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Bioefficacité des poudres et des huiles essentielles des feuilles de Chenopodium ambrosioides et Eucalyptus saligna à l‘égard de la bruche du niébé, Callosobruchus maculatus Fab. (Coleoptera, Bruchidae)


Cahiers Agricultures. Volume 12, Numéro 6, 401-7, Novembre-Décembre 2003, Étude originale


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Leon Azefack Tapondjou, Cornel Adler, Hamilton Bouda, Dominic Ajong Fontem , Laboratoire de chimie appliquée et environnementale, Faculté des sciences, Université de Dschang, BP 183, Dschang, Cameroun <tapondjou2001yahoo.fr> Centre fédéral de recherche biologique en agriculture et foresterie, Institut de protection des denrées alimentaires, Königin‐Luise‐Str. 19, D‐14195 Berlin, Allemagne Département de protection des végétaux, Faculté d‘agronomie, Université de Dschang, BP 208, Dschang, Cameroun .

Résumé : Les feuilles de Chenopodium ambrosioides L. et Eucalyptus saligna Smith, utilisées pour la protection des grains stockés par les paysans dans les hauts plateaux de l‘Ouest‐Cameroun, ont une forte teneur en huile essentielle. Les huiles volatiles extraites des feuilles de ces deux plantes par hydrodistillation ont été analysées par chromatographie en phase gazeuse (CPG) couplée à la spectrométrie de masse (SM). Ces huiles essentielles, ainsi que les poudres de feuilles, ont été testées pour leurs effets insecticides vis‐à‐vis de la bruche du niébé ( Callosobruchus maculatus F.). Les tests d‘efficacité par contact avec les graines de niébé traitées par les poudres et les huiles essentielles, ainsi que les test de contact et de répulsion sur papier filtre traité par les huiles essentielles, ont été réalisés à température et humidité relative (Hr) maintenues respectivement entre 25 et 27 °C et 70 et 75 %, respectivement. Les résultats montrent que la poudre et l‘huile essentielle des feuilles de C. ambrosioides sont plus efficaces (DL 50 ∓ 2,8 g\\kg pour la poudre et 0,17 µL\\g de graines pour l‘huile essentielle) que celles de E. saligna (DL 50 ∓ 322 g\\kg pour la poudre et 0,19 µL\\g de graines pour l‘huile essentielle) dans les graines traitées. L‘analyse chimique montre que les huiles essentielles de ces deux plantes contiennent des substances connues pour leurs propriétés insecticides, comme l‘ascaridole ou l‘α‐pinène, ce qui expliquerait leur utilisation empirique dans la protection des grains par les paysans de l‘Ouest‐Cameroun.

Mots-clés : Protection phytosanitaire.

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Leon Azefack Tapondjou1, Cornel Adler2, Hamilton Bouda1, Dominic Ajong Fontem3

1 Laboratoire de chimie appliquée et environnementale, Faculté des sciences, Université de Dschang, BP 183, Dschang, Cameroun
<tapondjou2001@yahoo.fr>
2 Centre fédéral de recherche biologique en agriculture et foresterie, Institut de protection des denrées alimentaires, Königin-Luise-Str. 19, D-14195 Berlin, Allemagne
3 Département de protection des végétaux, Faculté d’agronomie, Université de Dschang, BP 208, Dschang, Cameroun

Les produits stockés sont généralement attaqués par des insectes, des champignons et des rongeurs et très souvent les pertes sont considérables dans les pays tropicaux humides [1, 2]. Les pertes causées par les insectes sont les plus importantes, en raison du climat tropical et inter-tropical très favorable à leur développement et du type de stockage, peu propice à la lutte contre les insectes ravageurs des stocks. C’est ainsi, par exemple, que Caswell [3] a estimé à environ 2,4 % de perte annuelle par tonne de gousse en stockage au Nigeria suite à l’infestation par la bruche maculée (Callosobruchus maculatus F.). La situation est sensiblement la même au Cameroun et au Niger [4].
L’utilisation d’insecticides ou fumigènes de synthèse est l’une des méthodes de lutte efficace contre ces ravageurs [5, 6]. Mais la présence dans les denrées de résidus et l’apparition de souches d’insectes résistants à ces insecticides, ainsi que le prix élevé et la rareté des produits de bonne qualité sur les marchés locaux, deviennent de plus en plus préoccupants. Il importe donc de rechercher des méthodes alternatives de lutte et le règne végétal offre à cet effet beaucoup de possibilités.
De nombreuses études se développent actuellement pour isoler ou identifier des métabolites secondaires extraits de plantes qui ont une activité insecticide, répulsive ou antiappétante vis-à-vis des insectes. C’est ainsi qu’une étude préliminaire réalisée par les auteurs dans les hauts plateaux de l’Ouest-Cameroun, en vue d’inventorier les plantes localement utilisées par les paysans pour la protection des denrées stockées, a permis d’identifier plusieurs plantes à propriétés entomotoxiques déjà connues comme Chenopodium ambrosioides L. et Eucalyptus saligna Smith [7].
Les branches et les feuilles fraîches de ces plantes sont couramment utilisées pour protéger les grains de maïs (Zea mays L.) et les graines de haricot (Phaseolus vulgaris L.) et de niébé (Vigna unguiculata (L.) Walp.) contre les attaques de divers insectes de stocks dans des récipients traditionnels de conservation tels que les crips en bambou-raphia et les calebasses [7]. Nous avons remarqué que, même après une longue période de stockage, les feuilles sèches de ces plantes continuent d’émettre de fortes odeurs aromatiques persistantes, en relation avec leur contenu en huile essentielle pouvant être à l’origine de leur bioactivité.
La présente étude a donc consisté en l’extraction et la caractérisation chimique des huiles essentielles de feuilles de C. ambrosioides et E. saligna puis à l’évaluation de leurs effets insecticides et de celles des poudres de feuilles vis-à-vis de la bruche du niébé, C. maculatus.

Matériel et méthode

Collection et préparation du matériel végétal

Les feuilles de C. ambrosioides et E. saligna ont été récoltées en avril 1999 à Dschang, Cameroun, sur les hauts plateaux de l’Ouest-Cameroun. L’identité de ces plantes a été confirmée par les botanistes des départements de botanique et de foresterie de l’université de Dschang et les échantillons déposés à l’herbier national du Cameroun sous les références N° 15954/SRF/CAM pour C. ambrosioides et 18565/SRF/CAM pour E. saligna. Ces feuilles ont été séchées au laboratoire à température ambiante (26 à 28 °C) pendant 4 jours puis réduites en poudre dont une partie a été utilisée pour en extraire les huiles essentielles.
Les poudres ont été obtenues par broyage à l’aide d’un broyeur électrique (Jankle and Kundel KG, Typ A10, N5614, Allemagne). Le broyât a été ensuite passé sur un tamis de mailles de 0,5 mm de diamètre pour former une poudre fine à particules de granulométrie homogène.

Extraction et analyse chimique des huiles essentielles

Les huiles essentielles ont été extraites des feuilles sèches et partiellement broyées de C. ambrosioides et E. saligna par hydrodistillation pendant 8 heures à l’aide d’un appareil de type Clevenger modifié [8]. Les huiles essentielles obtenues avec des rendements de 0,8 % pour C. ambrosioides et 0,9 % pour E. saligna, de couleur jaune pâle et jaune clair, respectivement, ont été déshydratées avec du sulfate de sodium anhydre et conservées au réfrigérateur jusqu’à utilisation.
L’analyse chimique des huiles essentielles a été effectuée à l’aide d’un chromatographe en phase gazeuse HP 5890 II muni d’une colonne de type DB wax (60 m × 0,25 mm, d.i.) = 0,25 µm) et couplé à un spectromètre de masse HP 5972, dans les conditions suivantes :
– température du four : variant de 60 à 220 °C, à une vitesse de 5 °C/min ;
– gaz vecteur : hélium ;
– température d’injection de 230 °C et température d’interphase de 240 °C.
L’identification des différents constituants s’est faite à partir de leurs spectres de masse et de leurs indices de rétention dans la phase stationnaire en comparaison avec ceux des composés standard synthétiques de la banque des données informatisée de la bibliothèque de l’Institut de protection des denrées alimentaires de Berlin en Allemagne.

Élevage des insectes

Les élevages de masse en vue de l’obtention d’adultes de C. maculatus (origine : Allemagne) pour les bioessais, ont été réalisés sur les graines de niébé (Vigna mungo), dans une salle maintenue à température de 25 à 27 °C et humidité relative de 70 à 75 %. La souche utilisée a été celle de l’Institut de protection des denrées alimentaires.

Bioessais

Des graines de niébé n’ayant reçu aucun traitement chimique ont été achetées dans un supermarché à Berlin (Allemagne) pour les bioessais. Ceux-ci ont été réalisés dans une pièce à température et humidité relative maintenues entre 25 et 27 °C et 70 et 75 %, respectivement.

Toxicité par contact des graines traitées par les poudres de feuilles

Les poudres obtenues à partir des feuilles sèches de C. ambrosioides et E. saligna ont été mélangées à 50 g de graines contenues dans des boîtes en verre de 380 mL, à des doses de 1,25, 2,5, 5 et 10 % (m/m). Le mélange a été effectué dans un homogénéisateur rotatif (de marque Multifix GmbH, Allemagne). Tous les essais ont été répétés quatre fois pour chaque dose. Un lot de 25 insectes adultes non sexés, âgés de 2 jours au plus a été introduit dans chaque boîte qui a été immédiatement fermée. Les comptages des insectes morts ont été effectués après 24 heures de contact et tous les jours suivants pendant 6 jours avec la même périodicité de 24 heures. Les mortalités dans les boîtes traitées (Mo) ont été exprimées selon la formule d’Abbott [9] en mortalité corrigée (Mc) tenant compte de la mortalité naturelle observée dans les boîtes témoins (Mt) :

         Mo – Mt
Lc = –––––––– × 100
        100 – Mt

Toxicité par contact des huiles essentielles dans les grains

Pour chaque essai, 1 mL d’une solution acétonique contenant chacune des huiles essentielles à 2, 4, 8 et 12 µL/mL d’acétone a été ajouté à 40 g de grains contenus dans une boîte en verre de 380 mL, puis l’ensemble a été convenablement mélangé. Les essais ont été répétés 4 fois pour chaque dose. Toutes les boîtes ont été infestées par 20 insectes adultes non sexés et âgés de 2 jours au plus. Les comptages des insectes morts ont été réalisés chaque jour pendant une période de 4 jours. Les mortalités enregistrées dans les lots de grains traités ont été exprimées après la correction des résultats du témoin (dose zéro) selon la formule d’Abbott [9].

Toxicité par contact des huiles essentielles sur papier filtre

Quatre solutions de chacune des huiles essentielles (1, 2, 4 et 8 µL/mL d’acétone) ont été préparées en diluant des quantités connues d’huile dans l’acétone. Un millilitre de chaque solution a été répandu uniformément sur un disque de papier filtre (Whatman N° 1) de 7 cm de diamètre (38,5 cm2 de surface) à l’aide d’une micropipette. Après évaporation complète du solvant de dilution, chaque disque traité (c’est à dire à 0,026, 0,052, 0,10 et 0,20 µL/cm2) ou témoin (solvant seul) a été minutieusement placé dans une boîte de Pétri de même dimension. Quatre répétitions ont été effectuées pour chaque huile essentielle.
Un lot de 20 insectes adultes âgés de 2 jours au plus a été introduit dans chaque boîte de Pétri qui a été aussitôt fermée. Le nombre d’insectes morts a été comptabilisé après 24 heures et le taux de mortalité dans les boîtes traitées a été calculé en utilisant la formule d’Abbott [9] de correction par le résultat du témoin non traité.

Effet répulsif des huiles essentielles sur papier filtre

L’effet répulsif des huiles essentielles à l’égard des adultes de C. maculatus a été évalué en utilisant la méthode de la zone préférentielle sur papier filtre décrite par McDonald, et al. [10]. Ainsi, les disques de papier filtre de 7 cm de diamètre utilisés à cet effet ont été divisés en deux parties égales. Quatre teneurs différentes de chaque huile essentielle ont été préparées par dilution dans l’acétone, dans les proportions de 1, 2, 4 et 8 µL/mL d’acétone. À l’aide d’une micropipette, une quantité de 0,5 mL de chaque solution a été uniformément répandue sur une moitié de disque, tandis que l’autre moitié a reçu uniquement de l’acétone. Après évaporation complète du solvant, les deux moitiés de disque ont été ressoudées au moyen d’une bande adhésive. Le disque de papier filtre ainsi reconstitué a été placé dans une boîte de Petri de 7 cm de diamètre. Un lot de 20 insectes adultes âgés de 2 jours au plus a été placé au centre de chaque disque de papier dans les boîtes de Petri et cinq répétitions ont été effectuées pour chaque dose d’huile essentielle testée. Au bout de 2 heures, on a relevé le nombre d’insectes présents sur la partie de disque traitée à l’huile essentielle (Nt) et le nombre de ceux présents sur la partie traitée uniquement à l’acétone (Nc). Le pourcentage de répulsion (PR) a été calculé en utilisant la formule suivante :

            Nc – Nt
PR = ––––––––– × 100
            Nc + Nt

Le pourcentage de répulsion moyen pour chaque huile essentielle est calculé et attribué selon le classement de McDonald, et al. [10] à l’une des différentes classes répulsives variant de 0 à V : classe 0 (PR < 0,1 %), classe I (PR = 0,1 – 20 %), classe II (20,1 – 40 %), classe III (40,1 – 60 %), classe IV (60,1 – 80 %) et classe V (80,1 – 100 %).
Les valeurs de DL50 ont été calculées pour la toxicité des poudres et huiles essentielles dans les graines. Ainsi, les pourcentages de mortalité ont été transformés en unités probits et les valeurs obtenues ont été corrélées avec le logarithme des doses afin d’obtenir la dose léthale pour 50 % de la population d’insectes, pour chaque matériel végétal à tester [11].

Résultats

Composition chimique des huiles essentielles de feuilles de C. ambrosioides et E. saligna

Le résultat de l’analyse chimique des huiles essentielles est représenté dans le tableau 1. Huit composés, représentant environ 97,9 % de l’huile essentielle des feuilles de E. saligna, ont été identifiés comme principaux constituants. Les composés les plus importants sont le α-pinène (39,4 %), le p-cymène ou cymol (31,1 %), le 1,8 – cinéole ou eucalyptol (9,8 %) et le γ-terpinène (9,5 %). Par ailleurs, les principaux constituants identifiés dans l’huile essentielle des feuilles de C. ambrosioides sont le cymol (50,0 %), le α-terpinène (37,6 %) et l’ascaridole (3,5 %).

Tableau 1. Principaux constituants chimiques des huiles essentielles de feuilles de E. saligna et
C. ambrosioides dans les hauts plateaux de l’Ouest-Cameroun.
Table 1. Main chemical constituents of essential oils from leaves of E. saligna and C. ambrosioides in the Western highlands of Cameroon.
Pourcentage (%)
Composés E. saligna C. ambrosioides
α-pinène 39,4
α-terpinène 37,6
limonène 2,1
1,8-cineole(eucalyptol) 9,8
γ-terpinène 9,5
p-cymène (cymol) 31,1 50,0
terpinèn-4-ol 0,6
cis b-farnesène 1,4
α-terpineol 3,7
ascaridol 3,5
carvacrol 1,7 3,3
Total 97,9 95,8

Bioefficacité des poudres de feuilles de C. ambrosioides et E. saligna

Les taux de mortalité des insectes observés en fonction du temps et des différentes doses de poudres de feuilles des deux plantes montrent qu’aux doses utilisées, les poudres sont efficaces à l’égard de C. maculatus dans les grains de niébé (figure 1). En effet, après 4 jours, les plus fortes doses de poudre (0,4 % dans le cas de C. ambrosioides et 10 % dans le cas de E. saligna) ont occasionné respectivement des mortalités de 92 et 57 % (figure 2). Les valeurs de DL50 calculées au deuxième jour d’exposition montrent que la poudre de C. ambrosioides est plus efficace (DL50 = 0,28 %, soit 2,8 g/kg de graines) que celle de E. saligna (DL50 = 32,2 %, soit 322 g/kg de graines) vis-à-vis de C. maculatus.

Bioefficacité des huiles essentielles sur les grains

Les résultats des tests de toxicité par contact des huiles essentielles dans les grains sont exprimés dans la figure 2. Les deux huiles sont efficaces contre C. maculatus dans les grains et le taux de mortalité varie avec la dose d’huile utilisée. La plus forte dose dose de 0,3 µL/g de graines pour chaque huile occasionne une mortalité totale des insectes au quatrième jour d’exposition. Les valeurs de DL50 calculées au premier jour d’exposition montrent que les deux huiles essentielles ont une toxicité équivalente vis-à-vis de C. maculatus (DL50 = 0,17 µL/g de graines pour l’huile de C. ambrosioides et 0,19 µL/g pour celle de E. saligna).

Bioefficacité des huiles essentielles sur papier filtre

Les résultats du test de toxicité des huiles essentielles par contact sur papier filtre sont représentés sur la figure 3. Comme attendu, le taux de mortalité croît avec la dose pour les deux huiles testées. L’huile essentielle de E. saligna est la plus active dans la mesure où la dose de 0,20 µL/cm2 a occasionné une mortalité totale d’insectes au bout de 24 heures d’exposition, alors que celle de C. ambrosioides n’a provoqué que 30 % de mortalité au bout du même temps.

Effet répulsif des huiles essentielles

Les résultats de l’évaluation des effets répulsifs des huiles essentielles sont exprimés dans le tableau 2. Le pourcentage de répulsion des huiles essentielles des deux plantes utilisées augmente en fonction de la dose. Cependant, l’huile de C. ambrosioides aurait des propriétés répulsives relativement plus élevées (PR = 89 %) que celle de E. saligna (PR = 71 %), bien que les deux soient fortement répulsives. Selon le classement de McDonald [10], l’huile essentielle de E. saligna appartient ainsi à la classe de répulsion IV alors que celle de C. ambrosioides appartient à la classe V.

Tableau 2. Pourcentage de répulsion sur papier filtre d’huiles essentielles de feuilles de E. saligna et C. ambrosioides vis-à-vis de Callosobruchus maculatus.
Table 2. Main repellency percentage values of essential oils from leaves of E. saligna and C. ambrosioides against Callosobruchus maculatus on filter paper.
Taux de répulsion (en %)
Dose (µL/cm2 de papier filtre) E. saligna C. ambrosioides
0,052 60 ± 8* 76 ± 19
0,104 67 ± 13 90 ± 10
0,208 70 ± 21 95 ± 5
0,416 87 ± 16 97 ± 4
Moyenne 71 ± 10 89 ± 8
Classe répulsive IV V
* les valeurs sont les moyennes ± ESM.

Discussion

La présente étude montre que les poudres et huiles essentielles issues des feuilles sèches de C. ambrosioides et E. saligna sont efficaces dans la protection des grains de niébé contre les attaques de C. maculatus. Les effets toxiques et répulsifs de ces matériels végétaux dépendent de plusieurs facteurs, entre autres leur composition chimique et le niveau de sensibilité des insectes [12].
En effet, plusieurs travaux publiés dans la littérature montrent que les poudres et huiles essentielles des feuilles de C. ambrosioides ont un large spectre d’action contre les insectes, nématodes, champignons et virus [13]. Des travaux similaires aux nôtres ont montré que les poudres de feuilles sèches de C. ambrosioides mélangées aux grains d’arachide et de haricot en stockage protégeaient des attaques d’insectes comme Rhyzopertha dominica Fabricius, Caryedon serratus Olivier et Acanthoscelides obtectus Say [14, 15]. Par ailleurs, les huiles essentielles extraites des feuilles de cette plante ont également révélé des propriétés insecticides très intéressantes contre une grande variété d’insectes de stock des denrées alimentaires [16-18].
La forte toxicité de cette huile peut être essentiellement attribuée à l’ascaridole qui en constitue généralement 45 à 75 % [19-21]. Or, l’ascaridole provient généralement du α-terpinène par biotransformation enzymatique au sein de cette plante [22]. L’analyse chimique de notre échantillon d’huile montre curieusement une forte teneur en α-terpinène (37,6 %) et une faible teneur en ascaridole (3,5 %). Cela peut laisser supposer qu’au moment de la récolte de notre plante la biotransformation n’était pas encore totale, ce qui veut dire aussi que la forte toxicité de notre huile peut ne pas être due uniquement à l’ascaridole mais aussi à d’autres constituants majoritaires comme le cymol ou même l’α-terpinène.
En ce qui concerne l’huile essentielle des feuilles de E. saligna, elle est constituée majoritairement de composés dont l’activité insecticide a déjà été mise en évidence à l’égard de plusieurs insectes des denrées alimentaires stockées. C’est ainsi par exemple que le α-pinène qui en est le principal constituant (39,5 %) a révélé des effets insecticides très intéressants contre Tribolium confusum Jacquelin Du Val [23]. Des effets similaires ont été également notés avec le α-terpinéol, le 1,8-cinéole et le limonène [24-27]. Les résultats montrent que les poudres et huile essentielles de E. saligna et C. ambrosioides ont des propriétés insecticides et répulsives contre C. maculatus et que les huiles de C. ambrosioides sont plus actives que celles d’E. saligna.
Pour ce qui est de la toxicité éventuelle des huiles et poudres de feuilles de ces deux plantes aux doses utilisées, il parait important de souligner que les deux plantes ici testées sont administrées oralement en médecine traditionnelle pour le traitement de plusieurs maladies. C’est ainsi que les feuilles de C. ambrosioides sont utilisées au Mexique pour traiter les inflammations, la dysenterie, l’asthme, le rhumatisme, les maux d’estomac et comme substitut du thé [13]. Les infusions des feuilles d’Eucalyptus sont utilisées au Gabon contre la toux et le paludisme [28]. De plus, les travaux de Salent [29] stipulent que la dose fatale d’huile essentielle des feuilles de C. ambrosioides est de 200 mg/kg pour les rats et de 400 mg/kg pour les chats. Par ailleurs, d’après les travaux de Su [16], la concentration maximale de 2 000 ppm (2 g/kg) d’huile essentielle de C. ambrosioides doit être utilisée pour la protection des denrées alimentaires en stockage. Quant aux huiles de E. saligna, elles ont une odeur fortement aromatique et sont largement utilisées pour l’aromatisation en préparations pharmaceutiques et en parfumerie [30].
Ces résultats démontrent une certaine logique dans l’utilisation de ces plantes par les paysans des hauts plateaux de l’Ouest-Cameroun pour la protection des grains en stockage n

Remerciements

Ce projet a été financé par la DAAD (Programme allemand d’échange académique) et la TWAS (Third World Academy of Sciences). Nous remercions Monsieur le professeur Reichmuth pour avoir accueilli Léon Azefack Tapondjou dans son unité de protection des denrées alimentaires de Berlin (Allemagne) et pour les conseils scientifiques qu’il lui a donnés. Nous remercions également le Dr Bauemann, de l’Institut Geitreide Verarbeitung GmbH, Potsdam (Allemagne), pour sa contribution à l’analyse chimique des huiles essentielles.

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Traitements


 

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