Auteur(s) : LMH
L’amélioration des organismes vivants pour des usages divers, en
particulier agroalimentaires, repose autant sur l’inhibition de
certains gènes endogènes que sur l’addition de gènes
exogènes.
Inhiber l’expression d’un gène n’est pas toujours une chose
simple. La surexpression d’une protéine ayant un effet
transdominant négatif peut se traduire par une inhibition du gène
recherché. De tels mutants ne sont pas faciles à trouver.
L’inhibition de gène par recombinaison homologue (knock out)
n’est pas possible chez tous les animaux et elle reste anecdotique
chez les plantes. L’utilisation des ARN interférents
(ARNi : petits ARN double brin qui détruisent les
ARN ayant une séquence identique) est une autre possibilité, mais
elle a ses propres limites. Celles-ci apparaissent clairement
lorsque les ARNi sont dirigés contre des virus qui ont
su développer des suppresseurs neutralisant les effets des
ARNi.
L’utilisation des anticorps neutralisants est un vieux rêve.
Ceux-ci peuvent agir à l’extérieur des cellules et donc de manière
plus ou moins systémique. Ils ne touchent dans ce cas pas les
protéines intracellulaires et cela limite leur intérêt.
Il est possible de faire synthétiser par les cellules des
anticorps modifiés de manière à ce qu’ils ne soient plus sécrétés
hors des cellules. On les appelle alors des intracorps. Les
intracorps sont en principe capables de reconnaître une région
active d’une protéine ou d’une famille de protéines et de la
neutraliser. Les anticorps conventionnels provenant de mammifères
sont peu actifs dans l’espace intracellulaire qui est réducteur et
déstabilise les liaisons disulfures indispensables à l’activité des
anticorps.
Les anticorps de chameau et de lamas sont connus pour n’être
composés que d’une chaîne lourde qui est très stable. L’expression
dans des cellules de pommes de terre d’intracorps dirigés contre
les enzymes synthétisant de l’amidon branché a conduit à
l’obtention de lignées de pommes de terre enrichies en amylase [1,
2]. Ce succès a été remporté grâce à un ciblage des intracorps vers
les plastides de la plante.
Ce procédé, relativement sophistiqué, peut être mis en œuvre si
cela apparaît résoudre des problèmes restés en suspens. Il a
l’avantage d’être général et en principe applicable à n’importe
quel organisme vivant pour immunomoduler l’activité de protéines
intracellulaires diverses. n
1. Jobling SA, Jarman C, Teh MM, Holmberg N, Blake
C, Verhoeyen ME. Immunomodulation of enzyme function in plants by
single-domain antibody fragments. Nat Biotechnol 2003 ;
21 : 77-80.
2. Conrad U, Sonnewald U. Antibody jabs for plant
enzymes. Nat Biotechnol 2003 ; 21 : 35-6.
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