| Bovine |
Ovine |
Caprine |
Poulet |
Dinde |
Autres |
Total |
| Production
(1 000 t) |
42,068 |
36,9 |
6,174 |
53,025 |
10,86 |
2,190 |
151,217 |
| Production
(en %) |
27,8 |
24,4 |
4,1 |
5,1 |
7,2 |
1,4 |
100 |
(Source : Direction générale de la planification du
développement et des investissements agricoles
(DGPIA) = les réalisations du 8eplan, 1996)
Évolution des prix
Au niveau de la production, le prix de vente au kg de poids vif
est passé de 1DT*1 en 1980 à environ
4,5DT en 2000. Le mouton fait l’objet d’un marché très
spéculatif notamment pendant la période qui précède la fête de
l’Aïd El-Kébir ou « fête du mouton » qui occasionne un
prélèvement d’environ 800 000 têtes, entraînant ainsi une
montée régulière des prix contre laquelle l’État vient récemment
d’adopter des mesures destinées à régulariser le marché.
Le prix de la viande s’est accru très fortement en
20 ans : de 2,5DT en 1981, 5DT en
1992, le prix est passé à 8,5DT le kg de carcasse en
2000.
* DT = Dinar tunisien ;
1DT = 1,4882 euro.
Bilan
Il ressort de cet aperçu statistique général plusieurs constats
contradictoires :
– une augmentation des effectifs, malgré le caractère
fluctuant et donc encore aléatoire de l’élevage, malgré le
rétrécissement des aires pastorales et les aléas
climatiques ;
– une augmentation de la production de viande résultant
davantage de l’augmentation des effectifs que d’une réelle
amélioration de la productivité des troupeaux ;
– une baisse régulière de la consommation par habitant ;
– une commercialisation marquée par la fête de l’Aïd, qui
concentre un prélèvement important sur une courte période de
l’année, et qui fait l’objet d’une forte
spéculation ;
– une augmentation régulière des prix.
Cette situation problématique et spécifique de l’élevage au niveau
national, interpelle la recherche-développement sur son bilan des
années écoulées et sur la redéfinition de ses orientations et
objectifs futurs.
Acquis de la recherche – développement selon les systèmes
d’élevage
En se fondant sur trois facteurs de classification, retenus
selon des études FAO [14, 15] – le modèle de gestion
dominant, la région et la taille du troupeau, et enfin
l’alimentation – il est déjà possible de proposer une
synthèse recouvrant la majorité des systèmes d’élevage. Cette
classification « ou typologie à dire d’expert » est
schématisée, en fonction de ces trois facteurs pris indépendamment
(figure 2) ou
combinés (figure
3).
Grands troupeaux des plaines céréalières du secteur organisé ou
privé
Ce type représente environ 20 % de l’ensemble des effectifs
ovins et caprins, détenus par la plupart des fermes d’État héritées
de la période coloniale, par des sociétés de mise en valeur et de
développement agricole, et par certains grands producteurs privés.
Les troupeaux sont constitués d’unités de 200 à 250 brebis en
moyenne.
Le système d’alimentation repose sur une utilisation des parcours,
de la jachère et des résidus de récolte disponibles (système
pastoral et agro-pastoral). Des améliorations pastorales menées par
certains agro-combinats visent à accroître les réserves fourragères
(introduction de nouvelles espèces : médicago, sulla ou
Hedysarum coronarium, plantation de cactus inermes,
d’atriplex, etc.). Des essais sont également menés sur ferme pilote
de l’Office de l’élevage et des pâturages (semis de prairies de
fétuque). La complémentation en concentré acheté est généralisée.
Elle est de l’ordre de 200 g par brebis et par jour durant 4 à
5 mois par an (périodes de flushing et de
steaming) ; les agneaux en reçoivent en
creep-feeding, 50 à 150 g pendant trois mois, et chaque
bélier de 200 à 300 g par jour en période de lutte. Ainsi,
environ 10 à 15 % des besoins énergétiques sont donc couverts
avec des aliments concentrés.
La lutte a lieu au printemps. Dans la plupart des fermes, elle
s’étale sur 2 à 3 mois, avec l’introduction des béliers qui
sont séparés du troupeau le reste de l’année. C’est ainsi grâce à
« l’effet bélier » [16] et avec 1 mâle pour 20
à 25 brebis, que des résultats de fertilité satisfaisants sont
atteints (taux de fertilité parfois supérieur à 90 %).
Pour profiter des prix attractifs de la viande ovine durant les
mois de janvier-février, certains éleveurs cherchent à obtenir un
agnelage précoce en septembre-octobre. Cette pratique expose les
jeunes aux contraintes de chaleur de fin d’été ou de début
d’automne, ainsi qu’au risque de retard de démarrage des pluies
automnales, ce qui nécessite le recours à une forte complémentation
de la brebis en début de lactation. Dans d’autres cas, la lutte de
rattrapage à l’automne, permet d’améliorer les performances non
seulement de reproduction, mais aussi de croissance des agneaux,
puisqu’ils peuvent mieux profiter de la pousse de l’herbe en hiver
au moment de leur démarrage, mais elle pose en l’occurrence le
problème de leur finition avec l’arrivée de l’été [17].
Impact des actions de recherche
Le transfert des acquis des programmes de
recherche-développement soutenus par des projets successifs,
notamment avec la coopération française2, s’est assez bien effectué dans l’ensemble
et a permis une « rationalisation » de la conduite des
troupeaux et à l’amélioration de leurs performances. Les actions
ont porté, essentiellement, sur : i) la reproduction
(regroupement des agnelages en octobre, mise à la lutte précoce des
agnelles) ; ii) la maîtrise de la période de tarissement des
brebis (le 1er mars au plus tard) ; iii)
l’utilisation de traitements hormonaux pour stimuler la reprise de
l’activité sexuelle en cas de durée d’allaitement prolongée ou pour
augmenter la prolificité ; et iv) l’amélioration génétique par
l’introduction des outils de contrôle de performances : carnet
d’agnelage, contrôle laitier et de croissance [18].
Malgré tous ces efforts d’amélioration technique centrés sur le
secteur étatique depuis plusieurs décennies, on se heurte à la
persistance de contraintes structurelles d’organisation et de
gestion à l’encontre de la durabilité du système. C’est pourquoi on
assiste actuellement à un désengagement de l’État et à la création
de sociétés de développement privées dans l’espoir de plus de
compétitivité.
2En plus d’une coopération connue
de longue date avec l’Inra dans le domaine des recherches sur les
ovins, il convient de signaler le rôle du projet pilote de
formation-recherche-développement, entre l’ESA Mateur et l’Ina-PG
de 1979 à 1984, en matière d’expérimentation in situ des
résultats de la recherche (notamment sur les ovins) à travers une
année de formation sur le terrain.
Petits et moyens troupeaux à caractère familial
La taille des troupeaux familiaux est liée à la superficie
propre des exploitations, mais également aux superficies
disponibles en terres collectives ou encore en zones forestières.
En zone de montagne ou de piémont du nord-ouest, les troupeaux
familiaux présentent le plus souvent une association ovins-caprins
avec un effectif total qui se situe entre 10 et 20 têtes. Dans
le centre-sud, on rencontre 62,1 % des effectifs totaux. On
peut y associer, du point de vue gestion, quelques grands
troupeaux, sédentaires ou transhumants.
L’élevage est extensif avec un pâturage sur parcours forestiers,
sur terres marginales et incultes, ou sur maquis… (système
sylvo-pastoral), pour les troupeaux du nord-ouest. Pour le reste du
pays, il repose sur les parcours dégradés présahariens, avec une
charge assez forte (système pastoral) ; et également sur les
chaumes, pailles et sous-produits de l’exploitation (système
agro-pastoral). Le recours à la complémentation reste limité aux
périodes critiques. À cet effet, les éleveurs ont tendance à
utiliser, soit de l’orge soit des grignons d’olive en mélange avec
du son, dans les proportions 50-50, sachant que le son est un
aliment bon marché. L’utilisation d’aliment concentré est soutenue
par l’État, notamment durant les campagnes de sauvegarde.
La reproduction est caractérisée par une lutte continue, puisque
les béliers sont maintenus en permanence dans le troupeau, pour la
majorité des élevages familiaux. Cette pratique entraîne un
étalement des agnelages sur toute l’année avec cependant un
regroupement spontané en automne et en hiver, en adéquation avec
les disponibilités fourragères, alors que l’activité sexuelle
devrait présenter un pic à l’automne. Cette caractéristique de la
brebis, notamment de race Barbarine à cycle désaisonné et à période
sexuelle assez longue, lui permet sur le plan physiologique, de
mettre bas plus d’une fois par an, ce qui est pratiqué par certains
éleveurs pour améliorer leurs revenus, chez qui on a pu constater
que la productivité numérique de leur troupeaux est largement
tributaire du pourcentage de femelles mettant bas deux fois par an
(jusqu’à un tiers des femelles) [19].
Impact des actions de recherche-développement
Une stratégie nationale de développement pastoral (ou des
parcours forestiers collectifs) suivie par les organismes de
développement, a visé de 1990 à 2000, la plantation de 500 000
hectares d’arbustes fourragers, l’aménagement de 1,2 million
d’hectares de parcours, l’aménagement intégré à la CES de
1 million d’hectares et le reboisement de
150 000 hectares. Cependant, on note une certaine
réticence des agriculteurs (surtout des zones céréalières) à
convertir une partie de leur terre à la plantation d’arbustes
fourragers, tels que le cactus inerme ou l’acacia, dont l’effet
bénéfique est connu tant sur la productivité des animaux dans les
régions à faible potentiel fourrager, que sur l’environnement
(fixation du sol…).
Certains projets de recherche-développement (en particulier avec
l’Icarda et dont le plus récent est le projet Mashreq-Magreb) se
sont intéressés aux élevages familiaux et traditionnels, en zones
aride et semi-aride, et s’étaient assignés parmi les objectifs,
l’intégration de l’élevage dans le système de production et
l’adoption des nouvelles technologies [20, 21]. Les travaux ont
porté essentiellement sur l’amélioration de l’alimentation et de la
conduite des troupeaux. L’accent a été mis, en particulier, sur le
développement du système d’assolement biennal médicago-blé,
l’utilisation de blocs alimentaires, de paille traitée… ; le
regroupement des agnelages et l’augmentation de la fertilité par
l’effet bélier…
Malgré la volonté d’aborder la recherche selon une vision
systémique, certaines défaillances méritent d’être soulignées.
• Cette recherche est restée fragmentaire et disciplinaire, avec
des équipes d’économistes et de zootechniciens travaillant sur des
zones différentes3 ; manque de
continuité, tant au niveau des équipes de chercheurs, que dans le
temps.
• Le plus souvent, on n’a pas cherché à privilégier la
compréhension, la logique des agriculteurs, mais plutôt à mesurer
la capacité de réception, d’adoption en rapport à une politique
classique de transfert de technologie. Or les techniques proposées
sont celles qui sont acquises dans les stations de recherche, et
ayant plutôt fait leur preuve sur les grosses unités de production.
Elles ne tiennent pas toujours compte de la complémentarité de
l’élevage (entretien à moindre coût) avec le système de culture au
sein du système de production. Elles ne correspondent pas forcément
au mode de fonctionnement des petits élevages à caractère
polyvalent, et à la volonté des éleveurs d’avoir une production
étalée sur toute l’année par exemple, pour satisfaire des besoins
d’autoconsommation ou de fêtes religieuses [22] ou, tout
simplement, d’étalement du revenu.
Comment alors adapter les acquis de la recherche, appliquer
l’effet bélier tout en respectant le choix de l’éleveur à
échelonner sa production ou à répondre à la demande de l’Aïd, qui
se décale tous les ans en profitant du caractère désaisonné de la
race ? Un exemple qui remet en question le modèle normatif,
pour aller vers une recherche plus adaptée est l’expérience de
trois agnelages en deux ans. Cette technique, reconnue par la
recherche classique comme moyen d’intensification de la production,
s’est révélée onéreuse en Tunisie du fait du mode intensif de
production mis en œuvre [23]. Or, une étude menée en France a
démontré que cette pratique peut être utilisée dans des élevages
extensifs, comme moyen de réguler et d’échelonner la production, de
donner plus de chance aux brebis de se rattraper [24].
Les travaux de recherche sur ces systèmes familiaux restent
timides et limités, notamment l’analyse des pratiques d’élevage qui
pourrait orienter les actions de développement. Suite à un
diagnostic basé sur l’analyse du genre, signalons le cas d’ateliers
de formation initiés par une ONG dans le cadre d’un projet de
développement intégré, en direction des femmes rurales. Dans sa
zone d’action, les femmes assurent le suivi de 87 % des
élevages [25]. Une plus grande mobilisation en moyens humains et en
matériel assurerait un meilleur diagnostic et suivi, à plus long
terme, des élevages familiaux qui jouent un rôle social important
dans le maintien des populations rurales.
3Comme c’est le cas de la première
étape du projet Machrek-Maghreb. Atelier d’évaluation du projet
Mashreq-Maghreb, Institut de la recherche et de l’enseignement
supérieur agricole (Iresa), Sidi Thabet, février 1998.
L’élevage laitier
Composé de brebis sicilo-sardes ou de chèvres alpines, les
troupeaux de taille variable sont alimentés de fourrages produits
sur l’exploitation ou achetés. Pour quelques rares élevages
intensifs, notamment pour les races importées, l’alimentation
repose, à l’exemple des bovins laitiers, sur des fourrages en vert
et sur de l’ensilage (système dit fourrager). Dans le secteur
organisé, ces élevages ont bénéficié d’appuis techniques au même
titre que les élevages à viande : amélioration de la conduite
en général avec sevrage précoce ou semi-sevrage des agneaux
permettant d’atteindre près de 100 litres de lait/lactation
dans les meilleurs troupeaux pour la sicilo-sarde. L’écoulement du
lait pour les ovins, est facilité par l’installation d’industries
laitières dans un contexte d’intégration aval. On note des
difficultés de commercialisation du lait de chèvre dans le Nord
mais une meilleure organisation de la filière caprine dans les
oasis.
Cependant la recherche-développement se heurte à certaines
contraintes d’ordre organisationnel ou socio-économique, telle que
l’absence de contrôle laitier dans certaines sociétés privées (un
contrôle simplifié peut-il constituer une solution intermédiaire et
moins coûteuse ?), ou tels que la variation et la baisse
relative du prix du lait par rapport à celui de la viande… Ces
facteurs font que l’élevage laitier connaît actuellement des
difficultés, avec comme conséquences des effectifs en baisse pour
la Sicilo-sarde4 et une orientation
vers la production de viande du troupeau Lacaune du fait du
caractère mixte de la race [26]. Une meilleure organisation de
toute la filière s’impose, notamment par une garantie et une
indexation du prix du lait.
4Communiqué lors de l’atelier de
travail « Projet fédérateur ovin », Sidi-Thabet, Iresa,
12-13 mars 2002.
Les troupeaux transhumants
La transhumance est pratiquée d’une manière occasionnelle ou
régulière, généralement selon la direction sud/nord, des zones
arides vers les chaumes du Tell. Elle concerne soit des grands
troupeaux ovins, soit un regroupement de plusieurs petits
troupeaux, confiés à un berger. C’est le mode d’élevage qui
s’adapte le mieux à l’écologie particulière des régions arides.
Mais l’accroissement du cheptel engendre une dégradation des
parcours et encourage les céréaliculteurs du Nord à maintenir la
jachère à l’encontre de la politique d’intensification [27]. Compte
tenu de leur spécificité, ces systèmes d’élevage, n’ont pas fait
l’objet d’études approfondies et demeurent de ce fait mal
connus.
Les systèmes urbains ou péri-urbains
L’émergence de ce nouveau type d’élevage5 résulte de l’extension des villes. L’élevage en
tire des bénéfices en matière de proximité des intrants et des
possibilités d’écoulement ; en revanche, il se retrouve en
concurrence avec l’urbain en termes d’accès au foncier. Des
familles résidant en zone urbaine et issues de l’exode rural
souhaitent continuer à pratiquer un petit élevage d’appoint, que
les espaces verts de proximité, les bords de route, mais aussi des
compléments (résidus de pain des particuliers et de la restauration
collective, sous-produits des marchés aux légumes) vont permettre
d’entretenir.
Bien que ces systèmes d’élevage ne soient pas marginaux, leur
fonctionnement est quasiment méconnu, malgré un début de travail
qui a plus porté sur l’élevage bovin [28]. Étant donné leur
importance sociale et leur impact sur l’environnement, leur
organisation mériterait une étude approfondie qui s’appuie sur une
équipe pluridisciplinaire dont les membres seraient issus des
organismes participants au développement local : ministère de
l’Agriculture, ministère de l’Environnement, municipalités…6.
5Défini selon une approche GTZ,
identifié lors de l’atelier sur l’amélioration des petits
ruminants, Hammamet, avril 1995, Projet STD3.
6Question débattue pendant le cours participatif
de perfectionnement organisé par la GTZ en RFA. Développement de la
production animale sous les tropiques :
interaction-recherche-vulgarisation-développement. Août-septembre
1997.
Bilan des acquis de la recherche et impact sur le
développement
La recherche, bien avancée dans le secteur des ovins, dispose de
nombreux acquis en matière de connaissances techniques :
alimentation, génétique, physiologie de la reproduction, maladies
et hygiène vétérinaire, performances de production [29].
Sur le terrain, certains de ces acquis ont apporté des
améliorations certaines, en particulier dans les structures de
production les mieux à même de les appliquer : secteur
organisé, grandes exploitations privées. De surcroît, l’État par
différents moyens d’encouragement, de conseils, de vulgarisation y
a largement contribué. Mais cet effort n’a cependant concerné
qu’une minorité des cheptels et des producteurs concernés. Il en
résulte que la grande majorité des élevages (familiaux en
particulier) restent soumis à des conditions aléatoires de
production qui se traduisent par un faible niveau de
productivité.
Restée trop souvent fragmentaire et spécialisée, et malgré des
tentatives de diversification de ses thématiques, la recherche
ne donne pas de réponses à de nombreux problèmes qui se posent au
niveau du terrain.
Perspectives de recherche sur les systèmes d’élevage
Afin de faire évoluer la recherche vers une meilleure prise en
compte des besoins des producteurs, il est nécessaire de mieux
connaître les systèmes d’élevage et d’analyser leur fonctionnement
sur le long terme, en intégrant les dimensions techniques,
humaines, sociales et spatiales des activités. Nous proposons ici
quelques pistes.
Démarche
La démarche systémique peut être synthétisée en deux étapes
importantes : le diagnostic et la modélisation (figure 4) [30].
Diagnostic
Il permet d’abord de caractériser les différentes composantes du
système de production pris dans sa globalité et dans sa complexité,
et ensuite d’identifier et de hiérarchiser les contraintes qui
s’opposent au développement de l’élevage. Or ces contraintes, que
le chercheur ne peut pas rencontrer en milieu expérimental, et qui
sont liées aux différents facteurs environnementaux, sociaux,
géographiques, économiques…, peuvent avoir un effet déterminant sur
l’adoption ou non des innovations ou des acquis de la recherche
proposés par l’appareil de développement.
Modélisation
Elle permet d’accéder à une représentation des systèmes
d’élevage. La multiplicité des éléments qui entrent en jeu dans le
fonctionnement des élevages lui confère une forte diversité et
complexité, difficilement appréhensible par la recherche
agronomique classique, qui reste fondée sur une méthode analytique
réductrice, car les facteurs retenus (et en nombre trop limité)
sont, de surcroît, étudiés isolément. « La modélisation,
destinée à établir les relations et à interpréter les interactions
entre les différents éléments du système, permet d’ordonner cette
diversité et d’appréhender cette complexité » [31].
Les recherches sur les systèmes d’élevage peuvent combiner
différents types de modèles (figure 5) :
– « les modèles zootechniques, centrés sur l’animal et
le troupeau, qui simulent la manière dont s’élaborent les
performances sous l’influence des pratiques d’élevage et des
facteurs de milieu ». Les modèles démographiques peuvent être
un bon outil pour simuler l’évolution du cheptel et sa
productivité, comme ils peuvent être un support pour d’autres
études techniques, comme par exemple l’étude de l’adéquation entre
besoins de la population animale avec la disponibilité fourragère…
Un ensemble de références déjà disponibles dans ce domaine,
faciliterait l’élaboration de modèle adaptés [32, 33].
– Les modèles « d’action », centrés sur les acteurs et
qui rendent compte des processus de prise de décisions. Si une
expérience existe en Tunisie, elle est essentiellement le fait
d’économistes qui ont entrepris, dans le cadre du projet
Mashreq-Magreb par exemple, d’analyser le développement des
politiques agricoles [34].
– Les modèles typologiques qui permettent d’obtenir une image des
activités d’élevage et de leur diversité à l’échelle territoriale,
locale ou régionale. Certaines tentatives de typologie des systèmes
d’élevage [35, 36] se sont fondées sur l’analyse des
caractéristiques structurelles des systèmes, travaux qui devraient
être complétés par une analyse fonctionnelle.
L’ensemble de ces outils autorise une meilleure organisation de la
recherche de références technico-économiques et par suite une
meilleure adéquation du modèle à la réalité et donner ainsi une
plus grande pertinence aux actions de vulgarisation.
Propositions d’axes de recherche
Les axes de recherche doivent s’articuler autour des trois pôles
du système d’élevage (homme, animal, ressources) [37] qu’il faut
commencer par identifier et caractériser dans un ensemble de
situations à la fois dans leur structure et dans les relations
entre les éléments du système permettant ainsi une analyse
fonctionnelle.
L’analyse des relations du système d’élevage ovin en articulation
avec les autres spéculations animales ou végétales ou avec son
environnement (pédo-climatique, socio-économique…) est également
nécessaire. Cette analyse peut être effectuée à différents niveaux
d’organisation – exploitation ou région
agricole – et doit tenir compte de l’ensemble de la
filière de l’amont à l’aval (figure 6).
L’étude de la relation homme-animal à travers l’analyse
compréhensive des pratiques d’élevage dans les systèmes familiaux
doit permettre d’aboutir à des typologies de fonctionnement de ces
élevages.
Élaboration d’une base de données, référentiel
technico-économique sur les systèmes d’élevage des petits
ruminants
Après l’évaluation des paramètres permettant de décrire le
fonctionnement du système, cette étape consiste à fournir des
données suffisantes et fiables sur les facteurs socio-économiques
et environnementaux, les paramètres techniques de la productivité
des troupeaux, les ressources alimentaires, etc.
Certains de ces paramètres sont d’ores et déjà disponibles au
niveau du secteur organisé ainsi qu’auprès de la recherche. En
revanche, les données restent encore largement fragmentaires au
niveau de la majorité des élevages familiaux. Dans ce contexte,
l’objectif serait d’analyser et de compléter les indicateurs de la
dynamique des systèmes d’élevage et de définir les contraintes qui
s’opposent à leur développement.
Nous proposons ici la création d’un observatoire qui s’appuie sur
un réseau d’éleveurs sélectionnés sur la base des typologies
précédemment élaborées et qui seraient suivis pendant plusieurs
années.
Cet observatoire serait un support d’étude des relations
animal-ressources (pastorales, fourragères…) sur l’ajustement de
l’offre végétale par rapport à sa dynamique saisonnière et aux
variations climatiques [38], en particulier sur parcours, en
relation avec les besoins des animaux et la qualité des produits,
la majorité des travaux d’alimentation étant menée sur des animaux
à l’auge ou en situation contrôlée.
Ce programme nécessite une meilleure collaboration des différentes
institutions impliquées et une participation de la profession.
Élaboration ou adaptation d’outils d’aide à la décision -
Modèles de simulation
L’objectif de ces outils étant de prédire la dynamique des
systèmes d’élevage et d’optimiser leurs performances, par rapport à
différents types de conduite et de gestion. Après la constitution
de la base de données recueillies sur le terrain, et après les
phases de conception et de validation, ces modèles pourront aider à
orienter les choix des axes de recherche et de développement et
servir ainsi de support à la vulgarisation et à la
planification.
Reposant sur l’outil informatique, les modèles de
simulation permettent de tester expérimentalement et à peu de
frais, des conditions hypothétiques telle que la décision ou non
d’introduire dans le troupeau (ou de diffuser à une échelle plus
large) une nouvelle race comme la D’men.
Les développements informatiques actuels nous semblent
mobilisables par la recherche dans les pays en développement, en
particulier pour la recherche sur les systèmes d’élevage. Les
différents axes de recherche proposés peuvent être menés en
parallèle, mais ils nécessitent une programmation sur le long terme
et un fonctionnement en équipe pluridisciplinaire ouverte.
Conclusion
Malgré la volonté politique de réduire le déficit en viande
rouge depuis le début des années 1970 [39, 40], il faut admettre
que la croissance de la production ne suit pas celle de la
population, avec comme conséquence une diminution régulière de la
consommation et une dérive des prix.
Pourtant l’État, à travers l’ensemble de son appareil de
développement, et des mesures incitatives, n’a cessé d’appuyer ce
secteur de l’élevage, notamment par le biais de projets de
développement sectoriels et par la création de structures à
vocation territoriale plus intégratives (subventions apportées aux
différentes étapes de la filière).
Le développement qui résulte d’un compromis subtil entre des
stratégies définies par l’État et des stratégies paysannes montre
que le premier atteint difficilement ses objectifs. Au niveau de la
recherche, les raisons sont liées à une approche essentiellement
techniciste : « Efficience et rentabilité sont d’ailleurs
les seuls critères qui sont pris en compte en matière de choix
technologique. La maîtrise sociale, l’adéquation par rapport à
l’organisation sociale, à l’aménagement de l’espace, aux
contraintes du milieu physique n’ont pas beaucoup fait l’objet
d’investigation » [41].
L’adoption d’une démarche systémique par une équipe de recherche
renforcée par son caractère intégrateur de toutes les composantes
de développement de la filière viendrait utilement compléter le
dispositif de recherche actuel. Elle permettrait :
– d’élaborer des typologies qui intègrent à la fois les
secteurs très organisés et les nombreuses exploitations continuant
à pratiquer une production de subsistance ;
– de définir, en conséquence, des stratégies d’action avec
des choix prioritairement fixés selon les systèmes, selon la zone
géographique…, en adéquation avec la politique déjà mise en œuvre
en matière de développement agricole et rural : renforcement
dans l’économie marchande pour les uns, maintien d’une population
rurale pour les autres ;
– La dimension du pays et la faiblesse des moyens humains et
matériels plaident pour un renforcement de leur efficience par une
plus grande intégration et synergie des différentes structures
concernées ;
– de faire évoluer la recherche qui se révèle trop limitée dans le
temps et dans l’espace vers une approche régionale ;
– de créer une synergie entre les différents acteurs de la filière
rattachés aux structures nationales qui interviennent dans la
recherche-formation-développement, afin d’améliorer la liaison et
le relais entre la production et la recherche et de permettre à la
recherche, à l’initiative déjà entreprise dans le cadre de
programmes fédérateurs, d’être plus ancrée à la problématique de
terrain n
Références
1. Jollivet M. Pour une agriculture
diversifiée. Arguments, questions, recherches. Paris :
L’harmattan, 1988 ; 336 p.
2. Brossier J, Vissac B, Le Moigne JL.
Modélisation systémique et système agraire. Décision et
organisation. Versailles : Inra-SAD, 1990 ;
365 p.
3. GRET. Démarches de recherche-développement,
appliquées au secteur de la production rurale des pays en voie de
développement. Collection des ateliers technologique et
développement 1984 ; 2 : 91 p.
4. Bory A, Paul JL. Réflexion sur les synergies
possibles entre la recherche-développement et la recherche
agronomique classique. Bull Agr des Antilles et de la
Guyane. 1992 ; 11 : 24-39.
5. Direction générale de la planification du
développement et des investissements (DGPDIA). Enquête sur les
structures des exploitations agricoles en 1994-1995.
Tunis : Ministère de l’Agriculture, 1996.
6. Daldoul A. Analyse de la mortalité des agneaux
de race barbarine. Mémoire de fin d’étude, Cycle Ingénieur, ESA
Mateur, 1995, 67 p.
7. Sarson M. Conduite des troupeaux ovins dans la
station d’Oueslatia et d’Ouled M’hamed. Séminaire sur l’élevage
ovin et l’aménagement des parcours en Tunisie centrale, CRDA
Kairouan, 18-21 avril 1972, 12 p.
8. Direction générale de la planification du
développement et des investissements (DGPDIA). Réalisations du
8e plan (1992-1996). Tunis : Ministère de
l’Agriculture, 1997, 87 p.
9. Khaldi G. Influence de l’âge au sevrage et du
mode de naissance des agneaux sur la production laitière des brebis
de race sicilo-sarde pendant les phases d’allaitement et de traite.
Ann Inrat 1987 ; 60 : Fasc. 14 ;
16 p.
10. Jolivalt M. La brebis laitière sicilo-sarde
en milieu unité coopérative de production agricole UCPA.
Journées d’information-Débat : L’élevage ovin laitier et son
organisation, 22-23 Novembre 1990, 20 p.
11. Djemmali M, Ben M’Sallem I, Bouraoui R. Effet du
mois, mode et âge d’agnelage sur la production laitière des brebis
sicilo-sardes en Tunisie. Opt Med 1996 ; 6 :
111-7.
12. Sethom H. La population tunisienne.
Géographie de la Tunisie 1980 (2e Série) ;
XII : 107-44.
13. Ben Dhia M. L’élevage ovin en Tunisie. Situation
actuelle et perspectives d’avenir. Cah Opt Méd 1996 ;
6 : 9-20.
14. Food and Agriculture Organisation (FAO).
Programme de développement des productions fourragères et de
l’élevage. Tunis : Ministère de l’Agriculture ;
DGPDIA, 1989 ; 69 p.
15. Food and Agriculture Organisation (FAO).
Programme de soutien de l’investissement. Tunis :
Ministère de l’Agriculture ; DGPDIA, 1989 ;
128 p.
16. Khaldi G. Variations saisonnières de
l’activité ovarienne, du comportement d’oestrus et de la durée de
l’anoestrus post-partum des femelles ovines de race
barbarine : influence du niveaux alimentaire et de la présence
du mâle. Thèse d’État de l’université des sciences et
techniques du Languedoc, académie de Montpellier, 1984,
168 p.
17. François M, Snoussi S. Possibilité
d’amélioration de la production de viande d’agneaux par un système
de conduite associant lutte d’automne et lutte de printemps.
Bulletin ESA Mateur 1981 ; (6) : 26-35.
18. Boichar D. Programme de coopération
France-Tunisie. Projet de développement de la production ovine dans
le nord de la Tunisie. Rapport d’activité. Tunis : Inrat,
1984 ; 12 p.
19. Diop AM, Bouaziz C. Intégration du système
d’élevage ovin dans le centre sud de la Tunisie. Projet de fin
d’études de l’École supérieure d’agriculture (ESA) de Mateur, 1997,
77 p.
20. Khaldi R, Khaldi G, Stilwel, Dahmane A. Étude
des systèmes de production dans une zone du semi-aride tunisien
(Goubellat), 1983-1985. Ann INRAT 1986 ; 59 :
Fasc. 2 ; 22 p.
21. Riahi J. L’impact potentiel de l’introduction
des nouvelles technologies dans les zones semi-arides de la
Tunisie : cas de l’exploitation de la région de Kesra.
Mémoire de fin d’étude INAT, 1996, 60 p.
22. Sakouhi M, Touati Z. Comportement des
éleveurs. Étude des performances techniques et économiques du
système d’élevage. Zone d’El Hara (Région du kef). Mémoire de
fin d’étude de l’École supérieure d’agriculture (ESA) de Mateur,
1997, 73 p.
23. Khaldi G. Conduite de trois agnelages en deux
ans associant deux troupeaux ovins de race barbarine à la station
de Bou Rébia. Séminaire ovin, ESA Mateur, 1980.
24. Landais E, Lasseur J. Idées de troupeaux.
Pratiques et conceptions d’éleveurs préalpins. In :
Pratiques d’élevage extensif. Études et Recherches SAD.
Paris : Inra Éditions, 1993 : 37-51.
25. Jaouadi M, Hammami L. Diagnostic et analyse
du système d’élevage extensif dans la région de Tabarka ; zone
El-Fejja. Mémoire de fin d’études de l’École supérieure
d’agriculture (ESA) de Mateur, 1995, 80 p.
26. Snoussi S. Système d’élevage et performances
technico-économiques de la race laitière Lacaune en Tunisie.
In : Prospects for a subtainable dairy sector in the
Mediterranean. EAAP publication 2003 ; (99) :
344-50.
27. Meddeb MN. Étude socio-économique de la
production de mouton dans le gouvernorat de Kairouan. Thèse de
doctorat en médecine vétérinaire, Sidi-Thabet, 1983, no
186, 78 p.
28. Thiam MB, M’Hiri F. Les systèmes d’élevage
péri-urbains du grand Tunis. Projet de fin d’études de l’École
supérieure d’agriculture (ESA) de Mateur, 1998, 43 p.
29. IRESA. Bilan des recherches sur les petits
ruminants. Atelier de travail. ESA Mateur, 20-21 septembre
1999, 84 p.
30. Dolle V. Les outils et méthodes du diagnostic
sur les systèmes d’élevage. Les cahiers de la recherche
développement 1984 ; 3/4 : 89-96.
31. Landais E. Principes de modélisation des
systèmes d’élevage – Approche graphiques. Les cahiers
de la recherche développement 1992 ; 32 : 82-93.
32. Snoussi S. Élaboration d’un modèle de
simulation de la démographie d’un troupeau ovin : utilisation
pour l’aide à la prise de décisions technico-économiques sur
l’élevage. Thèse de doctorat Ina/PG, 1989 : 221 p
+ annexes + logiciel.
33. Snoussi S. Modèle de prévision et de simulation
de la production de viande ovine à l’échelle nationale. S.l :
CEREOPA ; Ina/PG, 1991, 16 p.
34. Lachaal L, Thabet B, Mahfoudhi L, Chaherli N.
Multimarket analysis of agricultural politicies in Tunisia.
In : The development of integrated crop/livestock
production in the low rainfall areas of West Asia and North Africa
(Mashreq/Maghreb Project) Annual Report. Tunis : Inrat,
1998 : 1-11.
35. Ben Salem H, Ben Hamouda M. Caractérisation des
systèmes d’élevage caprin dans la région humide et sub-humide de
Bizerte. MEDIT 1995 ; 2 : 59-61.
36. Ben Hamouda M, Elmi S, Tibaoui G, Rekik B,
Khemiri H. Introduction à la typologie des systèmes d’élevage
dans le Nord-Ouest. 5e journées nationales sur les
acquis de la recherche agricole, Iresa, Nabeul, 3-4 décembre
1998 : 29.
37. Landais E. Recherche sur les systèmes
d’élevage. Questions et perspectives. Versailles :
Inra-SAD, 1987 ; 75 p.
38. Duru M, Charpenteau JL. The farming system in
the Pyrenees: A model of the constitution and utilization of hay
stock. Agricultural system 1981 ; 7 : 137-56.
39. Sethom H. L’agriculture tunisienne à la
recherche de l’autosuffisance alimentaire. Géographie de la
Tunisie 1980 ; (2e Série) ;
XII : 145-85.
40. Sethom H. Pouvoir urbain et paysannerie en
Tunisie. Tunis : Cérès Productions ; FNRS,
1992 : 393 p.
41. Gachet JP. L’agriculture : discours et
stratégie. In : La Tunisie au présent. Paris :
éditions du CNRS, 1987 : 181-228.