les autorités font la promotion de la monoculture de
tilapia monosexe mâle (O. niloticus). Les poissons sont
élevés à des densités de l’ordre de six poissons au mètre carré et
nourris avec des aliments composés. Les rendements annuels
attendus sont de 20 à 25 t/ha. Au vu des contraintes d’élevage
exposées précédemment, cet objectif semble très ambitieux. Aucun
des paysans enquêtés n’appliquait ce modèle d’élevage.
Par ailleurs, la politique mise en place en 1999 jusqu’en 2010,
vise à regrouper les exploitations porcines et des étangs
piscicoles dans des zones spécialisées éloignées des habitations.
Les différents objectifs de ce projet provincial sont
d’améliorer l’état actuel de plus de 6 600 ha d’étangs et de
réaménager 7 000 ha de rizières à faible rendement en système
de production riz-poisson ou en étangs d’eau douce. L’État, par
l’intermédiaire des communes et des districts, subventionne les
travaux.
Gestion des effluents dans l’avenir
Évolution des types d’exploitations
Les exploitations du type 1 peuvent envisager une intensification
des apports azotés. Elles pourraient évoluer vers le type 2 sous
réserve de lever les contraintes auxquelles elles sont confrontées
: moyens financiers limités (19 % des cas), problèmes d’inondations
(56 % des cas) et manque de maîtrise des pratiques piscicoles (13 %
des cas). Pour les types 2 et 3, une utilisation accrue des
effluents d’élevage suppose l’abandon des apports d’urée et une
augmentation des surfaces d’étangs. Cette extension de la surface
des étangs est envisagée par 50 % des exploitants du type 3, mais
seulement par 12 % des exploitants du type 1 (tableau 3).
Considérant une charge équivalente à 60 porcs de 50 kg/ha
pour la fertilisation de l’étang, et ce, quelle que soit la
déjection animale, en 2004, 31 % de l’azote produit par les animaux
était potentiellement valorisable dans les étangs. En 2010, sans
changement significatif des pratiques piscicoles actuelles et avec
l’augmentation prévue et importante des surfaces, les étangs
pourraient absorber presque 25 % de la production d’azote. Celle-ci
sera en très forte augmentation, puisqu’elle passera de 23
000 t/an en 2004 à 35 000 t/an en 2010 (Médoc et Hillion,
2006).
Tableau 3 Projet d’investissement des trois types
d’exploitation.
Table 3 Project of investing in the three types of
farming.
|
Groupe 1 (%)
|
Groupe 2 (%)
|
Groupe 3 (%)
|
|
Augmentation du cheptel porcin
|
19
|
64
|
10
|
|
Augmentation de la surface en étangs
|
12
|
11
|
50
|
Intensification écologique d’un modèle intégré
porcs-poissons
Sur la base du diagnostic établi, on constate qu’il existe un grand
potentiel pour améliorer la gestion actuelle de la pisciculture
intégrée à l’élevage porcin de la province de Thai Binh.
Dans un contexte local d’absorption des effluents porcins, la
construction et l’intensification écologique d’un modèle intégré
porcs-poissons supposent le maintien d’une polyculture de poissons
capable de valoriser le réseau trophique de l’étang, d’éviter les
impasses trophiques et d’améliorer la qualité de l’eau. Trois
autres facteurs sont importants à respecter : une profondeur
adéquate des étangs, le contrôle des entrées et sorties d’eau et
l’oxygénation du fond de l’étang. Cette gestion optimisée de l’eau
est bien sûr conditionnée par la maîtrise en quantité et en qualité
des effluents porcins.
Discussion-conclusion
La politique locale visant à promouvoir une monoculture de tilapias
à base d’aliments composés n’est pas en adéquation avec le
développement de l’élevage porcin. L’importation d’aliments ou
d’ingrédients des autres provinces aggraverait le problème des
excédents en matières organiques.
Cela milite en faveur de la construction d’une polyculture à
base de tilapias associés à un choix d’espèces secondaires, capable
à la fois de fournir le meilleur rendement agroécologique
(optimiser les facteurs de production et minimiser les impacts
environnementaux) et de répondre à la demande sociale (valoriser le
travail et augmenter le revenu) et politique (exporter du tilapia).
Toutefois, le fait que les pisciculteurs de Thai Binh ne se
réfèrent pas au système VAC vulgarisé depuis 1980 montre que cela
ne va pas de soi.
Dans ce contexte, la gestion améliorée de la pisciculture repose
sur la capacité de tous les acteurs de prendre en compte les
différentes dimensions de la durabilité à l’échelle de
l’exploitation et du territoire : changements de pratiques
agronomiques (polyculture à base de tilapia, réduction raisonnée
des apports d’urée, etc.) ; construction d’innovations non
seulement technologiques (adoption de l’aération mécanique,
amélioration des aménagements hydrauliques, etc.) mais aussi
organisationnelles.
Un modèle semblable a été construit dans une région de l’État de
Santa Catarina (Brésil) au climat subtropical avec une saison
froide marquée (tableau 4).
Il s’agirait bien évidemment de construire un modèle propre à
Thai Binh qui tienne compte des contraintes et opportunités locales
(da Silva et al., 2009). L’enjeu serait de doubler le rendement
piscicole en produisant d’importantes quantités de tilapias
destinées à l’exportation et une absorption accrue des effluents
porcins en augmentant les superficies d’étangs et leur capacité à
recevoir des déjections animales. Cela implique en premier lieu que
les autorités de la province de Thai Binh harmonisent leurs
politiques publiques sectorielles pour concilier ces deux enjeux.
Le défi est bien de « revisiter » à travers la notion d’
intensification écologique la polyculture de poissons en étangs et
son aptitude à prendre en compte les différentes dimensions du
développement durable (Lazard et al., 2009).
À cette fin, les autorités de la province devraient en premier
lieu harmoniser leurs politiques publiques sectorielles pour
concilier deux objectifs actuellement contradictoires : faire de la
pisciculture des surfaces réceptrices des effluents d’élevage de
porcs et produire d’importantes quantités de tilapia pour
l’exportation.
Tableau 4 Normes du modèle de pisciculture intégré de
la Haute vallée de l’Itajaï (Souza et al., 2002).
Table 4 Standards of the fish farming integrated model of
the High Valley of Itajaï (Souza et al., 2002).
|
Libellé
|
Caractéristiques
|
|
Entrées et sorties d’eau
|
Contrôle total
|
|
Renouvellement de l’eau
|
Au moins 5 % par cycle en plus de la compensation des pertes par
évaporation et infiltration
|
|
Polyculture centrée sur le tilapia monosexe mâle
|
80 % de tilapias, ± 10 % de carpes communes ; ± 10 % de carpes
chinoises
|
|
Intégration avec l’élevage de porcs
|
60 porcs par hectare d’étang
|
|
Aération mécanique
|
Elle facilite la dégradation aérobie de la matière organique et
empêche la stratification thermique de l’étang et par conséquent
favorise l’oxygénation des couches d’eau profondes
|
|
Utilisation d’aliment artificiel
|
Seulement en fin de cycle quand une baisse de croissance est
constatée
|
|
Bonnes pratiques de gestion
|
Pêches intermédiaires, biométrie et contrôle des performances,
suivi de la qualité de l’eau
|
|
Rendement attendu
|
Plus de 8 tonnes de poissons à l’hectare par an
|
|
Marché
|
Consommation locale et usines de transformation du poisson
|
|
Associations de producteurs
|
Elles favorisent les apprentissages
|
Remerciements
Les auteurs souhaitent remercier la Commission européenne et le
Programme Asia ProEc, les autorités de la province de Thai Binh,
les enseignants de l’université agronomique de Hanoï
no 1 et le PCP PRISE.
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