Accueil > Revues > Agronomie et biotechnologies > Cahiers Agricultures > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Cahiers Agricultures
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable

Nourrir les villes sans les paysans ?


Cahiers Agricultures. Volume 13, Numéro 1, Janvier-Février 2004 - L’alimentation des villes, Éditorial



Auteur(s) : Bertrand Hervieu , Secrétaire général du Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) Ancien président de l‘Institut national de la recherche agronomique (Inra) .

Mots-clés : Vos mots clés ici

ARTICLE

Auteur(s) : Bertrand Hervieu

Secrétaire général du Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) Ancien président de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) 
<hervieu@ciheam.org>

Dans l’histoire des civilisations, l’approvisionnement des villes est une obsession jamais complètement résolue. Mais en ce début de XXIe siècle, la question prend une allure nouvelle.
En effet, ce début de millénaire enregistre deux événements à la charge symbolique forte.
• Les paysanneries du monde ne sont plus la majorité absolue de la population mondiale. Bientôt, d’ici une à deux décennies, la population mondiale sera urbaine aux deux tiers.
• L’urbanisation massive des populations, alliée à un processus de littoralisation des économies et de mobilité des cultures, est bien le trait dominant de notre civilisation-monde.
C’est dans ce contexte qu’il nous faut penser de façon radicalement nouvelle la question de la sécurité alimentaire mondiale en cherchant à résoudre l’un des paradoxes les plus angoissants de notre époque qui s’épanouirait en faisant comme si les villes n’avaient plus besoin des paysans pour se nourrir.
En effet, ou les sociétés paysannes demeurent, en survivant dans une pauvreté accablante et en étant focalisées vers la résolution exclusive de leur propre subsistance ; là se comptent les 800 millions d’hommes et de femmes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et dans la malnutrition.
Ou les sociétés paysannes disparaissent en nombre et en culture pour laisser place à de grandes puissances agricoles marchandes, spécialisées dans leurs productions, urbanisées dans leurs manières de produire, géographiquement localisées à proximité des grands centres d’échanges et de consommation.
Jusqu’à ces toutes dernières années, nous avons pensé l’avenir des paysanneries dans la perspective d’une croissance de la demande alimentaire urbaine. Nous prenons conscience aujourd’hui que les grandes conurbations, urbaines et littorales, s’adressent de façon massive et croissante au marché international et à une agriculture périurbaine et la plupart du temps hors sol, pour assurer leur sécurité alimentaire. C’est déjà le cas en Chine où nous voyons les très grandes agglomérations en zones franches se tourner délibérément vers une production agricole industrielle et insérée dans les agglomérations tandis que s’accroissent les cohortes des paysans « flottants » qui, dans une sorte de paradoxe terrible, ont compris que puisqu’ils ne nourriraient pas les villes, il leur faut espérer que les villes les nourrissent.
Que dire des paysans sans terre du Brésil qui savent que ce sont les firmes et non les paysans qui pourvoient à l’alimentation urbaine ? Comment penser l’avenir des agricultures africaines au moment où la coupure entre les zones littorales et les zones intérieures du continent est en train de s’accroître.
Ainsi donc, tout se passe comme si, loin de renforcer une articulation féconde entre les villes et les campagnes, l’urbanisation massive du XXIe siècle avait besoin, d’un côté, d’absorber l’agriculture en l’urbanisant et, de l’autre, d’ignorer les paysanneries en les abandonnant.
Le risque est grand, en ce début de siècle, au moment où les paysanneries deviennent minoritaires, de constater que ce destin ne pourrait être repensé. En acceptant de considérer ces paysanneries à la seule aune de leur utilité supposée pour nourrir les villes, c’est non seulement le sens de leur destin collectif qui serait refoulé, mais finalement c’est aussi leur propre dignité qui leur serait niée. Si techniquement, économiquement, il pourrait suffire d’une poignée de producteurs dotés d’un très haut niveau de compétences, de capitaux, d’équipements, pour assurer la sécurité alimentaire mondiale, peut-on démographiquement, géographiquement et culturellement, rejeter hors du monde tous ceux qui, hier encore, en représentaient sa propre moitié ?
La question que se posait l’Europe, et en particulier la France, au lendemain de la seconde guerre mondiale, à savoir : « Que sera une France sans paysans  ? » et à laquelle Henri Mendras, disparu le 5 novembre 2003, a apporté une réponse sans appel, est maintenant une question posée à la face du monde et pour cette première moitié du XXIe siècle : « Que sera un monde sans paysans ? » n


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]