Auteur(s) : René Lésel
▪L’année 2005 marque non plus seulement la prise de conscience des
collectivités nationales et internationales, mais la nécessité
d’intervenir de façon ferme sur sa protection, son maintien, et
dans une certaine mesure sa reconstitution. Cette conscience
avancée débutée publiquement à Rio en 1992, développée à
Johannesburg en 2002, est arrivée aujourd'hui au niveau de la prise
de décision. Une étude du Journal du CNRS analyse
quelques‐uns des paramètres de cette biodiversité. Au‐delà de
l’inventaire des espèces, il est nécessaire d’avoir une approche
globale du vivant en intégrant les niveaux que sont les gènes, les
espèces et les écosystèmes. Cette connaissance est désormais
indispensable pour l’homme qui y puise les matières premières
nécessaires à sa vie, les ressources alimentaires indépendamment de
multiples fonctions qu’assume l’écosystème : maintien de la qualité
de l’atmosphère, contrôle de la qualité des eaux, formation et
maintien de la fertilité des sols. Au‐delà de ces éléments, la
biodiversité a sa part dans nos réactivités patrimoniales,
affectives ou esthétiques. Au rythme de 25 000 à 50 000 espèces qui
disparaissent chaque année, on peut considérer que c’est l’homme
lui‐même qui est en danger. Diverses causes sont à l’origine de
cette disparition. La première d’entre elles est sans conteste le
détournement des milieux naturels au profit des surfaces cultivées
destinées à l’alimentation de l’homme. Les forêts tropicales en
particulier paient un lourd tribu à l’apparition de zones
agricoles. De même, en milieu marin, l’installation massive de
populations humaines en zone littorale aboutit à une dénaturation
complète de ces milieux. La surpêche génère de la même façon des
déséquilibres graves. L’homme qui vit et se déplace avec quelques
espèces inféodées les introduit dans des milieux souvent fragiles.
Cette introduction est particulièrement néfaste et génère la
disparition de nombreuses espèces indigènes, mais aussi celle de
toute la chaîne vivante à laquelle elle appartenait. Les exemples
sont multiples tant chez les mammifères, les insectes, les
végétaux… Pour étudier ces phénomènes, diverses voies sont
possibles : –
— étude expérimentale en parcelle réunissant la même communauté
végétale mais sur laquelle les insectes pollinisateurs ont des
pièces buccales de différents types ;
–
— analyse des redondances des microorganismes face à une
perturbation anthropique ;
–
— utilisation des capacités d’animaux marins pour étudier les
caractéristiques physico‐chimiques de l’océan austral ;
–
— modélisation sur ordinateur permettant de faire varier les
conditions climatiques et de déterminer leur influence sur les
comportements des organismes vivants ;
–
— expérimentation sur le terrain où les paramètres identifiés
comme majeurs sont modulés pour en analyser l’influence sur les
organismes vivants (écotron).
Ces démarches ont débuté dans le cadre de Man and Biosphere,
un programme ancien lancé par l’Unesco en 1961, qui a pour but
d’apporter des réponses aux problèmes de développement durable des
populations et de gestion des ressources naturelles. Il s’agit de
promouvoir une relation équilibrée entre les êtres humains. Il
existe désormais quelques exemples montrant qu’il est possible de
restaurer la biodiversité sur des sites profondément dégradés. Le
cas de l’île d’Amsterdam dans l’océan Indien est particulièrement
révélateur. Dévasté en un siècle par le développement anarchique
d’une population de bovins retournés à l’état sauvage, cette île
n’était plus qu’un rocher presque désert sur lequel errait une
troupe de 2 000 individus étiques. La mise en enclos d’un nombre
restreint de bovins et l’abattage systématique de la très grande
majorité de la troupe a eu un effet spectaculaire avec réapparition
d’une biodiversité végétale porteuse d’espoirs pour le site
d’Amsterdam, mais aussi encouragement pour toutes les possibilités
susceptibles de se présenter dans le monde. L’interrelation
profonde de l’homme avec le milieu dans lequel il vit exige une
approche interdisciplinaire. La biodiversité, et c’est un des
éléments majeurs de la conférence internationale « Biodiversité :
science et gouvernance », est une considération scientifique
certes, mais aussi l’affaire du public et une prise de
responsabilités des pouvoirs publics. ▪ Coquart J. Menaces sur la
biodiversité. Les réponses de la science. Le journal du CNRS
2005 ; (180) :18‐23.
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