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Comptes rendus de Colloques


Cahiers Agricultures. Volume 14, Numéro 3, 335-7, Mai - Juin 2005, Comptes rendus de Colloques



ARTICLE

n GESTION DU PARTENARIAT DANS LES PROJETS DE CRÉATION VARIÉTALE PARTICIPATIVE
(14 au 18 mars 2005, Cotonou, Bénin)

Intérêt et limites des approches usuelles de l’amélioration des plantes

Les approches usuelles de l’amélioration des plantes ont prouvé qu’elles pouvaient répondre aux besoins d’une agriculture en voie d’intensification. Leur succès repose sur deux éléments liés au développement et à l’organisation de l’agriculture industrielle des pays du Nord :
– les dispositifs de sélection ont été implicitement conçus pour produire des variétés de plus en plus étroitement adaptées à des milieux de culture de mieux en mieux maîtrisés dans l’optique d’une productivité maximale (fertilisation et irrigation de précision, protection phytosanitaire ciblée, etc.) ;
– les systèmes semenciers, souvent privés ou coopératifs, ont permis de mettre ces variétés améliorées à la disposition de la grande majorité des agriculteurs.
Appliquées à la plupart des contextes agricoles du Sud, ces approches rencontrent des succès limités : l’idéotype à adaptation étroite ne convient plus à des systèmes de culture qui sont à la fois divers et vulnérables à toutes sortes d’aléas climatiques, organisationnels, voire individuels, et les systèmes formels de diffusion de la semence sont généralement en échec.
L’amélioration des plantes doit donc être repensée en tenant compte des contraintes qui sont propres à ces contextes.

Repenser les outils de l’amélioration des plantes dans le contexte du partenariat

Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) conduisent des recherches qui leur permettent de contribuer à cette réflexion. Leurs travaux visent à développer une approche originale de la sélection participative. Ils s’efforcent de réorganiser les connaissances et les outils de l’amélioration des plantes dans une démarche de partenariat entre chercheurs et utilisateurs de manière à faciliter l’identification des besoins et l’appropriation des résultats de la création variétale par les bénéficiaires.
C’est dans cet esprit que le Cirad a organisé cet atelier à Cotonou (Bénin) du 14 au 18 mars 2005, avec l’appui de L'Institut national de recherche agricole du Bénin (Inrab) et de la Coopération française, L’objectif était de permettre aux chercheurs et aux agriculteurs impliqués dans des projets de sélection participative, de définir des conditions de partenariat favorables à une meilleure compréhension mutuelle et au partage d’une problématique de recherche finalisée.

Des chercheurs et des utilisateurs face aux mêmes enjeux

Quarante-cinq personnes dont un grand nombre sont impliquées dans quatre projets d’amélioration génétique participative du coton et du sorgho au Bénin (Parcob, projet d’appui à la recherche cotonnière au Bénin), au Burkina Faso, et au Mali (Agrobiodiversité du sorgho et Diffusion de diversité du sorgho) ont participé à ces rencontres :
– 18 paysans, responsables d’organisations paysannes, et techniciens/conseillers de plusieurs organisations non gouvernementales (ONG), de la Fédération des unions de producteurs du Bénin (Fupro, Bénin), de l’Union des groupements pour la commercialisation des produits agricoles (UGCPA, Burkina Faso), de l’Union Teega Wende (UTW, Burkina Faso) et de l’Association des organisations paysannes professionnelles (AOPP, Mali) ;
– environ 25 chercheurs du Cirad et de l’Inra (France), du Centro Internacional de Agricultura Tropical (Ciat) et de l’International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics (Icrisat) (Cgiar), du Centre africain de recherche sur bananes et plantains (Carbap, Cameroun), de l’université Amadou Bello (Nigeria), de la faculté des sciences agronomiques et de l’Inrab (Bénin), de l’Institut d’Économie rurale (Ier, Mali) et de l’Institut de l'environnement et de recherches agricoles (Inera, Burkina Faso).
L’intérêt de tous les participants, chercheurs comme utilisateurs, a montré la pertinence de telles rencontres.
Les participants ont pu analyser leurs relations au sein de leurs projets et négocier une nouvelle répartition des rôles, plus conforme à l’intérêt collectif. Dans l’immédiat, les équipes de l’Ier, du Cirad et de l’Icrisat (Mali) ont ainsi décidé de mieux coordonner leurs dispositifs ; celle du Bénin a défini les grands principes qui doivent guider la suite de leur projet et elle a approfondi les rôles correspondant aux attentes de chaque partenaire dans chacune des cinq étapes de tout programme de sélection variétale.
La rencontre entre les deux publics de l’atelier a été préparée par deux sessions parallèles. D’un côté, le groupe « agriculteurs » a pu faire l’analyse de ses attentes, de ses motivations et fournir la liste de ses questions aux chercheurs. De l’autre, les chercheurs ont commencé à définir des règles concernant le choix des structures variétales et à proposer des dispositifs permettant d’articuler gestion in situ et gestion ex situ des ressources génétiques. Ils ont également élaboré une liste de thèmes sur lesquels ils entendent conduire des recherches sur leurs terrains.
Enfin (et surtout), le travail réalisé au cours de cette semaine a permis de fonder un collectif scientifique composé de chercheurs mais également de bénéficiaires, agriculteurs prêts à s’investir dans une problématique qui nous paraît aujourd’hui en mesure de gagner le pari de la crédibilité scientifique et institutionnelle. n

Jacques Lançon
<Jacques.lancon@cirad.fr>
Henri Hocdé
<henri.hocde@cirad.fr>
Pour plus d’informations sur ce thème :
http ://selection-participative.cirad.fr/

n « SOJA DURABLE » : 250 PERSONNES POUR UN DIALOGUE...
(17 au 18 mars 2005, Foz de Iguaçu, Brésil)

Du soja durable ?

Du 17 au 18 mars 2005, 250 personnes se sont rencontrées à Foz de Iguaçu, à la frontière entre l’Argentine, le Paraguay et le Brésil pour analyser les possibilités d’une production « durable » de soja. Rapidement, le titre même du séminaire a été remis en cause, et la durabilité s’est transformée en « responsabilité ». Une production « responsable » de soja, donc.

Pourquoi ce dialogue ?

Au-delà des mots, quels étaient les objectifs de cette réunion ? Alors que le Brésil vient de devenir le premier exportateur mondial de soja, suivi de près par l’Argentine et même le Paraguay, aux dimensions bien plus réduites, de nombreuses voix s’élèvent depuis, pour dénoncer les impacts socioenvironnementaux négatifs de cette spéculation notamment dans les régions de frontières agricoles. Même si le débat n’est pas encore tranché sur la responsabilité directe du soja dans la « conversion forestière », son effet dynamisant sur l’avancée de l’» arc de déforestation » qui associe aussi exploitants forestiers et éleveurs n’est plus à démontrer. L’objectif était donc de chercher ensemble des alternatives pour modifier ce processus, afin d’en limiter les impacts négatifs.

Des résultats timides

À la fois aboutissement d’une prise de conscience progressive des problèmes liés à l’expansion du soja et première étape d’un processus formel de concertation, ce premier congrès devrait se répéter à l’avenir. C’est en tout cas l’une des quelques conclusions de ces deux journées de discussions et de conférences.
L’indigence des conclusions qui sont consignées au sein d’un texte d’accord non moins sibyllin, est à mesurer à l’aune des crispations qui caractérisent les positions des trois grands types d’acteurs en présence : le secteur privé, la société civile et les pouvoirs publics.
Pourtant, il faut saluer l’effort et la bonne volonté, consentis par le comité organisateur, qui voulait donner le ton de la réconciliation, en associant dès la première heure Unilever, le groupe André MAGGI (premier producteur privé mondial de soja), les organisations non gouvernementales (ONG) Cordaid (Hollande) et COOP (Suisse), la Fédération des travailleurs de l’agriculture familiale du sud du Brésil et le World Wildlife Fund (WWF).

Soja ou modèle de développement ?

Ce dialogue représente un enjeu majeur, voire un défi. Le même processus démarré quelque temps auparavant, pour le palmier à huile, donne la mesure de la tâche à accomplir.
D’abord, parce qu’il faut bien préciser de quoi l’on parle. La production de soja, c’est à la fois réducteur et trop large. Trop large, parce que la situation de production de commodity dans les régions de frontières agricoles, n’a que peu de points communs avec le soja inscrit dans des systèmes de production familiaux au sein de terroirs relativement stabilisés et où il participe à l’alimentation humaine. Trop réducteur, car en fait, le soja n’est pas le seul coupable de la conversion forestière. En tête, c’est bien l’exploitant forestier et l’éleveur qui sont les premiers acteurs, même si le soja fait s’accélérer la marche de ce cortège destructeur en en talonnant l’arrière-garde.
Ensuite, en plus de la nécessité de mieux définir l’objet « soja », il faut aussi savoir dans quel registre doit s’établir ce dialogue. Même si le vocabulaire est encore loin d’être partagé par tout le monde, le problème se pose plus en termes de répertoire. Les acteurs de la filière ont comme objectif de maximiser leurs profits et sont pour cela attentifs au comportement du marché et des prix. Les autres, et notamment la société civile, s’expriment en termes de projet de vie et de modèle de développement... Les évolutions prometteuses de certains producteurs vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement sont moins le résultat d’une remise en cause du modèle de développement économique, qu’une précaution visant à maintenir les revenus à leurs meilleurs niveaux. L’adoption ou non de semences génétiquement modifiées se fera aussi dans le même registre du rendement économique. C’est encore au nom de ce même principe de rentabilité que certains producteurs seraient éventuellement prêts à rendre leur système de production plus respectueux de l’environnement à condition d’en être indemnisés. On est bien loin de l’idée du principe « pollueur-payeur » que certains activistes voudraient appliquer aux « mauvais producteurs » qui accaparent le bien public et font peser le poids des externalités négatives, tout entier sur la société.

Quelles conditions pour un dialogue ?

En effet, au terme de ce premier exercice, il est nécessaire de se poser quelques questions sur les conditions d’un véritable dialogue. Le dialogue signifie que toutes les parties conversent entre elles. Pour cela, il est nécessaire que tous en ressentent la nécessité. Or pourquoi le secteur privé serait-il intéressé par ce dialogue ? Est-il demandeur au même titre que la société civile ? N’est-ce pas l’activité productive des premiers qui affecte les conditions de vie des seconds ? Dans ce cas, nous nous trouverions donc dans une situation asymétrique où certains agissent et les autres réagissent et sont demandeurs de dialogue. Pourquoi alors le secteur privé, même s’il ne s’agit que d’une minorité, a-t-il accepté de s’asseoir à la même table que les « affectés » ? Est-ce pour dialoguer ? Pourquoi ? Se sentent-ils éventuellement menacés à terme par une évolution du marché qui irait dans le sens des revendications de la société civile et qui pourrait se traduire par des contraintes sous forme de labellisations ou autres certifications socioenvironnementales ou « forest free 1» ? Le groupe A. MAGGI évoque effectivement cette préoccupation et l’envie de devancer les évolutions possibles des exigences des consommateurs. N’est-ce pas l’objectif du dynamique programme environnemental de ce même groupe, dont le responsable est à l’origine de la présence massive du groupe à cette conférence ? La participation du secteur privé vise peut-être aussi à minimiser la gravité de la situation, voire dédramatiser et à tenter de désamorcer une grogne qui risquerait de prendre de l’ampleur et pourrait effectivement se traduire en restrictions commerciales ?
Car pour un dialogue véritable, il faut accepter à la fois, le point de vue de l’autre ou des autres parties et de se remettre en cause. Or, au cours de ces deux journées tous les arguments largement éculés par le long processus d’approche qui a précédé cette réunion ont été abondamment resservis et utilisés, plus pour conforter les positions de chacune des parties, que pour lancer le débat.

1. Production de soja qui ne se ferait pas sur d’anciennes terres forestières.

Et maintenant ?

Malgré la promesse des organisateurs d’alimenter en temps réel le site du séminaire et de rendre disponible tous les documents présentés, le site reste désespérément vide, comme si la situation était bloquée ou comme si les débats n’avaient laissé aucune pierre sur l’autre, un peu comme « un jour après ». Mettons cela sur le compte de l’importance de la charge de travail qui attendait les organisateurs au lendemain de la séance de clôture alors que la plupart d’entre nous allions admirer l’eau qui continuait à couler et à chuter majestueusement, et pour longtemps encore, aux cataractes d’Iguaçu. Un fait cependant attira notre attention, les eaux boueuses d’un rouge vif que j’avais connues lors d’une visite antérieure étaient substituées par des eaux cristallines, alors que nous sommes en saison des pluies. Est-ce à mettre en relation avec la campagne de rare efficacité, orchestrée par le WWF et qui avait battu son plein au Paraguay visant à interdire l’ouverture de nouvelles parcelles de soja aux dépens des derniers vestiges de la forêt atlantique ?
Comme indiqué précédemment, un des accords porte sur la poursuite de ce processus. Mais il a été jugé que de nombreux acteurs importants étaient absents, notamment des pays producteurs comme les États-Unis ou consommateurs comme la Chine. Mais si les acteurs de la filière n’obéissent effectivement qu’au marché, comment, par un dialogue direct et horizontal entre acteurs locaux, peut-on imaginer un changement d’attitude de la filière ? Ne serait-il pas plus judicieux d’établir prioritairement un dialogue avec les acheteurs et les consommateurs finaux en espérant que les résultats de ces échanges se traduisent par des signaux de marché qui pourraient alors provoquer en retour des transformations dans les comportements des producteurs ?
Enfin, le temps presse. Les atermoiements, les hésitations, les débats sans fin, ont tous le même effet, celui d’accroître les délais et de repousser les décisions qui permettraient d’appliquer des mesures efficaces en faveur d’un meilleur contrôle de la situation, alors que chaque année une surface de forêt équivalente à près de dix fois le Luxembourg disparaît rien qu’en Amazonie brésilienne. Sinon il faudrait rapidement analyser les conditions pour la déclaration d’un moratoire sur la mise en culture de nouvelles parcelles de soja dans les régions de frontière agricole ou tester l’opérationnalité du principe de précaution appliqué à cette situation. Pourquoi pas, puisque d’aucuns sont prêts à tester l’approche du commerce équitable à une commodity2 ! Il ne suffit cependant pas d’aller vite, mais il faut aussi et surtout être en phase avec les grandes échéances internationales, notamment en matière de commerce international, de préservation des forêts et de conservation de la biodiversité afin que les résultats du dialogue puissent alimenter les politiques publiques et privées et les processus de décision qui affectent notre environnement global.
En conclusion, force est de constater qu’aucun consensus n’a véritablement été trouvé. À tel point que la déclaration conjointe commence par une évidence que la culture du soja présente des aspects positifs et négatifs... ! Mais est-ce bien grave ? Il est probable que nous n’arriverons jamais à un consensus. L’important est d’arriver à des accords et des contrats entre les parties ou chacun aura ses obligations et ses droits spécifiés. La pauvreté du document de synthèse a provoqué un tollé général et il a été décidé de conserver et de rendre disponible sur le site, les conclusions des six ateliers qui ont travaillé sur les dimensions sociale, économique et environnementale de la culture du soja et identifié les premières mesures qui devraient être prises afin d’améliorer la gouvernance globale de cette problématique. C’est aussi l’objectif du projet financé par la ligne forêt tropicale de la Communauté européenne auquel participe le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) conjointement avec l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), le WWF, le Centre de développement durable de l’université de Brasília (CDS-UnB), et deux ONG locales, l’Instituto de Pesquisa para Amazonia (IPAM) et l’Instituto Centro de Vida (ICV), et qui consiste à renforcer le dialogue entre les acteurs concernés par l’expansion du front du soja en Amazonie, en consolidant les espaces de dialogue, en améliorant quantitativement et qualitativement l’information et en formant les acteurs au dialogue. Tout un programme, dont les deux journées de Foz de Iguaçu nous ont permis d’évaluer l’ampleur de la tâche.

Brasilia, 23 mars 2005 
Richard Pasquis
Centre de coopération internationale 
en recherche agronomique 
pour le développement (Cirad) 
Département Tera-UPR siter.

2. Produit agricole voué à être commercialisé, souvent sur le marché international et, dans le cas du soja, principalement en grain et sans processus préalable de transformation, à opposer à la production agricole familiale.


 

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