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Développement du maraîchage autour des eaux de barrage à Ouagadougou : quels sont les risques sanitaires à prendre en compte ?


Cahiers Agricultures. Volume 11, Numéro 1, 31-8, Janvier - Février 2002, Cultures irriguées et santé


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Guéladio Cissé, Mathieu Kientga, Boureïma Ouédraogo, Marcel Tanner, Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d'Ivoire (CSRS), BP 1303 Abidjan 01, Côte d'Ivoire..

Résumé : L'agriculture urbaine est visible le long du réseau hydrographique de Ouagadougou, et la plus importante activité de maraîchage se rencontre autour des eaux de barrage. En 1989, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a édicté des directives où des seuils de pollution des eaux d'arrosage ont été fixés, notamment pour l'arrosage de légumes consommables crus (moins 1E + 03 CF/100 ml, et aucun œuf d'helminthe par litre). Pour évaluer les eaux de barrage utilisées pour arroser des légumes consommables crus dans des contextes sahéliens ne dépassant pas les seuils de l'OMS, celles de Tanghin et de Boulmiougou, à Ouagadougou, ont fait l'objet d'un suivi microbiologique hebdomadaire durant deux années consécutives (1994-1995). Les niveaux moyens de pollution bactériologique (CF/100 ml) ont été trouvés quasiment identiques sur les deux sites (mini < 1, moyenne 3,3E + 04 CF/100 ml, médiane 4,5E + 03 CF/100 ml, maxi 1E + 06 CF/100 ml). Sauf en janvier et février, les niveaux de pollution ont été tout le temps au-dessus des seuils recommandés par l'OMS pour l'arrosage des légumes consommables crus. Par ailleurs, plusieurs échantillons d'eau ont été trouvés positifs aux analyses parasitologiques. Les résultats des études épidémiologiques ont montré que par rapport aux enfants de la population générale, les enfants des exploitants agricoles pris sur tous les sites présentaient des risques sanitaires plus élevés pour certaines affections, telles que les ankylostomes (10,80 ± 6,68 % contre 1,40 ± 0,43 %, RP = 8,45, p < 0,001). Cependant, les eaux de barrage s'avèrent être moins polluées que les autres types d'eau d'arrosage utilisés par les agriculteurs urbains à Ouagadougou. Les retenues d'eau constituent alors une grande opportunité pour le maraîchage urbain qu'il importe de préserver en veillant à assurer la protection des ressources contre les pollutions et un bon arbitrage entre besoins concurrents.

Mots-clés : Nutrition, hygiène et alimentation humaine ; Système agraire ; Eau, irrigation.

Illustrations

ARTICLE

L'intérêt économique et social de l'agriculture urbaine pour des ménages pauvres, l'existence de nombreux faits accomplis d'utilisation d'eau polluée par des populations peu conscientes des risques sanitaires, la faiblesse des institutions publiques susceptibles de faire respecter des directives sanitaires ou de mettre en place des ouvrages de traitement collectif des eaux usées, la pauvreté et la vulnérabilité des acteurs (populations défavorisées), la nécessité pour les scientifiques de contribuer à la recherche de solutions qui améliorent les situations avec les acteurs eux-mêmes : tels sont quelques-uns des plus importants enjeux en matière de recherche sur la pollution des eaux utilisées en agriculture urbaine dans le contexte sahélien.

De 1994 à 1999, l'École inter-États d'ingénieurs de l'équipement rural (EIER), en partenariat avec l'Institut tropical suisse (ITS), l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a conduit des travaux de recherche multidisciplinaire sur la réutilisation des eaux usées en maraîchage urbain dans deux capitales de pays sahéliens (Ouagadougou au Burkina Faso et Nouakchott en Mauritanie), sur financement du Programme prioritaire environnement (PPE) du Fonds national suisse de recherches scientifiques (FNRS).

Cette étude présente ceux des principaux résultats du projet qui sont relatifs aux risques sanitaires sur les sites de maraîchage existants autour de deux retenues d'eau dans la ville de Ouagadougou.

Problématique

L'explosion démographique et l'extension fulgurante des villes africaines, notamment dans les zones périurbaines, consécutives au phénomène d'urbanisation, provoquent un accroissement rapide des besoins en eau, ce qui entraîne une très grande pression sur les eaux de surface (eaux de marigots, eaux de barrages) dans les villes. Alors que la ville a longtemps été synonyme d'accessibilité facile à de l'eau de qualité (adduction d'eau potable) et suffisante pour tous les citadins, toutes les eaux disponibles (y compris les eaux usées générées) rentrent obligatoirement aujourd'hui dans les stratégies de gestion intégrée des ressources en eau.

La pratique de l'agriculture urbaine constitue l'une des problématiques cruciales qui augmente la pression sur les besoins en eau dans les villes. Dans les pays sahéliens, l'agriculture est couramment pratiquée en milieu urbain et périurbain. On compte environ 200 millions d'habitants de villes de pays en développement qui sont aujourd'hui des agriculteurs urbains [1]. L'agriculture, de façon générale, est grande consommatrice d'eau. Dans les conditions arides du Sahel, les exploitants agricoles en milieu urbain sont amenés à utiliser différentes sources d'eaux pour l'arrosage de leurs légumes. Sur certains sites, ils utilisent des eaux usées non traitées, coulant dans les rigoles ou canaux d'évacuation d'eaux pluviales, pouvant provenir aussi bien des ménages que des industries.

La présence, dans la ville, de retenues d'eau ou d'eaux de surface plus ou moins abondantes, de façon saisonnière ou permanente, est une grande aubaine au Sahel pour les populations désirant s'adonner à l'agriculture non pluviale. La présence de ces eaux de surface favorise le maintien « d'îlots de ruralité » au centre ou en périphérie des villes [2]. C'est le cas pour des villes comme Niamey au Niger (fleuve), Bamako au Mali (fleuve) et Ouagadougou au Burkina Faso (barrages). En revanche, une ville comme Nouakchott n'a pas de telles ressources dans son tissu urbain (pas de fleuve, ni de rivière, ni de retenue d'eau).

La ville de Ouagadougou, objet de la présente étude, est traversée par un réseau hydrographique constitué de marigots et de canaux aménagés pour l'évacuation des eaux pluviales, marqué notamment par la présence de retenues d'eau importantes (barrages I, II et III, retenue d'eau de Boulmiougou). Les plus grandes superficies de maraîchage se trouvent autour de ces retenues (Boulmiougou, Tanghin, Tampouy), et la période d'activité y est plus longue par rapport aux autres sources d'eau possibles (puits, marigots).

Le maraîchage est une activité relativement récente dans les pays sahéliens [3-5]. Certaines sources indiquent que c'est aux pères blancs (1920-1930) que l'on doit l'initiation aux cultures maraîchères et leur promotion dans la région de Ouagadougou [4]. Au Mali, le rôle des colonisateurs dans l'introduction du maraîchage urbain est confirmée dans certaines sources qui indiquent que le premier périmètre maraîcher urbain à Bamako, dit « jardin du commandant », date du début du siècle et était entretenu par une main-d'œuvre pénale [5]. Selon les maraîchers de Boulmiougou, c'est leur site qui a abrité les premières cultures maraîchères de la ville de Ouagadougou. Les enquêtes conduites en 1994 dans le cadre du projet EIER/ITS/EPFL avaient montré que les années d'expériences dans la pratique du maraîchage étaient plus importantes sur ce site : 1 à 16 ans à l'Abattoir, 2 à 20 ans à Canal Central, 2 à 25 ans à Tanghin, 5 à 30 ans à Boulmiougou [6].

L'activité de maraîchage autour des barrages constitue une source importante de nourriture et de revenus pour de nombreux ménages pauvres en milieu urbain. Cependant, les eaux de ruissellement, charriant des déchets divers, arrivent dans les barrages avec une forte charge de pollution. Par ailleurs, ces eaux font l'objet de nombreux usages qui augmentent leur pollution. On note une forte concurrence entre différents usagers pour l'utilisation de l'eau disponible dans les barrages : nettoyage de véhicules, lessive, abreuvage d'animaux, alimentation de chantiers de construction. Les eaux de barrage proviennent d'eaux de ruissellement qui charrient plusieurs déchets dans un environnement urbain mal assaini. Elles peuvent donc atteindre un niveau de pollution quasiment identique à celui de certaines eaux usées.

L'utilisation des eaux usées pour l'irrigation comporte un certain nombre de risques, à cause de la présence de nombreux agents pathogènes (virus, bactéries, parasites) dans les eaux, les sols et les végétaux. C'est ce qui a conduit l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à édicter des directives en 1989. L'OMS recommande notamment, pour des eaux destinées à l'arrosage de légumes susceptibles d'être consommés crus, qu'il n'y ait pas plus de 1 000 coliformes fécaux par 100 ml, et qu'il n'y ait aucun œuf d'helminthes par litre [7].

Il importe donc de s'assurer que dans les retenues urbaines et périurbaines, les eaux utilisées pour arroser des légumes comme la laitue n'atteignent pas des niveaux de pollution supérieurs aux seuils recommandés par l'OMS. L'investigation d'une telle problématique marquée par la multitude des chemins et liens à risque (entre eaux polluées, sol, végétaux, exploitants, revendeurs, traiteurs, consommateurs, ménages, etc.), et la recherche de solution adaptées et acceptées, ne peuvent se faire que selon une approche interdisciplinaire (figure 1).

Méthodologie

Le projet de recherche a commencé par la localisation géographique des espaces de maraîchage dans la ville matérialisée sur une carte. Cette cartographie a aussi permis d'identifier la principale ressource en eau utilisée sur chaque site, d'évaluer les superficies exploitées par site [8, 9], et de choisir les sites méritant de faire l'objet du suivi microbiologique. L'enquête géographique a concerné toutes les rues de chaque commune. Une fiche d'inventaire des sites de maraîchage a été utilisée, sur laquelle les informations relatives au site ont été enregistrées par un enquêteur. La position géographique du site a été déterminée par un appareil Garmin GPS [10], l'objet étant indiqué sur une carte de la ville à l'échelle 1/10 000e. Les données collectées par l'appareil GPS ont ensuite été converties à l'aide du logiciel PCX5 de Garmin [11] et traitées sous Excel. Des cartes thématiques ont été générées à l'aide du logiciel Mapinfo.

La démarche microbiologique a permis de suivre la pollution bactériologique (coliformes fécaux) et parasitologique (œufs d'helminthes et protozoaires) des eaux, des sols et des végétaux sur les sites de maraîchage les plus importants de la ville, dont les deux sites situés autour de retenues d'eau (sites de Boulmiougou et de Tanghin). Sur ces derniers, deux types d'eau ont été suivis : l'eau principale d'arrosage (eau de puits) et l'eau secondaire ou « témoin » (eau de barrage).

Pour la recherche des coliformes fécaux, chaque type d'eau a fait l'objet d'un prélèvement hebdomadaire pendant au moins deux années consécutives. Quelques perturbations circonstancielles dans ce rythme ont été enregistrées en saison des pluies et en saison sèche, jouant sur le nombre total d'échantillons. Au total, 174 échantillons d'eau de barrage (84 à Boulmiougou et 90 à Tanghin) et 172 échantillons d'eau de puits (82 et 90, respectivement) ont été analysés.

Pour la recherche des parasites, à la différence de celle des coliformes fécaux, le suivi visé était de deux prélèvements par mois. Les perturbations saisonnières mentionnées ci-dessus pour les prélèvements en bactériologie sont également entrées en jeu par rapport au nombre total d'échantillons effectifs. Malgré tout, c'est au total 54 échantillons d'eau de barrage qui ont été analysés.

La recherche des coliformes fécaux s'est effectuée suivant une méthode Afnor [8, 12]. La recherche des œufs d'helminthes s'est effectuée suivant la méthode Schwatzbrod (concentration et flottaison dans du sulfate de zinc) combinée à la méthode SAF [8].

Résultats et discussion

Localisation des sites, identification des sources d'eau et superficies exploitées

Les enquêtes géographiques ont trouvé 48 endroits de la ville, répartis sur 14 secteurs, où apparaissent des cultures maraîchères, à une saison ou à une autre. Les sites de maraîchage sont localisés dans certains quartiers plutôt que dans d'autres. Certains sites disparaissent en saison sèche pour réapparaître en saison des pluies ou en saison fraîche. Les superficies maximales exploitées pour toute la ville se retrouvent en décembre, en milieu de saison fraîche. Les ressources en eau utilisées sont des eaux de puits, des eaux de canaux ou de rigoles et des eaux de barrages. La carte présente la localisation des principaux sites de maraîchage et des principales eaux de surface dans la ville.

Les sites de maraîchage sont surtout permanents autour des ressources en eau des barrages et le long du canal central. Les sites de Boulmiougou à l'ouest de la ville (au secteur 17, sur la route de Bobo-Dioulasso) et de Tanghin au nord (secteur 23) apparaissent comme étant les plus importants sites de maraîchage localisés auprès de barrages. Ces deux sites comptent pour plus de 25 % de toutes les superficies exploitées en moyenne dans la ville sur toutes les saisons couvertes par l'enquête géographique.

Pollution microbiologique des eaux

Les niveaux moyens de pollution hebdomadaire en CF/100 ml sont quasiment identiques pour les eaux de barrage et les eaux de puits aussi bien sur le site de Boulmiougou (les différences n'étant pas significatives, p = 0,26) que sur le site de Tanghin (p = 0,03). Les niveaux de pollution des eaux de puits comme ceux des eaux de barrage sont en général au-dessus des seuils de l'OMS (figures 2 et 3). La courbe de variation des eaux de puits reste généralement au-dessus de celle des eaux de barrage à Boulmiougou. À Tanghin, en revanche, aucune des courbes ne reste de manière nette au-dessus de l'autre. Les maxima avoisinent 1E + 06 CF/100 ml. Les niveaux les plus élevés se situent généralement en saison sèche, puis en juillet et en septembre. Les niveaux les plus bas s'enregistrent en janvier et en février. Les pollutions marquent une tendance à la croissance entre février et juin. Les tendances à la réduction de pollution se présentent entre octobre et janvier (saison fraîche). Les niveaux moyens de pollution hebdomadaire en CF par 100 ml sont quasiment identiques pour les eaux de barrage sur les deux sites de Boulmiougou et de Tanghin (tableaux 1 et 2).

En parasitologie, les échantillons d'eau de barrage de Boulmiougou présentent une proportion de pollution parasitologique plus élevée que ceux de Tanghin (36 % contre 27 %). Sur chacun des sites, les eaux de barrage présentent une proportion plus importante d'échantillons positifs que les eaux de puits (36 % contre 5 % à Boulmiougou, et 27 % contre 13 % à Tanghin). Alors que les eaux de barrage de Boulmiougou sont plus contaminées par les ankylostomes (21 %), celles de Tanghin le sont plus par les ascaris (27 %).

Les niveaux de pollution trouvés dans les eaux de barrage sont plausibles au regard d'un certain nombre d'éléments. Les eaux de barrage proviennent du ruissellement des eaux de pluie. Vu l'importance des dépôts d'ordures anarchiques et des rejets d'eaux usées dans les quartiers de Ouagadougou [7], les eaux de ruissellement arrivent dans les barrages avec une forte charge de pollution. Par ailleurs, ces eaux font l'objet d'usages autres que le maraîchage : nettoyage de véhicules, lessive, abreuvage des animaux, alimentation de chantiers de construction. Toutes ces activités font que les eaux de barrage peuvent atteindre des niveaux de pollution quasiment identiques à ceux de certaines eaux usées domestiques.

Comme tous les autres types d'eau, les eaux de barrage enregistrent une croissance des niveaux de pollution en saison sèche (février à juin). Ce résultat est indicatif du rôle des conditions d'aridité. Les quantités d'eau se réduisant dans la retenue (parfois jusqu'à tarissement) au fur et à mesure que la saison sèche s'installe, les concentrations en polluants microbiologiques et parasitaires augmentent. À l'inverse, après la saison des pluies et pendant la saison fraîche, les retenues d'eau enregistrant leur plus haut niveau de stock, les pollutions sont suffisamment diluées. En matière de risques sanitaires, les résultats parasitologiques trouvés sont les plus préoccupants. Ceux relatifs aux coliformes fécaux sont aussi, par ailleurs, indicateurs de pollution d'origine fécale. À partir de ces risques potentiels, on peut, à raison, craindre des risques effectifs le long de la chaîne sanitaire, telle qu'elle est illustrée à la figure 1.

Risques sanitaires

L'OMS [7] souligne qu'il existe quatre catégories de personnes sur qui l'utilisation agricole des eaux usées fait peser un risque « potentiel » distinct du risque « effectif » : (i) les ouvriers agricoles travaillant dans les champs et les membres de leurs familles ; (ii) les manutentionnaires et manipulateurs des produits des récoltes ; (iii) les consommateurs des cultures (hommes et bétail) ; (iv) les personnes vivant à proximité des champs. Les principales conclusions des études épidémiologiques conduites jusqu'ici indiquent que l'utilisation des eaux résiduaires en agriculture entraîne un risque effectif important en présence de nématodes intestinaux, et un risque plus bas en présence de bactéries.

Les enquêtes épidémiologiques effectuées en 1995, dans le cadre de la grande étude, ont permis de montrer (tableau 3) que les enfants d'exploitants maraîchers âgés de moins de 5 ans présentent, de manière significative, des prévalences supérieures à celles des enfants de même âge dans la population générale pour les ankylostomes (10,80 ± 6,68 % contre 1,40 ± 0,43 %, RP = 8,45, p < 0,001), et pour les kystes de Blastocystis hominis (RP = 1,79 ; p = 0,01). Une analyse portant uniquement sur les maraîchers selon le type d'eaux utilisées sur le site n'a pas pu mettre des différences significatives en évidence [8].

Les risques sanitaires ne sont pas les seuls à prendre en compte dans l'analyse des problèmes liés aux eaux de barrage utilisées pour le maraîchage urbain. L'accès des agriculteurs urbains aux eaux de barrage situées à proximité de la ville constitue un grand domaine de difficultés. La compétition est de plus en plus forte avec d'autres activités de la ville ayant aussi besoin de ces eaux. La menace d'expropriation est grande sur les espaces d'agriculture urbaine, à cause d'un programme de lotissement urbain atteignant rapidement toutes les zones proches de la ville. La ville s'étend et digère progressivement les surfaces cultivables : on a estimé, en 1997, que près de 40 % des superficies exploitées étaient exposées à un grand risque d'expropriation [13].

Autres dimensions à prendre en compte

Le rapport bénéfices/risques de l'agriculture urbaine est élevé, car la majorité des agriculteurs urbains, notamment les maraîchers, proviennent de groupes à faibles revenus. Pour ces habitants pauvres des villes sahéliennes, l'agriculture est une importante activité de survie, et génératrice de revenus. Avoir accès à de l'eau pour entreprendre des activités agricoles serait une d'une grande opportunité, dans un contexte sahélien où la rareté de l'eau est caractéristique.

Les eaux des barrages s'avèrent être moins polluées que les autres types d'eaux, constituant ainsi une grande aubaine pour les agriculteurs urbains, si l'on arrive à assurer leur protection qualitative. Les sites de maraîchage existant autour de barrages dans les villes au Sahel figurent sans doute parmi les plus viables et leur préservation doit être rattachée à un débat de fond, extrêmement d'actualité, sur la bonne gouvernance de l'eau [14], et sur la conception que chacun pourrait avoir sur les limites de la ville (« jusqu'où la ville ? » [15] et pour qui ?).

Au-delà de ce débat, les acteurs les plus concernés (les exploitants agricoles) ont besoin d'être soutenus par des initiatives multiformes dans le jeu d'interactions et de négociations avec les autres parties prenantes [16].

CONCLUSION

Le suivi, pendant deux années consécutives, des types d'eaux d'arrosage utilisées en maraîchage autour de deux retenues d'eau à Ouagadougou a mis en exergue des niveaux de pollution microbiologique des eaux de barrage parfois préoccupants par rapport aux seuils de l'OMS. Les pollutions présentaient notamment des pics en saison sèche. Les risques sanitaires sont surtout d'ordre parasitologique, liés au fait que des légumes consommables crus sont produits sur les deux sites (laitue, carottes). Les études épidémiologiques ont mis en évidence des risques parasitologiques effectifs plus élevés chez les enfants des exploitants maraîchers pris sur l'ensemble des sites que chez ceux de la population générale. Cependant, les eaux de barrage se sont révélées être les types d'eaux les moins pollués sur les sites de maraîchage à Ouagadougou.

Les sites de maraîchage autour de ces retenues d'eau sont les plus viables de la ville, et il serait profitable de les préserver et de les rendre durables. Si l'on accepte de prendre en compte les considérations politiques, philosophiques et socio-économiques, il apparaît important de préserver l'usage de ces eaux pour des activités agricoles dans les « limites » de « la ville ». D'autant plus qu'aujourd'hui, les limites de la ville (et quelle ville ?) méritent d'être repensées.

REFERENCES

1. Richter J, Schnitzer WH, Gura S. Vegetable production in periurban areas in the tropics and subtropics - food, income and quality of life. Proceedings of an international workshop. Deutsche stiftung für international Entwicklung, Feldafing, Germany, 1995 ; 160 p.

2. Julvez J, Chippaux JP, Garba A, Lamotte M, Labbo R. Les maladies transmissibles en milieu urbain sahélien : Niamey, Niger. Maladies à transmission vectorielle. Communication personnelle. Colloque eau-Santé Ouaga, 2000.

3. Ouédraogo BL. Entraide villageoise et développement. Groupements paysans au Burkina Faso. Paris : L'Harmatan, 1990.

4. Ouédraogo MM. Approvisionnement de Ouagadougou en produits vivriers, en eau et en bois. Thèse de troisième cycle, 1983.

5. Zallé D. Les stratégies politiques pour l'agriculture urbaine, rôle et responsabilité des autorités communales : le cas du Mali. Communication personnelle, Workshop on the contribution of urban agriculture to food security in African cities. Ouagadougou : IRDC, 1999.

6. Ouoba N. Impact sanitaire de l'utilisation des eaux usées ou polluées par les maraîchers de la ville de Ouagadougou : sélection de ménages à suivre dans le cadre du volet socio-anthropologie. Document de travail, Projet de recherche REU (EIER/EPFL/ITS), Ouagadougou : EIER, 1994.

7. OMS. L'utilisation des eaux usées en agriculture et en aquaculture: recommandations à visées sanitaires. Rapport d'un groupe scientifique de l'OMS. Genève : OMS, Série de Rapports Techniques 778, 1989 ; 82 p.

8. Cissé G. Impact sanitaire de l'utilisation d'eaux polluées en agriculture urbaine. Cas du maraîchage à Ouagadougou. Thèse de doctorat es sciences techniques n° 1639. Lausanne : EPFL, 1997 ; 267 p.

9. Cissé G, Odermatt P, Maystre LY, Tanner M. Utilisation d'un GPS et d'un logiciel de SIG pour évaluer les variations saisonnières des superficies exploitées des sites de maraîchage dans le tissu urbain de Ouagadougou. Sécheresse 1999 ; 10 : 123-8.

10. Garmin GPS : GPS 75. Personal Navigator. Owner's manual. Garmin Lenexa, USA, 1993.

11. Garmin GPS : PCX5/PCX5AVD Pc software. Owner's manual. Garmin Lenexa, USA, 1993.

12. Afnor : eaux : méthodes d'essais ; recueil de normes françaises. Paris : Afnor, 1990.

13. Camara A. Évaluation stratégique du maraîchage dans le futur paysage urbain de Ouagadougou. Mémoire de recherche pour le cycle d'études post-grades en ingénierie et management de l'environnement. Lausanne : EPFL, 1997 ; 52 p.

14. Bouguera ML. Sept propositions pour une bonne gouvernance de l'eau. Caravane 2000 ; août, n° 6.

15. Clément G. Regardons à travers les mailles des tissus urbains. In : Jusqu'où la ville ? Courrier International 2000 ; 516 (S).

16. Ouédraogo B, Cissé G, Tanner M. De la recherche épidémiologique à l'intervention socio-économique pour les maraîchers de Ouagadougou. Sempervira (CSRS) 2000 ; 10, 142 p.


 

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