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La culture du coton ne bouleverse pas les échanges traditionnels de semences de sorgho


Cahiers Agricultures. Volume 17, Numéro 2, 189-94, Mars-Avril 2008, Étude originale

Article gratuit   Summary  

Auteur(s) : Sandra Delaunay, Robers-Pierre Tescar, Auguste Oualbego, Kirsten vom Brocke, Jacques Lançon

Résumé : La plupart des cultivateurs de sorgho produisent leurs propres semences ou les obtiennent par échange. Ils utilisent peu les variétés proposées par les systèmes semenciers formels. C’est que l’échange de semences renforce les réseaux traditionnels de solidarité et favorise une gestion collective des risques, dans des conditions de culture particulièrement précaires. Notre étude vise à caractériser ces échanges et à vérifier si leur fréquence ou leurs modalités peuvent être modifiées dans un village produisant une culture commerciale, en l’occurrence, du coton. Elle a été conduite en 2004 et 2005 dans cinq villages du Burkina Faso. Les agriculteurs enquêtés ont été échantillonnés suivant la méthode « boule de neige », qui permet de reconstituer plus facilement l’ensemble des liens d’échange. Les résultats montrent que les agriculteurs achètent et vendent peu de semences lorsque leurs récoltes sont suffisantes. La plupart des mouvements de semences sont gratuits ou non marchands, et ils tendent à suivre des règles traditionnelles. Plus les individus sont proches géographiquement et socialement, plus les échanges sont nombreux. Ainsi, l’échange a le plus souvent lieu entre personnes de même village, de même ethnie, ou de même famille. Néanmoins, ces pratiques ne sont pas exclusives et elles coexistent avec des échanges entre personnes non apparentées et de villages éloignés. En 2005, la comparaison d’un village « coton » (Siby) avec un village sans coton (Tiogo) a montré que les producteurs de coton se comportent comme les autres agriculteurs. Ils échangent autant de semences et de la même manière. Les réseaux informels d’échanges ne semblent donc pas menacés par le coton. Ceux du village cotonnier sont moins fournis mais plus étendus. Le don et les échanges intra-ethniques restent privilégiés et les échanges marchands n’ont pas augmenté. En revanche, l’organisation sociale engendrée par le coton a favorisé le développement d’échanges nouveaux, entre amis, alors que, dans le village sans coton, les échanges sont restés essentiellement familiaux. Grâce au coton, certains agriculteurs peuvent thésauriser et accéder à un mode alternatif et individuel de gestion de risque, mais ils restent néanmoins impliqués dans le système traditionnel tout en intégrant de nouveaux membres dans leurs échanges.

Mots-clés : économie et développement rural, productions végétales

 

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