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MENACES SUR LA BIODIVERSITÉ


Publiée dans la revue : Cahiers Agricultures. Mai - Juin 2005. Volume 14Numéro 3,

Auteur(s) : René Lésel

Auteur(s) : René Lésel

▪L’année 2005 marque non plus seulement la prise de conscience des collectivités nationales et internationales, mais la nécessité d’intervenir de façon ferme sur sa protection, son maintien, et dans une certaine mesure sa reconstitution. Cette conscience avancée débutée publiquement à Rio en 1992, développée à Johannesburg en 2002, est arrivée aujourd'hui au niveau de la prise de décision. Une étude du Journal du CNRS analyse quelques‐uns des paramètres de cette biodiversité. Au‐delà de l’inventaire des espèces, il est nécessaire d’avoir une approche globale du vivant en intégrant les niveaux que sont les gènes, les espèces et les écosystèmes. Cette connaissance est désormais indispensable pour l’homme qui y puise les matières premières nécessaires à sa vie, les ressources alimentaires indépendamment de multiples fonctions qu’assume l’écosystème : maintien de la qualité de l’atmosphère, contrôle de la qualité des eaux, formation et maintien de la fertilité des sols. Au‐delà de ces éléments, la biodiversité a sa part dans nos réactivités patrimoniales, affectives ou esthétiques. Au rythme de 25 000 à 50 000 espèces qui disparaissent chaque année, on peut considérer que c’est l’homme lui‐même qui est en danger. Diverses causes sont à l’origine de cette disparition. La première d’entre elles est sans conteste le détournement des milieux naturels au profit des surfaces cultivées destinées à l’alimentation de l’homme. Les forêts tropicales en particulier paient un lourd tribu à l’apparition de zones agricoles. De même, en milieu marin, l’installation massive de populations humaines en zone littorale aboutit à une dénaturation complète de ces milieux. La surpêche génère de la même façon des déséquilibres graves. L’homme qui vit et se déplace avec quelques espèces inféodées les introduit dans des milieux souvent fragiles. Cette introduction est particulièrement néfaste et génère la disparition de nombreuses espèces indigènes, mais aussi celle de toute la chaîne vivante à laquelle elle appartenait. Les exemples sont multiples tant chez les mammifères, les insectes, les végétaux… Pour étudier ces phénomènes, diverses voies sont possibles : – 

— étude expérimentale en parcelle réunissant la même communauté végétale mais sur laquelle les insectes pollinisateurs ont des pièces buccales de différents types ;

– 

— analyse des redondances des microorganismes face à une perturbation anthropique ;

– 

— utilisation des capacités d’animaux marins pour étudier les caractéristiques physico‐chimiques de l’océan austral ;

– 

— modélisation sur ordinateur permettant de faire varier les conditions climatiques et de déterminer leur influence sur les comportements des organismes vivants ;

– 

— expérimentation sur le terrain où les paramètres identifiés comme majeurs sont modulés pour en analyser l’influence sur les organismes vivants (écotron).

Ces démarches ont débuté dans le cadre de Man and Biosphere, un programme ancien lancé par l’Unesco en 1961, qui a pour but d’apporter des réponses aux problèmes de développement durable des populations et de gestion des ressources naturelles. Il s’agit de promouvoir une relation équilibrée entre les êtres humains. Il existe désormais quelques exemples montrant qu’il est possible de restaurer la biodiversité sur des sites profondément dégradés. Le cas de l’île d’Amsterdam dans l’océan Indien est particulièrement révélateur. Dévasté en un siècle par le développement anarchique d’une population de bovins retournés à l’état sauvage, cette île n’était plus qu’un rocher presque désert sur lequel errait une troupe de 2 000 individus étiques. La mise en enclos d’un nombre restreint de bovins et l’abattage systématique de la très grande majorité de la troupe a eu un effet spectaculaire avec réapparition d’une biodiversité végétale porteuse d’espoirs pour le site d’Amsterdam, mais aussi encouragement pour toutes les possibilités susceptibles de se présenter dans le monde. L’interrelation profonde de l’homme avec le milieu dans lequel il vit exige une approche interdisciplinaire. La biodiversité, et c’est un des éléments majeurs de la conférence internationale « Biodiversité : science et gouvernance », est une considération scientifique certes, mais aussi l’affaire du public et une prise de responsabilités des pouvoirs publics. ▪ Coquart J. Menaces sur la biodiversité. Les réponses de la science. Le journal du CNRS 2005 ; (180) :18‐23.

 

 

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