ARTICLE
Auteur(s) : JS
Au cours de la première moitié du xxe siècle, on
distinguait des acides thymonucléiques (les actuels ADN), abondants
dans les cellules de thymus, et des acides zymonucléiques (les ARN
d’aujourd’hui), largement représentés dans le cytoplasme des
cellules de levure. À l’époque où Watson et Crick, en 1953,
publient leurs résultats portant sur la structure de l’ADN, on
savait que les ARN sont liés à la synthèse des protéines, sans
toutefois préciser les modalités de cette relation. Au
xxie siècle, la diversité et la complexité de
structure des ARN a véritablement explosé, de sorte qu’une mise au
point en la matière s’avère utile.
ARN viraux et viroïdes
Paradoxalement, la première mise en évidence d’une fonction
précise chez un ARN concerne une compétence marginale de cette
classe moléculaire : celle de support d’hérédité [1].
C’est en 1955-1956, en effet, que l’on mit en évidence le caractère
infectieux de l’ARN du virus de la mosaïque du tabac.
Ultérieurement, de nombreux virus à génome d’ARN furent identifiés,
tant chez les plantes que chez les animaux et les bactéries. Ces
génomes d’ARN comportent un nombre limité de gènes (de 3 à une
dizaine pour la plupart) et sont très divers sur le plan structurel
et fonctionnel.
On distingue notamment les virus à ARN messager, à ARN
antimessager (avec synthèse d’un ARN messager complémentaire) à ARN
bicaténaire, ou encore à ARN monocaténaire fonctionnant comme
modèle pour la transcription réverse formant un ADN
complémentaire.
Certains ARN viraux comportent une seule molécule portant
l’alignement de l’ensemble des séquences correspondant aux
différents gènes. D’autres sont fractionnés en plusieurs pièces
génomiques. Un cas particulier est celui des ARN satellites, dont
la réplication dépend d’un virus assistant. Tous les ARN viraux
exercent alternativement, au cours de leur cycle reproductif, une
fonction messagère codant une enzyme de transcription et une
fonction de modèle transcrit par cette enzyme.
En 1967, on a identifié chez les végétaux des symptômes de
type viral induits par une nouvelle classe de parasites. Il s’agit
d’ARN circulaires dépourvus de fonction messagère qui furent
dénommés viroïdes. Les ARN de viroïdes sont répliqués par des
transcriptases cellulaires. On a émis l’hypothèse qu’il pourrait
s’agir de reliques précellulaires autoréplicables qui auraient
acquis des propriétés parasitaires au contact de cellules végétales
ou qui se seraient associées à un virus assistant. Selon une autre
hypothèse, l’origine des viroïdes serait endogène et résulterait de
la circularisation d’introns excisés d’ARN prémessagers.
ARN prémessagers et messagers
Dans les années 1960, après les travaux de Lwoff, Monod et
Jacob, on distingue trois formes majeures d’ARN non
parasitaires : les ARN ribosomiques, les ARN messagers et les
ARN de transfert. Depuis, la diversité de structures et de
fonctions connues des ARN s’est à ce point accrue qu’aujourd’hui,
cette classe moléculaire égale en importance celle des
protéines.
La transcription des parties codantes de l’ADN fournit une copie
complémentaire d’ARN prémessager qui subit un processus de
maturation consistant, notamment, en l’excision de séquences
(épissage des introns). L’épissage peut être complexe et fournir,
comme produits finaux, plusieurs ARN messagers distincts à partir
d’une même séquence d’ADN [2].
ARN non-messagers
Les ARN ribosomiques subissent eux aussi une maturation qui
requiert l’intervention de petits ARN nucléolaires [3]. Les
ARN de transfert, pour leur part, procèdent de l’action de
ribozymes (ARN dotés de propriétés enzymatiques). L’addition
d’uridine dans certaines séquences d’ARN est sous la dépendance de
petits ARN nucléolaires (fonction d’édition). L’édition confère une
spécificité d’action à des facteurs enzymatiques, notamment lors du
processus de méthylation.
Par ailleurs, des fonctions régulatrices ont été attribuées à des
sections non codantes d’ARN messagers, ainsi qu’à divers
micro-ARN [4].
ARN interférents
En 1990, un chercheur de l’université de l’Arizona a inséré dans
le génome de cellules de pétunia à fleur pourpre, des gènes
supplémentaires codant l’information du pigment floral. Au lieu de
l’accentuation attendue de la coloration sous l’effet des gènes
surnuméraires, il observa un éclaircissement de la couleur pouvant
aller jusqu’à l’albinisme [5].
Ce processus est sous la dépendance d’ARN antisens complémentaires
des ARN messagers qui se fixent sur ces derniers en formant des ARN
bicaténaires. Ces derniers, après avoir été découpés en
subdivisions de 22 nucléotides rendent silencieux les gènes
correspondants en se fixant sur l’ADN.
Certains ARN interférents agiraient directement sur l’ADN en le
rendant inactif par formation d’un complexe avec modification de
structure. Bref, les ARN interférents constituent une classe de
molécules régulatrices extrêmement complexes dont on n’a pas épuisé
la diversité des effets.
Des ARN porteurs d’hérédité ?
Récemment [6, 7], dans un article de Nature,
des auteurs ont émis l’hypothèse selon laquelle des ARN
d’Arabidopsis pouvaient transférer de l’information
génétique ancestrale au travers de géniteurs parentaux chez
lesquels le gène correspondant avait été muté. L’argumentation en
faveur d’un rôle de l’ARN dans ce processus est indirecte et
demande confirmation. Rappelons que les virus à ARN possèdent des
propriétés de transfert de l’hérédité bien documentées n
Références
1. Kummert J, Lepoivre P. Les virus et les
viroïdes phytopathogènes. In : Lepoivre P, ed.
Phytopathologie. Bruxelles : Éditions de Boeck
Université, 2003 : 41-78.
2. Schweighoffer F, Cochet O. Un même gène
pour plusieurs protéines. Pour la Science 2005 ;
janvier-mars : 64-9.
3. Bachellerie J, Cavaille J. Les ARN
sur tous les fronts. Pour la Science 2005 ;
janvier-mars : 52-7.
4. Seitz H, Cavaille J. Des gènes
furtifs. Pour la Science 2005 ; janvier-mars :
58-63.
5. Lau N, Bartel D. La police du génome.
Pour la Science 2005 ; janvier-mars : 44-51.
6. Tran Phong E. Une autre voie pour
l’hérédité. L’Express, 4 avril 2005 : 93.
7. Lolle S, Victor J, Young J,
Pruitt R. Genome-wide non-Mendelian inheritance of
extra-genomic information in Arabidopsis. Nature
2005 ; 434 : 505-9.
|