ARTICLE
Auteur(s) : Marie-Hélène Dabat1, Simon
Razafimandimby2, Boris Bouteau3
1 Centre de coopération internationale en
recherche agronomique pour le développement (Cirad), CA-Cultures
alimentaires, Avenue d’Agropolis, 34398 Montpellier
France
<dabat@cirad.fr>
2 Centre de recherche agronomique appliquée au
développement rural (Fofifa), Station régionale de recherche
d’Antsirabe BP 230 Antsirabe 110, Madagascar
<fofifa-abe@wanadoo.mg>
3 Pôle de recherche en partenariat (PCP) Systèmes
de culture et riziculture durable, BP 853, Antananarivo 101,
Madagascar
<bouteau@respublica.fr>
« Vary vokatr’Ibetsimitatatra, ka na tompony na tsy tompony samy
mitazana avokoa »
Le riz mûr du Betsimitatatra : propriétaires ou non, tout
le monde peut le voir.
Le riz, denrée économique, sociale et politique
Cultivé à Madagascar depuis des siècles, le riz est profondément
ancré dans la culture et les rapports sociaux des habitants :
plus de 70 proverbes montrent l’importance du riz dans la vie
quotidienne des Malgaches [1]. Il a contribué à asseoir la
puissance du royaume Merina et de ses différents souverains, grands
bâtisseurs des infrastructures de maîtrise de l’eau, depuis le
début du XVIe siècle jusqu’au début du XIXe
siècle [2]. Rakotomalala et al. montrent de quelle façon ces
personnages royaux ont récupéré les images du riz pour renforcer
leur pouvoir politique, en associant le riz, d’une part, avec Dieu
et, d’autre part, avec le roi [3].
Cette céréale est de loin la première production agricole de l’île
avec environ 2,5 millions de tonnes de paddy (ou riz non
décortiqué) ou 1,7 million de tonnes de riz décortiqué, avant
le manioc et le maïs. En 1999, la filière riz représentait
12 % du produit intérieur brut (PIB) national et 43 % du
PIB agricole et la production rizicole concernait environ
10 millions de personnes sur une population de
15 millions d’habitants [4]. Cette population étant l’une des
plus pauvres du monde1, les
performances de la filière riz sont un enjeu de poids pour
l’alimentation et la lutte contre la pauvreté des Malgaches [5].
Pourtant, les rendements moyens stagnant à un niveau très bas de
2 t/ha, la production augmente moins vite que la
population : respectivement 1,2 et 2,8 % l’an sur les
30 dernières années [6], entraînant mécaniquement la
diminution des disponibilités de riz national par habitant
(150 kg en 1980, 114 kg en 1999) et l’augmentation des
importations pour un pays jadis exportateur de riz (plus de
300 000 tonnes importées en 2002). Face à ce déficit
chronique, les questions posées sont celles du type de riziculture,
du mode d’organisation de la filière et des incitations publiques
les mieux à même de satisfaire globalement l’une des plus fortes
consommations par habitant du monde et, en particulier, de nourrir
les villes et notamment la plus peuplée d’entre elles,
Antananarivo, la capitale. L’agriculture périurbaine et les
filières courtes d’approvisionnement, dans un contexte d’économie
libéralisée, présentent de forts atouts pour jouer un rôle
significatif face à ce défi.
Dans un premier temps, nous montrerons l’enjeu que représente
Antananarivo pour le marché du riz à Madagascar et nous estimerons
la place du périurbain dans l’approvisionnement de cette ville.
Puis nous analyserons les effets de la politique de libéralisation
économique sur l’organisation et la compétitivité des filières
rizicoles, en mettant l’accent sur la différence entre milieux
ruraux et urbains. Enfin, nous identifierons les avantages en
termes de compétitivité et les contraintes au développement des
filières rizicoles périurbaines pour l’approvisionnement de la
capitale.
Cet article repose sur la documentation existante et sur un
travail de recherche réalisé en 2002. Les données existantes sont
surtout issues de l’analyse approfondie de la filière riz UPDR/FAO,
du suivi hebdomadaire des prix du riz sur les marchés
d’Antananarivo par l’Unité des politiques de développement rural du
ministère de l’Agriculture malgache (UPDR), des enquêtes de
consommation Instat/Madio, des enquêtes de commercialisation Ifpri
et de divers ouvrages et rapports qui figurent en références à la
fin de l’article. Le travail de recherche a comporté plusieurs
enquêtes quantitatives et qualitatives, auprès d’agents de la
filière riz, allant des producteurs aux consommateurs, sur les
grands marchés et dans des sites ciblés de la ville d’Antananarivo
(communes périurbaines, quartiers populaires, quartiers aisés,
quartiers intermédiaires) (carte 1), ainsi que dans la
région du lac Alaotra, source importante d’approvisionnement de la
capitale.
L’échantillon était constitué de 306 individus répartis de la
manière suivante : 146 consommateurs,
65 détaillants, 35 grossistes, 31 collecteurs,
18 riziers et 11 décortiqueurs. Les enquêtes se sont
déroulées entre janvier et juin 2002. L’enquête consommation repose
sur un seul passage, les données sont déclaratives et ne
correspondent pas à des niveaux de consommation constatés. Plus que
garant de la représentativité statistique, l’échantillon a été
constitué de façon à percevoir la diversité des situations et des
comportements des acteurs. Les réponses, validées et complétées
avec d’autres données, ont contribué à l’estimation du niveau de
consommation sur Antananarivo et des flux de riz.
Les données et résultats issus de ce travail seront identifiés sous
l’appellation « étude » dans la suite de cet article
[7].
1 Environ 60 % vit en
deçà du seuil de pauvreté de 1 dollar US par jour.
Approvisionnement en riz d’Antananarivo
Antananarivo, principal marché national
L’économie rizicole à Madagascar se caractérise par un fort taux
d’autoconsommation. En 1999, sur 2,7 millions de tonnes de
paddy produites dans le pays, 1,6 million de tonnes, soit
62 %, étaient réservées à l’autoconsommation. Le volume annuel
de riz national commercialisé a été, cette année-là, de
523 000 tonnes auxquelles se sont rajoutées
186 000 tonnes d’importations. Ainsi le marché du riz
représente environ 700 000 tonnes, soit environ un tiers
du volume de riz consommé dans l’île.
La ville d’Antananarivo, du fait de sa taille et de l’importance
de l’autoconsommation dans le pays, s’impose comme le plus
important marché malgache du riz et des autres produits de première
nécessité. Son approvisionnement joue un rôle stratégique dans la
gestion des ressources du pays et dans leur affectation. Si des
perturbations viennent troubler le fonctionnement de la filière riz
(augmentation du prix du carburant, état des routes, aléa
climatique…), limitant ainsi l’approvisionnement intérieur de la
capitale, les importations augmentent et occasionnent de sérieux
déséquilibres ruraux.
Selon l’étude réalisée par l’Instat à partir du recensement
général de la population de 1993, la population totale
d’Antananarivo était estimée à 1 403 000 habitants
pour l’année 2001, soit 903 000 habitants en intra
muros (communauté urbaine d’Antananarivo) et environ
500 000 habitants dans la zone périurbaine. L’étude
montre que la population des communes limitrophes consomme plus de
riz que la population strictement urbaine :
130 kg/hab./an contre un peu plus de 120 kg pour les
citadins d’Antananarivo. Cette population périurbaine a des
caractéristiques très proches de la population rurale : une
grande partie est cultivatrice et produit du riz, notamment pour sa
propre consommation. L’étude montre aussi que la consommation de la
population urbaine varie selon le revenu. La classe intermédiaire
consomme autant de riz que la population périurbaine ou que la
population rurale en général. Le niveau de consommation de la
grande majorité de la population pauvre habitant la ville est
limité par leur revenu, qui atteint cependant 124 kg/hab./an.
Le faible niveau de la consommation urbaine, comparé à la
consommation rurale, est surtout dû à un changement alimentaire de
la classe aisée. Celle-ci ne consomme que 102 kg de riz par
an, elle remplace progressivement la céréale nationale par des
produits à base de blé (pain, pâtes)2.
L’extrapolation des niveaux moyens de consommation urbaine et
périurbaine à la population d’Antananarivo donne une quantité
annuelle de riz consommée par la capitale de
174 000 tonnes, soit 109 000 tonnes en milieu
urbain et 65 000 tonnes en milieu périurbain (figure 1).
2 Les résultats des
différentes enquêtes consommation réalisées à Antananarivo ces
dernières années (Instat, UPDR...) sont assez disparates : les
niveaux de consommation sont variables et la classe qui consomme le
plus de riz est, pour certaines, la classe aisée, pour d’autres, la
classe intermédiaire.
Le périurbain dans l’approvisionnement d’Antananarivo
L’étude évalue (à partir des niveaux de population et de
consommation par habitant) à 12 % de la consommation de la
population strictement urbaine d’Antananarivo le riz qui n’est pas
acheté sur un marché ; il est souvent le fait de terres
laissées en métayage ou de dons familiaux. Le niveau de cet
approvisionnement hors marché dépend essentiellement du
revenu : il représente 7 % de l’approvisionnement de la
population urbaine pauvre (production familiale réalisée en milieu
périurbain ou rural proche) et 16,5 % de celui de la
population urbaine aisée (souvent propriétaires terriens habitant
la capitale et faisant travailler leurs terres proches par des
métayers). La classe urbaine intermédiaire se situe près de la
moyenne avec un peu moins de 13 %. La population périurbaine,
souvent productrice de riz, s’approvisionne hors marché à hauteur
de 18 % de son niveau de consommation.
La population d’Antananarivo au total se procure donc près de
14 % de ses besoins, soit 24 000 tonnes, à partir de
la production urbaine, périurbaine et rurale proche, ce qui porte à
150 000 tonnes le besoin annuel de la capitale satisfait
par le marché. Une partie de ce besoin est potentiellement
satisfait par la production locale. D’après l’Instat, la superficie
rizicole en zones urbaine et périurbaine de la capitale était de
20 470 hectares et les rendements moyens de 2,8 t/ha
en 2000, soit une production de 57 320 tonnes de paddy et
d’environ 40 000 tonnes de riz. L’étude réalisée par la
Compagnie d’aménagement des côteaux de Gascogne (CGAC) confirmait
des rendements compris entre 1,6 et 3,3 t/ha selon les
secteurs hydrauliques, la même année [8]. Cependant, la riziculture
dans la plaine d’Antananarivo reste très dépendante des aléas
climatiques et son rendement moyen peut énormément varier d’une
année à l’autre (plus ou moins 50 %). On peut estimer que la
production locale approvisionnant le marché peut dépasser
15 000 tonnes les années de bonnes récoltes.
La production locale, non marchande et marchande (urbain,
périurbain et environs proches)3, est
la troisième source d’approvisionnement d’Antananarivo. Elle
représente entre 15 et 25 % des besoins de la ville selon les
années, soit un peu moins que les flux en provenance de l’extérieur
de Madagascar et du lac Alaotra, principale zone
d’approvisionnement intérieure (figure 2). Cet apport
apparaît suffisamment conséquent pour que l’on se pose la question
de son devenir, du point de vue notamment de la compétitivité des
filières locales par rapport aux autres filières
d’approvisionnement plus importantes en termes de flux, et des
politiques d’incitation qui les favorisent.
3 Cela renvoie à la question
méthodologique des limites d’un espace périurbain, par rapport à
laquelle nous ne nous positionnons pas ici mais qui est
sous-jacente à nos différentes estimations : besoins,
superficie, production, approvisionnement local…
Libéralisation et compétitivité des filières riz
Recherche d’une politique rizicole stimulant la production
Les politiques rizicoles à Madagascar se caractérisent par des
changements radicaux. Pilotage privé sur le modèle de l’économie
coloniale, fort interventionnisme de l’État dans les
infrastructures de transformation et de commercialisation et dans
le système de prix, et enfin libéralisation tous azimuts et brutale
de la filière fondée sur la privatisation du marché interne, se
sont succédé depuis l’indépendance du pays. Le désengagement de
l’État de la distribution d’engrais et du secteur d’irrigation date
du milieu des années 1980. Il s’est accompagné d’une libéralisation
des prix qui devait inciter les paysans à produire plus de paddy
rémunéré à un meilleur prix sur le marché. Mais celle-ci s’est
butée, dans la plus grande partie du pays, à l’enclavement des
régions productrices (difficulté d’approvisionnement en intrants,
coût important d’évacuation des produits) et à la structure
faiblement concurrentielle de la commercialisation, rendant les
« signaux de prix » faiblement visibles aux agriculteurs
[9]. Malgré des gains de productivité dans le transport, l’état des
réseaux de communication a pu justifier l’isolement de certains
marchés et favoriser le maintien de situations non concurrentielles
et donc non compétitives dans les régions isolées [10]. Alors qu’en
1992, 45 % des ménages agricoles avaient un accès permanent à
plusieurs commerçants pour vendre leurs produits, cette proportion
est passée à 51 % seulement en 1997. La même année 27 %
des villages faisaient face à une situation de quasi-monopole
permanent d’un seul commerçant et 22 % à une situation de
quasi-monopole occasionnel [11]. L’accès des producteurs ruraux à
un marché local demeure une contrainte forte à Madagascar.
Pas plus la forte tutelle de l’État sur l’organisation et le
fonctionnement de la filière pour protéger le consommateur que la
libéralisation dans le cadre de l’ajustement structurel voulant
favoriser le paysan n’ont réussi à accroître l’offre de riz sur le
marché. La sanction dans les deux cas a été une flambée des
importations de riz : celles-ci sont en effet passées de
2 500 tonnes en 1971 à 135 000 tonnes en 1977
et à 350 000 tonnes en 1982. Elles ont ensuite diminué
sous l’effet du changement de politique pour se stabiliser autour
de 20 000 tonnes au milieu des années 1990. Leur niveau
atteignait 50 000 tonnes en 1997 et 1998, plus de
180 000 tonnes en 1999 et dépasse les
200 000 tonnes par an depuis 2000.
Effets de la libéralisation sur l’organisation de la
filière
La libéralisation a mis fin au monopole des grandes rizeries
nationales et remet en cause les « filières
traditionnelles ». Dans les régions où le marché est
développé, il est devenu vital pour les opérateurs de réduire leurs
coûts face à la concurrence. Des restructurations sont apparues
dans la filière riz avec de nouveaux circuits de commercialisation
et pôles d’accumulation des richesses (figure 3).
Le circuit traditionnel, en perte de vitesse, est celui des gros
riziers. Il provient de la structure organisationnelle des sociétés
d’État, autrefois chargées de la commercialisation du riz. Le
rizier finance, avec l’appui des banques, la campagne de collecte
de nombreux agents mandatés auprès de riziculteurs attitrés. Le
paddy collecté est ensuite stocké, les riziers attendent en général
la montée des prix pour revendre du riz usiné en ville. Dans ce
type de circuit, le riz passe par plusieurs opérateurs, mais le
rizier maîtrise la filière jusqu’aux distributeurs finals. Ces
riziers sont implantés dans les grandes zones de production
rizicole (lac Alaotra, Marovoay, Antsirabe), leur organisation
nécessitant de grandes quantités de paddy sur une zone assez
réduite afin de maximiser l’utilisation de leurs
infrastructures.
Sous l’effet de la libéralisation des prix, la concurrence est
devenue plus sévère, de nouveaux opérateurs sont entrés en jeu
alors que les quantités commercialisables n’avaient quasiment pas
augmenté. La catégorie des riziers traditionnels se
fragilise : infrastructures coûteuses et donc fort
endettement, écrêtement des prix limitant les mouvements
spéculatifs, nécessité de se diversifier en produisant du riz de
luxe au marché étroit. Ces gros riziers ont été progressivement
concurrencés par de petites rizeries, présentes sur les sites de
production et près des zones de consommation comme Antananarivo ou
Antsirabe. Elles sont le fait de nouveaux arrivants ou alors
d’anciens riziers en difficulté qui modifient leur stratégie
organisationnelle pour survivre. Ces petits riziers sont
parfaitement intégrés dans les « filières
indépendantes », qui sont une réponse de l’aval de la filière
au désengagement de l’État dans les zones où les forces du marché
poussent à plus d’efficacité économique. Dans ces filières, les
opérateurs sont nombreux, de petite taille et agissent pour leur
propre compte en développant des stratégies individuelles et
d’alliance et en se tenant bien informés des évolutions du marché,
pour limiter leurs coûts de production et de transaction et ajuster
leurs prix de vente : petits riziers, décortiqueurs,
grossistes urbains, sous-grossistes, transporteurs, collecteurs
indépendants, sous-collecteurs
Le phénomène a pris plusieurs formes : multiplication des
petites rizeries ou décortiqueries dans les zones de production
[12] permettant à de petits collecteurs mandatés de s’émanciper et
aux petits agriculteurs de valoriser leur produit ; montée des
grossistes urbains allant chercher le riz dans ces zones,
facilitant encore l’activité des collecteurs indépendants et
investissant parfois dans des décortiqueries ; apparition de
transporteurs jouant le rôle d’intermédiaires indispensables entre
les zones de production et de commercialisation ; éclatement
de la fonction de collecte entre collecteurs et
sous-collecteurs ; développement de petites rizeries et
décortiqueries en milieu urbain près des lieux de consommation.
Chaque petit opérateur cherche à spéculer sur le prix du produit,
mais sans prendre de gros risques, car ne stockant pas ou très peu
il cherche le plus possible à profiter de l’écart entre prix du
paddy sur le lieu de production et prix du riz sur
Antananarivo.
Un partage fonctionnel se développe entre les différents
opérateurs qui minimisent ainsi leurs coûts. Peu nombreux à
effectuer l’ensemble des étapes de la filière, ces nouveaux
opérateurs recherchent plutôt une spécialisation et partagent les
marges commerciales avec les opérateurs indispensables de leur
circuit. Leur petite taille (quelques dizaines de tonnes de paddy
ou de riz collecté, transporté, décortiqué ou commercialisé par an)
leur donne une grande capacité d’adaptation aux aléas des prix et
de la production. Ces derniers sont plus à même de supporter les
évolutions du marché et notamment les variations de leur niveau
d’activité, même au prix de la disparition de certains et la venue
de nouveaux.
Les grands riziers et leur organisation ont perdu de leur
puissance économique et sont fragilisés par la libéralisation, mais
ils n’en restent pas moins indispensables à la régulation de
l’approvisionnement du marché, car ils possèdent des
infrastructures importantes leur permettant de commercialiser et de
stocker de grandes quantités de paddy et de produire du riz de
bonne qualité. Les filières périurbaines, quel que soit leur niveau
de compétitivité, n’ont pas vocation à assurer l’approvisionnement
en quantité des grands centres urbains. En cela, les filières
traditionnelles leur restent largement complémentaires.
Compétitivité des filières et facteurs de compétitivité
Se poser la question de la compétitivité des filières
périurbaines suppose de s’interroger sur les facteurs de
compétitivité des filières rizicoles qui approvisionnent le marché
d’Antananarivo. La performance des filières vivrières, en tant que
capacité de leurs acteurs à avoir une stratégie leur permettant de
conquérir et de maintenir sur le long terme des parts de marché
[13], ne repose pas seulement sur leur compétitivité-prix,
c’est-à-dire leur aptitude à réduire les coûts de production. Elle
relève également de facteurs non-prix tels que la situation
géographique, la qualité des produits vendus, les relations entre
producteurs et acheteurs ou les politiques en vigueur [14]. La
comparaison de la formation des prixet des caractéristiques des
principaux types de riz écoulés sur le marché d’Antananarivo4 révèle que la compétitivité des
filières – mesurée, d’une part, à l’importance des marges
dans le prix final du produit et, d’autre part, à la disposition
des consommateurs à payer le prix proposé – va fortement
dépendre de plusieurs facteurs liés entre eux : la
valorisation du produit en termes de prix, la distance des rizières
au marché, la saisonnalité des récoltes et la qualité du
produit.
Les habitants d’Antananarivo, bien que gros mangeurs de riz,
réduisent leur consommation quand le prix du riz augmente, mais en
moindre proportion que la variation des prix. Les prix les plus
élevés sont enregistrés de janvier à mars. Cette saisonnalité des
prix est surtout liée au calendrier agricole – la plus
grande partie du riz récolté dans les différentes régions de
Madagascar arrivant sur le marché à partir d’avril – et
aux stratégies de certains opérateurs (stockage et déstockage,
attitudes spéculatives) (figures 4 et 5). Cependant, l’étude
montre que les coûts de stockage, en situation d’ouverture aux
importations5, et les coûts de
transport, en situation d’enclavement, pénalisent fortement la
compétitivité des filières qui les supportent. Notons que
Madagascar est plus grand que la France et que l’enclavement est
l’un des freins les plus importants à son développement économique.
Ainsi, le pays disposant de plusieurs saisons culturales, le riz
récolté avant la période des pluies, surtout s’il est produit à
proximité du lieu où il est consommé, va profiter d’un avantage
comparatif sur les autres variétés qui devront être stockées.
La disposition à payer des consommateurs malgaches va dépendre de
la qualité du riz proposé. Le marché du « riz de table »
ou riz de semi-luxe ou encore riz intermédiaire est en expansion à
Antananarivo et ce riz est consommé par toutes les classes de la
population. Le riz de table possède les
caractéristiques suivantes : il est blanc, voire
translucide, présentable, bien décortiqué, sans détritus et gonfle
à la cuisson. Il se distingue à la fois qualitativement du riz
ordinaire (prix bas, faible qualité) et financièrement du riz de
luxe (prix élevé, bonne qualité). Plusieurs variétés de riz peuvent
entrer dans cette catégorie : notamment le makalioka de
deuxième choix du lac Alaotra, le tsipala du Moyen-Ouest et
la majorité des riz d’importation. Cependant, le consommateur
malgache, à qualité égale et à prix égal, optera facilement pour un
riz national.
Les filières rizicoles périurbaines semblent présenter de nombreux
atouts pour être compétitives du point de vue de leur rentabilité
mais surtout de facteurs non-prix. Cette compétitivité doit être à
présent démontrée et les contraintes de ces filières mises en
évidence pour dégager des voies d’amélioration.
4 La comparaison a porté sur
les types suivants : un makalioka du lac Alaotra rendu
à Antananarivo 1 mois après la récolte en juin/juillet, un
makalioka stocké 6 mois et vendu sur la capitale en
décembre-janvier, un vary gasy du Moyen-Ouest vendu en juin,
un vary gasy du Moyen-Ouest stocké et vendu en décembre, un
vary vakiambaty de la région d’Antananarivo, un vary
aloha proche d’Antananarivo, un riz ordinaire
d’importation.
5 Malgré une protection
officielle substantielle, il semblerait qu’une quantité importante
de riz ne s’acquitte pas des taxes fiscales : taxe à
l’importation, TVA, divers droits douaniers, au total 38 %.
Plusieurs notes (Union européenne 2002, UPDR 2002 [15]) ont
montré que cela pourrait concerner la moitié du flux de riz
importé.
Avantages et contraintes des filières périurbaines
Compétitivité des filières périurbaines
La plaine irriguée du Betsimitatatra, située au nord-ouest de la
ville d’Antananarivo et sur laquelle est pratiqué surtout le riz de
première saison, vary aloha, constitue l’essentiel de la
production de la capitale (figure 5). À l’est de la
ville, le relief plus accidenté laisse place à une riziculture de
bas-fonds et de collines sur lesquelles le riz de deuxième saison,
vary vakiambaty, est mieux approprié et associé au
maraîchage et à l’élevage. Ce dernier type de riz est aussi cultivé
dans les nombreuses plaines au sud de la ville6.
La plus grande partie de la production de la capitale arrive donc
sur le marché avant la saison des pluies, à une période où la
demande augmente, l’offre diminue et où les prix sont élevés,
bénéficiant ainsi d’un avantage certain en termes de compétitivité.
Cette riziculture de la plaine du Betsimitatatra est pratiquée avec
une bonne maîtrise de l’eau liée aux aménagements hydrauliques dont
la rive droite du fleuve Ikopa a bénéficié depuis la fin des années
1980. Ces aménagements (endiguement, rehaussement de digues,
réfection et creusement de nouveaux canaux) ont été réalisés pour
protéger le centre urbain, et notamment ses quartiers en pleine
croissance, des crues et des inondations [17]. Ils ont entraîné une
différenciation de l’accès à l’eau pour l’agriculture, qui se
répercute sur les systèmes de production rizicoles : excès
d’eau hivernaux mal maîtrisés et accès de plus en plus limité à
l’eau en saison sèche sur la rive gauche ; disponibilité et
maîtrise accrue de l’eau sur la rive droite permettant le
développement récent d’une riziculture irriguée performante dans la
plaine du Betsimitatatra. Dans cette plaine, le riz précoce est
cultivé d’une manière intensive sur des parcelles souvent
minuscules entourées de diguettes liées à un ingénieux système
d’irrigation. L’intensification résulte aussi d’un labeur humain
considérable et de pratiques culturales proches du jardinage.
Cependant, plusieurs exploitations dépassent les 2 hectares,
ont des rendements supérieurs à 2,5-3 t/ha et dégagent des
excédents qu’elles écoulent sur le marché.
Les coûts de production à l’hectare du riz précoce périurbain sont
généralement supérieurs au riz local de deuxième saison à cause de
besoins plus importants en irrigation, et au riz d’autres régions
du fait, notamment, du coût d’opportunité élevé de la main-d’œuvre.
Cependant cette riziculture présente l’avantage, par rapport à ses
principales concurrentes, de bénéficier d’une meilleure maîtrise de
l’eau ou d’être plus largement pratiquée en faire-valoir direct et
donc de dégager des revenus plus importants pour l’exploitant.
Ce paddy précoce est pris en charge par des micro-opérateurs aux
coûts de structure réduits, bien informés sur les prix qu’ils
peuvent pratiquer, plus flexibles du fait de leur taille, stimulés
par la croissance du marché et subissant des coûts de
commercialisation réduits dans un pays où la longueur des
transports et ses aléas sont pénalisants. L’année 2002 a illustré
cette contrainte : l’augmentation du prix du carburant, liée à
la conjoncture politique (barrages routiers), et les mauvaises
conditions climatiques dans plusieurs régions (cyclones), ont donné
un avantage certain au riz local. L’écoulement de ce paddy de
première saison par une filière efficace est à l’origine de gains
de compétitivité notables. L’étude montre que ce paddy récolté
avant la saison des pluies, acheté à un bon prix au riziculteur,
décortiqué à proximité et revendu à un prix élevé sans coût de
stockage autre que celui nécessaire au séchage, rivalise en termes
de rentabilité avec le makalioka du lac Alaotra. Cependant,
ce dernier, du fait de sa qualité supérieure, pourra être
commercialisé à un prix plus élevé sur le marché de détail (tableau 1).
Tableau 1. Formation du prix (en
francs malgaches) de différents types de riz nationaux en 2001
(source : [7], d’après enquête et données UPDR).
Table 1. Formation of the different national rice
types prices in 2001.
|
|
Makalioka 1 mois |
Makalioka 6 mois |
V. gasy My-Ouest récolte |
V. gasy My-Ouest 6 mois |
V. gasy Tana Vakamb. récolte |
V. gasy Tana V. aloha récolte |
|
Prix producteur (1) |
1 350 |
1 500 |
1 200 |
1 350 |
1 250 |
1 600 |
|
Coût et marge collecte (3) |
80 |
80 |
80 |
80 |
80 |
80 |
|
Taxe locale |
120 |
120 |
120 |
120 |
120 |
120 |
|
Coût d’usinage (67 %) |
120 |
120 |
80 |
80 |
80 |
80 |
|
Coût de stockage (2) |
40 |
240 |
40 |
240 |
40 |
40 |
|
Coût de transport |
150 |
250 |
120 |
150 |
30 |
50 |
|
Coût et marge grossiste (3) |
90 |
120 |
90 |
110 |
90 |
120 |
|
Coût et marge détaillant (3) |
250 |
200 |
250 |
300 |
250 |
300 |
|
Marge intermédiaire (4) |
200 |
570 |
120 |
370 |
160 |
410 |
|
Prix au détail |
2 400 |
3 200 |
2 100 |
2 800 |
2 100 |
2 800 |
(1) Prix d’achat au producteur pour 1,5 kg paddy (1 kg
riz blanchi) ; les frais de collecte, stockage, usinage et les
taxes locales sont également calculés sur la base de 1,5 kg de
paddy ; (2) Estimation à 40 Fmg par mois des coûts de
location d’un local, des charges et des pertes ; (3) Certaines
marges n’ont pas pu être dissociées du coût ; (4) Marges non
affectées à un opérateur en particulier, calculées par différence
entre le prix au détail et les coûts connus, indicateur de
compétitivité de la filière.
7 000 Fmg = 1 euro
La comparaison de la formation des prix de détail des principaux
riz nationaux en concurrence sur le marché d’Antananarivo montre
une bonne compétitivité pour le vary aloha de la plaine du
Betsimitatatra (dernière colonne). Commercialisé en période de prix
élevé, il laisse un revenu substantiel aux différents agents de la
filière (producteur, grossiste, détaillant, autres intermédiaires)
et rivalise avec le makalioka du lac Alaotra vendu à la même
période (deuxième colonne). Cependant ce dernier riz, de meilleure
qualité, peut convoiter un prix supérieur sur le marché.
Le riz précoce de la plaine du Betsimitatatra (photo 1) perd en revanche
son avantage comparatif par rapport au riz importé, disponible tout
au long de l’année à bas prix étant donné le cours international du
riz et la mauvaise application des barrières douanières. Pourtant,
en supposant un paiement plus strict des taxes à l’importation (la
totalité du riz s’acquitte des diverses taxes obligatoires) et en
simulant plusieurs prix CAF du riz importé, le riz de première
saison produit à Antananarivo devient compétitif par rapport au riz
importé (tableau 2). Cependant, comparé
au riz malgache ordinaire d’Antananarivo, le riz d’importation
conserve comme avantage sa facilité d’acquisition en grandes
quantités et prêt à l’usage ainsi que sa qualité.
Tableau 2. Formation du prix du
riz importé ayant acquitté les différentes taxes (source :
[7], d’après enquête et données Banque mondiale, ministère du
commerce et de la consommation).
Table 2. Formation of imported rice price after
taxes.
|
|
Simulation 1 |
Simulation 2 |
|
Prix FOB (30 % de brisures) (1) |
150 |
200 |
|
Fret (2) |
35 |
35 |
|
Taux de change (US$) (3) |
6 600 |
6 600 |
|
Prix CAF(Fmg*/kg) |
1 220 |
1 551 |
|
Taxes (38 %) |
463 |
589 |
|
Frais divers (4) |
150 |
150 |
|
Coût de transport (Tamatave/Antananarivo) |
150 |
150 |
|
Marge importateur |
55 |
35 |
|
Prix à Antananarivo |
2 038 |
2 475 |
|
Charges et marges grossiste |
100 |
100 |
|
Coûts et marge détaillant |
250 |
250 |
|
Prix au détail |
2 389 |
2 825 |
(1) Cours mondial pour 1 tonne de riz blanchi avec 30 %
maximum de brisures exprimé en dollars US ; (2) Coût de
transport maritime et d’assurance exprimé en dollars US ; (3)
Taux de change moyen sur les 3 dernières années (1 dollar
US = 6 600 Fmg) ; (4) Frais portuaires, de
débarquement, de stockage/magasinage.
* 7 000 Fmg = 1 euro
Comparé au riz importé à un prix FOB de 200 dollars US/t
(simulation 2), le vary aloha de la plaine d’Antananarivo
est compétitif, les deux types de riz arrivent sur le marché à
environ 2 800 Fmg/kg. Ce prix FOB est proche du prix
actuel du riz pakistanais avec 25 % de brisures :
144 dollars US/t en décembre 2001 et 189 dollars US/t en
septembre 2003 (source OSIRIZ). Cependant ce dernier riz, de
meilleure qualité bien que non traditionnel, peut être préféré au
vary gazy par le consommateur malgache si l’écart de prix
n’est pas plus significatif.
6 Le vary aloha est appelé
« riz de première saison », c’est-à-dire dont le cycle se
fait en saison froide et sèche et la récolte avant le pic de la
crue de janvier, et pour lequel la maîtrise de l’irrigation est
primordiale. Par opposition, le riz de « deuxième
saison » a un cycle calé sur la saison des pluies,
c’est-à-dire la période chaude, qui est la plus favorable au
développement de la culture. Cependant, il ne peut être pratiqué, à
Antananarivo, que sur des parcelles protégées de l’inondation. Sa
récolte est réalisée en avril-mai.
Contraintes à l’essor de la riziculture périurbaine
Les différents maillons des filières du riz de première saison
en milieu périurbain présentent des atouts en termes de
compétitivité et cumulent leurs avantages : saisonnalité
avantageuse de la récolte, compression des coûts de
commercialisation et de stockage, facilité d’accès à l’information,
marché porteur, prix de vente avantageux, origine traditionnelle,
plus grande flexibilité des agents, complémentarité des acteurs...
Une grande partie de ces atouts provient de la réorganisation de la
partie aval de la filière pour s’adapter à une plus grande
concurrence à la fois intérieure et extérieure.
Cependant la riziculture périurbaine rencontre deux contraintes
principales qui menacent son fonctionnement et pourraient entraver
son épanouissement : la convoitise des terres rizicoles pour
permettre à la ville de s’étendre et l’insuffisante qualité du riz
qu’elle commercialise. Le développement de l’urbanisation et de
l’industrialisation concurrence très fortement l’emprise
territoriale de la riziculture qui, déjà, fournit des quantités
limitées de produit : les remblais de rizières pour la
construction des usines limitent directement le domaine agricole.
Par ailleurs, le développement de l’habitat informel et la
multiplication des industries, dont certaines sont très polluantes,
augmentent les rejets industriels et urbains dans l’eau, notamment
dans les eaux à usage agricole, et détériorent la qualité sanitaire
du riz. Sur le plan de la qualité, le riz périurbain souffre
également d’une insuffisante prise en compte de l’amélioration du
pouvoir d’achat des habitants de la capitale. Le riz produit dans
la plaine d’Antananarivo est un riz ordinaire ; or l’étude
montre que le riz local représente encore plus des trois quarts du
riz consommé dans les zones périurbaines, plus de la moitié dans la
capitale, mais moins du tiers dans les classes aisées. Ce riz
rivalise mal avec le riz importé pour les critères de propreté,
d’aptitude à gonfler à la cuisson, de présentation, même si la
préférence nationale joue souvent en faveur du produit local à
disponibilité et prix égaux. Lors du travail d’usinage, beaucoup de
brins et de petits cailloux sont laissés dans le riz, un nettoyage
supplémentaire est souvent indispensable.
Les perspectives de maintien et de développement de ces filières
sont profondément dépendantes d’une application plus stricte de la
réglementation douanière, de la place qui sera dévolue à
l’agriculture dans les plans d’aménagement de la plaine
d’Antananarivo et de l’amélioration de la qualité des produits
proposés aux consommateurs. Les deux premières conditions sont de
nature politique, la troisième l’est en partie (qualité sanitaire
du riz) mais elle est aussi un défi important à relever par les
acteurs de la filière périurbaine (adaptation aux préférences des
consommateurs). Il est possible d’améliorer la propreté et l’aspect
du riz de la plaine d’Antananarivo, notamment par un décorticage
plus soigneux. En revanche, son aptitude à gonfler à la cuisson est
fortement dépendante de son taux d’humidité, que l’on pourrait
diminuer en laissant sécher plus longtemps la céréale. Or, ce riz
de première saison tire son avantage commercial de sa récolte et de
sa vente pendant la période de soudure.
Conclusion : libéralisation des filières et
approvisionnement des villes
La libéralisation de la filière riz au milieu des années 1980
n’a pas eu les effets attendus en matière d’incitation des
riziculteurs ruraux à intensifier leur production. Leur faible
intégration au marché, leur enclavement géographique et la
situation oligopolistique de la partie aval des filières n’ont pas
permis à la concurrence d’influencer significativement à la hausse
les prix du paddy en milieu rural. Le phénomène inverse s’est
produit en milieu urbain et des filières nouvelles, composées de
petits agents spécialisés, indépendants et dotés d’une grande
capacité d’adaptation, ont suppléé plusieurs filières
traditionnelles, pilotées d’un bout à l’autre par les riziers
leaders du marché. La libéralisation et le désengagement de l’État
ont facilité cette évolution et leurs effets sont particulièrement
visibles pour l’approvisionnement du marché d’Antananarivo.
Associées à la riziculture périurbaine de première saison, ces
filières se révèlent compétitives et rivalisent avec les filières
d’importation, du moins sur le plan du prix. Ces filières rizicoles
bénéficient d’une maîtrise correcte de l’eau, de la
contre-saisonnalité et de la proximité des consommateurs. Pour
rester compétitives, elles doivent évoluer techniquement sur le
plan de la production et surtout améliorer le niveau de qualité de
leurs produits après la récolte (nettoyage, présentation).
Cependant, étant donné les contraintes que rencontre l’extension,
voire le maintien, de la riziculture dans la capitale et à ses
abords, les filières rizicoles périurbaines n’ont pas vocation à
alimenter en plus grandes quantités les habitants d’Antananarivo.
L’appel aux autres sources d’approvisionnement rizicole internes à
Madagascar ou étrangères et aux autres filières demeurera
indispensable. Il reste que les terres agricoles, et en particulier
les rizières, remplissent d’autres fonctions que
l’approvisionnement alimentaire de la capitale, fonctions qui
contribuent à l’intérêt de leur maintien : réserve foncière,
zone d’épandage des crues exceptionnelles et aménités paysagères
n
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