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Les méthodes permettant d‘évaluer la présence d‘allergènes dans les aliments


Publiée dans la revue : Cahiers Agricultures. Novembre-Décembre 2003. Volume 12Numéro 6,

Auteur(s) : Louis‐Marie Houdebine

Auteur(s) : Louis-Marie Houdebine

Les pouvoirs allergiques d’un certain nombre de denrées alimentaires sont bien connus. Certains fruits de mer, les œufs, le lait, le kiwi, l’arachide, la noix du Brésil… déclenchent chez les consommateurs des réactions qui peuvent conduire à la mort dans les cas les plus sévères.
La présence de ces allergènes a le plus souvent été révélée par l’usage et non par une étude spécifique. La consommation de ces produits, dont certains, comme les arachides, causent la mort d’un nombre respectable d’individus chaque année, est libre. C’est tout juste si l’on voit mentionné sur les emballages que le produit contient, par exemple, des extraits d’arachides et peut donc être allergène.
L’avènement des plantes génétiquement modifiées a relancé, à juste titre, le problème. Toutes les plantes contenant un gène étranger et destinées à l’alimentation non seulement humaine mais également animale, sont soumises à des tests de toxicité et d’allergénicité. Ces deux types d’effets sont en effet considérés comme les seuls susceptibles de poser des problèmes aux consommateurs.
Les tests de toxicité sont bien connus, car ce sont ceux qui sont couramment employés pour évaluer les effets indésirables des médicaments. Le problème, dans ce cas, consiste non à définir les tests à mettre en œuvre mais à déterminer ceux que l’on va effectivement mettre à contribution pour révéler la présence de substances toxiques à effets aigus ou lents dans les aliments.
L’allergénicité est connue pour être un phénomène complexe qui se manifeste de manière très variable et peu prévisible selon les individus. Un certain nombre de critères ont été retenus pour définir si un aliment est effectivement allergène ou a des chances de l’être [1].
Il est ainsi recommandé, lorsque l’on veut modifier des plantes génétiquement modifiées, de ne pas utiliser de gènes provenant d’organismes connus pour être allergènes. Il y a en effet des chances non négligeables pour que le gène d’intérêt code lui-même pour une protéine allergène. Le cas du soja supplémenté en albumine provenant de la noix du Brésil en est un exemple. Ce soja s’est retrouvé puissamment allergène, car l’albumine de la noix du Brésil est un des inducteurs majeurs de réactions allergiques chez ceux qui consomment ce fruit. Ce fait n’était pas connu lorsque ces expériences ont été réalisées. Le contre-exemple est celui du riz supplémenté en une protéine provenant de l’amarante, une plante non allergène. Ce riz ne présente aucune propriété allergène.
L’examen de la séquence primaire d’une protéine peut révéler la présence de régions homologues à celles trouvées dans des protéines allergènes. La présence ou l’absence de telles séquences n’assurent pas que la protéine est ou n’est pas allergène, mais cela est une très bonne indication.
Une protéine a par ailleurs d’autant moins de chance d’être allergène qu’elle est rapidement dégradée in vitro par des enzymes de digestion.
Une protéine est un allergène si sa mise au contact avec le sérum de patients allergiques déclenche la dégranulation de mastocytes in vitro. Un test cutané indique également qu’une substance est allergène, en provoquant une réaction inflammatoire locale.
Tous ces tests ne constituent pas une preuve absolue qu’un aliment est allergène ou non, mais ils sont fortement indicatifs qu’un aliment peut poser un problème. Ces tests doivent être affinés pour être plus précis, plus sûrs et plus prédictifs.
Si l’on considère que les plantes génétiquement modifiées commencent à être soumises à des comparaisons systématiques de leur composition avec celle de plantes non modifiées [2], il n’est pas exagéré d’affirmer que les OGM sont mieux connus, mieux surveillés et probablement plus sûrs que les produits conventionnels. A posteriori, les tests appliqués aux aliments conventionnels paraissent quelque peu superficiels et il est probable que leur cohabitation avec les OGM va conduire au renforcement des contrôles des aliments traditionnels. Cela devrait contribuer à réduire leurs effets secondaires indésirables n

1. Jank B, Haslberger AG. Improved evaluation of potential allergens in GM food. Trends Biotechnol 2003 21 : 249-50.

2. Kuiper HA, Kok EJ, Engel KH. Exploitation of molecular profiling techniques for GM food safety assessment. Current Opinion Biotechnol 2003 :14 : 238-43.


 

 

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