Diversité dans l’élevage porcin guadeloupéen
En 2000 (figure
2) [17], les petits élevages étaient de loin majoritaires,
contribuant certainement de manière significative à
l’approvisionnement du marché. Ceux de plus de 20 truies-mères
(TM) correspondaient au MD d’après les techniciens. On pouvait
faire l’hypothèse que les élevages de taille moyenne (4 à
19 TM) concentrant 24 % du troupeau de TM, se
différencient des petits élevages « traditionnels ».
Quatre types d’éleveurs ont été identifiés parmi les 105 des
680 exploitations agricoles de la réforme foncière (encadré 1) ayant au moins un porcin en
2001 : les élevages du modèle dominant (EMD), les
« élevages traditionnels », les « éleveurs en
transition » et les « élevages innovants » (tableau 1) [18].
Tableau 1. Principales
caractéristiques des systèmes d’élevages identifiés [18].
Table 1. Main characteristics of the pig breeding
systems identified [18].
|
|
« Modèle dominant » |
« Élevages en transition » |
« Élevages traditionnels » |
« Élevages innovants » |
|
|
Éleveurs spécialisés |
←
|
Éleveurs non spécialisés |
→
|
|
Caractéristiques principales |
=> maximisent revenu porcin |
Ont
en ligne de mire le MD => en ont certaines caractéristiques |
•
Faible taille
• Valorisation de résidus |
•
Objectif de multifonctionnalité de l’élevage
• Connaissance du MD => systèmes moyennement productifs
alternatifs au MD |
|
Nombre de truies |
> 40 |
≤ 12 |
≤ 4 |
6 à
10 |
|
Alimentation |
Concentrés différenciés (stade physiologique) |
Concentrés ± résidus |
Résidus ± concentré unique |
Résidus (banane...) ± concentrés |
|
Races |
Spécialisées |
Spécialisées |
Mixtes ou créoles |
Mixtes |
|
Couverture sanitaire |
Prescrite |
Variée |
Basique ou absente |
Basique |
|
Habitat |
Bâtiments spécialisés et équipés |
Bâtiments |
Rudimentaire (enclos ou attache) |
Varié |
|
Produits |
Viande |
Porcelets principalement |
Porcelets et/ou viande |
Viande > porcelets |
|
Commercialisation |
Grandes surfaces via l’abattoir |
Vente directe |
Vente directe |
Vente directe |
La diversité des systèmes d’élevage analysés reflète une
adaptation à de nombreuses niches. Les éleveurs valorisent des
ressources variées, ceux du MD leur technicité et les appuis
techniques et financiers, les autres, les ressources de leur
exploitation en travail et en aliments et leur réseau de relations
autant pour l’approvisionnement que pour la commercialisation.
Les entretiens avec les techniciens spécialisés et des travaux
d’étudiants ont confirmé cette typologie pour l’ensemble du
territoire, non compris les non-agriculteurs produisant 1 ou
2 porcs par an. Ainsi, la majorité des élevages porcins en
Guadeloupe, les « élevages petits et moyens » (EPM), se
situe en dehors du MD. Le manque d’encadrement dans une économie
fortement marquée par les activités informelles les prédispose à se
développer sans référence au cadre légal en vigueur (encadré 2).
Pratiques dans les élevages porcins : entre loi et
règle
Création d’élevage
Les EMD, par définition « installations classées pour
l’environnement », cherchent à obtenir le permis d’exploiter
indispensable pour l’accès aux crédits nécessaires pour ces projets
onéreux. Seuls les élevages en gestion technique des troupeaux de
truies (GTTT), adhérant au syndicat, sont immatriculés. Pour les
élevages plus petits relevant du règlement sanitaire départemental,
il n’y a aucune démarche officielle, certainement parce que
l’autofinancement est alors possible.
Enregistrement et circulation d’animaux
Seuls les élevages en GTTT satisfont les règles de tenue de
registres et d’identification des reproducteurs. Les autres EMD se
situent généralement autant en marge de la loi que les EPM dans ce
domaine.
Les dispositions légales régissant la circulation des animaux ne
sont jamais respectées. L’absence de sanction en la matière, en
particulier le fait que l’abattoir départemental ne refoule pas les
porcins non marqués, autorise cette situation.
Gestion des effluents
Les élevages enquêtés présentent des installations variées (sol
bétonné ou terre battue) et des conduites différentes (attache,
enclos, semi-liberté). Vingt-sept des 29 éleveurs enquêtés ne
traitent pas les déjections, à l’instar de l’ensemble du
territoire, selon les techniciens. Dans les EPM enquêtés, il n’y a
généralement aucun souci de traitement des effluents. Cette
pratique correspondrait donc à la règle pour les EPM. Cependant,
cette dernière est certainement en évolution avec les modifications
de l’habitat et du mode de vie en général. Ainsi, si le nombre de
plaintes reste faible (50 à 100 par an) par rapport au nombre
d’élevages, il a tendance à croître. Il convient donc de se
demander si l’absence de gestion des effluents par les gros
élevages continuera à être tolérée par la population, et si ces
élevages ne se retrouveront pas à court terme, dans ce domaine,
dans l’économie illégale (figure 1).
Usage d’eaux grasses
Jusqu’aux années 1970 encore, il y avait aux Antilles dans
presque chaque cuisine un seau à « manger cochon »
destiné au cochon de la famille ou à celui du voisin (contre une
priorité sur la viande et le boudin). Mais ce type d’aliment n’est
pas l’apanage de l’élevage traditionnel. Les eaux grasses ont
constitué une des bases du développement de l’élevage industriel en
Bretagne, région phare de l’industrie porcine française [19].
Beaucoup d’élevages industriels en utilisaient encore à la fin des
années 1990 dans de nombreux pays européens ainsi qu’aux États-Unis
[15]. Curieusement, l’utilisation d’eaux grasses n’a jamais fait
partie du paquet technique offert aux éleveurs en Guadeloupe, même
avant l’interdiction de 1985 ; et elle est inexistante dans
les élevages du MD. Il n’y a pas trace de demande de dérogation
pour utiliser ces déchets alimentaires, contrairement à La Réunion,
autre DOM français [20]. En revanche, 15 des 25 EPM enquêtés
utilisent des eaux grasses dont au moins 4 s’approvisionnant
dans des collectivités/restaurants. S’il y a eu ces dernières
années un respect croissant de la réglementation de la part des
collectivités, il n’est pas certain que les éleveurs connaissent la
nature des risques encourus et l’efficacité de la stérilisation en
la matière.
Pratiques d’abattage, découpe et mise en marché
Tous les élevages enquêtés ont un débouché commercial, comme
tous les élevages porcins en Guadeloupe ; les porcs devraient
donc être tués à l’abattoir. Rares sont les EPM qui le font alors
que tous vendent de la viande. La majorité des EPM contrevient
ainsi à la loi sans que l’on puisse attribuer ce comportement à une
volonté de transgression. Les élevages du MD passent nécessairement
par l’abattoir pour l’essentiel de leur production bien que nombre
d’entre eux abattent eux-mêmes périodiquement pour améliorer leur
revenu. Les élevages pratiquant la vente directe de viande n’ont
pas d’atelier de découpe aux normes, sauf exception.
Dans la plupart des cas décrits dans la littérature, la vente
directe de viande est moins fréquente, certainement en relation
avec l’éloignement des centres de consommation. L’abattage fermier
est relativement répandu, qu’il existe ou non des abattoirs
officiels, mais sans que soit indiquée la politique officielle en
la matière. Les cas méditerranéens se distinguent par la
commercialisation de charcuterie [3, 8].
Règle souvent en écart avec la loi
La plus grande partie de l’élevage porcin (en nombre d’élevages
et de truies-mères) se réalise dans l’économie alégale,
c’est-à-dire en contradiction avec la loi bien qu’en accord avec la
règle (figure
3). L’élevage n’est souvent qu’une extension de la sphère
domestique non soumise à la législation. Souvent, les élevages de
taille moyenne résultent d’un agrandissement progressif du troupeau
et des installations, avec comme seule limite exogène les
éventuelles plaintes du voisinage. Il n’est pas certain que le
dispositif de normalisation offert aux EPM soit compatible avec le
fonctionnement de ce type d’élevage (technicité, investissement,
objectifs). L’éleveur d’EPM n’a aucun intérêt économique à mettre
son élevage aux normes puisque de toute manière les aides publiques
sont réservées au MD. En revanche, l’utilisation des résidus et la
vente directe augmentent de manière significative le revenu tiré de
l’élevage. Vraisemblablement, les EMD respectent la législation
pour la création de l’élevage et les procédures d’identification
car c’est une condition pour l’accès au crédit et le suivi de
gestion dont dépend l’existence de leur élevage. En fait, la
volonté de se conformer ou d’échapper à la législation technique
n’est pas explicative du comportement de l’agriculteur comme elle
pourrait l’être en ce qui concerne la législation fiscale :
les activités recensées comme alégales se situent généralement dans
l’alégalité passive.
Le fait que certaines règles sociales soient autant en
contradiction avec les lois est remarquable. Cet écart résulte
principalement du fait que l’appareil productif et la culture
locaux sont très éloignés de la situation hexagonale. Une des
causes de cette divergence est historique. L’économie de plantation
post-esclavagiste dominante jusqu’aux années 1950 était une
économie de sous-emploi dans laquelle les travailleurs ruraux
étaient acculés à produire eux-mêmes une partie de leurs besoins
alimentaires et à combiner plusieurs activités économiques. La
faible division sociale du travail et la culture de survie
caractérisant la société d’alors persistent en partie de nos jours
[2, 21]. Dans beaucoup de domaines, il n’y a aucun effort
d’application de la loi de la part des institutions responsables.
Cela peut s’expliquer par l’importance de l’exotisme du cadre
légal, rendant toute tentative de mise aux normes rapide, trop
coûteuse matériellement, socialement et politiquement. Cette
situation légitime d’une certaine manière les comportements
« déviants » des producteurs et des consommateurs.
Conséquences pour la recherche et le développement
Beaucoup de EPM ont su évoluer et moderniser certaines de leurs
pratiques (alimentaires, sanitaires...), pour la plupart en dehors
de toute aide directe, ce qui questionne l’intérêt d’une
reconnaissance officielle face au laissez-faire actuel.
Il n’y a aucune raison de laisser une partie des producteurs sans
appui. Ces EPM ont des atouts potentiels en termes de maintien de
la biodiversité, de maintien de l’emploi et d’animation rurale
[18]. Leur importance socio-économique est indéniable, que ce soit
autant en nombre d’exploitations agricoles que pour leur
contribution à la production locale estimée à 40 % [22]. C’est
parmi eux que l’on peut trouver les plus grandes marges de progrès.
Si le MD est actuellement tout à fait indiqué pour répondre à la
demande de la grande distribution et des collectivités, il est
risqué de construire une filière sur ce seul modèle quand on
connaît sa grande dépendance par rapport aux industries d’amont et
vis-à-vis de la commercialisation. Cette dépendance est accrue en
Guadeloupe par le fait que, contrairement aux élevages européens,
l’alimentation est entièrement achetée par l’éleveur à un unique
industriel important les matières premières. Par ailleurs, une
truie suitée produisant une valeur ajoutée de 1 000 à
1 700 euros par an [22], les EPM procurent un complément
de revenu significatif pour de nombreux petits agriculteurs ou des
non-agriculteurs, contribuant en cela au rôle de soupape de
sécurité joué par la petite production agricole dans une société
caractérisée par un chômage et un sous-emploi importants [21]. En
outre, il ne semble pas y avoir de concurrence entre la filière du
MD et les autres circuits. Au contraire, des phénomènes comme
l’achat par les EPM de porcelets sevrés des EMD contribuent à une
complémentarité. Tout cela amène à considérer la diversité des
manières de produire et de commercialiser comme un atout en soi
pour la filière porcine [22].
En outre, il convient de considérer les menaces potentielles pour
ce type d’élevage. La règle est fortement conditionnée par la
demande. Les EPM bénéficient d’une forte confiance de la part de
consommateurs soucieux de « naturel », de
« proximité » ainsi que de respect des traditions [18].
Mais le laisser-faire en la matière est risqué, en partie parce que
la règle peut évoluer : i) les riverains supporteront de
moins en moins les nuisances des élevages ; ii) les
pressions des groupes de défense de l’environnement rendront plus
difficile l’absence de dispositif de recyclage des effluents ;
iii) la volonté de l’administration de voir appliquer la
réglementation s’étend progressivement aux élevages de faible
taille ; iv) les clients de ces EPM pourront, à terme,
avoir des exigences de qualité (hygiène, traçabilité, etc.) non
satisfaites par ce type de production ; v) la survenue
d’un accident sanitaire n’est pas à écarter ; vi) la
préférence actuelle pour la viande locale n’est pas immuable.
Il faudrait donc une politique de développement positive incluant
les différents types d’élevage porcin.
Le système légal en vigueur, inspiré par des exigences de santé et
de bien-être animaux, de santé humaine et de respect de
l’environnement, ne peut être remis en cause dans son essence. Sur
beaucoup de points, la règle doit donc changer. Cependant,
l’application d’une telle législation est généralement conditionnée
par l’évaluation des risques réels et la réalisation des objectifs
affectés aux élevages. Il s’agit donc de procéder aux diagnostics
nécessaires à la définition d’une politique de développement
équilibrée et de réfléchir à des solutions techniques et
organisationnelles permettant une régularisation sans fragilisation
des EPM.
Ainsi, la règle a ici été définie de manière rapide, comme la
pratique adoptée par une majorité de producteurs et acceptée par
une partie significative de la population, consommateurs ou
riverains. Une étude approfondie auprès des différents acteurs
permettrait de définir et de préciser la règle, ou les règles, dans
leur dynamique. Une approche pluridisciplinaire serait fructueuse,
incluant l’approche anthropologique de Browne [23] centrée sur les
marchés de travailleurs ou de biens non déclarés.
La compétitivité de la production locale doit être étudiée :
bases économiques et sociologiques de la préférence des
consommateurs locaux, système de prix, nature et pérennité des
différences objectives de cette viande par rapport à la viande
fraîche importée...
Il est urgent de caractériser les systèmes d’élevage de manière
multidimensionnelle : performances économiques et
zootechniques, fonctionnement et rôle dans le système d’activités,
risque sanitaire et environnemental... La caractérisation
technico-économique en cours [22] confirme les difficultés
d’analyse d’élevages fortement déterminés par leur insertion dans
des systèmes d’activités diversifiés et le besoin de nouvelles
méthodes.
Quant aux risques liés à l’élevage porcin, des recherches en cours
sont une contribution à la mise au point de normes
environnementales adaptées au milieu tropical insulaire. Dans le
domaine de la santé animale, il n’y a pas de cas déclaré de maladie
réputée contagieuse pour porcins et l’insularité permet a
priori un isolement sanitaire complet par des contrôles
efficaces aux frontières. Les services vétérinaires attendent les
résultats d’un diagnostic épidémiologique en cours pour définir une
politique sanitaire.
En ce qui concerne l’encadrement des éleveurs, si l’intervention
de techniciens spécialisés est appropriée pour les EMD, les EPM
pourraient être encadrés par des techniciens généralistes, voire
des animateurs ruraux, disposant de modèles et de références
technico-économiques divers et pouvant mobiliser leurs collègues
spécialistes. Le mode d’encadrement technique devra s’adapter au
fait que ces éleveurs sont non spécialisés et souvent pluriactifs.
La vente directe valorise le mieux la production en l’absence de
signes officiels de qualité particularisant la viande des EPM. Si
l’utilisation généralisée de l’abattoir est envisageable, seuls des
ateliers de découpe collectifs (coopératifs ou privés) seraient
rentables. Des exemples existent pour la viande bovine en France
métropolitaine [24].
La question du recyclage des effluents est multidimensionnelle. Il
faut offrir aux élevages n’appartenant pas au MD des techniques
adaptées de gestion de nuisances. La faible utilisation des
déjections à des fins de fertilisation dans notre échantillon est
surprenante. Le fait que la demande en fumier en Guadeloupe ait pu
être jugée comme importante [25] laisse supposer l’existence de
problèmes d’adéquation de l’offre à la demande : offre de
lisier pour une demande de fumier, mauvaise adéquation des volumes,
absence de dispositif de transport, absence de savoir-faire dans
l’utilisation de ce type de déjections.
Conclusion
L’écart est très grand entre les pratiques en vigueur dans les
élevages porcins et un cadre légal de plus en plus exigeant, y
compris pour les élevages du modèle dominant. Dans beaucoup de cas,
la règle devra se rapprocher de la loi. Cependant la robustesse et
l’importance économique des systèmes d’élevage hors du MD militent
pour une attention particulière à leur égard. La question du
respect des normes est ainsi indissociable de celle de la
définition de nouvelles politiques de recherche, de formation et de
développement prenant en compte la diversité des situations et des
fonctions de l’élevage porcin et de l’agriculture en général. Par
un paradoxe apparent, le contexte légal et politique n’aura jamais
été aussi favorable à ce défi si les bases de la loi d’orientation
de l’agriculture mise en place en 1999 en France perdurent
(multifonctionnalité de l’agriculture, respect de l’environnement,
qualité et sécurité des aliments, politiques territoriales, prise
en compte de la diversité des agriculteurs). En outre, le statut de
région ultrapériphérique des départements d’outre-mer français leur
permet de faire valoir leurs différences au sein de l’Union
européenne. La mise au point de solutions techniques,
organisationnelles et éventuellement juridiques représente d’autant
plus un défi que les modèles en la matière semblent rares,
l’élevage intensif semi-industriel étant généralement l’unique
modèle. n
Remerciements
Remerciements aux agriculteurs de la réforme foncière, aux
techniciens de la Safer Guadeloupe et du syndicat des éleveurs
ainsi qu’aux services administratifs consultés pour la qualité de
leur accueil et leur collaboration. Cette étude fait partie des
programmes « MICA » et « Valorisation des races
locales » soutenus financièrement par l’Union européenne et la
Région Guadeloupe.
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activités d’élevage porcin en Corse. Des difficultés de la
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| Encadré 2 |
| Législation régissant la production de porc |
| L’application de la loi [15, 16] dans l’approche empirique
choisie est étudiée pour les étapes du processus de production dont
on sait que la mise aux normes demande des efforts significatifs.
Les exigences de bien-être animal ont été écartées, la législation
étant en la matière récente et en évolution. |
| La création d’unités d’élevage |
| La mise en place d’un élevage nécessite généralement un
permis d’exploiter, un permis de construire et une immatriculation.
Le permis d’exploiter est lié aux fortes nuisances de l’élevage
hors-sol : odeurs, bruit, mouches, effluents polluants. La
réglementation française régit l’implantation des locaux
(éloignement minimal des zones habitables et des cours d’eau),
l’aménagement des installations et leur exploitation selon la
taille de l’élevage. Les installations de plus de
50 animaux-équivalents sont soumises à la loi relative aux
installations classées pour la protection de l’environnement
(1976). La création des élevages de plus de
450 animaux-équivalents nécessite une autorisation
préfectorale délivrée après une procédure d’enquête publique. Les
éleveurs de moins de 50 animaux-équivalents sont seulement
tenus de respecter le Règlement Sanitaire Départemental, établi par
arrêté préfectoral en Guadeloupe et de l’application duquel les
maires sont responsables. |
| Cependant, pour toute création ou extension d’un bâtiment
d’élevage, à l’exception de l’élevage « de type
familial », le propriétaire doit déposer un dossier-type
auprès de la mairie, des services de santé et des services de
l’équipement. La demande de permis de construire quand ce dernier
est nécessaire, est instruite selon les règles du code de
l’urbanisme. |
| Toute détention de porcins à des fins autres que la stricte
autoconsommation doit être déclarée à l’établissement départemental
de l’élevage (1969). |
| Exploitation de l’élevage |
| Au moment de la création de l’élevage, l’éleveur s’est
engagé à réduire les nuisances, en particulier par des conditions
de nettoyage, de stockage et d’épandage des déjections. |
| Depuis au moins 1980, « tout propriétaire ou
détenteur d’animaux de l’espèce porcine est tenu d’effectuer
l’identification de chacun d’eux par l’apposition de manière
indélébile du numéro de cheptel, au plus tard lors de la sortie de
l’exploitation en vue de l’abattage ». En dehors de cas
d’autoconsommation, l’éleveur doit tenir un registre d’élevage,
document officiel, et un inventaire sanitaire dont il envoie un
extrait annuel aux services vétérinaires. On ne peut introduire
dans l’élevage qu’un animal marqué ; toute introduction doit
être déclarée aux services vétérinaires ; les animaux
reproducteurs, qui doivent porter un numéro d’identification
national individuel, ne peuvent circuler qu’entre élevages déclarés
officiellement sains. Ces procédures visent des objectifs de suivi
technique et sanitaire des élevages (amélioration génétique, lutte
contre les maladies contagieuses, traçabilité...). |
| Le porc a souvent eu depuis sa domestication une fonction de
recyclage des déchets. Les déchets alimentaires constituent encore
une part significative de l’alimentation porcine traditionnelle de
par le monde. Cependant les déchets de viande porcine ou de
produits de charcuterie ingérés par des porcins peuvent être
vecteurs d’une grande partie des maladies infectieuses du porc, en
particulier la peste porcine et la fièvre aphteuse. Ainsi, la
législation de l’Union européenne a permis jusqu’en
2001 l’utilisation d’eaux grasses dans des conditions strictes
(stérilisation, etc.), à l’exception de celles provenant de moyens
de transport internationaux. L’épidémie de fièvre aphteuse de 2001
a amené le Conseil des communautés européennes à interdire
totalement l’usage des déchets de cuisine dans l’alimentation
animale. La législation nationale française était plus
restrictive : depuis 1985 « l’utilisation des eaux
grasses et déchets de cuisine pour l’alimentation des porcins et
des carnivores domestiques est formellement interdite » sauf
dérogation préfectorale. |
| La loi distingue deux circuits après la production :
l’autoconsommation et la remise à des tiers, à titre onéreux ou
non. « Aucun animal de boucherie ne peut être abattu en dehors
d’un abattoir sauf [...] lorsqu’une personne pratique l’abattage
d’animaux des espèces caprine, ovine et porcine qu’elle a élevés ou
entretenus et dont elle réserve la totalité à la consommation de sa
famille » (1971). En dehors de l’autoconsommation stricte,
l’éleveur agit dans le cadre des denrées animales ou d’origine
animale destinées à être livrées au public pour la consommation
(« remise directe »). Il faut alors un atelier de découpe
remplissant des conditions minimales en termes de locaux,
d’équipements, d’alimentation en eau, de personnel, de qualité des
denrées et autres ingrédients utilisés, de manipulation et de
traitement des déchets. Il suffit d’en faire la déclaration aux
services vétérinaires. Il n’y a pas de condition de compétence
professionnelle, mais il faut que l’activité soit déclarée au
fichier des entreprises. De l’abattoir à la remise au consommateur
la viande doit rester à 4 °C. La restauration à la ferme à
partir des produits de l’exploitation se situe dans ce cadre
réglementaire. |