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Les Écoles paysannes au Bénin : une approche participative de la diffusion des messages relatifs à la protection intégrée du cotonnier |
Cahiers Agricultures. Volume 15, Numéro 1, 100-1, Janvier-Février 2006 - Le coton, des futurs à construire, Note de recherche
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Auteur(s) : Patrick Prudent, Symphorien Loko, Maurice Vaissayre , Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), Département Cultures annuelles (CA), Avenue Agropolis, TA 72/09 34398 Montpellier cedex 5, Institut national de recherche agricole du Bénin (Inrab), Centre de recherches coton et fibres, 01 BP 715 Cotonou Bénin. |
Mots-clés : production végétales, formation |
Illustrations |
ARTICLE
Auteur(s) : Patrick Prudent1, Symphorien
Loko2, Maurice Vaissayre1
1Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad), Département Cultures
annuelles (CA), Avenue Agropolis, TA 72/09 34398 Montpellier cedex
5
2Institut national de recherche agricole du Bénin
(Inrab), Centre de recherches coton et fibres, 01 BP 715 Cotonou
Bénin
Pendant trois ans, en partenariat avec la recherche cotonnière de
l’Institut national de la recherche agronomique du Bénin (Inrab),
et avec le soutien de la Fondation Aventis, puis de Bayer
CropScience, le Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad) a développé au Bénin une
approche participative de la protection phytosanitaire du
cotonnier, en reprenant une méthode développée par la FAO auprès
des riziculteurs, celle des Farmers Field Schools, ou FFS, que nous
traduirons ici par « Écoles paysannes ».Avec la
privatisation et l’éclatement de la filière, les statistiques
relatives à la production cotonnière au Bénin ont perdu de leur
fiabilité, mais l’intérêt des paysans pour cette culture ne semble
pas s’être démenti. On estime que le nombre d’exploitations
agricoles cultivant du coton est compris aujourd’hui entre 300 000
et 400 000, avec un rendement moyen par hectare légèrement
supérieur à la tonne de coton-graine. Ce résultat est d’autant plus
remarquable que les pays côtiers de la région (Côte d’Ivoire,
Ghana, Togo et Bénin) sont les plus touchés par le complexe
parasitaire du cotonnier, dont l’incidence atteint 40 % du
potentiel de production en l’absence de toute protection chimique1.La recherche agricole ne trouve plus
ses relais habituels auprès des agriculteurs du fait de la
disparition des services d’appui financés par
l’agroindustrie ; les organisations paysannes ont en effet des
difficultés à prendre à leur compte la diffusion de messages
techniques, tels que l’identification des ravageurs et de leurs
dégâts, le respect de la faune auxiliaire, la définition de seuils
d’intervention.Une première enquête a été réalisée dans un certain
nombre d’exploitations agricoles de la sous-préfecture de Savalou,
province du Zou. Au cours de la campagne cotonnière 2000-2001, des
sessions d’observations (( figure 1 )) ont été mises
en place dans des parcelles paysannes, et conduites selon les
principes des FFS : cultiver une plante saine, observer les
populations d’insectes, faire la part de l’action des
auxiliaires.Au cours des sessions de restitution qui ont suivi les
observations dans la parcelle, les paysans ont tout d’abord
restitué par le dessin certains éléments de la phénologie du
cotonnier, des dégâts ou des ravageurs observés, ainsi que des
insectes au statut parfois indéterminé. Des discussions sont nées
autour des observations faites, et le groupe a souvent discuté de
l’opportunité d’interventions insecticides, qu’elles soient ou non
prévues selon les fiches techniques fournies par les services
d’appui traditionnels.Les résultats de l’enquête réalisée
permettent d’identifier quelques difficultés de compréhension des
messages techniques parvenus aux agriculteurs (( figure 2 )) :
- – la perception positive des pesticides utilisés en
culture cotonnière, qui peut amener une extension de leur usage à
des fins imprévues entraînant des risques sanitaires importants
(traitement de semences vivrières, parfois consommées si elles
restent inutilisées en tant que semences) ;
- – la difficile relation entre l’image ou le dessin
technique que fournissent les services de vulgarisation et
l’insecte observé sur le cotonnier, liée le plus souvent à un
problème d’échelle ;
- – l’attribution généralisée d’un statut de ravageur à
tout insecte présent dans la culture.
Au terme de la série de sessions d’autoformation au champ, un
certain nombre d’autres points peuvent être relevés :
- – il existe de réelles difficultés à identifier les
différentes composantes de l’entomofaune du cotonnier, et en
particulier à faire la part de la faune utile ;
- – la relation entre dégâts et présence du ravageur
responsable n’est pas toujours évidente, soit du fait de la petite
taille de l’arthropode (acariens par exemple), soit en raison du
décalage temporel entre la colonisation de la parcelle par un
ravageur et la manifestation de ses dégâts ;
- – les dégâts les plus spectaculaires biaisent bien
évidemment la prise de décision : l’effet sur la production
étant plus ou moins bien apprécié (à l’exemple des chenilles
phyllophages – dont les dégâts sont spectaculaires, mais plus ou
moins importants selon la phase de la culture – et des chenilles
mineuses des fruits, difficiles à observer mais déterminantes dans
le bilan économique de la culture) ;
- – les décisions de traiter ou de ne pas traiter la
parcelle prises par les agriculteurs au vu des populations
d’insectes peuvent être en contradiction avec les directives
techniques normatives diffusées par les services de vulgarisation.
La disponibilité du matériel ou des produits de traitement
spécifiques au problème parasitaire observé peut donc ne pas être
assurée. À ce niveau, l’objectif de renforcement des capacités
affiché par la FAO est parfaitement atteint par le groupe de
paysans.
Au travers de ce projet, l’approche participative est apparue comme
un outil de formation tout à fait pertinent dans la perspective
d’une « prise de pouvoir » par les paysans en ce qui
concerne la gestion de l’entomofaune dans leur système de culture.
Au-delà de la seule mise en place d’une lutte chimique raisonnée,
l’École paysanne permet de révéler et de hiérarchiser les problèmes
rencontrés par les paysans dans la conduite de la culture.
À cet égard, elle s’est montrée riche d’enseignements utiles
aux chercheurs comme aux responsables de la diffusion des messages
techniques, en mettant en lumière : i) des lacunes dans ces
messages ; et ii) un certain nombre de contraintes paysannes
qui, si elles n’étaient pas prises en compte, entraîneraient a
priori un rejet de l’innovation.1 Réunion
phytosanitaire Coraf, Lomé (Togo) 22-25 février 2000.
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