ARTICLE
Auteur(s) : Jean-louis Maigrot1, Jean-Pierre
Deffontaines2, Romain Erard3, Marie-Hélène de
Sède-Marceau4
1 Institut national de la recherche agronomique
(Inra), Département des sciences pour l’action et le développement
(Sad), Établissement national d’enseignement supérieur agronomique
de Dijon (Enesad), (Inra-Sad/Enesad), BP 87999,
21079 Dijon cedex
<jl.maigrot@enesad.fr>
2 Institut national de la recherche agronomique
(Inra), Département des sciences pour l’action et le développement
(Sad) (Inra-Sad), 27, rue Anatole France, 92370 Chaville
<jp.deffontaines@wanadoo.fr>
3 2, rue du pré Pommeré, 55100 Verdun
<m.erard.cefigam@wanadoo.fr>
4 Laboratoire THEMA (Théoriser, modéliser pour
aménager), Unité mixte de recherche (UMR) 6049 du Centre national
de la recherche scientifique, Université de Franche-Comté, 32, rue
Mégevand, 25000 Besançon
<Marie-helene.de-sede-marceau@univ-fcomte.fr>
Ce travail est fondé sur l’étude monographique d’une exploitation
dans laquelle l’éleveur a toujours été préoccupé par le rôle et la
place de l’arbre dans le territoire de son exploitation. L’analyse
de cette situation s’est avérée une occasion de préciser les
conditions dans lesquelles peuvent s’articuler un projet évolutif
d’élevage et un projet de développement des formes boisées sur
l’exploitation.
L’hypothèse qui sous-tend ce travail est que l’approche
monographique est un moyen de réfléchir à la mise en œuvre de ce
double projet dans une perspective de développement durable où
production et paysage sont appelés à être raisonnés de concert.
L’initiative se situe dans le cadre d’une série de travaux visant
à une meilleure connaissance des processus de production et
d’évolution des formes agraires dans leurs relations avec
l’activité agricole [1]. Les formes agraires sont vues comme les
objets et les motifs spatiaux que l’activité agricole produit dans
le territoire et qui résultent des pratiques techniques et des
dispositifs matériels que l’agriculteur met en œuvre pour résoudre
des problèmes de mise en défens, de protection, de stockage, de
maîtrise de l’eau [2].
Un double regard, géographique et agronomique, est développé pour
mener l’étude d’une exploitation agricole, en centrant plus
spécifiquement les travaux sur la place et le rôle de la végétation
ligneuse.
Les changements dans les systèmes de production génèrent une
réorganisation spatiale des pratiques au sein de l’exploitation
agricole qui influe sur l’agencement du parcellaire. Face à cette
dynamique, quelle est celle des formes ligneuses ? Nous
désignons par formes ligneuses les formations végétales comportant
des ligneux à divers stades de développement : haies,
bosquets, arbres isolés, lisières, ripisylves, fructicées,
vergers…
Après un bref exposé de la méthode employée, nous présentons
l’exploitation agricole. Suit une mise en relation de l’évolution
technique de l’exploitation et de son territoire, et de l’évolution
des formes ligneuses.
Méthode
L’analyse des relations entre pratiques et formes ligneuses
demande de connaître :
– le parcellaire fonctionnel, support des
pratiques ;
– le système technique dont dépendent les pratiques observées
[3].
Origine et nature des données
Le pas de temps, pris en compte, concerne la période de 1950 à
2000.
Les missions aériennes IGN panchromatiques noir et blanc (mission
« Brienne Le Chateau-Chatenois 1956 » au 1/25 000,
mission « Vittel-Epinal » 1986 au 1/30 000) ont été
exploitées.
Les données plus récentes ont été recueillies directement par
enquête et observation sur le terrain, à l’automne 1999 et au
printemps 2000.
Le dépouillement a fourni deux types d’informations :
– d’une part, la géométrie des parcelles, leur taille, leurs
limites, leur accessibilité et leur occupation ;
– d’autre part, la nature, la localisation et l’évolution des
formes ligneuses.
La dynamique des formes ligneuses et des parcelles a été intégrée
dans une base de données relationnelles. Les données relatives au
fonctionnement de l’exploitation ont été recueillies auprès de
l’exploitant [4] et débutent en 1975, date d’installation de
l’exploitant actuel. La période antérieure à 1975 a été abordée
grâce au témoignage du salarié présent sur l’exploitation depuis
1960, les missions IGN anciennes servant de support à la
discussion. Les informations obtenues portent sur l’histoire et sur
le projet de l’exploitant sur son exploitation, les systèmes de
culture et d’élevage, les fonctionnements et les pratiques dans le
territoire (allotements et déplacements du troupeau, opérations
culturales...).
Organisation des données du parcellaire et des formes
ligneuses
Architecture technique
Techniquement, l’application développée s’appuie sur une
exploitation conjointe :
– d’un système de gestion de bases de données (SGBD), dédié à
la gestion et à l’interrogation classique des données thématiques
(ou attributaires) décrivant les différentes entités pertinentes.
La grande majorité des données est ainsi stockée sous le logiciel
Access ;
– d’un système d’information géographique (SIG), dédié quant
à lui à la gestion et à l’analyse des entités graphiques
géoréférencées [5].
Alimentation de la base
Les données collectées s’organisent autour de trois
« familles » d’informations :
– des informations de nature contextuelle : le
territoire de l’exploitation, les communes environnantes, les voies
de communication ;
– des informations concernant les parcelles et leur évolution
à divers pas de temps ;
– des informations relatives aux formes ligneuses en 1956,
1986 et 1999.
L’exploitation dans son contexte
Contexte local de l’exploitation
Il s’agit d’une très ancienne ferme, située à l’écart des
villages et dont le territoire est constitué d’une seule pièce
rassemblée autour d’elle, à l’exception près d’une petite parcelle
(figure 1).
Le territoire se situe aux confins des communes de Vittel pour la
plus grande partie, de Parey-sous-Montfort et de Saint-Remimont. Le
territoire de l’exploitation est situé dans la petite région
agricole (PRA) du « Plateau lorrain ».
Situé au nord de la grande faille de Vittel, le territoire de
l’exploitation se déploie au pied de la côte formée par les grès de
l’infra-lias sur les pentes marneuses du Keuper. Le Keuper est ici
composé de deux assises de marnes séparées par des roches plus
dures, parmi lesquelles la dolomie moellon. Cette dernière
constitue le sommet de la butte dominant la ferme à l’ouest. Le
versant, situé derrière la ferme, est constitué par des marnes
irisées inférieures imperméables (figure 2) [6].
L’environnement de l’exploitation présente une évolution assez
conforme à ce que l’on sait par ailleurs de l’histoire agricole
locale [7, 8] (tableau 1).
Tableau 1. Évolution de
l’occupation du sol dans les trois communes concernées par le
finage de la ferme.
Table 1. Evolution of land use in the district
encompassing the areas of the farm.
|
|
Surface toujours en herbe/surface
agricole utilisée (pour 100 hectares) |
Vaches laitières/total bovin pour
100 bovins |
|
|
Vittel |
Parey |
St-Remimont |
Vittel |
Parey |
St-Remimont |
|
1908* |
17 |
17 |
23 |
53 |
64 |
74 |
|
1929* |
50 |
38 |
61 |
60 |
72 |
60 |
|
1955** |
56 |
56 |
57 |
39 |
54 |
53 |
|
1970** |
72 |
68 |
79 |
30 |
35 |
47 |
|
1979** |
62 |
83 |
77 |
37 |
42 |
53 |
|
1988** |
57 |
70 |
78 |
29 |
30 |
49 |
|
2000** |
65 |
67 |
79 |
– |
– |
– |
* Données issues des enquêtes agricoles de 1908 et 1929
(Archives départementales des Vosges, Épinal) ;
** données issues des recensements généraux de l’agriculture
de 1955, 1970, 1979, 1988 et 2000.
À l’orée du xxe siècle, dans un cadre vivrier, les
cultures dominent. Les herbages sont alors réduits et confinés aux
zones les plus humides, en général les vallées alluviales.
L’élevage est essentiellement laitier, pour une consommation locale
soit directement soit après transformation (fromagerie). Entre les
deux guerres, les zones en herbe commencent à s’étendre au
détriment des cultures, traduisant ainsi une extension de l’élevage
pour le lait. Après les années 1950, l’élevage pour la viande se
substitue progressivement à l’élevage pour le lait. En termes
d’occupation des sols, les années 1970-1980 représentent un maximum
d’extension des herbages.
Le système technique et son histoire récente
Brève histoire de l’exploitation
En 1920, le père de l’exploitant actuel fait l’acquisition de la
ferme de « La Malmaison » et, par un jeu d’échanges
successifs, parvient à lui donner sa configuration contemporaine.
Le cheptel se composait alors de vaches laitières, de moutons et de
chevaux, avec en plus, au printemps, des animaux maigres achetés et
destinés à l’engraissement.
L’année 1960 voit l’embauche d’un salarié, lequel est toujours
présent sur l’exploitation. En 1971, après la mort de l’exploitant,
une période transitoire est marquée par l’arrêt de l’élevage de
chevaux. En 1975, l’exploitant actuel donne la priorité aux
productions qu’il considère rentables dans le contexte de l’époque,
ce qui se traduit par l’abandon progressif de la vigne et du
verger. En 1980, il fait le choix de remettre en culture plusieurs
parcelles en herbe afin d’améliorer la qualité de l’herbe et pour
résoudre des problèmes de trésorerie.
L’année 1988-1989 est marquée par la signature d’un contrat avec
la Société des eaux minérales de Vittel et par l’arrêt du maïs
ensilage [9, 10]. Un an plus tard, il décide de cesser la
production laitière (200 000 litres de quota) et
convertit progressivement son troupeau laitier en troupeau
allaitant de la race « Blanc-Bleu Belge » (BBB).
Dernièrement, les problèmes de la filière viande de 1999-2000 ont
amené une réorientation de l’activité vers la production de bœufs
gras et de vaches allaitantes de réforme en maigre, ce qui se
traduit par un gain de temps de travail et par de la place dans les
bâtiments.
Choix stratégiques et fonctionnement de l’exploitation
L’éleveur s’est fixé deux grandes finalités, à savoir, fort
classiquement, dégager un revenu suffisant pour faire vivre sa
famille, et améliorer sa qualité de vie.
• La volonté d’assurer un revenu décent se traduit par :
– une diminution des charges d’exploitation et une
utilisation quasi exclusive du compost comme fertilisant, afin
d’améliorer quantitativement et qualitativement les fourrages
produits (meilleure croissance et santé des animaux) ;
– une production de viande de qualité qui suppose d’optimiser
les conditions d’élevage (aménagement des pâtures, alternance
fauche/pâture) et de conserver une race à viande reconnue : la
Blanc-Bleu Belge ;
– une valorisation de la génétique du troupeau en démontrant
qu’il est possible d’élever la race BBB dans des conditions
« saines » (absence d’hormones, zéro ensilage…) et de
vendre le maximum de taureaux reproducteurs et de génisses pleines.
Néanmoins, le choix de cette race peut sembler en contradiction
avec certains des objectifs qu’il s’est fixé, notamment du fait des
césariennes obligatoires aux mises bas.
• Le souci d’une meilleure qualité de vie comporte trois
objectifs :
– travailler dans de bonnes conditions en rendant les
bâtiments plus fonctionnels, en sélectionnant les animaux sur leur
docilité, et en assurant un confort maximum pour le
troupeau ;
– réduire (à partir de 1990) le temps de travail en
simplifiant le système de production par un retour à
l’herbe ;
– améliorer le cadre de vie en créant un étang, en restaurant
les vieux bâtiments, et en favorisant un développement des
formations ligneuses dans le territoire de son exploitation.
Ces choix se traduisent par des pratiques techniques ayant un
effet sur les formations ligneuses présentes au sein du
parcellaire.
• Les parcelles uniquement fauchées (figure 3, SD) se
situent sur les sols que l’exploitant juge actuellement
« difficiles » ; elles ne sont pas équipées en
points d’eau et clôtures. La priorité donnée à la mécanisation,
notamment pour faciliter la fauche, limite la diversité des
formations ligneuses et leur surface au sein de la parcelle..
• Les parcelles, principalement pâturées par des animaux dont
l’exploitant pense tirer un meilleur profit (figure 3, PE),
présentent des aménagements particuliers :
– surface maximale : de 8 à 12 hectares (à
l’exception de la parcelle 17), afin de limiter les
déplacements des animaux et donc une perte de poids ;
– double clôture sur le périmètre de voisinage, dans un souci
d’isolement sanitaire et génétique favorisant les développements
arbustifs ;
– points d’eau isolés (puits surmontés d’une éolienne,
sources…) également dans un souci sanitaire ;
– abris équipés de nourrisseurs pour les veaux.
Ce type de pâturage se situe généralement sur les alluvions
décrites par l’exploitant comme supportant les meilleurs herbages.
On y observe une forte diversité des formations ligneuses. Les
parcelles présentant une bonne protection arborée sont pâturées
prioritairement par les vaches allaitantes et les jeunes génisses
(animaux plus fragiles), alors que les bovins à l’engrais (bœufs,
taurillons) occupent les parcelles ayant une plus faible protection
arborée (figure 4).
Enfin, les parcelles sur terrain en pente et perçues comme étant
de qualité médiocre (figure 3,
parcelles 11, 12 et 110) sont plutôt pâturées par
des animaux occupant une place un peu marginale dans le système
d’élevage : historiquement les moutons, puis les chevaux. La
mécanisation (fauche) est quasi impossible et donc très localisée.
Ces parcelles ne comportent que peu ou pas d’aménagements. On y
rencontre une diversité arborée maximale.
Résultats
Évolution du parcellaire et des usages
La recherche de l’utilisation maximale des ressources
fourragères limite la taille des parcelles à 12 hectares et se
traduit par leur regroupement progressif durant la saison (tableau 2).
Tableau 2. Utilisation des parcelles
en alternance et extension à l’automne au cours de la campagne
1999.
Table 2. Alternate field use and area extension in the
autumn of the agricultural year 1999.
|
Fonctionnement au printemps/été (parcelles en alternance) |
Extensions à l’automne |
| Fonctionnement actuel |
N° 2 et 4 |
N° 3 |
|
N° 5 et 9 |
N° 30 |
|
N° 7 et 8 |
N° 6 |
|
N° 20 et 28 |
N° 16 |
|
N° 17 |
N° 15 |
Pour optimiser son organisation parcellaire, l’exploitant
pratique des regroupements fonctionnels qui semblent invariants sur
au moins deux générations. Ces regroupements sont établis sur la
base de pratiques identiques mais décalées dans le temps (pratique
de fauche, de pâturage). Ils ont une incidence directe sur les
limites des parcelles regroupées qui doivent faciliter le travail
de l’agriculteur.
Variabilité et permanence des limites
La prise en compte de l’histoire technique de l’exploitation et
de l’histoire du découpage parcellaire conduit à souligner
l’importance des limites de parcelles.
• Limites externes du territoire de l’exploitation
Globalement, ces limites (figure 5) ont peu
évolué en 50 ans. Cependant, l’exploitant est confronté à des
facteurs externes qui lui échappent en partie, et souvent liés à
des problèmes de voisinage. Ainsi, les limites E1 et E2
correspondent à une opération récente de remembrement qui a modifié
légèrement le découpage parcellaire. Il en est de même pour la
limite E3 qui correspond à un aménagement hydraulique intervenu
dans les années 1960.
• Limites internes du territoire de l’exploitation
Le suivi du parcellaire s’est fait de manière régressive :
par exemple, la parcelle 20 (1999) a donné les
parcelles 20 et 201 en 1986 et correspond à nouveau à 20 en
1956. La présence d’une numérotation à deux ou trois chiffres
indique une partition observée depuis une parcelle de base en
1999.
Sur un pas de temps de 50 ans, l’évolution des limites
internes et de la configuration du parcellaire de culture montre
des stabilités, tant dans la forme que dans les limites des
parcelles (figure 6a). De cette
manière, il est possible de mettre en évidence des formes fixes,
sortes de cadres au sein desquels le découpage parcellaire a pu
évoluer.
En 1956, l’orientation de la production est laitière et les
herbages dominent sur un parcellaire simple. Seuls le sommet de la
butte situé derrière la ferme et la parcelle isolée au nord, sont
en culture (parcelles 1 et 14). En 1986, ces deux
parcelles sont toujours en culture avec, en plus, une partie de la
parcelle 2 et des parcelles 20 et 28. Les cultures
s’étendent. En 1999, une orientation vers l’élevage à viande se
traduit par une nouvelle réduction de la culture (les parcelles 1
et 10 restent en culture).
La stabilité des limites (figure 6b), en une
cinquantaine d’années, provient de faits physiques (rupture de
pente, réseau hydrographique (L2, L3, L6, L7, L8)), de faits
techniques (L5, vigne), mais également de faits socio-historiques
comme l’ancienne lisière forestière (L1) ou la carrière de dolomie
moellon (L4).
Stabilité des occupations du sol
Sur le long terme, seules les parcelles 5, 6, 7, 8 et 16 de
1999, ont toujours été en herbe ainsi que les parcelles 22, 24 et
25 situées au pied de la ferme ; de même, la parcelle 1
est demeurée en culture.
Évolution des formes ligneuses
La comparaison de l’état des formes ligneuses (figure 7) aux trois
dates choisies montre une croissance générale des ligneux de toute
nature sur le territoire de l’exploitation. Par exemple, la surface
des bosquets est passée de 36 m2 en 1956 à
128 m2 en 1999 ; de même, les bandes herbeuses
interparcellaires arborées, qui étaient quasi inexistantes en 1956,
occupent une surface de 476 m2 en 1999.
En 1956, les formes ligneuses occupaient 1,6 hectare et en
1999 3 hectares. Cinquante-huit formes ligneuses sont
recensées en 1956, 64 en 1999. Les formes déjà présentes en 1956
ont pris de l’ampleur, comme par exemple l’arbre isolé dans la
parcelle 17 (figure 7, objet 28).
Situé près d’un suintement d’eau, cet objet est devenu une fruticée
de près de 1 hectare en 1999.
Les variations observées de 1986 à 1999 peuvent être liées aux
changements de nature de la végétation. Ainsi, une forme recensée
comme « bande herbeuse » devient une « haie avec
ligneux », 40 ans plus tard.
• Les formes ligneuses se situant sur des limites stables de
l’exploitation (figure 6b) se
développent, conformément au projet de l’exploitant qui est de
favoriser, ou du moins de ne pas entraver, le développement naturel
de la végétation ligneuse.
L’exploitant a le plus souvent mis en place entre son territoire
et les parcelles voisines un système de double clôture, créant
ainsi une sorte de zone intermédiaire, laissée à elle-même, au sein
de laquelle se développent des haies. La justification avancée pour
ce système de double clôture repose sur le risque de pollution
génétique du troupeau.
• Les limites instables de l’exploitation résultent de
réorganisations territoriales consécutives à l’évolution du système
technique. Ces opérations d’aménagement ont modifié la géométrie
des parcelles et partant, la position des formes ligneuses. La
conservation de ces formes s’explique alors par un changement de
fonction.
La photo 1
montre le cas d’une haie qui était une limite du territoire de
l’exploitation. Le déplacement des limites l’a positionnée un peu
en retrait dans la parcelle 2 (figure 5, objet E1).
Cette parcelle en herbe utilisée par les vaches allaitantes et les
génisses (figure 4) ne connaît
que des interventions limitées (apport de compost et passage de la
herse à prairie). Dans ces conditions, la haie, qui ne contrarie en
rien l’usage de la parcelle, s’est trouvée investie d’une fonction
de protection liée à un souci de bien-être des animaux.
En général, la stabilité des limites favorise le développement des
ligneux. On observe la présence de formes ligneuses isolées au
milieu de parcelles : par exemple, un arbre marquant le
territoire ou quelques arbres correspondant à des points d’eau.
Discussion
Comment et pourquoi, au cours des cinquante dernières années, se
composent, se décomposent et se recomposent les formes ligneuses
dans le territoire d’une exploitation agricole ? Telle est la
question à laquelle nous avons cherché une réponse. Celle-ci
s’inscrit dans une thématique plus générale des conditions de
production des formes agraires, appréhendées à travers la dynamique
de l’organisation du parcellaire agricole.
En dehors des travaux des archéologues agraires [11, 12], cette
thématique semble avoir peu mobilisé les disciplines intéressées
aux dynamiques des formes agraires.
L’approche historique sur un pas de temps moyen de 50 ans
éclaire la lente évolution des formes ligneuses observées dans le
territoire de l’exploitation. Les formes observées peuvent avoir
été mises en place à des époques anciennes et, tout en perdurant,
ne plus correspondre à des raisons actuelles. Une certaine
permanence des formes a pour effet de « structurer l’espace
au-delà de la période qui les a initiées » [13]. Dans ce cas,
soit elles peuvent constituer un cadre permanent à des fonctions
similaires, soit elles sont réactivées dans le cadre d’autres
fonctions. Ainsi, c’est le cas d’une ancienne haie dont la fonction
était de constituer une limite physique, et qui se retrouve, après
modification de ladite limite, située à l’intérieur de la parcelle.
Elle est alors réutilisée comme abri pour les animaux.
La géométrie du parcellaire et les formes ligneuses constituent
non seulement un cadre physique, mais aussi un cadre de vie et un
cadre mental [14]. Intériorisé, ce dernier constitue une référence
souvent inconsciente et il arrive quelquefois qu’il se trouve
réactivé par les projets de l’exploitant. Ainsi le mécanisme de
boisement observé résulte à la fois de l’histoire technique et du
projet de l’exploitant.
Pour comprendre la dynamique des formes ligneuses, la démarche a
été fonctionnelle et systémique. Le diagnostic de l’agronome a été
nécessaire pour l’analyse fonctionnelle et l’interprétation des
systèmes techniques et des pratiques agricoles. L’approche
géo-historique a rendu intelligible la dynamique spatio-temporelle
du système en relation avec le milieu environnant n
Références
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