ARTICLE
Auteur(s) : Mamy
Soumaré1, Didier Bazile2, Michel
Vaksmann3, Mamoutou
Kouressy1, Kadiatou Diallo1, Cheick Hamala
Diakité1
1Institut d’économie rurale (IER), Sotuba, BP 438,
Bamako, Mali
2Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad), Département
Environnements & Sociétés, UPR 47 « GREEN », Campus
international de Baillarguet TA C-47/F, 34398 Montpellier cedex
5
3Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad), BP 1813, Bamako,
Mali
La diversité biologique est classiquement appréhendée aux
différentes échelles de la structuration du vivant : gène,
variété, population, écosystème. Mais la particularité de
l’agrobiodiversité nécessite une nouvelle dimension d’étude, celle
de la diversité des pratiques humaines. L’activité agricole a
longtemps été considérée comme un facteur contribuant fortement à
la diminution de la biodiversité. Mais les pratiques de sélection
des plantes depuis l’origine de l’agriculture font que l’homme peut
aussi être un facteur de maintien et d’amélioration de la diversité
biologique pour valoriser et diversifier l’existant afin de
l’adapter à une mise en valeur des milieux et des territoires en
évolution (Wood et Lenné, 1999).
Dans les zones cotonnières au sud du Mali, suite au
développement de la culture du maïs et du coton à partir des années
1980, les paysans ont accordé une moindre importance à la culture
du mil [Pennisetum Glaucum (L.) R. Br] et du sorgho [Sorghum
Bicolor (L.) Moench] (Bazile et Soumaré, 2004). Face à cette
évolution, il paraissait important d’explorer au sein de la
diversité des agroécosytèmes cotonniers actuels l’évolution de la
place des céréales traditionnelles, mil et sorgho. Pour cela nous
faisons l’hypothèse que dans les mêmes conditions écologiques et,
face à des politiques agricoles similaires, les agriculteurs
peuvent mettre en place des systèmes de culture (SC) différents.
Nous discutons ensuite, sur la base des études existantes au Mali,
comment cette diversité des pratiques agricoles peut contribuer à
la diversification des cultures et au maintien ou à la régression
de la diversité variétale des espèces cultivées.
Méthodologie
Ce travail s’appuie sur deux facteurs : la diversité des
systèmes de production (SP) et des SC à l’échelle régionale et
l’évolution des pratiques agricoles au niveau des exploitations.
Diversité à l’échelle régionale
Nous utilisons la caractérisation des systèmes agraires localisés
(SAL) établis par Soumaré et al. (2006) dans les zones
cotonnières au Mali. Ils ont été définis par une méthode de zonage
territorial ascendant depuis l’analyse des déterminants des SP
jusqu’à la diversité de leurs combinaisons au sein des communes
rurales qui composent les SAL définis à l’échelle régionale.
L’analyse couvre l’ensemble de l’aire géographique du sud du Mali
pour une pluviométrie comprise entre 600 et 1 400 mm. La mise
en forme d’informations homogènes issues d’enquêtes réalisées
entre 1999 et 2003 sur 6 290 exploitations réparties
sur 125 villages a permis de construire une base de données
structurée autour de 50 variables caractérisant la structure
des exploitations (population, équipement, élevage et cultures).
Une analyse en composantes principales (ACP) a été réalisée sur les
31 variables les plus discriminantes. L’ACP a permis
d’identifier 9 SP principaux. Le poids de chacun d’eux est
traduit en pourcentage à l’échelle communale1 afin d’effectuer une analyse factorielle
des correspondances (AFC). Dix combinaisons de SP ont ainsi été
mises en évidence à l’échelle de la commune rurale. La distribution
spatiale de ces combinaisons a été superposée dans un système
d’information géographique (SIG) avec deux facteurs englobants - la
pluviométrie et les densités de peuplement -, puis confrontée aux
zonages existants sur la zone pour préciser les contours des SAL.
La validation des 15 SAL issus de l’analyse de données a été
réalisée en procédant à des transects paysagers traversant chaque
SAL.
Des enquêtes complémentaires sur certains villages ont permis de
regrouper les 15 SAL en 7 zones agricoles (figure 1) en fonction
de l’importance des cultures intensives utilisant des intrants
(coton et maïs) et traditionnelles (mil et sorgho). Quelques
indicateurs sur les surfaces cultivées dans les exploitations ont
été agrégés au niveau village et spatialisés par interpolation à
l’échelle des 7 zones pour appréhender les SC à cette échelle.
Nous considérons la surface par actif comme indicateur pertinent
car la main-d’œuvre demeure la principale contrainte pour les SP
dans ces régions (Tersiguel 1995 ; Milleville et Serpantier
2007).
Diversité au sein des exploitations
L’analyse régionale (zonage ascendant et interpolation) ne rend pas
compte de l’évolution des pratiques au sein des exploitations. Pour
aborder cette question, des enquêtes approfondies ont été conduites
au sein de 15 exploitations dans 3 villages
représentatifs des systèmes agraires dominants au sud du
Mali : Dentiola dans le système à ager/saltus en crise, Bohi
dans le système à ager/saltus en équilibre, et Diou dans le système
à abatis/brûlis (figure 1). L’ager est
un espace cultivé de façon continue. Le saltus correspond à des
espaces non cultivés servant de pâturages et produisant du bois.
C’est le bétail qui assure le transfert des matières organiques et
minérales du saltus vers l’ager pour permettre la reproduction de
la fertilité du sol (Dufumier, 2005).
Le choix de l’échantillon repose sur des éléments de structure
(population, équipement, surfaces cultivées), de diversification
des pratiques (élevage, culture de contre-saison, culture de
bas-fonds, arboriculture) et sur l’origine des exploitations
(autochtones ou migrants). Les enquêtes ont permis de tracer
l’évolution de certaines pratiques (assolement, fertilisation,
production) sur les 25 dernières années.
Résultats
Les systèmes de production et de culture à l’échelle
régionale
Les SP et les SC sont définis à l’échelle de l’exploitation. Mais
le SC peut aussi être appréhendé à différentes échelles, et Jouve
(2003) montre que l’analyse de la répartition des cultures, dans
l’espace et le temps, à des échelles inférieures (région, pays,
etc.) ouvre de nouvelles perspectives pour la compréhension des
pratiques agricoles. D’une zone agricole à l’autre, les
combinaisons de SC et de SP varient.
La zone nord soudano-sahélienne
Cette partie septentrionale est caractérisée par une majorité
d’exploitations peu ou moyennement équipées avec de faibles
effectifs de bovins. Le coton est rarement cultivé mais, au centre
de cette zone, on note la présence de quelques exploitations
cotonnières, environ 15 % du total. Les SC sont basés sur les
céréales avec une rotation principale mil/sorgho, avec
respectivement 0,5 et 0,30 ha/actif, et accessoirement sur
l’arachide (tableau 1 et figure 2).
Tableau 1 Surface cultivée (hectares) par actif des
principales cultures dans les régions agricoles.Table 1. Cultivated
area (hectares) by working person for the main cultures.
|
Région agricole
|
Surface cultivée par actif
|
|
Arachide
|
Coton
|
Maïs
|
Mil
|
Sorgho
|
Total
|
|
Nord soudano-sahélienne
|
0,12
|
0,14
|
0,07
|
0,43
|
0,27
|
1,03
|
|
Vieux bassin cotonnier
|
0,12
|
0,33
|
0,16
|
0,39
|
0,37
|
1,37
|
|
Zone de diversification de Sikasso
|
0,06
|
0,34
|
0,18
|
0,14
|
0,25
|
0,97
|
|
Bassin céréalier de Bougouni
|
0,15
|
0,28
|
0,17
|
0,25
|
0,24
|
1,09
|
|
Zone d’extension du Sud
|
0,12
|
0,27
|
0,23
|
0,16
|
0,21
|
0,99
|
|
Haute vallée
|
0,21
|
0,14
|
0,12
|
0,25
|
0,25
|
0,97
|
|
Nouvelle zone cotonnière
|
0,23
|
0,27
|
0,10
|
0,16
|
0,23
|
0,99
|
Le vieux bassin cotonnier
L’évolution de l’agriculture de cette zone est la plus aboutie,
avec une forte intensification s’appuyant sur les intrants, la
fumure animale, la culture attelée et une forte mobilisation de la
main-d’œuvre. Cette zone se caractérise par de fortes densités de
population rurale (jusqu’à 70 hab./km2 dans
certaines parties), une complémentarité saltus/ager et une
disparition quasi totale des jachères. Cette intensification a
recours aux transferts de matière organique entre le saltus et
l’ager alors que les disponibilités fourragères sont en train de
diminuer du fait d’une dégradation des parcours. Cela complique le
maintien des troupeaux bovins toute l’année dans cette zone et donc
affecte l’importance de ces transferts de fertilité. Ces
agroécosytèmes sont en crise. L’extension des surfaces ne se
poursuit plus que dans les marges ou périphéries sud qui
correspondent aux zones les moins peuplées. Plus de 80 % des
exploitations ont un équipement de culture attelée complet avec
1 charrue et 2 bœufs. Les SC sont orientés coton/maïs au
centre et au sud, et coton/sorgho à l’ouest pour plus de 50 %
des exploitations.
La zone de diversification de Sikasso
À Sikasso, les densités de population sont plus faibles
(30 hab./km2) et les conditions naturelles plus
favorables : pluviométrie abondante, parcours riches et
étendus, espace cultivable extensible. Les contraintes sur les
facteurs de production sont essentiellement liées à la
main-d’œuvre. Celle-ci fait principalement défaut lors des
entretiens culturaux. La surface importante des bas-fonds contribue
à l’essor de nombreuses cultures comme les tubercules (pomme de
terre, patate douce, etc.) et à la mise en place de vergers
conséquents (manguiers, agrumes, etc.). Les SC pluviaux stricts
sont basés sur le coton et le maïs. Le coton est la principale
culture avec plus d’un tiers d’hectare par actif, sa part pouvant
parfois atteindre 50 % de l’assolement dans certaines
exploitations.
Le bassin céréalier de Bougouni
Cette zone se situe à la même latitude que Sikasso, mais plus à
l’ouest ; en conséquence, elle bénéficie des mêmes conditions
climatiques. Plus du tiers des exploitations consacrent, à côté du
coton, une majorité de leurs surfaces cultivées à l’arachide au mil
et au sorgho.
On note l’extension de la ceinture de culture du sorgho à cette
zone alors que celle du maïs ne touche que partiellement sa partie
sud (figure 2). C’est la
traduction spatiale de l’importance du sorgho par rapport au maïs
en surface cultivée par actif alors que, dans les autres zones
cotonnières soumises aux mêmes conditions pluviométriques, c’est le
contraire qu’on observe. On peut donc conclure que malgré les
conditions favorables à son développement, le maïs ne s’est pas
substitué au sorgho dans cette zone.
Les zones d’extension agricole du Sud
Le système d’abattis-brûlis (ou agriculture itinérante sur brûlis)
reste dominant même si les cultures intensifiées - maïs et coton -
sont présentes dans les assolements. Le mil et le sorgho occupent
une place moins importante par rapport au maïs. L’intensification
agricole progresse actuellement avec le développement de la culture
du coton. Les exploitations à fortes capacités d’investissement en
intrants abandonnent progressivement l’abatis-brûlis.
La Haute vallée du Niger
Cette unité géographique s’étend autour de Bamako. Elle est déjà
densément peuplée et soumise à l’urbanisation croissante. Les SC
sont orientés sur les céréales, mil et sorgho (0,25 ha/actif)
et l’arachide (0,21 ha/actif) plutôt que sur coton/maïs (0,14
et 0,12 ha/actif). Les limites des champs sont progressivement
matérialisées à l’aide de haies, certainement à cause des pressions
urbaines sur le foncier rural.
La nouvelle zone cotonnière autour de Kita
Suite aux problèmes de commercialisation, la culture arachidière a
été progressivement abandonnée dans cette zone située à
l’extrême-ouest du Mali-Sud. Le coton y est en progression depuis
1995 avec le début des interventions de la société cotonnière
(CMDT, Compagnie malienne pour le développement des textiles). Le
système agraire ancien reposant sur l’abattis-brûlis domine
toujours et les terres arables sont abondantes. Les SC sont
principalement basés sur le sorgho, le coton et l’arachide (tableau 1) avec près de
0,3 ha/actif pour chacun. Le mil et le maïs se situent
respectivement à 0,10 et 0,17 ha/actif. Les possibilités
d’extension des surfaces cultivées sont réelles (à l’exception de
la zone périurbaine de Kita) mais les agriculteurs souffrent d’un
manque d’équipement et de l’enclavement de leur village.
Évolution des SC à l’échelle des exploitations
Cette évolution a été construite à partir de l’analyse des
pratiques agricoles sur les 25 dernières années chez
15 exploitations dans chacun des trois villages d’étude.
Augmentation des surfaces cultivées
En 25 ans, les surfaces cultivées ont doublé. Cette extension
connaît maintenant une certaine stabilité à Dentiola et Bohi, où,
après de grandes phases d’extension, les surfaces augmentent
désormais moins vite. À Diou, où l’agriculture est restée
longtemps manuelle, on note aujourd’hui le plus fort taux
d’accroissement des surfaces (> 160 % entre 1980
et 2005). Cela s’explique par la dynamique d’équipement en
culture attelée couplée à l’utilisation intensive des intrants
(figure 3)
permettant d’accroître la durée de culture, voire la culture
continue.
Diminution progressive de la sole de sorgho
L’analyse des SC à l’échelle régionale montrait que le sorgho
occupe toujours une place importante, en termes de surface
cultivée/actif dans l’ensemble du bassin cotonnier, mais variable
selon les régions agricoles (figure 2). Mais quand
on s’intéresse à l’évolution des assolements au sein des
exploitations de 1980 à 2005, le constat est tout autre. Alors que
la surface cultivée par exploitation augmente de 120 à 160 %
durant cette période selon les sites, les surfaces en sorgho ne
s’accroissent que de 30 % à Dentiola et de 80 % à Diou,
et diminuent de 75 % à Bohi (figure 3). Le sorgho
enregistre donc une baisse régulière de sa part dans les
assolements : - 9 % à Dentiola, - 24 % à
Bohi et - 6 % à Diou.
Mil contre sorgho
Le coton a été le moteur de l’intensification des SC au sud du
Mali. Le maïs est la première culture qui a profité de cette
dynamique car il lui succède dans la rotation pour profiter de
l’arrière-effet des engrais apportés sur le coton. Il en ressort
que la part du maïs dans la production céréalière du Mali est
passée de 12 à 28 % entre 1980 et 2000 (Soumaré,
2004). Bazile et Soumaré (2004) présentent le développement du maïs
comme étant la principale cause de la diminution de la sole de
sorgho dans les exploitations de la région de Sikasso.
La présente étude met en exergue une nouvelle hypothèse de
travail : la concurrence entre le mil et le sorgho au sein des
exploitations. En effet, dans la zone d’étude, le mil progresse lui
aussi au détriment du sorgho. Il s’agit là d’un résultat original
qui amène le chercheur à s’interroger davantage sur les stratégies
paysannes. Le mil est traditionnellement cultivé dans des
conditions écologiques plus contraignantes et principalement dans
la bande sahélienne (figure 2) : sols
moins riches, risque hydrique plus élevé et systèmes de production
à faible niveau d’intrants. Dans le cas de la zone
soudano-guinéenne, il se développe dans des conditions nettement
plus favorables où les SC à base de coton sont plus
intensifiés.
Les taux d’accroissement des surfaces en mil entre 1980
et 2005 sont très importants dans les trois sites – 180 %
à Dentiola, 380 % à Bohi et 200 % à Diou - alors que les
surfaces en sorgho ne progressent que très faiblement (figure 3). Alors que
la part du sorgho dans l’assolement est en baisse constante dans
chaque site entre 1980 et 2005 - de 31 à 22 % à
Dentiola, de 27 à 3 % à Bohi et de 20 à 14 % à Diou -
celle du mil augmente régulièrement, passant de 22 à 33 % à
Dentiola (+ 11), de 12 à 23 % (+ 11) à Bohi, et de
15 à 19 % (+ 4) à Diou (figure 4).
Comment expliquer que le sorgho soit la seule culture en
régression ? Sa faible réponse à l’intensification par rapport
au maïs est un élément d’explication. Pourtant, le mil qui est
aussi considéré comme une culture peu exigeante réussit à
progresser aux côtés du maïs, même si c’est dans une moindre
mesure. Le mil valorise-t-il davantage que le sorgho les apports
d’urée et de complexe céréale (N, P, K) ? On observe que les
agriculteurs utilisent dans certains cas plus souvent les engrais
minéraux sur le mil que sur le sorgho. La part des parcelles
fertilisées en 2005 est plus élevée pour le mil que pour le sorgho
tant à Bohi (35 contre 17 %) et équivalente à Diou (8 contre
7 %). Cependant, à Dentiola, on note l’inverse puisque près de
la moitié des parcelles en sorgho reçoivent de l’engrais contre
34 % pour le mil. L’élément le plus remarquable n’est donc pas
la valeur absolue de la proportion fertilisée observée aujourd’hui
mais sa progression dans le temps et en parallèle à l’augmentation
de la sole de mil. L’évolution du pourcentage de parcelles de mil
ayant reçu de l’engrais entre 1995 et 2005 est en cela
étonnante puisqu’il passe de 0 à 35 % à Bohi, de 0 à 8 %
à Diou et de 7 à 34 % à Dentiola. On peut alors supposer que
la rusticité du mil se combine bien avec une assez bonne réponse
aux engrais qui satisfait les objectifs des agriculteurs. En effet,
en apportant quelques kilogrammes d’engrais, le paysan ne cherche
pas à atteindre des rendements très élevés. Il cherche plutôt à
favoriser l’implantation et le développement de la culture pour
permettre l’obtention d’un rendement « moyennement » bon
(Gigou, 1998).
En outre, le mil est la céréale qui se vend le mieux sur les
marchés urbains maliens. Son prix a atteint
110 francs CFA le kilo contre 90 pour le sorgho et 80
pour le maïs en mars 2007. Le rendement du sorgho par rapport
à celui du mil ne permet pas de combler cette différence de prix.
En milieu paysan, le mil a un rendement proche de celui
sorgho : 1 038 kg/ha contre 1 058 kg/ha en 2006 dans
la zone CMDT. Quelques exploitants profitent maintenant de ce prix
rémunérateur en basant leur stratégie de stabilisation des revenus
sur le mil. Ce phénomène est particulièrement répandu à Bohi où le
mil contribue significativement à la formation du revenu monétaire
de 4 exploitations sur 15. Ainsi sa contribution aux
revenus agricoles peut même atteindre 35 % dans certaines
exploitations, qui, par ailleurs, continuent toujours de cultiver
le coton.
Discussion et conclusion
Les paysans ont développé différents modes de mise en valeur de
l’espace en le découpant en plusieurs entités distinctes (ager et
saltus) mais complémentaires. Cela se traduit par une diversité
d’assolement et de pratiques selon les régions agricoles du
Mali-Sud.
Le sorgho occupe toujours une place importante dans les SC mais
celle-ci décroît progressivement. Le mil, traditionnellement
localisé dans la zone sahélienne, se développe aujourd’hui au sud
du Mali. Il contribue désormais, comme le maïs, à faire reculer le
sorgho. De plus, il reçoit de plus en plus de fertilisants
minéraux. Cette progression au détriment du sorgho est d’autant
plus surprenante que du point de vue agronomique le sorgho a un
potentiel de rendement plus élevé que le mil. À Bohi, où la
progression du mil est plus importante, certains paysans estiment
que le sorgho « n’accepte plus leur sol ». Le mil, plus
rustique, le remplace très certainement dans les sols les plus
pauvres (Bazile et al., 2004).
Ces constats invitent le chercheur à explorer davantage les
stratégies et les pratiques des paysans. La régression en surface
du sorgho a lieu en même temps que l’érosion variétale de cette
culture, constatée dans cette région au sud du Mali (Kouressy
et al., 2003). En effet, entre 1978 et 1999, 60 % des
variétés de sorgho au sud du Mali ont été perdues contre 25 %
au nord. Cependant, on peut se demander lequel des deux phénomènes
est la conséquence ou cause de l’autre. Dans le même ordre d’idée,
on peut s’interroger sur le lien entre l’accroissement des soles de
mil et le nombre de variétés cultivées.
Le mil se développe donc et devient progressivement une culture
commerciale dans une conjoncture où les paysans peuvent de moins en
moins compter sur les revenus du coton suite aux difficultés
actuelles de la filière. Le revenu qu’il procure participe de ce
fait à la sécurisation monétaire des exploitations et à leur
viabilité économique ponctuelle.
Les céréales traditionnelles - mil et sorgho - ont encore un
rôle important à jouer au sein des SP à cause de la forte
variabilité du climat et de la saturation progressive de l’espace
conduisant à la mise en culture de sols à plus forte contrainte
agricole (Bazile et al., 2008). Le maintien des variétés
locales de ces céréales contribuera à la durabilité et à la
résilience des systèmes agraires. Ces variétés ont une forte
capacité d’adaptation aux contraintes écologiques. C’est le cas des
variétés photopériodiques qui permettent de faire face à la
variabilité climatique ou encore les types Séguetana, résistants au
striga, qui tolèrent l’acidité des sols.
Les tendances observées sont issues d’enquêtes sur un petit
échantillon de 15 exploitations dans trois villages ;
elles méritent d’être étendues et comparées aux situations d’autres
villages et d’autres régions agricoles du Mali-Sud.
Références
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1 Une commune rurale au Mali regroupe de 5
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