ARTICLE
Auteur(s) : Jean T. Claude Codjia1, Achille
Ephrem Assogbadjo2
1 Faculté des sciences agronomiques, Université
d’Abomey-Calavi, 01 BP 526 Cotonou Bénin
<jtccodjia@yahoo.fr>
2 Aménagement et gestion des ressources naturelles,
Faculté des sciences agronomiques, Université d’Abomey-Calavi,
05 BP 1752 Cotonou Bénin
<assogbadjo@yahoo.fr>
Lhomme préhistorique n’avait d’autre source de protéines que les
animaux sauvages. L’avènement de l’élevage et de l’agriculture
sédentaire l’a en partie affranchi de cette dépendance. Cependant,
dans un certain nombre de sociétés modernes non végétariennes, la
faune sauvage en général, et celle des mammifères en particulier,
contribue encore de façon marquée aux disponibilités en protéines
animales [1]. Plusieurs auteurs ont abordé la contribution directe
de la faune à l’alimentation, voire à la sécurité alimentaire, des
populations rurales en Afrique [2-7]. Au Bénin, quelques travaux
seulement s’y sont consacrés [8-12]. De plus, les études réalisées
portent sur un petit nombre d’espèces, notamment les rongeurs.
Pourtant, la viande de brousse semble y représenter un élément
vital du régime alimentaire, et ce pour un ensemble complexe de
raisons : manque d’autres sources de viande, contraintes
financières, préférences et valeurs culturelles. La présente étude,
réalisée de juin à octobre 1999 dans la forêt classée de la Lama,
porte sur deux villages. Elle avait pour objectif de mettre en
évidence la contribution de la faune sauvage mammalienne à
l’alimentation des populations riveraines.
Milieu d’étude
La forêt classée de la Lama située au sud du Bénin s’étend entre
6° 55’ et 7° 00’ de latitude N et entre 2° 04’ et
2° 12’ de longitude E (figure 1). Elle a une
superficie de 16 250 hectares dont 2 hectares de
forêt dense en 1999. Elle est entourée d’une vingtaine de villages
avec une population estimée en 1998 à 41 500 habitants. Les
populations vivant dans cette forêt sont d’ethnies holli, fon et
aïzo.
La forêt se trouve dans une cuvette d’une altitude moyenne de
60 m. Les sols de la forêt sont des vertisols de texture
argilo-sableuse. Le réseau hydrographique est exclusivement composé
de mares et de marigots saisonniers.
Le climat est de type guinéen, de transition entre le climat
guinéen bimodal et le climat soudanien humide unimodal. La
pluviométrie annuelle est de 1 112 mm en moyenne. La
température moyenne annuelle varie entre 25 °C et 29 °C.
L’humidité atmosphérique reste fort élevée, même en saison sèche
(brouillard nocturne).
L’évaluation écologique de la forêt naturelle de la Lama réalisée
en 1998 signale 173 espèces végétales réparties sur 67
familles. Les espèces appartiennent en grande partie à la flore
soudano-guinéenne et guinéo-congolaise, ce qui classe le noyau
central parmi les forêts denses humides semi-décidues des zones
moins pluvieuses.
Malgré des activités intensives de braconnage, le noyau central de
la forêt classée de la Lama abrite une faune cyné-gétique
relativement variée – mammifères, oiseaux, reptiles,
amphibiens, poissons, mollusques et insectes – et
partiellement dense, grâce à la protection dont elle jouit ces
dernières années.
Méthode
L’étude a été conduite en deux phases : une enquête de
consommation alimentaire dans les villages, et des relevés de
terrain en milieu naturel.
Échantillonnage
L’étude a été réalisée au niveau de deux villages : un
village d’ethnie holli (Agadjaligbo) et un village d’ethnie fon
(Don-Zoukoutoudja). Ces deux villages ont été choisis en tenant
compte de la diversité ethnique dans le milieu, de la proximité par
rapport à la forêt classée et des relations des populations rurales
vis-à-vis de l’exploitation des ressources forestières. Dans chaque
village, 13 ménages ont été choisis de façon aléatoire simple,
ce qui fait au total 26 ménages pour les deux villages. De
plus, des enquêtes parallèles ont été réalisées avec les personnes
ressources du milieu (chefs de villages, guérisseurs traditionnels,
agents de l’Office national du bois). Au total, 126 personnes
dont 53 en milieu holli et 73 en milieu fon ont été
interrogées.
Enquête de consommation alimentaire
Au niveau des ménages échantillonnés, une enquête de
consommation alimentaire qualitative a été réalisée à l’aide d’un
questionnaire structuré. Des entretiens de groupes et individuels,
menés en combinant la méthode rétrospective (rappel de mémoire) et
les observations directes, ont permis de mettre en exergue les
espèces consommées, les espèces de mammifères les plus appréciées
par les ménages, et les fréquences de consommation des différentes
espèces de mammifères consommées par les ménages. Ces enquêtes ont
permis de calculer, pour chaque espèce de mammifère, sa fréquence
de consommation exprimée en nombre moyen de fois par semaine et par
personne, et ce en considérant l’ensemble des personnes
interrogées. Les fréquences de consommation de viande domestique et
de poisson ont été également établies. Par ailleurs, le taux de
préférence de chaque mammifère consommé par les ménages a été
calculé en faisant le rapport du nombre de fois oùl’espèce est
citée en première position (si l’on considère la préférence de la
personne interrogée) par rapport au nombre total de personnes
interrogées.
Évaluation de la faune mammalienne en milieu naturel
Il ne s’agit pas ici d’une estimation de l’abondance de la faune
mammalienne, mais simplement d’une évaluation qualitative pour
mettre en exergue la diversité spécifique des mammifères au niveau
de la forêt et confirmer en même temps la présence effective des
espèces de mammifères indiquées par les populations durant les
enquêtes de consommation alimentaire. L’évaluation des ressources
animales en milieu naturel a été effectuée uniquement pour le noyau
central en suivant la méthode du Line Transect. Au total
sept transects d’une distance totale de 48 km et séparés les
uns des autres d’un kilomètre, ont été explorés à travers toute la
forêt (figure
1). Des méthodes directes et indirectes ont été combinées.
Ainsi, lors de la marche sur un layon donné, les animaux sont
directement observés en cas de rencontre. Les empreintes, chants,
excréments, traces et trophées ont également permis de signaler la
présence effective de certains animaux. Par ailleurs, seuls les
inventaires de jour ont été effectués, les animaux de mœurs
nocturnes n’ont donc pu être directement observés. Signalons aussi
que chaque layon a été exploré une seule fois, la vitesse moyenne
de marche étant de 0,22 m/s. Au fur et à mesure de la marche
sur un layon donné, les habitats préférentiels des différents types
d’animaux ont été mentionnés. Cela a été rendu possible grâce aux
membres de l’équipe composée, en plus de nous-mêmes, d’un gardien
du noyau central et d’un ancien chasseur dont l’expérience était
reconnue de tous. Enfin, l’ensemble des résultats obtenus a été
complété par la documentation existante sur l’inventaire des
ressources animales de la forêt classée de la Lama et de son noyau
central.
Résultats
Diversité des mammifères consommés par les populations
locales
Dans les deux localités étudiées, une liste de 29 espèces
de mammifères consommées par les populations locales a été établie
(tableau 1). Ces espèces sont réparties
en 9 ordres, parmi lesquels on peut notamment citer les
rongeurs (12 espèces), les artiodactyles (7 espèces), les
primates (4 espèces). Ces ordres regroupent 14 familles,
dont les plus importantes sont celles des bovidés (6 espèces)
et des cercopithédicidés (4 espèces), les autres familles ne
comportant au plus que 2 espèces chacune.
Tableau 1. Espèces de mammifères
consommées par les populations locales.
Table 1. Mammalian species consumed by local
populations.
| Noms locaux |
Noms scientifiques |
Noms français |
Ordre |
Famille |
Habitat |
|
Holli |
Fon
|
|
Ehoro |
Azoui |
Lepus crawshayi |
Lièvre à oreille de lapin |
Lagomorphes |
Leporidés |
F/C/P |
|
Ewou |
Hô |
Thryonomys swinderianus |
Aulacode |
Rongeurs |
Thryonomidés |
F/C/P |
|
Eyirè |
Adjija |
Hystrix sp. |
Porc épic |
Rongeurs |
Hystricidés |
F/C/P |
|
Agoungoun |
Don
kékou |
Heliosciurus gambianus |
Héliosciure de Gambie |
Rongeurs |
Sciuridés |
F/C/P |
|
Ikoun |
Wassagbé |
Xerus erythropus |
Écureuil fouisseur |
Rongeurs |
Sciuridés |
F/C/P |
|
Awassa |
Atchou |
Cricetomys gambianus |
Cricétome |
Rongeurs |
Muridés |
F/C/P |
|
Awassa |
Atchou |
Cricetomys emini |
Cricétome |
Rongeurs |
Muridés |
F/C/P |
|
Lili |
Adjijakouzin |
Atelerix albiventris |
Hérisson à ventre blanc |
Insectivores |
Erinacéidés |
F/C/P |
|
Iwô |
Lihoui |
Manis gigantea |
Pangolin |
Pholidotes |
Manidés |
F/P |
|
Ami |
Démotchi |
Galago senegalensis |
Galago du Sénégal |
Primates |
Lorisidés |
F/P |
|
Ôgbè |
Zinvè |
Cercopithecus erythrogaster |
Singe à ventre rouge |
Primates |
Cercopithédicidés |
F/P |
|
Ôgbè |
|
Cercopithecus mona |
Mone |
Primates |
Cercopithédicidés |
F/P |
|
Ochiké |
|
Cercopithecus aethiops |
Tantale |
Primates |
Cercopithédicidés |
F/P |
|
Ewoudjô |
Djè |
Aonys capensis |
Loutre à joue blanche |
Carnivores |
Mustélidés |
F/P/C |
|
Kèkè |
Wô |
Atilax paludinosus |
Mangouste de marais |
Fissipédia |
Herpestidés |
F/P |
|
Awawa |
Zounvoun |
Dendroihyrax dorsalis |
Daman d’arbre |
Hyracoidées |
Procaviidés |
F |
|
Êlèdè |
Gbéglouza |
Potamochoerus porcus |
Potamochère |
Artiodactyles |
Suidés |
F |
|
Ôgbanyin |
Agbanlin |
Tragelaphus scriptus |
Guib harnaché |
Artiodactyles |
Bovidés |
F/P |
|
Ôtou |
Zoungbô |
Cephalophus monticola |
Céphalophe bleu |
Artiodactyles |
Bovidés |
F/P |
|
Ôtou |
Zoungbô |
Cephalophus rufilatus |
Céphalophe à flanc roux |
Artiodactyles |
Bovidés |
F/P |
|
Ôtou |
Zoungbô |
Cephalophus niger |
Céphalophe noir |
Artiodactyles |
Bovidés |
F/P |
| Ôtou
anouhan |
Zoungbô |
Ourebia ourebi |
Ourébi |
Artiodactyles |
Bovidés |
F/P |
|
Eman |
Gbédja |
Arvicanthis niloticus |
Rat
roussard |
Rongeurs |
Muridés |
F/C |
|
Êdouoko |
Aklan |
Taterillus gracilis |
Rat |
Rongeurs |
Muridés |
C |
|
Ôfé |
Afin |
Tatera kempi |
Rat |
Rongeurs |
Muridés |
F |
|
Alakissa |
Acoutou |
Otomys irroratus |
Rat |
Rongeurs |
Muridés |
C |
|
Otokpo |
Héto |
Mastomys natalensis |
Rat
à mamelles multiples |
Rongeurs |
Muridés |
C |
|
ÔLogossi |
Awlégbè |
Lemniscomys striatus |
Souris rayée |
Rongeurs |
Muridés |
|
|
Ôtouwouwé |
|
Neotragus pygmaeus |
Antilope pygmée |
Artiodactyles |
Bovidés |
F/P |
F = forêt ; P = plantation ;
C = champ.
Par ailleurs, la classification locale regroupe sous une même
appellation plusieurs espèces différentes. C’est le cas des bovidés
de la sous-famille des céphalophinés qui sont communément appelées
« Ôtou » en milieu holli. En milieu fon, cette
classification est beaucoup plus large. C’est ainsi qu’en plus des
céphalophinés, les néotraginés sont désignées sous la même
appellation « Zoungbô », qui littéralement signifie
« mouton de brousse ». Néanmoins, les paysans
reconnaissent qu’il existe une différence entre chacune des
espèces.
Consommation alimentaire de mammifères : typologie,
fréquences et préférences de consommation
Il existe une forte variabilité de consommation selon les
espèces (tableau 2). Certaines espèces
comme les gros rongeurs (aulacode et cricétome) sont consommées par
l’ensemble de la population, alors que d’autres ne sont consommées
que par moins du quart de la population étudiée ; c’est
notamment le cas des primates. En considérant les fréquences de
consommation (figure
2), le guib harnaché et les céphalophes sont les espèces
les moins fréquemment consommées (moins de deux fois par mois), ce
qui n’est pas le cas des gros rongeurs (l’aulacode et le
cricétome), du potamochère et du lièvre qui sont consommés plus
d’une fois par semaine.
Tableau 2. Pourcentages de personnes
consommant les différentes espèces de mammifère de la forêt classée
de la Lama
Table 2. Percentage of people consuming different
mammalian species from the Lama Forest Reserve.
| Espèces de mammifères |
Consommateurs en % |
| Aulacode |
100 |
| Cricétome |
100 |
| Guib harnaché |
80 |
| Potamochère |
80 |
| Céphalophes |
75 |
| Lièvre |
75 |
| Héliosciure de Gambie |
28 |
| Écureuil fouisseur |
25 |
| Loutre à joue blanche |
25 |
| Mangouste |
25 |
| Tantale |
23 |
| Daman d’arbre |
20 |
| Galago du Sénégal |
20 |
| Souris de barbarie |
20 |
| Singe à ventre rouge |
15 |
Malgré la diversité des espèces de mammifères servant de
nourriture dans les deux localités, les populations manifestent des
préférences nettement marquées pour les viandes de potamochère et
d’aulacode qui sont respectivement préférées par 40 % et
33 % des populations riveraines contre 10 % pour le Guib
harnaché, 6 % pour le céphalophe et 5 % pour le rat
commun et le cricétome (figure 3).
Principales sources de protéines animales dans l’alimentation
des populations et préférences des consommateurs
Les principales sources de protéines animales pour les
populations riveraines sont essentiellement la viande de brousse,
la viande d’animaux domestiques et le poisson. Bien qu’étant
préférée au poisson et à la viande domestique (82 % vs
18 %), la viande de brousse est beaucoup moins souvent
consommée et constitue environ 1/3 des prises alimentaires de
protéines animales (figures 4 et 5).
Discussion et conclusion
La forêt classée de la Lama est l’habitat de nombreuses espèces
animales qui sont recherchées et consommées par les populations
riveraines. L’effectif des espèces de mammifères consommées est
nettement en dessous de celui observé pour trois groupes ethniques
vivant dans le bassin du Congo démocratique : les Boyelas
(52 espèces), les Ngandus (62 espèces) et les Mbutis
(57 espèces) [13]. Pour Ntiamoa Baidu, les différences
observées dans le nombre d’espèces capturées sont attribuées à
l’abondance relative de certaines d’entre elles sur les terrains de
chasse, à leur accessibilité et à des facteurs tels que les tabous
alimentaires, un comportement imprévisible et le type d’activité
[1].
Si l’on veut se faire une idée du rôle que jouent les animaux
sauvages dans l’alimentation des populations locales, il ne faut
pas se contenter de prendre en considération le gros gibier. En
général, dans l’alimentation des riverains, la majeure partie de la
viande consommée provient des petits mammifères, notamment les
rongeurs. Dans la forêt de la Lama, la fréquence de consommation
relativement faible de viande de brousse par les ménages riverains
peut s’expliquer par la vente de cette viande dont les prix sont
assez élevés. Cette situation est générale en Afrique de l’Ouest,
selon Ntiamoa Baidu qui estime que les revenus issus de ces ventes
permettent aux ménages, non seulement de s’approvisionner en
d’autres sources de protéines moins chères comme les poissons, mais
aussi de satisfaire d’autres besoins de la famille [1]. Ainsi, en
1975 à Ibadan (Nigeria), les viandes de mouton et de bœuf se
vendaient respectivement à 2,8 dollars et 4,2 dollars le
kilogramme, contre 9,6 dollars pour la viande d’aulacode et
7,2 dollars pour le lièvre sauvage. De plus, la demande et le
prix de la viande de chasse augmentent souvent beaucoup plus vite
que ceux de la viande d’animaux domestiques. Asibey et Child
soulignent qu’à Accra (Ghana), le prix de la viande de chasse a été
multiplié par 8 entre 1980 et 1986 contre
6 seulement pour celui de la viande de bœuf [14]. Ainsi, la
viande de brousse représente de plus en plus un produit de luxe
pour les populations riveraines. Pourtant, les mammifères sauvages
semblent avoir eu autrefois une grande importance dans
l’alimentation des populations de l’Afrique [15-17]. Par exemple,
au Botswana, les différents types de viande provenant d’animaux
sauvages ont constitué jusqu’à 60 % de l’apport en protéines
animales. D’une certaine façon, cette diminution progressive de la
consommation de la viande de brousse au fil des années est
susceptible de compromettre la sécurité alimentaire des ruraux en
réduisant la qualité et la valeur nutritionnelle de leur régime. Le
petit élevage traditionnel pratiqué par les populations rurales
peut heureusement compenser ce déficit protéinique potentiel. Mais
la situation est plus difficile quand il est impossible d’élever
les animaux domestiques pour produire les protéines nécessaires,
par exemple dans les zones infestées par les mouches tsé-tsé
[14].
La production de ressources animales, tant recherchées aussi bien
par les populations des villages que des villes comme sources de
protéines et aussi de revenus, mérite d’être réfléchie et intégrée
dans le concept de développement durable. L’exploitation et la
consommation de la viande de brousse ne s’expliquent pas simplement
par le manque d’autres types de viande, mais par un ensemble
complexe de facteurs qui comprennent les contraintes, les
préférences et les valeurs culturelles. Ces facteurs mettent en
évidence l’importance fondamentale de cette ressource pour les
populations africaines et l’urgence d’investir dans son
développement. Dans les collectivités urbaines et rurales, la
chasse et la commercialisation de la viande de brousse représentent
la principale source de revenu pour un large réseau de personnes
allant des chasseurs et leurs aides, aux agriculteurs et aux
commerçants. Cependant, les populations d’animaux sauvages sont
décimées par la surexploitation et la destruction de leur habitat
qu’entraînent l’accroissement de la pression démographique et, par
voie de conséquence, les demandes de nouvelles terres destinées à
l’agriculture et aux établissements humains. Les niveaux actuels
d’exploitation ne seraient durables nulle part sur le continent
africain, et les zones où existent encore de grandes populations
d’animaux sauvages sont celles où des mesures de protection sont
appliquées.
Comment concilier le double objectif de la satisfaction des
besoins des populations et du maintien, voire de l’augmentation, de
l’effectif de la population animale dans les différentes formations
forestières ? L’expérience montre que la production de la
faune sauvage est une forme réalisable et viable d’utilisation des
sols en Afrique, qu’il s’agisse de gérer les animaux à l’état
naturel dans des aires protégées, comme populations sauvages, ou
dans des élevages extensifs ou intensifs comme espèces domestiques
[1]. En Afrique centrale où l’élevage extensif est le plus souvent
développé, le nombre d’exploitations de gibier et la superficie
totale qui leur est consacrée se sont accrus de façon spectaculaire
au cours de la dernière décennie. Ntiamoa Baidu attribue ce fait à
deux facteurs : d’une part l’évolution des régimes de
propriété qui reconnaissent aux propriétaires fonciers la
responsabilité de la gestion des animaux sauvages vivant sur leurs
terres et les autorisent à les exploiter, et d’autre part la
rentabilité de la production de la faune [1].
En Afrique de l’Ouest, il a été démontré de façon probante que les
ruraux peuvent produire de petits animaux sauvages tels que
l’aulacode, le rat géant, le cochon et l’escargot pour
l’alimentation familiale. Des mesures doivent donc être prises pour
une gestion rationnelle et durable de la faune sauvage n
Références
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