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CIRCULATION PLANÉTAIRE DES MAÏS


Publiée dans la revue : Cahiers Agricultures. Mai - Juin 2005. Volume 14Numéro 3,

Auteur(s) : JS

Auteur(s) : JS

▪On connaît la mobilité spatiale des gènes de colza, mais le maïs ne semblait pas concerné en la matière, sauf dans quelques cas bien documentés datant de 2001 et 2002, où des maïs destinés exclusivement à l’alimentation animale ou à la recherche pharmaceutique, s’étaient retrouvés dans des filières destinées à l’alimentation humaine. En 2005, certaines situations indiquent que les génotypes de maïs semblent bénéficier de libres parcours planétaires. En janvier 2002 déjà, les autorités mexicaines avaient signalé la contamination de variétés paysannes locales par des gènes spécifiques d’OGM dans des zones reculées de la Sierra Madre. Aujourd’hui, de nouvelles études confirment ce phénomène. Un comité d’experts indépendants, chargé d’étudier la situation, a conclu que les risques pour la santé, l’environnement et la biodiversité étaient jusqu’à présent très limités. En revanche, les effets socio‐économiques et culturels étaient à considérer sérieusement. Pour cela, il était recommandé de réduire les importations de maïs américain vers le Mexique (5 millions de tonnes annuellement), d’étiqueter clairement les maïs transgéniques et de moudre les grains de maïs OGM dès leur entrée sur le territoire mexicain, pour empêcher qu’ils ne servent de semences [1, 2]. Le Gouvernement mexicain considéra que l’application de certaines de ces mesures serait trop dispendieuse et en février 2005, le Congrès du Mexique se limitait à passer une loi requérant un système d’étiquetage. Les États‐Unis, très opposés aux conclusions du comité d’experts, firent savoir que les mesures proposées allaient à l’encontre des accords de libre‐échange dans le cadre de l'Accord de libre‐échange nord‐américain (ALENA). En attendant, les importations de maïs américain au Mexique ne diminuent pas. Un autre cas concerne l’Europe. En avril 2005, on a appris qu’un maïs OGM non autorisé avait été cultivé aux États‐Unis et exporté vers le Vieux Continent pendant plusieurs années. Cette situation a été considérée comme « inacceptable » par le porte‐parole de la Commission européenne [3]. C’est la revue Nature qui a révélé le pot‐aux‐roses sur son sité Internet le 22 mars 2005. La société Syngenta, dont le siège est à Bâle, avait reçu l’autorisation de commercialiser le maïs OGM Bt 11. Mais il y aurait eu confusion dans les laboratoires avec une variété Bt 10 non autorisée et contenant un gène de résistance à un antibiotique. Selon la firme, 15 000 hectares auraient été ensemencés avec le maïs Bt illégal ; ils auraient fourni 150 000 tonnes de graines. Selon les autorités américaines, le Bt 10 ne présenterait aucun danger pour la santé ou l’environnement. Syngenta a néanmoins été condamnée à détruire ses stocks et à payer une amende de 290 000 euros. L’affaire a eu des suites en Europe. Le 1er avril 2005 (ce n’était pas un poisson), la Commission européenne estimait que 1 000 tonnes de Bt 10 auraient pu avoir été importées en Europe et de petites quantités semées en Espagne et en France aux fins de recherche, le solde servant à l’alimentation animale. Cette situation met en question la validité du système de contrôle des OGM et la Commission se tâte en la matière. Elle envisage notamment de soumettre les importations de gluten de maïs américains à des certifications préalables coûteuses pour les 3,5 millions de tonnes qui entrent annuellement sur le territoire de l’Union. C’est aux exportateurs qu’incomberait la charge de la preuve, d’après le porte‐parole de la Commission… Wait and see… ▪

Références



1 . Berger R. Et la tortilla sera transgénique... Courrier International 2005 ; (755) : 50‐1.

2 . Malkin E. In Mexico, a Biotech Corn Battle. New York Times‐Le Monde 2005, 2 avril : 3.

3 . Kempf H. Un maïs américain a été exporté illégalement. Le Monde 2005, 15 avril : 8.


 

 

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