ARTICLE
Auteur(s) : Eva
Weltzien1, Kirsten Vom
Brocke2, Aboubacar Touré3, Fred
Rattunde1, Jacques
Chantereau4
1International Crops Research Institute of the
Semi-Arid Tropics (ICRISAT), BP 320, Bamako, Mali
2Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad), Institut de
l’environnement et des recherches agricoles (Inera), 01 BP 476,
Ouagadougou, Burkina Faso
3Institut d’économie rurale (IER) Programme sorgho,
Bamako, Mali
4Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad), Unité propre de
recherche (UPR) « Agrobiodiversité des plantes de
savanes », Avenue Agropolis, TA A-08/01, 34398 Montpellier
cedex 5, France
Les premiers bilans en sélection participative (SP) en Afrique
de l’Ouest (AO) ont été présentés au cours de deux ateliers
internationaux récents. Ainsi, le colloque de Bamako (Actes du
Colloque, 1998) qui s’est tenu en 1997 et qui était axé sur la
conservation in situ de la biodiversité agricole en Afrique
des savanes, a sensibilisé les chercheurs et les autres acteurs aux
approches participatives dans le domaine de la conservation des
ressources génétiques. Puis, en 2001, la recherche en sélection et
la gestion participative des ressources génétiques en Afrique ont
été discutées et analysées pendant un symposium organisé à Mbé
(Côte d’Ivoire). Le constat suivant en avait été tiré :
« La plupart du travail de SP à ce jour est encore limité au
recueil de l’avis de l’agriculteur sur des variétés fixées,
relativement tard dans le processus de sélection, juste avant la
diffusion » (Sperling et Lançon, 2004). Notre article va
s’intéresser à la diversification des phases techniques durant
lesquelles les agriculteurs collaborent aujourd’hui avec les
sélectionneurs en AO.
Selon Schnell (1982), le processus de développement variétal se
décline en trois phases techniques :
- 1. Création de la variabilité génétique ;
- 2. Sélection des variétés expérimentales ;
- 3. Évaluation des variétés expérimentales (figure 1).
La phase de création de la variabilité consiste à réaliser des
croisements ou à créer des populations à base large éventuellement
en introduisant de nouvelles sources de germoplasme ou de variétés
paysannes dont les caractères satisfont les préférences des
agriculteurs de zones ciblées. Suit la phase de sélection des
variétés expérimentales basée sur les choix entre descendances et
plantes individuelles. Elle permet de parvenir à une fixation des
variétés et une production suffisante de semences pour entamer la
phase d’évaluation variétale pour des caractères complexes, comme
le rendement, mais aussi pour d’autres caractères associés qui font
que les producteurs préfèrent une variété à une autre.
Weltzien et al. (2003) ont complété ce schéma en y ajoutant
deux phases sans lesquelles aucun programme de sélection ne peut
espérer avoir d’impact :
- – identification des priorités du programme de
sélection ;
- – diffusion des variétés et des semences.
Parmi les objectifs initiaux de la SP figure l’amélioration de
la pertinence et de l’efficacité du programme de sélection
(Sperling et al., 1993 ; Weltzien et al., 2003). La
pertinence d’un programme de sélection n’est pas facilement définie
ou bien évaluée, mais elle détermine son succès et son impact.
L’efficacité est, elle, généralement évaluée par le gain génétique
obtenu par unité de temps. Si les évaluations de l’efficacité des
programmes de SP ne sont pas encore publiables en AO, nous pouvons
analyser quelques-unes de ses composantes, comme l’adéquation entre
critères de sélection et critères de choix paysan, l’amélioration
des conditions de mesures de l’héritabilité, la durée nécessaire de
réalisation d’une étape, l’intensité de sélection, etc.
Par ailleurs, la SP ne se limite pas à ces objectifs initiaux
des programmes d’amélioration des plantes. Elle intègre de
nouvelles fonctions (Christinck et al., 2005). En AO, les
projets de SP ciblent :
- – la sauvegarde de la biodiversité ou des ressources
génétiques (Jarvis et al., 2006 ; Vernier et al.,
2004) ;
- – le renforcement des capacités des
producteurs ;
- – la réduction de la pauvreté ;
- – l’amélioration de la santé et de la nutrition.
Dans un premier temps, nous examinerons les expériences acquises
en sélection participative en Afrique de l’Ouest en termes de
pertinence et d’efficacité appréciable à chaque étape d’un
programme de sélection. Nous analyserons ensuite les divers buts
poursuivis par l’amélioration variétale participative.
Pertinence des programmes de SP
Ainsi que l’ont constaté Witcombe et al. (2005), la prise en
compte de la satisfaction des usagers dans l’orientation de la
sélection est, de fait, implicite dans un programme de SP et va
définir sa pertinence. Elle est prépondérante pendant la phase
d’identification des priorités et des objectifs mais, en réalité,
chaque étape d’un programme de SP apporte des informations clés
permettant de mieux répondre à la demande des producteurs et
consommateurs.
En Afrique de l’Ouest, plusieurs programmes de SP ont réalisé
des efforts spécifiques sur cette étape d’identification des
priorités et objectifs. La bonne compréhension et l’appréciation
positive des compétences et des expériences des producteurs sont
des éléments de base pour une collaboration efficace. Plusieurs
chercheurs ont analysé les savoirs et innovations paysannes en
matière de sélection et de gestion des semences et des ressources
génétiques (Diakité, 2004 ; Vernier et al., 2004 ;
Jarvis et al., 2006 ; Kudadje, 2006 ). Ce type
d’analyse apporte des informations précieuses sur les critères de
choix des producteurs, sur leur expertise en sélection permettant
de concevoir un meilleur partage des tâches, sur la caractérisation
précise de la diversité locale pour son intégration dans le
processus de création variétale.
Les travaux accomplis sur le riz nerica de l’Association pour le
développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest (ADRAO)
(Jones et Wopereis-Pura, 2004) ont clairement mis en évidence des
priorités spécifiques dans différents pays en fonction des systèmes
de production ou du genre. Cette caractérisation a été établie non
seulement à partir de l’évaluation des variétés existantes par les
agriculteurs dans chaque pays partenaire mais aussi en recourant à
des méthodes appropriées et innovatrices pour s’assurer que les
préoccupations des producteurs étaient bien prises en compte
(Dalton, 2004).
De même, dans le cadre des programmes collaboratifs
d’amélioration du sorgho du Centre de coopération internationale en
recherche agronomique pour le développement (Cirad) et de
l’International Crops Research Institute of the Semi-Arid Tropics
(ICRISAT) avec l’Institut d’économie rurale (IER) au Mali, des
changements majeurs dans la stratégie de sélection sont issus des
évaluations paysannes des variétés existantes (Weltzien
et al., 2007 ; Vaksmann et al., 2007). En effet, les
agriculteurs de différentes zones au Mali ont constaté, en
conditions de production, de multiples problèmes d’adaptation des
variétés de sorghos exotiques à fort potentiel de rendement allant
jusqu’à un risque de perte de la totalité de la récolte à cause de
moisissures développées sur les grains (Yapi et al., 2000). En
réponse à ce constat, une stratégie de sélection basée sur
l’utilisation de la diversité locale bien adaptée a été mise en
œuvre. Elle utilise par ailleurs les connaissances acquises sur les
préférences des producteurs ainsi que leur expérience en sélection
et production de semence. Un cas similaire a été rapporté par le
programme Arachide de l’IER et l’ICRISAT au Mali qui a pu
identifier les besoins spécifiques des femmes concernant les
variétés des différents systèmes de productions (Ndjeunga
et al., 2003). L’évaluation variétale participative a
également commencé à modifier l’orientation du programme mil de
l’ICRISAT en Afrique de l’Ouest (Omanya et al., 2007).
La prise en compte de la demande des utilisateurs est
directement perceptible dans les programmes de SP puisque les
producteurs ont un important pouvoir de décision au cours des
étapes de création de la diversité ou bien de la sélection des
variétés expérimentales (figure 1). Le
programme de création et d’amélioration des populations de sorgho à
base génétique large de l’Institut de l’environnement et des
recherches agricoles (Inera) et du Cirad au Burkina Faso permet
d’illustrer ces propos (vom Brocke et al., 2007). Des
opérations analogues ont été lancées il y a peu dans le cadre d’un
projet sur la gestion participative des pools de gènes du mil et du
sorgho intégré dans le programme pour l’Afrique de l’Ouest de la
Fondation McKnight1. Citons également
les projets de développement innovateurs tel que le Projet de
promotion de l’initiative locale pour le développement d’Aguié
(PPILDA) au Niger financé par le Fonds international de
développement agricole (Fida) (www.fidafrique.net) et qui soutient
en priorité les innovations locales permettant un bénéfice partagé
entre villages qui pratiquent des activités de sélection. Nous
constatons alors dans les dernières années de plus en plus
d’efforts d’implication directe des agriculteurs producteurs dans
les prises de décisions en création et sélection variétale. Leur
engagement dans l’orientation des processus de sélection se
confirme plus tard dans leur implication dans le processus de
diffusion variétale lorsqu’eux-mêmes et leurs organisations créent
des entreprises de production et de vente de semence des variétés
qu’ils ont contribué à mettre au point.
Efficacité des programmes de SP
L’efficacité des programmes d’amélioration des cultures, mesurée
généralement par les gains de sélection, dépend de la variabilité
génétique exploitable, de l’héritabilité des caractères cibles et
de leur adéquation avec les critères de choix des agriculteurs dans
leurs champs de production et, enfin, de l’intensité de sélection.
La seule étude d’efficacité de SP en Afrique de l’Ouest concerne
le coton au Bénin. Lançon et al. (2004) ont réalisé une
comparaison méthodologique pour la phase d’identification variétale
et conclu que la sélection par les producteurs a été aussi efficace
que celle des sélectionneurs. Et la participation des producteurs a
apporté toutefois des avantages additionnels : garantie de
l’adéquation des critères de sélection et acquisition de savoir
locaux par les chercheurs.
Dans les programmes de sélection du sorgho au Burkina Faso et au
Mali, un gain en efficacité est attendu grâce à la conduite de la
phase de sélection des variétés expérimentales dans les champs des
producteurs de chaque zone cible (vom Brocke et al.,
2004 ; vom Brocke et al., 2006 ; vom Brocke
et al., 2007 ; Weltzien et al., 2007) en visant une
adéquation élevée entre les caractères d’évaluation et les critères
de choix des agriculteurs. Un résultat similaire est espéré avec
des populations de mil à base génétique large soumises à la
sélection massale par les agriculteurs dans des conditions de
stress ciblées 1. Dans le même temps, les sélectionneurs
s’attendent à une intensité de sélection plus forte dès lors que la
sélection est opérée par les agriculteurs dans leurs champs et non
plus par les chercheurs. En effet, les observations du programme de
l’ICRISAT avec l’IER au Mali indiquent que les agriculteurs
sélectionnent moins des plantes individuelles dans une pépinière ou
dans une population que les sélectionneurs. L’explication avancée
est que les agriculteurs rejettent les plantes qui montrent la
moindre faiblesse. À l’inverse, les sélectionneurs gardent
souvent les plantes à caractères souhaitables même si elles
présentent quelques défauts. Dans les conditions de SP où plusieurs
agriculteurs sont impliqués et exercent des choix très pointus, il
est possible de fortement augmenter le nombre de plantes réellement
évaluées et de pratiquer une forte intensité de sélection dans les
populations et pépinières.
L’évaluation multilocale des variétés peut donc être optimisée
grâce à la participation des producteurs. En Afrique de l’Ouest,
chaque pays dispose habituellement d’une à deux stations de
recherche par zone agroécologique. Cela ne suffit pas pour procéder
à une évaluation du rendement de nouvelles variétés parce que,
normalement, on a besoin d’un minimum de 5 à 6 sites
d’évaluation pour avoir des résultats qui expriment la performance
de chaque variété avec une meilleure connaissance des interactions
génotype-environnement. La participation des agriculteurs à la
conduite des essais multilocaux constitue alors un moyen direct
pour en renforcer l’efficacité par l’augmentation de l’héritabilité
opérationnelle (Weltzien et al., 2007). Ainsi, au cours du
projet pour le riz pluvial de l’ADRAO, l’évaluation multilocale
d’un grand nombre de variétés expérimentales par les producteurs a
été indispensable à l’identification des variétés nerica (Jones et
Wopereis-Pura 2004). Ce sont des exemples éloquents quant à la
volonté d’augmenter l’efficacité des programmes de sélection à
l’aide des producteurs.
La participation paysanne vise aussi à améliorer l’efficacité
des programmes de sélection en diminuant le délai d’adoption des
nouvelles variétés en raccourcissant la phase d’évaluation
variétale finale juste avant et après l’homologation des variétés.
De surcroît, la simple conduite de la phase finale d’évaluation
variétale en collaboration avec les agriculteurs permet d’accélérer
la rapidité de diffusion variétale : il est en effet possible
d’organiser les essais d’évaluation finale des variétés de façon à
ce qu’un nombre important d’agriculteurs de la zone cible puisse
les visiter. Dans ce cas, la phase de test coïncide avec la phase
initiale d’adoption.
Enfin, la participation des producteurs peut induire un
partenariat solide et une coappropriation des nouvelles variétés
susceptibles de réduire encore ce délai (Lilja et al., 2000 ;
Lançon et al., 2006). La plupart des projets de SP variétale
élaborés dans ce sens présentent des résultats positifs ;
c’est le cas du projet de diffusion des variétés d’arachide en AO
(Ndjeunga et al., 2003), du projet niébé pour l’Afrique
(Pronaf) (Nathaniels, 2005 ; Asafo-Adjel et al., 2005)
(dans sa composante variétale), du projet d’évaluation variétale
des variétés d’igname au Ghana (Otoo et al., 2004). On peut
aussi mentionner la sélection des variétés de riz adaptées à une
multitude de conditions de culture et de besoin locaux (Doucoure
et al., 2004 ; Marfo et al., 2004, Jones et
Wopereis-Pura, 2004). Notons tout de même que les essais
d’évaluation variétale participative ne remplacent pas la phase de
diffusion des semences à laquelle les paysans peuvent participer de
façons diverses (Sperling et al, 2004).
Il y a en Afrique de l’Ouest une multitude de projets
d’évaluation participative de variétés (PVS chez Witcombe
et al., 2005), souvent liés à des programmes de diffusion des
semences gérés non pas uniquement par des chercheurs mais, de plus
en plus, par des projets de développement rural ou des
organisations paysannes. De ce fait, proposer aux producteurs une
gamme de variétés est un principe largement accepté en Afrique de
l’Ouest par les différentes structures actives de la filière
agricole. Les activités et résultats des projets de développement
sont peu publiés dans la littérature scientifique ; néanmoins
les acteurs échangent de plus en plus au moyen d’Internet (site
www.fidafrique.net, par exemple).
La SP et la diversité de ses objectifs
Jusqu’ici, nous n’avons évoqué que les buts immédiats de la
recherche en SP à savoir l’amélioration de la pertinence et de
l’efficacité du processus complet de création variétale. Si nous
nous limitions à une discussion sur les méthodologies en
amélioration des plantes, nous pourrions nous arrêter à ce point.
Comme nous l’avons annoncé, la SP vise plusieurs objectifs
simultanés. Pour bien en mesurer l’impact sur ses méthodes et son
organisation, il est important d’analyser cette diversité
d’objectifs.
Intégrer conservation et amélioration des ressources
génétiques
La conservation de la biodiversité et l’amélioration des plantes
étaient considérées comme des objets incompatibles. Ce sont les
approches participatives de sélection qui ont révélé cette option
d’intégration de la sélection avec les efforts pour la conservation
in situ des ressources génétiques (Voss, 1996 ;
Almekinders et de Boef, 2000). Le rôle important joué par les
producteurs dans les dispositifs de collaboration décentralisés
rend possible la combinaison de ces deux missions. Si une multitude
d’individus prennent localement les décisions pendant tout le
processus de création variétale, on peut espérer obtenir une
multitude de résultats et donc aboutir à une diversité variétale.
Il est aussi important de souligner que les approches
participatives utilisent les variétés locales, c’est-à-dire les
ressources à sauvegarder, comme base pour la création variétale. En
Afrique de l’Ouest, des efforts importants d’utilisation de la
diversité variétale locale ont été consentis, fondés sur une
meilleure compréhension de leur gestion traditionnelle (vom Brocke
et al., 2006 ; Vaksmann et al., 2006 ; Huvio et
Sidibé 2003 ; Weltzien et al., 2006 ; Weltzien
et al., 2007). Le niveau de décentralisation nécessaire en
création variétale pour en assurer la diversité n’apparaît pas
clairement à l’issue de ces projets, principalement parce qu’aucun
d’entre eux n’a réellement achevé toutes les étapes techniques du
cycle de création variétale (sans mentionner que la gestion des
phases techniques diffère énormément d’un projet à l’autre).
Décentralisation et participation dans la phase de création de
la diversité
Pendant la phase de création de la variabilité, le programme sorgho
de l’IER au Mali (Vaksmann et al., 2006) s’est intéressé à une
population très large de façon ouverte mais centralisée, où toutes
les lignées sélectionnées dans les différents sites villageois sont
recombinées régulièrement à la station de recherche en
contre-saison. À l’inverse, le programme sorgho au Burkina
Faso (vom Brocke et al., 2006 ; vom Brocke et al.,
2007) a débouché sur la création de populations à base large mais
différentes pour chacune des zones d’adaptation. De cette manière,
la base génétique requise pour créer de nouvelles variétés est déjà
diversifiée et les chances de sortir des variétés de parenté
différente apparaissent plus élevées. Le programme sorgho de
l’ICRISAT/IER au Mali (Weltzien et al., 2006 ; Weltzien
et al., 2007) est un programme intermédiaire. Une population
existante de 14 variétés différentes de la race guinea a été
croisée avec des variétés individuelles retenues par les
producteurs leur conférant ainsi des caractéristiques spécifiques.
Ce programme implique régulièrement les producteurs dans le choix
des meilleures descendances présentes en station. Le programme
initié par la FAO/IER (Huvio et Sidibé, 2003) met beaucoup plus
l’accent sur la sauvegarde de la biodiversité que sur
l’amélioration variétale. Il se focalise sur l’identification et le
rassemblement de la diversité variétale de chaque localité, son
appréciation et les échanges locaux. Les interactions entre ce
programme et les trois précédents pourraient déboucher sur de
nouvelles créations décentralisées et participatives de la
variabilité et donc sur l’intégration effective de la conservation
et de l’amélioration variétale. L’évaluation détaillée du succès de
ces projets en termes de conservation de la biodiversité
constituera une priorité pour la recherche à venir.
Conservation de la diversité en phase de sélection des variétés
expérimentales
Les différents programmes sorgho travaillent de plus en plus de
façon décentralisée et participative. Les programmes sorgho de
l’Inera/Cirad au Burkina Faso et de l’IER/ICRISAT au Mali se
consacrent à l’entretien de pépinières et de populations destinées
à la sélection massale dès la génération F2/F3 en collaboration
avec plusieurs agriculteurs dans différentes zones où ils sont
responsables de la sélection dans leurs champs. Ainsi, dans une
même zone agroécologique, plusieurs agriculteurs peuvent
sélectionner des variétés très différentes. Pour le programme de
l’IER/Cirad au Mali cette phase est centralisée dans un champ
d’expérimentation villageois pour chacune des trois zones
agroécologiques ciblées. L’implication des producteurs dans la
sélection des meilleures plantes et lignées n’est pas clairement
décrite (Lancon et al., 2006 ; Vaksmann et al., 2006 ;
Vaksmann et al., 2007).
Conservation de la diversité en phase d’évaluation
variétale
La phase d’évaluation des variétés expérimentales est la plus
avancée dans le programme de l’IER/ICRISAT au Mali (Weltzien
et al., 2007) puisque c’était sa vocation initiale. Il est
possible d’identifier des variétés pour diffusion locale ou pour
des zones et caractères spécifiques. Le facteur limitant est le
nombre de variétés différentes évaluées chaque année, plafonné à
30.
Ces exemples montrent que, dans le cas du sorgho en Afrique de
l’Ouest, les possibilités d’intégrer la conservation des ressources
génétiques et l’amélioration variétale sont réelles mais non encore
atteintes parce qu’aucun des projets n’a encore achevé le cycle de
création variétale. Pour tirer des conclusions définitives, la
recherche et l’évaluation d’indicateurs sont indispensables, non
seulement pour vérifier l’efficacité en amélioration variétale mais
aussi en vue de suivre les différents aspects liés au maintien de
la biodiversité agricole.
Associer renforcement des capacités des agriculteurs et
amélioration variétale ?
Le renforcement des capacités des agriculteurs accompagne souvent
les programmes participatifs semenciers et variétaux. Les projets
déjà mentionnés en Afrique de l’Ouest intègrent presque tous la
formation des producteurs aux méthodes de création variétale, de
production de semences, de conduite des essais. Les agriculteurs
ont parfois exprimé leur satisfaction concernant la formation
technique mais aussi les opportunités d’échanges avec les
producteurs d’autres villages et zones. Ces projets, à l’exception
du projet de Huvio et Sidibé (2003), n’avaient pourtant pas prévu
le renforcement des compétences des producteurs dans leurs
objectifs initiaux.
Les projets introduisent différentes approches d’amélioration
des compétences paysannes. La collaboration avec les organisations
paysannes (OP) est habituelle (vom Brocke et al., 2006 ;
vom Brocke et al., 2007 ; Weltzien et al.,
2006 ; Weltzien et al., 2007 ; Vaksmann et al.,
2007). Les projets appuient les OP pour recruter un agent technique
qui joue plusieurs rôles : il facilite les échanges entre
chercheurs et producteurs, entre les différents intervenants dans
leur secteur géographique ; il forme aux méthodes utilisées,
approches et techniques culturales. Pour augmenter la capacité
d’expérimentation et de participation, le projet de l’IER/ICRISAT a
formé des animateurs-paysans dans les villages qui accueillent les
essais. Les impacts de ce type d’initiatives restent à évaluer.
Huvio et Sidibé (2003) travaillent avec des villages individuels
et mènent toutes les activités au sein des « champs de
diversité », une adaptation du concept des « champs
écoles paysans » (CEP) à l’expérimentation sur la diversité
variétale. Les rencontres hebdomadaires du groupe des agriculteurs
avec leurs facilitateurs visent aussi à améliorer l’aptitude à
collaborer au sein du village. La mise en place de ce
« capital social » peut favoriser la durabilité du
processus d’innovation locale et doit devenir un critère important
dans l’évaluation des projets de SP.
Combiner la SP avec d’autres buts
Les projets de SP peuvent aussi traduire des volontés
d’amélioration de la nutrition et de la santé, comme dans le cas du
développement des variétés d’arachide résistantes au champignon
Aspergillus flavus de manière à réduire leur taux de contamination
par les aflatoxines. Le projet sorgho de l’ICRISAT a commencé à
prendre en compte le contenu en fer et zinc du grain comme critères
d’évaluation variétale sur la base de dosages réalisés sur des
grains récoltés et transformés dans les villages tests. Comme
l’approche participative facilite les échanges avec tous les
membres de la famille, des sujets délicats peuvent être abordés
pour trouver des solutions réalistes et durables. Encore une fois,
ces travaux n’en sont qu’à leur début et mériteront une analyse
plus détaillée.
Beaucoup de projets, y compris en SP, visent à réduire la
pauvreté en général. Les expériences décrites en Afrique de l’Ouest
n’ont pas identifié de besoins technologiques spécifiques aux
agriculteurs les plus pauvres et/ou exposés aux plus grands risques
économiques. Ces projets ont aussi rarement envisagé la
participation individualisée des femmes, sauf ceux qui ont traité
des arachides et du riz. Pour aborder sérieusement cette question,
des projets à long terme sont nécessaires, de préférence associés à
des initiatives de développement capables de mieux intégrer les
actions qui recouvrent une large gamme de domaines et dépassant
amplement l’innovation technique et la SP.
Conclusions
L’analyse de la littérature sur la sélection participative en
Afrique de l’Ouest montre que plusieurs projets en cours de
réalisation n’impliquent plus les agriculteurs uniquement dans la
phase de l’évaluation finale des variétés pour une meilleure
diffusion. Ces projets collaborent maintenant avec les agriculteurs
en amont dans les phases de la création de la variabilité et de
sélection des variétés expérimentales.
Les analyses montrent aussi que la participation des
agriculteurs dans les programmes de sélection a souvent conduit à
une réorientation fondamentale des programmes en termes d’objectifs
et de critères de sélection. Ces réorientations ont été basées sur
des analyses détaillées des savoirs et savoir-faire locaux, des
préférences des producteurs et consommateurs, des systèmes de
production et surtout des analyses de la gestion locale des
semences et des institutions locales. Une meilleure pertinence des
programmes de sélection est attendue de projets qui octroient une
place importante aux paysans dans la prise de décisions en
sélection. Il reste à examiner dans quelle mesure ou contexte les
priorités exprimées par les producteurs se rapprochent de celles
réellement mises en œuvre.
Pour améliorer l’efficacité des programmes de sélection en
faisant appel à la participation de producteurs, la plupart des
programmes, constatons-nous, visent une meilleure adéquation entre
les observations d’évaluation et les critères clés dans les zones
cibles. D’autres pointent leurs efforts sur une augmentation de la
précision sur l’héritabilité des critères de sélection, surtout du
rendement. Actuellement, une seule étude compare de façon
méthodologique l’efficacité de sélection des paysans et des
chercheurs. Dans l’avenir, il sera important de mener des études
spécifiques sur ses aspects méthodologiques.
Enfin, les analyses montrent que la plupart des projets
débordent l’objectif de création variétale. Beaucoup sont conduits
dans un objectif de préservation de la diversité génétique
utilisant les variétés locales, soit pour une diffusion directe,
soit pour leur intégration dans les programmes de sélection. Aucun
n’a cependant tenté de faire une évaluation de la diversité
génétique pendant le processus de sélection participative ou bien
pendant le processus d’adoption et de changement variétal. Aucun
n’a pu réaliser une évaluation des avancées en sélection pour
vérifier dans quelle mesure l’objectif de maintien de la diversité
est compatible avec celui d’augmentation du rendement.
Nous pouvons généralement constater une grande diversité dans
les objectifs, approches et méthodes actuellement expérimentés en
sélection participative en Afrique de l’Ouest, ainsi que dans les
différents types de partenariat établis entre producteurs et
chercheurs. Dès lors, en plus des évaluations méthodologiques, des
analyses organisationnelles méritent une évaluation comparative
afin d’établir aussi l’influence de la répartition des rôles et
responsabilités sur la réalisation des différents buts poursuivis
en sélection participative.
Remerciements
Cette recherche de Eva Weltzien et Fred Rattunde a été réalisée
avec le soutien financier du ministère de la Coopération
internationale (BMZ) de la République fédérale d’Allemagne et de la
Fondation McKnight via son programme « Collaborative Crops
Research ». Nous remercions Lise Paresys et Benoît Clerget
pour la révision du manuscrit.
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