ARTICLE
n Dossier thématique n°1 du Comité
scientifique français de la désertification (CSFD)
Le Comité scientifique français de la désertification (CSFD),
géré et hébergé par Agropolis, lance une nouvelle série de
documents intitulée « Les dossiers thématiques du CSFD « qui veut
fournir à un large public une information scientifique sur la
désertification, ses implications et ses enjeux.
Le premier numéro, qui vient de paraître, s’intitule La lutte
contre la désertification : un bien public mondial
environnemental ? Des éléments de réponse…. Les auteurs de
ce dossier sont Patrick Caron, chercheur au département «
Territoires, environnement et acteurs « du Centre de coopération
internationale en recherche agronomique pour le développement
(Cirad) et Mélanie Requier-Desjardins, chercheur au Centre
d'économie et d'éthique pour l'environnement et le développement de
l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.
Une douzaine de dossiers est prévue, à raison de trois à quatre
numéros par an. Ils seront consacrés à différents thèmes aussi
variés que la biodiversité, la pauvreté, le changement climatique,
le pastoralisme, la télédétection, etc. Ce premier dossier est
téléchargeable sur le site du CSFD.
En savoir plus :
www.agropolis.fr/cooperation/csfd.html
Contact :
Marc Bied-Charreton
CSFD
<csfd@agropolis.fr>
n Le compostage : l’avenir pour le
traitement des déchets
La France produit annuellement près de 600 millions de
tonnes de déchets dont plus de 400 sont des déchets organiques.
Pour ces derniers, le compostage est une voie de traitement en fort
développement, favorisé par le contexte réglementaire et
sociologique actuel.
Le compostage est une dégradation biologique aérobie de la
matière organique. Le produit final, le compost, est stable et
hygiénique et peut être utilisé en agriculture pour l’amendement
des sols. Autre avantage, ce procédé s’adapte au volume à traiter.
Il permet en effet de traiter des volumes très importants ou plus
faibles en mettant en œuvre une technologie plus ou moins avancée.
Qu’il s’agisse de déchets municipaux, agricoles ou issus de
l’industrie agroalimentaire, un double contexte réglementaire et
sociologique contribue à favoriser le traitement par
compostage : l’obligation de réduire de 65 % les déchets
mis en décharge, la réticence croissante du monde agricole à
l’épandage de boues d’épuration et l’obligation pour les
producteurs de déchets de réduire leur charge azotée ou de les
transformer en produits exportables hors de la « zone
d’excédents structurels ».
Quels travaux pour quels objectifs ?
Face à une demande sociale croissante de ce mode de traitement
des déchets, l’objectif des recherches menées au Cemagref est
d’optimiser les procédés de compostage tant du point de vue de
leurs performances techniques que de leurs impacts
environnementaux. Les émissions gazeuses, composés odorants ou gaz
à effet de serre comme le méthane, le dioxyde de carbone ou le
protoxyde d’azote, sont par exemple à l’origine des principaux
impacts environnementaux.
Connaître les processus qui gouvernent le devenir de l’azote lors
du compostage est donc indispensable pour réduire ces émissions.
Les recherches menées au Cemagref sur le compostage ont donc de
nombreux objectifs au rang desquels on compte la modélisation
globale des traitements par compostage, le diagnostic et le
contrôle des émissions gazeuses, la mise au point de nouveaux
procédés, l’acquisition d’outils expérimentaux de simulation de
traitement par compostage, d’outils méthodologiques de suivi de ces
traitements, d’outils permettant de qualifier la biodégradabilité
des déchets organiques et leur niveau de stabilisation.
Évaluer la « compostabilité » des déchets
La « formulation » du mélange de déchets à traiter (ou
de son prétraitement) ainsi que le procédé et les conditions du
traitement sont les principaux paramètres qui interviennent lors du
compostage. Ces paramètres mettent en jeu différents
processus : des processus biologiques, liés à la nature des
déchets, des transferts de masse et de chaleur qui dépendent du
procédé mis en œuvre et des conditions de traitement.
En étudiant les processus biologiques, on peut par exemple
caractériser la biodégradabilité initiale ou résiduelle d’un
déchet, avant ou pendant son traitement, et conduire ainsi à une
meilleure maîtrise puis à l’optimisation des procédés de
compostage. Dans cette perspective, un outil respirométrique est en
cours de développement au sein de l’équipe Sowaste du Cemagref à
Rennes. Il permet de mesurer la consommation d’oxygène associée à
la biodégradation d’un substrat organique. En modélisant cette
consommation, on peut quantifier les différentes fractions
organiques biodégradables de la matière étudiée. Cette méthode
devrait permettre d’évaluer la « compostabilité » d’un
substrat, valeur ensuite utilisée pour optimiser la formulation de
mélanges ou encore pour choisir le prétraitement à appliquer. En
utilisant cet outil à différentes étapes du processus de
compostage, il sera possible d’évaluer la biodégradabilité
résiduelle d’un matériau et ainsi de contrôler ou d’expertiser un
procédé, mais aussi de quantifier la stabilisation biologique de
composts en fin de traitement.
Info Médias Cemagref
N° 66, janvier 2005
Contact scientifique :
Amaury de Guardia
Cemagref Rennes
<amaury.de-guardia@cemagref.fr>
n La nécrose de l’hévéa enfin
élucidée
Depuis les années 1980, une nécrose de l’écorce affecte
l’hévéa, l’arbre dont est extrait le caoutchouc naturel. Cette
maladie entraîne de fortes baisses de production de latex et des
pertes économiques importantes pour les pays producteurs d’Afrique,
d’Amérique et d’Asie. Malgré les investigations de différentes
équipes scientifiques, la cause de cette maladie restait
jusqu’alors inconnue. Soutenus financièrement par des
professionnels de l’hévéaculture pendant cinq ans, des
chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD)
et leurs partenaires sont parvenus à percer le mystère. Cette
pathologie complexe n’est pas due à un agent pathogène mais résulte
de la combinaison de stress exogènes et de dysfonctionnements
physiologiques des arbres. Ces résultats, obtenus grâce à une
approche pluridisciplinaire conduite dans plusieurs pays, ont déjà
permis de proposer aux professionnels de la filière des mesures de
prévention en cours d’application dans les plantations.
L’hévéa, Hevea brasiliensis, est un arbre cultivé dans
de nombreux pays de la zone tropicale humide pour sa production de
latex dont on extrait le caoutchouc naturel utilisé principalement
par l’industrie des pneumatiques. L’Asie fournit à elle seule près
de 95 % de la production mondiale, avec au premier rang la
Thaïlande où cette activité procure un revenu régulier à 10 %
de la population. Or, une maladie, responsable de l’assèchement
irréversible du latex, peut affecter jusqu’à 30 % des arbres
des plantations africaines, asiatiques et américaines, provoquant
de fortes baisses de production et des pertes économiques
importantes. Cette pathologie nommée « nécrose de l’écorce de
l’hévéa » (NEH) a été diagnostiquée en 19831 dans une plantation industrielle (société
Michelin, République de Côte d’Ivoire) par des chercheurs de
l’Institut. Les premières investigations, menées à la demande de
l’hévéaculteur, n’avaient pas permis d’associer à la NEH un agent
pathogène (champignon, virus, bactérie ou mycoplasme).
Fin 1999, de nouvelles recherches ont été initiées par l’équipe
IRD et ses partenaires2 à la demande
et avec le soutien des professionnels de l’hévéaculture3. Cette pathologie complexe est alors
abordée suivant une approche pluridisciplinaire (phytopathologie,
agropédologie, physiologie cellulaire et moléculaire, virologie, …)
et plurilocale4, ce qui a permis
d’identifier son origine et les mécanismes impliqués dans son
déclenchement.
Depuis les années 1970, l’hévéaculture repose essentiellement sur
des arbres greffés. Dans 90 % des cas, la NEH débute
précisément au point de greffage situé dans la zone de transition
entre le tronc et les racines, le collet. Le premier stade de la
maladie n’est pas décelable puisque les premières cellules
nécrosées sont localisées dans les tissus internes de l’écorce. La
nécrose s’étend progressivement à toute la base du tronc puis vers
le haut, jusqu’à l’encoche de saignée. À ce stade, celle-ci
devient improductive et les hévéas malades sont alors repérables.
Lorsque l’écorce externe est atteinte, elle est le siège de
fissures puis de desquamation des parties mortes.
La recherche d’agents pathogènes focalisée - compte tenu des
résultats précédents - sur des virus ou viroïdes susceptibles
d'être transmis par le couteau de saignée s’est avérée
infructueuse. Après avoir écarté la possibilité d'une influence
majeure des caractères chimiques du sol, les chercheurs ont
privilégié l’hypothèse d’une cause physiologique plurifactorielle
et se sont alors intéressés à l’influence des contraintes physiques
du sol. Ils ont ainsi pu mettre en évidence une corrélation nette
entre les risques d’apparition de la maladie et la forte résistance
mécanique des sols qui entrave la circulation de l’eau et son
absorption par les racines des arbres. Cette résistance accrue, qui
peut résulter de la présence d’une faible porosité ou d’une
induration de ces sols, est ici apparue plus spécifiquement liée à
la compaction due au passage des bulldozers. La distribution non
aléatoire des arbres malades est en effet cohérente avec les zones
où ce passage a été plus intense. Les observations physiologiques
ont montré par ailleurs que les hévéas nécrosés présentent un
moindre développement des racines. Celui-ci, qu’il soit dû à une
mauvaise interaction porte-greffe/greffon ou à une prédisposition
génétique du porte-greffe, engendre une faible alimentation en eau
et en sels minéraux. Cette tendance est accentuée par les
complications qu’entraîne la greffe dans la vascularisation de
l’arbre, en particulier dans la jonction entre les différents
vaisseaux conducteurs de sève du porte-greffe et du greffon. Des
analyses écophysiologiques révèlent que les arbres atteints de NEH
sont en situation de déficit hydrique, qui s’accroît fortement en
période de sécheresse (facteur climatique) ou en cas de
surexploitation (facteur anthropique).
Le cumul de ces différents stress induit la mort de cellules au
collet. Ceci se traduit par la destructuration des compartiments
cellulaires, provoquant la libération d’une grande quantité du
cyanure naturellement contenu dans les tissus de l’hévéa. L’effet
de ce poison est à l’origine de la nécrose. L’appel d’eau vers
l’encoche, provoqué par les saignées, facilite la diffusion
ascendante du cyanure et donc la propagation de la nécrose vers le
haut du tronc. La désorganisation profonde des tissus de l’écorce
qui en résulte explique l’arrêt irréversible de la production de
latex.
L’apparition et le développement de la nécrose de l’écorce de
l’hévéa résultent ainsi de la conjonction de stress climatiques ou
anthropiques et de dysfonctionnements physiologiques de l’arbre. Si
ce schéma intégratif apporte pour la première fois une vue
d’ensemble de la genèse de cette maladie, quelques zones d’ombre
restent à explorer. En particulier, une nouvelle approche,
génétique, vise à rechercher des marqueurs précoces de la maladie
pour optimiser sa détection sur le terrain. Les résultats acquis
permettent de proposer des recommandations pratiques, déjà en cours
d’application, qui constituent un atout important dans la gestion
des plantations.
Fiche d’actualités scientifiques IRD,
N° 221, mars 2005
Contact scientifique :
Daniel Nandris
<nandris@mpl.ird.fr>
1 Nandris D, Chrestin H, Geiger JP,
Nicole M., Thouvenel JC. Occurrence of a phloem necrosis on the
trunk of rubber tree. 75th Annual Conference of Rubber Research,
Sri Lanka, September 1984, Colombo. Proceedings 1984 ;
59
2 Université d’Abobo-Adjamé (République de Côte
d’Ivoire), Instituto Valenciano de Investigaciones Agrarias
(Espagne), Institut national de la recherche scientifique (Inra,
Avignon, Bordeaux), Centre de coopération internationale en
recherche agronomique pour le développement (Cirad, Montpellier),
université Poincaré (Nancy), université de Mahidol
(Thaïlande)
3 Institut français du caoutchouc (Paris), Michelin
(Clermont-Ferrand), Société internationale des plantations d’hévéas
(Paris), Socfinco (Bruxelles), dans le cadre de la convention de
recherche avec l’IRD n° 2 454 (1999-2004).
4 Brésil, Cambodge, Cameroun, Chine, Inde, Indonésie,
Ghana, Liberia, Malaisie, Nigeria, république de Côte d’Ivoire,
Thaïlande. Cahiers Agricultures vol. 14, n° 3, mai-juin
2005
Références
1. Nandris D, Thouvenel JC, Chrestin H,
et al. Phloem necrosis of the rubber tree trunk in Côte
d'Ivoire : 2- Etiology of the disease. European
J Forest Pathol 1991 ; 21 : 340-53.
2. Pellegrin F, Nandris H, Chrestin H, Duran-Vila N.
Rubber tree (Hevea brasiliensis) Bark Necrosis
Syndrome : 1. Still No Evidence of a Biotic Causal Agent.
Plant Dis 2004 ; 88 : 1046.
3. Chrestin H, Sookmark U, Trouslot P, Pellegrin F,
Nandris D. Rubber Tree (Hevea brasiliensis) Bark Necrosis
Syndrome : 3. A Physiological Disease Linked to Impaired
Cyanide Metabolism. Plant Dis 2004 ; 88 :
1047.
4. Nandris D, Moreau R, Pellegrin F, Chrestin H, Abina J,
Angui P. Rubber Tree (Hevea brasiliensis) Bark Necrosis
Syndrome : 2. First Comprehensive Report on Causal Stresses.
Plant Dis 2004 ; 88 : 1047.
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