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Comme les deux visages de Janus, la faim et la pauvreté sont indissociables.
Tant que la faim sera largement répandue dans le monde, aucun progrès
tangible ne pourra être enregistré dans d'autres domaines
essentiels de la lutte contre la misère et le dénuement,
tels que la santé et l'éducation. Son élimination
est une première étape fondamentale de la lutte contre la
pauvreté. Les chefs d'État et de gouvernement des pays du
« G-8 » en ont pris conscience, quand ils ont déclaré,
dans leur communiqué final au sommet de Gênes, en juillet
2001, que « l'un des objectifs centraux de la stratégie de
lutte contre la pauvreté reste d'assurer l'accès à
des ressources alimentaires adéquates et de promouvoir le développement
rural ».
C'est précisément pour donner une nouvelle impulsion aux
efforts mondiaux visant à améliorer la sécurité
alimentaire et réduire le nombre des victimes de la faim et de
la sous-alimentation - quelque 815 millions de personnes en 1997-1999,
dont 777 dans les pays en développement -, que l'Organisation
des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a organisé
du 10 au 13 juin 2002, à Rome, le Sommet mondial de l'alimentation
: cinq ans après.
Cette réunion des chefs d'État et de gouvernement de la
planète visait un double objectif : renforcer la volonté
politique et définir les mesures appropriées pour mobiliser
les ressources nécessaires contre la faim et la sous-alimentation.
Devant l'ampleur du défi, les dirigeants de la planète devront
prendre les initiatives indispensables de suivi au triple plan national,
régional et international.
Dans un monde où la population mondiale doit passer, d'ici à
2030, de 5,8 milliards à 8,3 milliards, les dernières évaluations
de la FAO mettent en évidence, de manière préoccupante,
la lenteur des progrès visant à la réduction du nombre
d'affamés dans le monde.
Lors du Sommet mondial de l'alimentation qui s'est tenu à
Rome en novembre 1996, les chefs d'État et de gouvernement ont
fixé un objectif quantifiable : réduire de moitié
le nombre de personnes sous-alimentées avant 2015. Bien que des
progrès aient été accomplis, le rythme de cette diminution
reste insuffisant : 6 millions par an seulement selon les dernières
estimations. Pour atteindre l'objectif du sommet de 1996, il faudrait
réduire le nombre de personnes qui souffrent de la faim de 22 millions
par an. Au rythme actuel, il faudrait plus de 60 ans pour y parvenir.
En outre, les progrès sont loin d'être homogènes d'un
pays à l'autre. Alors que globalement le nombre des personnes sous-alimentées
a décliné, on a vu ce nombre augmenter dans plusieurs pays.
Il y a donc encore beaucoup à faire, surtout en Afrique où
la production agricole globale progresse à un rythme inférieur
au taux de croissance démographique alors que la production agricole
par habitant continue de stagner. Les statistiques concernant l'agriculture,
les céréales et les denrées alimentaires sont quasiment
les mêmes en 2000 qu'en 1990. Or, la croissance de l'agriculture
est en Afrique encore plus essentielle qu'ailleurs : 70 % de la population
totale et 80 % des pauvres vivent dans les campagnes. C'est là
un défi majeur en matière de sécurité alimentaire.
Par ailleurs, l'épidémie de VIH/sida, en particulier dans
les zones les plus touchées comme l'Afrique sub-saharienne, rend
encore plus difficile la lutte contre la faim et la pauvreté, surtout
en milieu rural. Cette maladie fragilise d'importants groupes de population
et compromet la sécurité alimentaire et les moyens d'existence
des familles en empêchant des adultes de participer au processus
de production.
Comment cela est-il perçu dans chacun des pays concernés
? Existe-t-il, au plan national, une volonté manifeste de traiter
le problème comme une question de la plus grande urgence ? Les
dirigeants font-ils les efforts nécessaires pour tenir les engagements
pris lors des conférences internationales et, au premier chef,
pour fixer les objectifs nationaux dans la perspective de réduire
de moitié le nombre de personnes sous-alimentées pour 2015
au plus tard ?
Il est de la responsabilité de chaque pays de déterminer
qui est sous-alimenté et de localiser les personnes ou les catégories
à risque. Il faut savoir qui est pauvre ou affamé au sein
de la population nationale, connaître les paramètres relatifs
aux conditions de vie, à l'environnement et aux risques particuliers
qui caractérisent ces personnes, tels que la sécheresse
ou les maladies. Il faut apprendre les raisons pour lesquelles ces groupes
souffrent de sous-alimentation chronique ou sont exposés à
des pénuries alimentaires répétées.
Chaque pays doit également être prêt à mobiliser
les ressources suffisantes pour s'attaquer non seulement aux symptômes,
mais aussi aux causes profondes de la sous-alimentation et de la pauvreté.
On n'insistera jamais assez sur le fait que les progrès en matière
de sécurité alimentaire se mesurent surtout à l'aune
de la détermination des responsables politiques à prendre
des mesures efficaces à l'échelle nationale contre la faim
et que les privations et ces mesures dépendent des critères
propres à chaque pays.
Il faut en outre remarquer que l'élimination de la faim n'est
pas seulement un impératif moral, mais aussi une nécessité
économique. Le coût économique de la faim est exorbitant.
La sous-alimentation affecte notablement les capacités physiques,
le développement cognitif et l'apprentissage, entraînant
une baisse de la productivité et une diminution de la rentabilité
des investissements, avec des implications sur la croissance. Selon une
étude de la FAO qui a porté sur 110 pays entre 1960 et 1990,
sans la malnutrition, le PIB annuel par habi-tant en Afrique sub-saharienne
aurait pu se situer, en 1990, entre 1 000 et 3 500 dollars, alors qu'il
n'a pas dépassé les 800 dollars.
La communauté internationale et les gouvernements doivent collaborer
pour intensifier la lutte contre la faim et honorer ainsi leurs engagements
par rapport à l'objectif du sommet de 1996, pour progresser ensuite
vers l'élimination totale de la faim.
La FAO est convaincue que la communauté internationale, à
condition de le vouloir vraiment, dispose des capacités techniques,
institutionnelles et financières nécessaires pour éradiquer
la faim en un laps de temps assez court. On ne pourra guère progresser
dans l'éradication de la pauvreté sous toutes ses formes,
si l'on ne s'attaque pas en priorité à la faim, qui est
à la fois cause et conséquence de la pauvreté.
La déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire
mondiale et le Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation
de 1996 ouvrent des voies multiples vers un objectif commun : la sécurité
alimentaire sur les plans individuel, familial, national, régional
et mondial. La sécurité alimentaire existe lorsque tous
les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique
et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive,
leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques
et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine
et active.
Dans les pays affectés par des pénuries alimentaires,
il faut allouer les ressources en priorité aux secours directs
et aux services de base qui donnent aux populations la santé et
l'énergie nécessaires pour se reprendre. Mais il est ensuite
nécessaire d'investir pour accroître la production et la
productivité, dans un cadre de participation et de gestion durables
des ressources, en mettant l'accent sur des aspects essentiels tels que
la maîtrise de l'eau, l'intensification et la diversification de
la production et un cadre socio-économique qui permette la croissance
de l'activité rurale et la création d'emplois et de revenus.
Par ailleurs, des millions de personnes souffrent du fait des guerres,
des troubles civils, des catastrophes naturelles, des changements écologiques
liés au climat et de la dégradation de l'environnement.
L'aide alimentaire permet de soulager leurs souffrances dans l'immédiat,
mais il faut ensuite leur assurer la capacité de produire et d'accéder
de façon équitable à des approvisionnements alimentaires
stables.
Le maintien de la paix et de la stabilité dans chaque pays est
une condition indispensable pour parvenir à une sécurité
alimentaire durable. Les gouvernements ont la responsabilité de
créer un environnement qui permette au secteur privé et
aux collectivités de consacrer leurs compétences, leurs
efforts et leurs ressources, en particulier leurs investissements, à
la réalisation d'un objectif commun : la nourriture pour tous.
La pauvreté, la faim et la malnutrition comptent parmi les principales
causes de l'accélération de l'exode rural dans les pays
en développement, ainsi que des migrations vers les pays industriels
à la recherche d'un hypothétique « Eldorado ».
Nous assistons actuellement au plus vaste déplacement de populations
de tous les temps.
La misère et la faim sont également les causes de la montée
des sentiments de frustration et d'injustice, ferments reconnus de tous
les extrémismes. Si ces problèmes ne sont pas traités
correctement et en temps utile, la stabilité politique, économique
et sociale de nombreux pays et régions risque d'être sérieusement
affectée.
La FAO reste convaincue que l'objectif établi en 1996 peut être
atteint, à condition que les pays et leurs partenaires dans le
développement en fassent leur objectif primordial.
Globalement, il est possible d'assurer des réserves alimentaires
suffisantes pour tous. En vingt ans, la population mondiale est passée
de 4 à 5,8 milliards et aujourd'hui, chaque personne dispose en
moyenne de 15 % de nourriture en plus. Cependant, la production alimentaire
mondiale doit continuer à progresser considérablement pour
nourrir une population en expansion et améliorer les régimes
alimentaires. Non seulement l'augmentation de la production des cultures
traditionnelles et de leurs produits, mais aussi la croissance des importations
alimentaires, des réserves et des échanges internationaux
peuvent être combinées de manière rationnelle pour
renforcer la sécurité alimentaire et pallier les disparités
régionales.
Il apparaît aujourd'hui clairement que l'on n'a pas su assigner
en temps opportun, et là où le besoin existait vraiment,
les ressources nécessaires au renforcement de la sécurité
alimentaire. Dans certains cas, les guerres et les troubles civils ont
gonflé le nombre de personnes affamées tout en réduisant
l'aide extérieure au strict minimum. Dans d'autres cas, ce sont
les partenaires extérieurs qui ont réduit leurs efforts,
déçus par la corruption et la mauvaise gestion des ressources
dans les pays bénéficiaires.
La FAO estime que le Sommet mondial de l'alimentation : cinq
ans après de juin 2002, en permettant aux dirigeants de la
planète de souligner leur détermination à accorder
la plus haute priorité à la lutte contre la faim et d'envisager
une mobilisation de ressources suffisantes, aura représenté
un pas décisif et efficace dans l'engagement commun contre la faim
et la pauvreté.
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