ARTICLE
Auteur(s) : Idrissa Wade1, Hélène
David-Benz2, Johny Egg1
1 Unité mixte de recherche Marché, organisation,
institution et stratégies des acteurs (UMR MOISA), 2, place
Pierre Viala, 34060 Montpellier Cedex 1, France)
<wade@ensam.inra.fr>,
<idrissa_wade@yahoo.fr>
<egg@ensam.inra.fr>
2 Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad), CIRAD, BP 2572, Yaoundé,
Cameroun
<benz@cirad.fr>
Le secteur horticole au Sénégal a connu un développement rapide
durant ces dernières années. La production des principales
spéculations maraîchères est passée de 150 000 tonnes en
1992 à 257 000 tonnes en 2001 [1], soit un taux de
croissance de plus de 5,5 % par an. Cette évolution s’est
déroulée dans un environnement marqué notamment par l’augmentation
de la demande due à l’urbanisation et par la dévaluation du franc
CFA qui a rendu la production locale plus attractive.
La production horticole provient essentiellement de deux
zones : les Niayes et la vallée du fleuve Sénégal. La zone
dite des Niayes concerne une bande littorale qui s’étend de la
banlieue de Dakar jusqu’à celle de Saint-Louis au nord. Elle
constitue un espace privilégié pour le maraîchage qui s’y développe
dans des cuvettes interdunaires. Dans la vallée du fleuve Sénégal,
les cultures horticoles se sont développées plus récemment, suite à
la faible rentabilité du riz et à ses difficultés d’écoulement.
Elles occupent 20 à 34 % des surfaces irriguées cultivées pour
la période 1997-1998 à 2000-2001 et jouent un rôle central dans les
revenus monétaires des exploitations de la moyenne vallée
[2].
Les villes constituent les plus gros centres de consommation de
légumes. Quarante-cinq pour cent de la production issue de ces
zones vient, en priorité, alimenter la région de Dakar [3]. Cette
particularité s’ajoute aux caractéristiques propres aux cultures
horticoles en général et légumières en particulier, qui sont la
forte saisonnalité, la périssabilité des produits et les risques
qui en découlent. Dans un tel contexte, l’accès à l’information sur
le niveau d’approvisionnement et les prix prévalant dans les zones
de collecte et les marchés d’écoulement est déterminant pour
réduire les risques. Cela pousse les acteurs des filières à adopter
des formes d’organisation spécifiques. De leur côté, les politiques
publiques ont proposé des structures d’appui à la circulation de
l’information avec la mise en place de systèmes d’information sur
les marchés (SIM). Quel impact ces dispositifs extérieurs au
marché, peuvent-ils avoir sur l’organisation de la filière ?
La question est d’autant plus intéressante au Sénégal, qu’à côté
des SIM publics du type de ceux que l’on retrouve dans de nombreux
pays et filières, un dispositif privé innovant (Manobi) a récemment
vu le jour.
Une forte incertitude dans la commercialisation des produits
maraîchers
Les producteurs font face à une forte incertitude sur la
quantité qui sera présente sur le marché du fait d’une absence
d’information sur la production dans les autres zones. On constate
d’une campagne à l’autre que la capacité à redéployer les terres
agricoles tend à provoquer un déséquilibre, les agriculteurs ayant
tendance à s’orienter vers les productions qui se sont révélées
rentables la saison précédente. C’est ainsi que l’on assiste
pendant la saison maraîchère à une forte chute des prix suite à
l’arrivée massive de production sur le marché (figure 1). Le déficit
d’information entraîne donc une incertitude sur l’offre.
Cette dernière se couple à une instabilité de la demande
(notamment au moment des grandes fêtes religieuses qui induisent
très ponctuellement une forte demande) d’où une grande variabilité
au niveau des prix du marché.
En outre, la périssabilité des produits maraîchers rend leur
qualité instable dans le temps. De ce fait, les transactions
doivent être étroitement coordonnées sous peine de dévalorisation
des produits ou de désorganisation des activités. Cette
coordination nécessite une bonne information à chaque niveau de la
filière avec, en bout de chaîne, une information sur l’évolution du
niveau d’approvisionnement des marchés de gros et de la demande des
consommateurs. Cette information fait défaut le plus souvent aux
producteurs au moment de la commercialisation, à la différence des
intermédiaires.
En effet, ces derniers font certes face à des risques liés aux
aléas de l’offre (fonction d’une production dispersée et
irrégulière), au manque d’information sur la disponibilité des
produits, aux insuffisances de l’offre de transport, à son
irrégularité, à la conjoncture du marché (concurrence permanente de
nouveaux arrivants, fluctuations des prix et de la demande sous
l’effet des différents facteurs non prévisibles), mais ils
disposent d’une meilleure information que le producteur sur
l’évolution des situations de marché du fait de leur mobilité le
long de la filière ; d’où une asymétrie de répartition de
l’information. Comme le souligne Bredeloup [4] : « Il ne
suffit pas d’être présent dans la chaîne de distribution pour avoir
une connaissance précise et actualisée de la situation. Chaque
maillon détient une information partielle. De façon à maîtriser
l’information, il convient de se déplacer physiquement tout au long
du circuit ou bien d’avoir intégré dans son organisation des agents
spécialisés. » Cette asymétrie informationnelle incite
fortement les intermédiaires à en profiter pour améliorer leur
pouvoir de négociation.
Des systèmes d’information sur les marchés pour une meilleure
coordination des filières
L’information est donc centrale pour la réduction de
l’incertitude à laquelle font face les différents acteurs. C’est
l’une des raisons pour lesquelles depuis plusieurs années la FAO,
comme d’autres organismes concernés par le développement de la
commercialisation agricole, soutient la création de Systèmes
d’information sur les marchés (SIM) [5]. Ces derniers sont des
dispositifs, en général publics, qui collectent et diffusent de
l’information auprès des acteurs du marché. L’objectif visé est
d’améliorer l’efficacité des systèmes de commercialisation et
d’assurer une plus grande stabilité des cours (et également
d’éclairer les décisions de politique économique). Plusieurs
arguments sont avancés pour justifier la mise en place des SIM. Les
tableaux 1 et 2 résument les effets attendus d’une telle
diffusion de l’information aux acteurs du marché.
Tableau 1. Effets attendus de
l’amélioration des décisions individuelles induites par
l’augmentation du niveau d’information des acteurs (source
[6]).
Table 1. Effects expected from the improvement of
individual decisions as a result of the increase of the level of
information of the actors.
|
Effets microéconomiques attendus |
Effets macroéconomique attendus |
|
Amélioration des arbitrages des acteurs (dans le temps, dans
l’espace, entre produits, etc.) |
Marché plus intégré et plus concurrentiel, allocation plus
efficace
des ressources |
|
Baisse des coûts de transaction |
Baisse des prix à la consommation Hausse des prix à la
production
|
Sécurisation de l’environnement
des acteurs |
Augmentation des investissements dans le secteur (à long terme,
baisse des coûts de production et de commercialisation) |
|
Accès au marché plus facile pour les producteurs |
Augmentation du pourcentage commercialisé de la production |
|
Amélioration des « règles du jeu » du marché par les
acteurs |
Amélioration de la transition d’une économie administrée à une
économie marchande |
|
Meilleure connaissance des nouvelles opportunités du marché |
Innovation, adaptation toujours plus grande de l’offre aux besoins
des consommateurs |
Tableau 2. Effets attendus du
rééquilibrage des rapports de force entre les acteurs (induit par
la réduction des asymétries d’information) (source : [7]).
Table 2. Effects expected from the restoration of the
balance of power among the actors.
|
Effets microéconomiques |
Effets macroéconomiques |
|
Augmentation du pouvoir de négociation des producteurs (et
consommateurs) vis-à-vis des commerçants |
Baisse des marges des intermédiaires, augmentation des revenus des
producteurs et du pouvoir d’achat des consommateurs |
|
Baisse de l’opportunisme des petits commerçants vis-à-vis de leur
patron-grossiste |
Sécurisation et accroissement du commerce à grande distance |
|
Diminution des barrières à l’entrée permettant aux entrants
potentiels de faire peser une menace crédible sur les acteurs de la
filière |
Baisse des rentes des acteurs de la filière |
Au Sénégal, quatre dispositifs visant à améliorer la circulation
de l’information et la transparence des marchés de produits
maraîchers ont été mis en place.
Le Centre de développement horticole (CDH) avait, dès les années
1970, établi un système de suivi des marchés de Dakar, avec des
relevés de prix à la consommation au niveau des marchés de
Thiaroye, Castor, Tilène et Sandigniéry. Ce système a été transféré
à la direction de l’Horticulture (DH) en 1996. Avec l’appui du
projet Radhort1, les prix à la
collecte sont relevés sur les marchés de Mboro (région de Thiès) et
de Potou (région de Louga) depuis 2000, au travers de ce même
dispositif. La DH effectue une synthèse mensuelle des prix de
détail pour de nombreux fruits et légumes. Cette information,
diffusée par la presse écrite, est destinée avant tout à un usage
administratif. L’objectif de ce dispositif n’est donc pas
d’atteindre un nombre élevé de producteurs, au contraire des trois
autres SIM.
Le premier est celui du Projet d’appui à l’entreprenariat paysan
(PAEP). Il intervient dans la zone des Niayes avec l’objectif de
promouvoir la compétitivité des filières oignons et pommes de terre
sur les marchés nationaux et sous-régionaux. C’est ainsi qu’un
réseau de collecte de données (prix et volumes) a été mis en place
en 1998, allant de différents marchés de collecte des produits
maraîchers aux marchés de gros. Le PAEP diffuse chaque semaine, par
le biais des radios locales, les prix de gros sur les marchés de
Touba, Kaolack et Dalifort (Dakar) qui lui sont transmis par des
correspondants commerçants.
Du côté de la vallée du fleuve Sénégal, l’Institut sénégalais de
recherches agricoles/Pôle Systèmes irrigués (Isra/ PSI) a mis en
place un dispositif de suivi des grands marchés de la région du
fleuve et de sa périphérie depuis mars 1998. L’information
recueillie porte sur les prix de gros, les prix de détail et les
volumes. Elle est diffusée sous forme de bulletins hebdomadaires
(diffusés par radio en 2001 et transmis par ailleurs au PAEP qui
diffuse ce qui concerne l’oignon et la pomme de terre), de tableaux
de synthèse mensuels diffusés par e-mail et de bulletins
semestriels sur support papier plus largement distribués. La prise
en charge totale de ce suivi a été transférée à la Société
nationale d’aménagement et d’exploitation des terres du delta et
des vallées du fleuve du Sénégal (SAED) depuis janvier 2002.
C’est dans ce contexte qu’est née, en 2002, la société
Manobi-Sénégal, filiale de l’opérateur virtuel de services par
téléphone mobile et Internet Manobi-France. C’est une société
privée qui fournit des informations sur les fruits et légumes dans
les marchés de Dakar, Touba et Kaolack, et sur les produits de la
pêche à Dakar. Une première phase test a été réalisée, en 2002 sur
12 mois avec une centaine d’agriculteurs. L’idée de Manobi a
été de développer un système de collecte des données qui exploite
les technologies Internet et de téléphone mobile pour suivre chaque
jour l’évolution des prix et des arrivages des produits sur les
marchés. Ces données sont transmises par WAP2, stockées sur une base centralisée, puis
mises à la disposition des utilisateurs à partir de leur téléphone
mobile ou depuis un cyber-café. Ces informations sont réorganisées
par Manobi pour être adaptées aux différents acteurs (tableau 3).
Tableau 3. Quelques services offerts
par Manobi.
Table 3. Some of the services offered by Manobi.
|
Service |
Utilisateurs
|
Description
|
Objectif
|
|
Xam-marsé (connaissance du marché)* |
Producteurs |
Information sur les prix (gros, demi-gros et détail) des fruits et
légumes |
Renforcer :
– les capacités de négociations face aux
bana-banas**
– la prise de décision sur la destination |
|
|
Bana-banas |
Information sur les prix (gros, demi-gros et détail)
Suivi de la disponibilité des produits sur le marché |
– Renforcer la prise de décision sur la destination des
produits
– Maîtriser les flux pour approvisionner le marché |
Tew-mi-tew
(en temps réel)* |
Producteurs |
Commerce en ligne (mise en relation producteur-consommateur)
Dépôt des offres de produits et consultations des ventes
réalisées |
– Proposition de vente de la récolte
– Visibilité sur les stocks de produits et les
ventes |
|
|
Bana-banas |
Consultation et localisation des offres en cours, des ventes
réalisées
Mise en relation producteur-consommateur |
– Choix de produits et des lieux d’approvisionnement
– Planification des activités d’approvisionnement |
Taan-bu-wer
(le bon choix)* |
Bana-banas |
Description instantanée du niveau de l’offre sur le marché |
Identifier, mesurer et satisfaire la demande du marché en fruits et
légumes |
* Traduction des auteurs.
** Terme utilisé au Sénégal pour désigner les commerçants
itinérants et les collecteurs.
Les résultats de nombreux travaux antérieurs sur les SIM [8-10]
montrent un décalage entre l’engouement pour la mise en œuvre de
ces dispositifs et les résultats obtenus. En effet, les évaluations
s’accordent sur le faible impact des SIM sur le comportement des
acteurs du marché. Une importante étude de la FAO, en 1996, portant
sur 120 SIM dans les pays en développement (PED) a montré que
seuls 53 d’entre eux remplissaient les critères minima de
fonctionnement3. Et selon les
renseignements recueillis, l’efficacité de ces SIM est contestée
[5]. En appliquant comme critère de performance, la pertinence de
l’information, sa fiabilité et sa disponibilité au moment opportun,
Schubert avait déjà trouvé que peu de SIM remplissaient ces
conditions [8]. Il attribuait ces faiblesses à la conception même
de ces SIM qui relèvent des services du ministère de l’Agriculture
ou d’offices publics qui les considèrent plutôt comme des organes
administratifs et de contrôle que comme des institutions devant
fournir des services de marché. Pour Shepherd [5], les causes de
l’échec des SIM sont à chercher dans les faiblesses techniques des
dispositifs qui aboutissent à produire une information peu fiable,
trop tardive, insuffisamment diffusée ou ne correspondant pas aux
besoins des acteurs. Mais en dépit de ce constat, ces auteurs
restent favorables à la mise en place des SIM.
En rupture avec cette position, d’autres auteurs se sont
interrogés sur le principe même de l’utilité des SIM en soulignant
le peu d’impact qu’ils peuvent avoir. Dans une étude portant sur
les SIM publics horticoles, Bowbrick a conclu qu’aucun de ces
derniers ne peut être efficace vu que l’information qu’ils
diffusent ne peut être utilisée par les groupes cibles car elle est
biaisée (erreurs dans la collecte et/ou la présentation des
données) et n’est pas disponible au moment opportun [9]. La
solution pour lui est la mise en place de SIM privés compatibles
avec les systèmes mis en place par les producteurs, les
distributeurs et les coopératives. Galtier et Egg [6] soulignent
aussi les limites d’une action reposant sur la diffusion
d’information. Ils notent que la notion d’arbitrage n’est possible
que lorsque les acteurs sont libres d’opérer des choix entre
différentes alternatives. Mais lorsque les transactions sont
fidélisées, la diffusion de l’information ne peut modifier leur
comportement, même en révélant des opportunités. Dans un contexte
de fidélisation et de transactions liées, la diffusion
d’information par les SIM semble inadaptée. C’est pour cela qu’ils
préconisent un « système à géométrie variable » défini en
fonction des besoins spécifiques du marché en question. Pour
Robbins, la forme la plus appropriée pour un SIM dépend des besoins
et des circonstances incluant la capacité d’organisation des
acteurs [11]. Galtier et Egg proposent d’appréhender les SIM comme
des systèmes de communication qu’il faut rendre aussi
complémentaires que possible des systèmes de communication issus
des institutions de marché existantes [12]. De ce fait, la
conception d’un SIM devrait reposer sur un diagnostic préalable des
faiblesses de la diffusion spontanée de l’information au sein du
marché par le jeu des échanges.
C’est la raison pour laquelle une description et une explication
des modes de coordination mis en place par les acteurs pour réduire
l’incertitude à laquelle ils doivent faire face s’avèrent
nécessaires avant d’étudier l’impact des SIM sur l’organisation des
filières maraîchères au Sénégal.
L’étude a été menée dans les Niayes et dans la vallée du fleuve
Sénégal. Mais nous nous limiterons ici aux résultats obtenus dans
la zone des Niayes, où coexistent un SIM de type classique
(dispositif public avec diffusion par radio) et l’expérience
innovante de Manobi (SIM privé reposant sur l’utilisation
d’Internet et du téléphone mobile).
1 Réseau africain de
développement de l’horticulture, Projet FAO
GCP/RAF/224/BEL-ACS.
2 Wireless Application
Protocol : système permettant de se connecter à internet
via un téléphone mobile.
3 Un minimum de collecte des
prix pratiqués une fois par semaine, diffusion hebdomadaire de ces
prix pour les produits maraîchers et diffusion bimensuelle pour les
produits de base.
Cadre d’analyse et zone d’étude
Les études menées sur la zone des Niayes ont montré une relative
différenciation dans le choix des cultures maraîchères pratiquées.
C’est pour tenir compte de ces différences que nous avons retenu
les deux sites de Potou et de Mboro pour nos enquêtes. Potou, situé
à trente kilomètres de Louga, est le site de production et de
commercialisation de l’oignon le plus important des Niayes. Il doit
sa suprématie à la généralisation de la culture successive de
plusieurs variétés d’oignons dans le calendrier cultural ; les
récoltes s’y échelonnent sur près de 10 mois [13]. Mboro est
la première zone de production de pommes de terre des Niayes, mais
la diversification des cultures est plus forte que dans la zone de
Potou [13]. Les productions de ces deux sites étant essentiellement
destinées aux marchés de Dakar, nous avons centré nos observations
sur les marchés de Thiaroye, Dalifort et Castors qui sont les trois
plus grands marchés de gros de Dakar. Sur ces marchés de collecte
et de gros, nous avons mené (de mai à juin 2003) des entretiens
semi-directifs auprès des différents acteurs afin de caractériser
leur rôle dans les circuits de commercialisation.
L’approche filière est généralement retenue pour ce type d’étude.
En intégrant tous les stades de la production à la consommation
pour un produit donné, elle permet d’avoir une vision sur
l’activité commerciale dans sa globalité et de préciser les
interdépendances entre les différentes composantes de la filière.
Pour cerner plus précisément la coordination entre les acteurs, en
fonction notamment du degré d’incertitude qu’ils rencontrent, nous
avons mobilisé le cadre d’analyse de la Nouvelle économie
institutionnelle (NEI). Celui-ci se focalise sur la transaction et
les coûts qui lui sont liés : coûts de recherche du partenaire
et de l’information nécessaire à la négociation, coûts liés à la
mise en œuvre et au respect du contrat. L’économie des coûts de
transaction (ECT) cherche à minimiser ces coûts en choisissant la
meilleure forme de coordination (marché, contrat ou hiérarchie)
pour un type de transaction donné :
– le marché est un mode de coordination qui se caractérise par
l’absence d’engagement à long terme et par une coordination qui se
réalise à travers le système de prix qui centralise toutes les
informations dont les acteurs ont besoin. Les transactions se
réalisent dans un marché spot 4 où elles sont dénouées spontanément ;
– l’intégration verticale implique l’incorporation de la
production à l’ensemble du processus de commercialisation. L’une
des parties contrôle tout le processus production-commercialisation
ainsi que les flux d’informations ;
– les formes de coordination hybrides sont des relations de marché
mais dans lesquelles les parties ne sont plus indépendantes à cause
de la spécificité des actifs impliqués dans la transaction. La
coordination est gérée par des contrats de long terme.
Selon Williamson [14], ces différents modes de coordination
(arrangements institutionnels) peuvent être expliqués en
considérant trois principales dimensions : la spécificité des
actifs, l’incertitude et la fréquence des transactions.
La spécificité des actifs fait référence à la possibilité de
« redéployer » un actif vers des usages ou des usagers
alternatifs sans perte de sa valeur productive. Sept types de
spécificités des actifs sont distingués : spécificité de site,
des actifs physiques, des actifs humains (le savoir-faire), des
actifs dédiés, spécificité de marque, et spécificité
temporelle.
L’incertitude peut être objective (conditions climatiques, par
exemple) mais aussi comportementale (liée aux décisions et aux
actions du/des partenaire(s)). Elle concerne aussi bien
l’environnement de la transaction (évolution des prix, etc.) que
directement celle-ci (comportement du vendeur, caractéristique du
bien...).
En prenant en compte différents niveaux de spécificité des actifs
et d’incertitude, la théorie des coûts de transaction permet de
prédire les arrangements institutionnels correspondants (tableau 4). En pratique, ces variables sont
difficiles à mesurer et le recours à des proxies5 est nécessaire (tableau
5). Concernant les produits maraîchers au Sénégal, la
spécificité d’actifs peut être considérée comme faible (longueur de
cycle courte à moyenne, pas de spécialisation dans la production,
pas d’instants spécifiques à la production) et l’incertitude forte
(instabilité de l’offre, de la demande, périssabilité forte à
moyenne, hétérogénéité de la qualité). La théorie prédit dans ce
cas la prédominance de contrats de long terme (tableau 4).
Tableau 4. Arrangement
institutionnel selon la spécificité des actifs et le degré
d’incertitude (source : d’après [15]).
Table 4. Contractual forms according to assets
specificity and uncertainty level.
|
Spécificité des actifs
|
|
Élevée
|
Moyenne
|
Basse
|
| INCERTITUDE |
Forte |
Intégration
verticale |
Intégration
verticale |
Contrat de long
terme |
| Moyenne |
Intégration
verticale |
Contrat de long
terme |
Contrat de long
terme ou marché spot |
| Faible |
Intégration
verticale |
Contrat de long
terme |
Marché
spot |
Tableau 5. Caractéristiques de la transaction et formes de
coordination (source : d’après [16-17]).
Table 5. Contractual forms and proprieties of the
transactions.
| Déterminants
transaction |
Proxies |
Marché |
Formes
hybrides |
Intégration
verticale |
| Spécificité des actifs |
Longueur de
cycle de production |
+ |
++ |
+++ |
| Spécialisation
de la culture |
+ |
++ |
+++ |
| Intrant
spécifique à la production |
+ |
++ |
+++ |
| Incertitude |
Instabilité de
l’offre |
+ |
++ |
+++ |
| Instabilité de
la demande |
+ |
++ |
+++ |
|
Périssabilité |
+ |
++ |
+++ |
| Hétérogénéité de
la qualité |
+ |
++ |
+++ |
Du fait d’un nombre élevé d’arrangements contractuels observés
dans les filières maraîchères où l’information sur les produits et
les délais de livraison sont cruciaux [16, 18], nous utiliserons la
grille d’analyse développée par Jaffee [19] qui présente l’avantage
de mieux spécifier les contrats de long terme.
Jaffee propose un continuum d’arrangements institutionnels qui sont
souvent rencontrés dans les transactions en agriculture (figure 2). Aux
extrémités du spectre, nous retrouvons le marché (Spot Market
Purchase) et l’intégration verticale (Vertical
Integration). Entre ces deux pôles s’intercalent différents
types d’arrangements contractuels :
– accord de réciprocité marchande (Market Reciprocity
Agreement) : l’échange se réalise au prix courant du
marché. Ce sont des accords informels mais qui ont une force
contractuelle qui repose sur la répétition des échanges et sur la
confiance réciproque qui se construit dans le temps, ce qui permet
aux acteurs de minimiser leurs coûts de recherche (en information,
en partenaires...) ;
– contrat à terme (Forward Market Contract) : ce type
de transaction nécessite un engagement à terme des vendeurs et des
acheteurs pour un produit donné à une date fixée. Les prix peuvent
être fixés ex ante ou au moment de l’échange. Ce mode de
coordination implique donc des engagements formels sur la quantité
et/ou sur la qualité des produits. Il permet à l’acheteur de
réduire l’incertitude sur l’offre et diminue, pour le vendeur,
l’incertitude concernant l’accès au marché ;
– contrat lié entre facteur de production et commercialisation du
produit (Interlinked Factor and Market Contract) : ici,
le contrat intègre le processus de production. L’acheteur du
produit intervient dans la production en fournissant des intrants
et des conseils techniques, le vendeur se pliant aux exigences de
celui-ci.
. Pour évaluer l’impact des SIM, nous avons été contraints de nous
limiter à un indicateur d’utilisation de l’information des SIM par
les producteurs (dans la négociation, dans les décisions de
production, etc.). En effet, il ne nous a pas été possible de
recueillir des données sur l’évolution des performances des
producteurs qui auraient pu être mises en relation avec
l’utilisation des services des SIM, car l’enquête s’est déroulée en
fin de campagne de commercialisation et n’a pas permis d’avoir des
données rétrospectives de qualité sur les transactions.
L’enquête a été menée sur les sites de Mboro et Potou, où un
échantillon de 92 producteurs par site avait été interviewé.
Le questionnaire a été élaboré pour identifier les modes de
coordination adoptés par les acteurs, préciser le rôle de
l’information dans la commercialisation et connaître l’utilisation
de l’information diffusée par les SIM.
Les abonnés au service de Manobi étant peu présents à Mboro et
Potou, nous avons soumis le même questionnaire à 10 abonnés
situés sur la route de Bud Sénégal et à 6 producteurs sur Rao,
de manière à pouvoir comparer les résultats obtenus. Ces deux sites
se trouvent respectivement à proximité de Dakar et de Saint-Louis
(carte 1).
4 Marché où l’échange physique
de produits suit immédiatement la transaction (par opposition à un
marché à terme).
5 Variables tiers (mesurables)
que l’on utilise pour expliquer un phénomène à la place des
variables directes (difficilement mesurables) dont ce phénomène
dépend.
Résultats et analyse
Différentes formes d’organisation pour gérer l’incertitude
Dans les circuits de commercialisation des légumes entre les
Niayes et Dakar, quatre grands types d’acteurs peuvent être
identifiés [20] :
– les bana-banas, commerçants itinérants chargés de la
collecte et de l’acheminement des produits maraîchers jusqu’aux
marchés de gros, qui développent parfois des liens privilégiés avec
certains producteurs en leur fournissant semences et engrais à
crédit ;
– les coxers 6 des
marchés urbains, intermédiaires commissionnaires chargés de
réceptionner la marchandise, trouver des acheteurs et négocier les
prix pour les bana-banas ;
– les grossistes, qui assurent une fonction classique de
regroupement au niveau des marchés urbains ;
– les détaillants, qui vendent au tas ou parfois au kilo, à la
demande de la clientèle sur les marchés.
Les coxers occupant une fonction de courtiers, les
transactions sont réalisées entre le producteur, le
bana-bana et le grossiste. Le tableau
6 présente les formes de coordination rencontrées au niveau
des sites retenus. Alors que la théorie prédisait une relation de
type contrats de long terme, nous constatons que les relations de
type spot market prédominent. La question qui se pose est de
savoir comment les maraîchers parviennent à maintenir cette forme
de coordination dans un environnement marqué par une forte
incertitude.
Tableau 6. Formes de coordination rencontrées dans les
différents sites.
Table 6. Contractual forms found in the various
sites.
|
Site |
Acteurs
|
Modes de coordination
|
|
Mboro |
Maraîcher/bana-bana |
Marché |
|
Potou |
Maraîcher/bana-bana |
Marché ou contrat lié entre les facteurs de production et la
commercialisation des produits |
|
Marché de gros |
Bana-bana
ou maraîcher/grossiste |
Marché |
6 Terme utilisé au Sénégal
pour désigner tous types de courtiers dans le secteur informel.
Mboro : recours aux intermédiaires
En plus des maraîchers et des bana-banas, un troisième
acteur occupe une place centrale à Mboro : le coxer
rural. Il ressort de notre enquête que 80 % des transactions
entre producteurs et bana-banas passe par lui. Le recours à
ce coxer peut être analysé comme un moyen pour le producteur
de réduire l’incertitude qui pèse sur l’écoulement de sa
production. Il permet aux maraîchers de diminuer l’asymétrie
informationnelle par rapport au bana-bana. Le coxer
présente l’avantage d’être toujours présent sur le marché ; de
ce fait, il maîtrise mieux les paramètres de l’offre et de la
demande qu’un producteur qui ne vient sur le marché que pour
écouler sa production. À Mboro, 67 % des enquêtés affirment
obtenir les renseignements sur les prix grâce à ces coxers
ou à une combinaison entre coxers et producteurs. En outre,
le coxer rural, qui est souvent également un producteur,
peut apprécier les caractéristiques (périssabilité et hétérogénéité
de la qualité...) du produit en question. Avec une faible
spécificité d’actifs, la relation maraîcher/ bana-bana est
donc de type spot market grâce au recours au coxer
(tableau 4).
Potou : présence de producteurs-collecteurs
Deux types de circuits ont été observés sur le site de
Potou :
– le premier est identique à celui rencontré à Mboro où les
producteurs contractent les services des coxers pour écouler
leur récolte (47 % des enquêtés), ce qui leur permet de
réduire l’incertitude sur les transactions et de maintenir des
relations de type spot market avec les
bana-banas ;
– dans le second, les producteurs sont en relation directe
avec les producteurs-collecteurs installés sur place (31 % des
enquêtés). Ce fait s’explique par la volonté de ces derniers de
faire face à la concurrence intense dans cette zone. Pour maintenir
leur activité, les commerçants installés sur place profitent de la
défaillance du marché du crédit pour accorder des prêts de campagne
aux producteurs, qui sont par la suite obligés de leur réserver la
production. Il est à signaler que ces prêts sont accordés sous
forme d’intrants, ce qui permet aux commerçants de s’assurer qu’ils
seront alloués directement à la production du produit désiré. Il y
a donc quasi-intégration entre producteur et commerçant avec des
transactions de type Interlinked Factor and Market Contract
(contrat lié entre facteur de production et commercialisation du
produit), selon la grille de lecture de Jaffee.
L’analyse de la commercialisation sur ces deux marchés de collecte
a montré que différents modes de coordination ont été adoptés pour
faire face à un environnement caractérisé par un niveau élevé de
risque et d’incertitude. Qu’en est-il sur les marchés de
gros ?
Marchés de gros : un système de dépôt vente
Au niveau des marchés de gros, les transactions sont tout
autres. Après l’achat des produits maraîchers sur les marchés de
collecte, les bana-banas les acheminent vers les marchés de
gros. Pour cela, ils contactent les coxers qui se chargent
de leur trouver les moyens de transport. Ces coxers sont
payés à la commission par les transporteurs qui leur donnent
10 % des sommes qu’ils perçoivent. Les transporteurs ne sont
pas réglés au comptant par les bana-banas, mais reçoivent
une avance destinée à payer le coxer de transport et le
carburant, le reste étant perçu à la livraison du produit. La
marchandise est réceptionnée par le coxer urbain qui solde
le paiement du transporteur et la garde en dépôt-vente. Pour qu’un
tel système puisse fonctionner, il faut une forte coordination
entre les bana-banas et ces coxers de marchés de
gros. Les bana-banas se trouvent ici dans la même situation
que les producteurs sur les marchés de collecte, avec une
incertitude sur l’offre et la demande, donc sur les prix en vigueur
sur les marchés de gros, sur la qualité du produit (qui peut se
dégrader au cours du transport) et sur le délai d’écoulement de la
marchandise. Le recours aux coxers urbains permet de réduire
ces facteurs d’incertitude. La transaction
bana-banas/grossistes-distributeurs peut, de ce fait, être
régie par une relation de type Spot Market Purchase (achat
ponctuel).
Par ailleurs, les coxers peuvent également jouer le rôle de
pourvoyeurs de fonds, en octroyant une avance aux bana-banas
pour qu’ils puissent acquérir d’autres marchandises. Les
coxers urbains jouent donc un rôle incontournable. Les
expériences de commercialisation qui les ont ignorés se sont
soldées par des échecs [21].
Certains intermédiaires assurent donc des fonctions spécifiques
liées à la recherche d’information. Quel est dans ce cas l’impact
de SIM externes sur l’organisation des filières ?
Faible impact de la diffusion par radio
La diffusion par radio est le système permettant d’atteindre un
plus grand nombre de maraîchers. Cependant, il ressort de l’enquête
que peu de producteurs utilisent l’information diffusée par les SIM
publics (19 % des enquêtés à Mboro et seulement 2 % à
Potou). Les motifs avancés sont :
– les heures de diffusion non conformes avec les activités du
producteur ;
– la périodicité non adaptée de la diffusion de l’information vu
la forte variabilité des prix des produits maraîchers ; les
producteurs déclarent avoir besoin d’une information journalière
alors que la diffusion est hebdomadaire ;
– l’inadéquation entre l’information diffusée et les spéculations
pratiquées (seuls les prix de la pomme de terre et de l’oignon sont
diffusés).
L’inadaptation aux besoins des producteurs de la diffusion de
l’information sur les prix corrobore les résultats obtenus dans les
études antérieures [8-10].
À Mboro comme à Potou, le faible impact de la diffusion de
l’information par les dispositifs publics est aussi dû à la
concurrence de réseaux locaux qui permettent aux maraîchers
d’obtenir de nombreuses informations par l’intermédiaire des
coxers et/ou producteurs comme nous l’avons montré
précédemment. À Potou, le manque de pertinence de l’information des
SIM s’explique en outre par l’existence de transactions liées.
Efficacité relative du système d’information Manobi
En revanche, les producteurs utilisant les services de Manobi
semblent être satisfaits de ce système. Ils utilisent l’information
notamment lors de la négociation avec les bana-banas. Leurs
relations avec ces derniers ont d’ailleurs changé vu qu’elles
portent maintenant indirectement sur les marges. L’efficacité du
système Manobi s’explique par le fait que le concept de diffusion
par téléphone mobile ou Internet est différent de la diffusion par
radio. Il ne s’agit pas de collecter des informations et de les
diffuser aux acteurs, mais de recueillir des informations que l’on
met à la disposition des acteurs. Ce sont donc ces derniers qui
décident du type d’information dont ils ont besoin et à quel
moment.
Cependant, le fait de disposer d’une information (notamment sur
les prix) correspondant aux besoins n’a pas modifié jusqu’ici
l’organisation de la commercialisation : le producteur
utilisant les services de Manobi se contente toujours de vendre aux
mêmes acteurs sans prendre le risque d’amener lui même sa
production sur le marché de gros. Cela est dû à une meilleure
maîtrise des circuits de commercialisation par les
bana-banas qui sont liés par des accords de réciprocité de
long terme avec les coxers. L’autre facteur est lié au délai
de paiement pour le producteur, paiement immédiat sur les marchés
de groupage et différé au niveau des marchés de gros, vu que
l’écoulement ne se fait pas le jour même.
Conclusion : vers une complémentarité entre dispositifs
d’information ?
L’étude confirme le constat souvent fait par ailleurs du faible
impact des SIM lorsqu’ils se limitent à la diffusion par radio
d’une information peu adaptée aux besoins des acteurs. A
contrario, l’expérience novatrice du système privé de Manobi,
qui met l’utilisateur en situation de gérer lui-même son
approvisionnement en information, se révèle intéressante. Bien que
le système soit récent (moins de deux années d’existence), il
montre que l’accès à une information ciblée, disponible dans un
délai court, permet d’améliorer la capacité de négociation des
producteurs. Cependant, cela ne remet pas en cause les modes de
coordination existants, ceux-ci n’étant pas déterminés uniquement
pas les besoins en information (également flux financiers,
transport...). Reste à voir comment Manobi pourra s’implanter plus
largement dans les années à venir et quel sera alors son impact sur
l’organisation des filières agricoles.
Par ailleurs, l’étude met en évidence l’une des limites de la
théorie des coûts de transaction qui prend la division du travail
(DT) comme une donnée exogène. En effet, selon cette théorie, les
producteurs devraient développer un contrat de long terme avec les
bana-banas eu égard au degré d’incertitude de cette
transaction. En fait, ils ont recours aux services de coxers
(modification de la DT), ce qui permet de réduire l’incertitude
dans la transaction avec les bana-banas et ainsi de
maintenir une relation de type spot market avec eux. L’étude
montre également le rôle central que joue le coxer comme
source d’information pour les producteurs et les bana-banas.
On peut se demander de ce fait si le coxer ne peut être
considéré comme un « système d’information » propre au
marché. Le fait que le système Manobi se soit plus développé
principalement dans les zones où les coxers sont peu
représentés, renforce cette idée et nous conduit à proposer une
hypothèse de complémentarité entre les dispositifs. Les SIM,
dispositifs extérieurs au marché, devraient alors chercher à
pallier les déficiences informationnelles en priorité dans les
zones où il y a absence ou défaillance des systèmes propres au
marché. L’analyse des marchés comme des systèmes de communication
[12, 22] permettrait d’observer la manière dont la diffusion de
l’information se fait au sein du marché et de cerner les
articulations possibles entre diffusion d’information « par le
jeu des échanges » et diffusion d’information par les SIM
n
Remerciements
Ce travail a été réalisé dans le cadre d’une collaboration entre
le Cirad, l’Isra et l’UMR MOISA. Les auteurs tiennent à remercier
la société Manobi pour sa participation à cette étude. Nos
remerciements vont aussi au PAEP, à la SAED, à la direction de
l’Horticulture ainsi qu’à l’ensemble des acteurs des filières
horticoles au Sénégal.
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l’horticulture. Évolution de la production des principales
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supérieure agronomique de Montpellier (Ensam) 2002, 520 p.
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