Auteur(s) : LMH
Il y a plusieurs années déjà, la preuve a été donnée qu’il était
possible de faire synthétiser de la vitamine A par du riz. Ce riz
prend une couleur jaune-orange qui lui vaut son nom de riz doré.
Cette expérience a été réalisée dans le but d’apporter un
supplément de vitamines aux dizaines de millions de gens qui
tombent aveugles et meurent par manque de cette vitamine. Trois
gènes agissant en cascade sont nécessaires pour permettre la
synthèse de vitamine A.
Après cette première étape qui constitue une preuve du concept, de
nombreux obstacles restaient à franchir. Le premier concernait les
droits d’exploitation des techniques de transgenèse. L’exploitation
du riz doré dépend en effet de 40 brevets détenus par
12 entreprises. Les auteurs ont réussi à obtenir des licences
gratuites et la liberté d’opérer pour cette variété de riz, à
condition que les techniques mises en œuvre ne s’appliquent qu’à
des projets destinés à aider les pays nécessiteux. Cette
négociation longue et difficile s’est donc terminée par un franc
succès qui dépasse le cas du riz. Il montre en effet que des
arrangements avantageux avec les entreprises multinationales sont
possibles à condition d’y consacrer l’énergie suffisante.
Une deuxième question est celle de savoir si la quantité de
vitamine A présente dans le riz doré est suffisante pour palier, au
moins en partie, les déficits nutritionnels de nombreux humains.
Les variétés les plus récentes contiennent environ 1 µg de
vitamine A par gramme de matière sèche [1]. Cette valeur est
considérée comme suffisante pour apporter un supplément
significatif de vitamine A aux consommateurs sans modifier leurs
habitudes alimentaires. Un autre problème reste, semble-t-il, dans
le flou. La vitamine A n’est pas en effet immédiatement disponible
pour le métabolisme du consommateur, et le taux d’absorption de la
vitamine A du riz reste en partie inconnu tant que des essais chez
l’homme n’auront pas été réalisés.
L’étape suivante consistait à transférer le procédé à des variétés
de riz consommées par ceux qui ont besoin d’un supplément en
vitamine A. C’est maintenant chose faite puisque les variétés
Golden Indica et Japonica Rice vont commencer à être
cultivées dans plusieurs pays en Asie [1]. Ces nouvelles variétés
ont été améliorées pour ne plus souffrir des défauts des premières
lignées. Ces lignées ne comportent qu’une seule copie de transgènes
pour éviter leur possible extinction au cours du temps. Aucun gène
de résistance à un antibiotique ne persiste dans le génome des deux
variétés de riz. Un autre obstacle, mais qui ne suffit pas à
décourager les acteurs du projet, est l’hostilité systématique des
opposants aux OGM qui nient l’intérêt du riz doré. Il n’est pas
encore certain que cette aventure va réellement améliorer la santé
de ceux qui manquent de vitamine A, mais ce projet, exemplaire à
bien des égards, devrait plutôt bénéficier du soutien critique de
l’opinion publique n
1. Hoa TTC, Al-Babili S, Schaub P, Potrykus I, Beyer
P. Golden Indica and Japonica Rice lines amenable to deregulation.
Plant Physiol 2003 ; 133 : 161-9.
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