ARTICLE
Au cours des dernières décennies, de nombreux programmes
ont été développés par la communauté
internationale pour tenter de réduire le déficit alimentaire
dans les pays africains. L'irrigation, en particulier, est présentée
comme un des moyens incontournables pour accroître les rendements
agricoles dans les régions à instabilité climatique,
en permettant l'extension de la période cultivable en saison sèche
et en minimisant les risques liés à une pluviométrie
insuffisante ou variable [1].
Cependant, la mise en place d'hydro-aménagements n'est pas sans
soulever de sérieuses questions. Différentes études
menées en Afrique subsaharienne soulignent que l'accroissement
des superficies irriguées peut augmenter le nombre de sites et
la période de reproduction d'un certain nombre de vecteurs et hôtes
intermédiaires, et intensifier les contacts entre ces derniers
et les populations humaines. La construction de retenues d'eau et de canaux
d'irrigation associés à la riziculture pourrait alors entraîner
une augmentation des taux de prévalence et d'incidence d'un certain
nombre de pathologies telles que le paludisme, les schistosomiases, l'encéphalite,
la fièvre jaune, la dengue, l'onchocercose, ou encore la filariose
[2, 3].
La présente étude s'inscrit dans le cadre des travaux
menés par le Consortium santé de l'Adrao (Association pour
le développement de la riziculture en Afrique de l'Ouest) sur les
impacts de la riziculture irriguée sur le paludisme et la bilharziose
dans trois écosystèmes d'Afrique de l'Ouest. Les résultats
biomédicaux du Consortium santé dans le Nord de la Côte
d'Ivoire démontrent que les villages pratiquant une seule récolte
de riz/année (R1) ont des taux de paludisme inférieurs
à ceux qui effectuent deux récoltes de riz/année
(R2) [4]. Ces différences ne peuvent cependant pas être
expliquées par les variations de densités anophéliennes
entre les deux types de villages [5]. Il est donc essentiel d'élargir
le champ d'investigation et de considérer quels facteurs, autres
que vectoriels, peuvent influencer le profil épidémiologique
des populations concernées.
Approche systémique des relations environnement
et santé
Notre étude part de l'hypothèse que le profil pathologique
et les comportements en matière de santé des populations
de la zone d'étude sont affectés par des transformations
survenant simultanément dans plusieurs domaines de la vie quotidienne
: l'environnement, les croyances culturelles, l'organisation sociale,
le système de production agricole et le statut économique.
Plusieurs études ont déjà démontré
l'influence des facteurs environnementaux [6, 7], sociaux [8, 9], culturels
[10, 11] et économiques [12, 13] sur les comportements en matière
de santé. À notre connaissance cependant, très peu
d'études montrent de façon systématique comment l'interaction
de l'ensemble de ces facteurs contribue à reconfigurer le profil
épidémiologique de populations données.
L'originalité de notre approche est d'essayer de comprendre la
complexité des mécanismes à travers lesquels la modification
des activités de production agricole et les transformations sociales
résultant de l'intensification de la riziculture de bas-fond se
combinent et influencent la vulnérabilité des populations
face à la malaria. Le terme de vulnérabilité est
employé ici pour évoquer la chaîne complexe d'activités,
d'attitudes et de comportements qui interviennent dans les relations différentielles
des hommes et des femmes vis-à-vis de l'environnement, des vecteurs,
du développement et de la prise en charge des problèmes
de santé. Nous avons préféré recourir à
ce terme pour nous distancer de l'approche épidémiologique
plus classique qui parle ici de risques.
Protocole de recherche
et méthode
Les données présentées proviennent d'une étude
réalisée dans six communautés du Nord de la Côte
d'Ivoire, composées majoritairement de Sénoufos du sous-groupe
Tiembara et situées dans un rayon de 25 km autour de Korhogo. Les
communautés sélectionnées partagent toutes les mêmes
caractéristiques (densité de population, composition, activités
socio-économiques), à l'exception du nombre de récoltes
de riz effectuées annuellement dans les bas-fonds entourant les
villages. Trois des villages sont impliqués dans la riziculture
irriguée toute l'année avec deux cycles de récoltes
par an (R2), alors que les trois autres ne cultivent le riz
de bas-fond que durant la saison des pluies et n'obtiennent donc qu'une
seule récolte de riz chaque année (R1).
La collecte des données s'est effectuée sur une période
de six mois (de novembre 1997 à avril 1998), à l'aide de
méthodes de type qualitatif : observation participative, grilles
d'observation thématiques, entretiens individuels semi-dirigés
(180), entretiens de groupe thématiques (24) et entretiens avec
informateurs clés (20). Différentes techniques de contrôle
de qualité ont été utilisées au cours de la
collecte des informations et de la réalisation des entretiens (recoupement
d'informations, comparaison entre les discours et les pratiques, etc.).
Les 224 entretiens réalisés au cours de cette étude
ont été analysés à l'aide d'un logiciel d'analyse
de contenu, le logiciel NUD*IST 1.
Résultats
Notre étude révèle un certain nombre de résultats
surprenants quant aux impacts de la riziculture irriguée. La comparaison
des villages R1 et R2 indique en effet que :
- l'accroissement de la production de riz se fait aux dépens
d'autres cultures vivrières, cultivées traditionnellement
sur les plateaux ;
- les femmes des villages R2 contribuent davantage à
l'alimentation des ménages que dans les villages R1
;
- le statut économique des agricultrices impliquées
dans la riziculture de bas-fond est inférieur à celui des
agricultrices qui ne le sont pas ;
- la renégociation des relations intra-familiales entraîne
un repositionnement des femmes qui pousse ces dernières à
assumer une part croissante des responsabilités du ménage
dans les villages R2 ;
- malgré une augmentation de la quantité de nourriture
produite dans les bas-fonds, un plus grand nombre de ménages dans
les villages R2 que dans les villages R1 se plaint
de ne pas produire assez de nourriture pour satisfaire leurs besoins alimentaires.
Il est essentiel, pour bien saisir l'importance de ces résultats,
de comprendre comment ils sont liés les uns aux autres, et comment
ils influencent, ensemble, le profil sanitaire dans la région d'étude.
Dans un premier temps, cet article se penche sur la façon dont
l'intensification de la riziculture de bas-fond influence les activités
de production agricole, les sources de revenus et le statut social des
femmes. Nous tentons ensuite de comprendre comment l'évolution
du statut des femmes contribue à refaçonner le profil épidémiologique
du paludisme dans le Nord de la Côte d'Ivoire.
Une première différence qui ressort de la comparaison
des villages des agro-systèmes R1 et R2 concerne
la distribution des cultures vivrières. Dans les villages R1,
les champs familiaux situés sur les plateaux sont utilisés
pour la culture du coton (principale culture de rente), du riz pluvial,
du maïs et du mil. Les bas-fonds (champs personnels des femmes),
quant à eux, servent principalement pour la culture du riz en saison
des pluies et à des activités de maraîchage durant
la saison sèche. Dans les villages R2, on constate que
le riz pluvial a à peu près complètement disparu
des plateaux et que les superficies de maïs et de mil sont significativement
moins étendues. Les bas-fonds sont, en revanche, utilisés
à longueur d'année. Ils servent essentiellement pour la
culture du riz, et le maraîchage ne se fait plus qu'en périphérie
de ces derniers.
On peut donc dire que l'extension des activités de riziculture
irriguée s'est accompagnée d'un transfert des cultures vivrières
traditionnellement réalisées dans les champs familiaux,
sur les plateaux, vers les champs personnels des femmes, dans les bas-fonds.
Les terrains ainsi libérés sur les plateaux sont réutilisés
par les hommes pour la culture du coton.
Traditionnellement, chez les Sénoufos, l'essentiel de la nourriture
consommée par les ménages est produit sur les champs familiaux
(sur les plateaux), sous la direction du chef de famille. Ce dernier est
responsable de la gestion des récoltes et doit pourvoir aux besoins
de tous ses dépendants. Le riz et les produits maraîchers
provenant des champs personnels des femmes sont emmagasinés dans
des greniers indépendants, gérés par les femmes elles-mêmes,
et peuvent être vendus pour répondre à des besoins
personnels. La principale responsabilité des femmes en matière
d'alimentation est de fournir la sauce pour les plats.
Le transfert de production du vivrier, des plateaux vers les bas-fonds,
a entraîné une concentration du travail des hommes dans les
cultures de rente sur les plateaux, transférant aux femmes la responsabilité
de produire la nourriture, sur leurs parcelles dans les bas-fonds
2. Ce transfert de production est plus marqué dans les villages
R2 que dans les villages R1. Le rôle plus
important joué par les femmes dans la production de nourriture
leur confère davantage de contrôle sur la gestion des récoltes,
mais les force à assumer une plus grande part des responsabilités
du ménage autrefois assumées par les hommes.
En effet, étant donné que la plus grande partie de la
nourriture est emmagasinée dans le grenier des femmes, les hommes
s'attendent à ce qu'elles fournissent une proportion de plus en
plus importante de la nourriture consommée par le ménage
(nourriture autrefois fournie par le chef de ménage) (tableau
1). Dans les villages R2, plusieurs ménages dépendent
presque exclusivement des récoltes faites par les femmes pour pourvoir
aux besoins alimentaires de la famille.
L'expansion des activités agricoles durant la saison sèche
entraîne également des conséquences importantes sur
le statut économique des femmes. Durant la saison agricole, les
femmes partagent leur temps entre les champs familiaux, sous la direction
du chef de ménage, et leurs champs personnels. Le travail sur les
champs familiaux est cependant prioritaire et elles ne travaillent sur
leurs champs personnels que lorsque les travaux des premiers sont terminés.
Dans les villages R1, durant la saison pluvieuse, les bas-fonds
sont essentiellement utilisés pour la culture de riz inondé
et, durant la saison sèche, pour des activités de maraîchage
(irrigués manuellement). La plus grande partie du revenu des femmes
provient de la vente de riz, de produits maraîchers, d'arachides
et d'activités extra-agricoles de saison sèche comme la
production de beurre de karité et de sumbala, l'artisanat,
et la production de charbon de bois (tableau
2). Dans les villages R2, l'implication des femmes dans
la riziculture à longueur d'année restreint leur capacité
à s'investir dans des activités extra-agricoles de saison
sèche et réduit leur capacité de production maraîchère.
Elle les prive donc d'une de leurs principales sources de revenus.
De plus, malgré leur rôle accru dans la production et la
gestion des récoltes de riz, les femmes ne peuvent bénéficier
des revenus potentiels pouvant découler de leur commercialisation
car les récoltes suffisent à peine aux besoins de la famille
(en raison du transfert de responsabilités). Toute vente excessive
de riz met ainsi en péril la sécurité alimentaire
du ménage. Il apparaît donc que les revenus personnels des
femmes sont affectés négativement par l'intensification
de la production de riz de bas-fond.
Riziculture irriguée, systèmes
de production et statut des femmes
Ces résultats contredisent au moins deux des postulats sous-jacents
aux programmes de riziculture irriguée de bas-fond, à savoir
que l'intensification de la riziculture irriguée améliore
la nutrition et les conditions de sécurité alimentaire des
populations qui la pratiquent, et qu'elle améliore la position
sociale des femmes au sein de la société.
Sur le plan de la nutrition, on constate que le transfert des cultures
vivrières des plateaux vers les bas-fonds a entraîné
une réduction de certains types d'aliments, comme le riz pluvial,
le mil et l'igname, au profit du riz irrigué. Ce processus n'est
pas exclusivement dû à l'intensification de la riziculture
de bas-fond mais découle également de l'attrait présenté
par la culture cotonnière (seule vraie culture de rente dans la
région). Il est cependant plus important dans les villages à
deux récoltes (R2) que dans ceux à une seule
récolte (R1).
Nos résultats indiquent également que les ménages
des villages R2 se plaignent davantage que ceux des villages
R1 de ne pas être autosuffisants sur le plan de la production
alimentaire et de devoir acheter du riz ou du maïs sur les marchés
à un moment ou à un autre de l'année 3
(tableau 3).
Divers éléments peuvent être mis en avant pour expliquer
ce phénomène. La réduction de la quantité
de nourriture produite sur les plateaux y est partiellement liée,
mais ne permet pas de l'expliquer à elle seule. Un autre élément
explicatif important tient à la quantité de nourriture produite
et revendue par les femmes. Bien que la quantité de riz produite
en R2 soit supérieure à celle qui est produite
en R1, comme les femmes n'ont plus accès aux revenus
extra-agricoles de saison sèche, elles sont souvent forcées
de vendre une partie de leur production pour faire face aux dépenses
quotidiennes, aux imprévus et à leurs besoins personnels.
Ce phénomène est renforcé par le transfert de responsabilités
des hommes vers les femmes, à la suite duquel les femmes en R2
se voient obligées d'assumer davantage d'obligations domestiques
que celles des villages R1.
On peut donc affirmer que les femmes ne peuvent profiter pleinement
des bénéfices économiques découlant de l'extension
des activités de riziculture de bas-fond durant la saison sèche,
bien qu'elles effectuent la majorité des tâches qui y sont
associées.
Repositionnement social des femmes et paludisme
: quels liens ?
La seconde étape de cette étude a consisté à
essayer de comprendre comment le repositionnement des femmes découlant
des transformations du système de production agricole, de la renégociation
des rôles et responsabilités au sein des ménages et
de la disparition de certaines sources de revenu, affecte leur capacité
à gérer les accès palustres et influence le profil
épidémiologique dans la région.
Notre étude part du principe que les taux d'incidence du paludisme
ne sont pas seulement influencés par les densités vectorielles
et les taux de résistance des populations au parasite, mais aussi
par les comportements de protection contre les vecteurs, ainsi que par
la rapidité de réaction des individus lors de l'apparition
de la maladie.
Sur le plan de la protection, nos résultats indiquent que les
ménages des villages R1 utilisent davantage de chasse-moustiques
commerciaux (bombes insecticides, serpentins fumigènes) que ceux
des villages R2 (tableau
4). Cependant, comme les résultats des équipes biomédicales
du Consortium santé de l'Adrao montrent que le taux d'inoculation
est similaire dans les villages des deux agro-systèmes (130 piqûres
infectées/homme/année) [4], il est peu probable que les
mesures de protection contre les moustiques puissent expliquer les taux
plus élevés de prévalence du paludisme en R2.
Il est donc nécessaire de porter une attention particulière
aux stratégies adoptées par les individus (en particulier
les femmes) pour gérer les épisodes palustres. Selon notre
étude, la capacité d'un individu à réagir
lors de l'apparition des symptômes de la maladie dépend de
trois facteurs : l'identification de ces symptômes, la possibilité
de décider du type de recours (traitement) approprié pour
le problème identifié et la capacité à assumer
les coûts associés à ce traitement.
Il apparaît dans notre étude que la perception du paludisme
et de ses causes ne varie pas entre les différentes communautés
étudiées [14]. Nous nous concentrerons donc sur la façon
dont la transformation du statut des femmes influence le processus décisionnel
et la capacité de ces dernières à réagir face
à la maladie.
D'après les résultats de nos enquêtes, il semble
que les femmes des villages R1 jouent un rôle plus important
dans le processus de décision (tableau
5) et de prise en charge des dépenses liées à
la santé (tableau 6)
que celles des villages R2. La plus grande capacité
des femmes des villages à une seule récolte de riz à
réagir lors de l'apparition des premiers symptômes de la
maladie est notamment liée au fait que les revenus personnels dont
ces dernières disposent sont supérieurs en R1.
Chez les Sénoufos, la personne qui prend la décision de
recourir à un traitement se doit d'en assumer les coûts.
Les femmes des villages R1 peuvent se permettre de jouer un
rôle plus grand par rapport aux questions de santé et de
décider du type de recours thérapeutique en cas de maladie,
car elles ont les moyens d'assumer les charges associées à
ces décisions. Dans les villages à double récolte
(R2), le transfert des cultures vivrières des plateaux
vers les bas-fonds et la renégociation des rôles et responsabilités
au sein des ménages agissent comme un frein qui empêche les
femmes de profiter des bénéfices générés
par la double récolte de riz pour les rediriger vers les soins
de santé.
Dans les villages R1, les femmes ont plus rapidement recours
à l'automédication moderne (nivaquine) et consultent plus
rapidement au centre de santé en cas d'accès palustre persistant
ou grave que dans les villages R2 (où elles n'en ont
pas les moyens). Une intervention rapide lors de l'apparition des premiers
symptômes du paludisme permet de minimiser la gravité ou
la force de ces symptômes et donc de réduire l'impact de
l'épisode morbide sur l'état de santé général
du patient. Dans les villages à double récolte de riz, la
diminution de la capacité des femmes à réagir lors
de l'apparition des premiers symptômes de la malaria, ainsi qu'une
plus longue attente avant de recourir à des soins extérieurs,
entraînent un affaiblissement plus grand de l'état de santé
des enfants, et donc une plus grande vulnérabilité de ces
derniers à de nouveaux accès morbides.
Notes :
1 NUD*IST (Non-numerical Unstructured Data Indexing Searching
and Theorizing) est un programme logiciel destiné à
faciliter la codification des données, leur organisation et le
croisement des catégories d'analyse.
2 Il arrive que certains hommes (surtout des jeunes) possèdent
des parcelles individuelles dans les bas-fonds, mais ils utilisent alors
ces dernières pour la culture de produits destinés à
la commercialisation.
3 Il faut préciser que cette recherche a pris place
durant une année « à bonne pluviométrie ».
Les résultats sur l'autosuffisance alimentaire des ménages
dans les deux agro-systèmes auraient sans doute été
différents si elle s'était déroulée en période
de déficit pluviométrique.
CONCLUSION
Dans le Nord de la Côte d'Ivoire, les transformations induites
par l'extension de la riziculture de bas-fond sur le statut des femmes
se traduisent par une réduction de la capacité de ces dernières
à réagir lors de l'apparition des premiers symptômes
de la maladie. Cette diminution de la capacité des femmes à
s'investir dans les problèmes sanitaires est à notre avis
un des facteurs déterminants expliquant les différences
de profil épidémiologique entre les villages des agro-systèmes
R1 et R2.
Dans le contexte des études sur les relations entre riziculture
et paludisme, les résultats de nos travaux soulignent à
quel point il est important de compléter les études «
hôte/parasite/vecteur » par des approches plus systémiques,
tenant compte du rôle central joué par les femmes dans la
gestion des problèmes de santé et de l'impact des transformations
agricoles sur ces dernières. Ils soulignent également la
nécessité de porter une attention particulière au
statut des femmes dans les programmes de lutte contre le paludisme en
Afrique de l'Ouest.
Le statut des femmes et leur capacité à gérer les
problèmes de santé ne peuvent cependant pas être compris
indépendamment des systèmes de production agricole et de
leur impact sur l'organisation sociale et la répartition des revenus
au sein des ménages.
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