ARTICLE
Le travail présenté ici a été réalisé
par l'AS-PTA (Appui et services aux projets d'agriculture alternative)
et le Cirad-Tera, dans le cadre d'un projet d'appui au développement
d'une agriculture familiale durable dans l'Agreste de la Paraíba
(Brésil). Ce projet, « Paraíba », a débuté
en 1993 par un partenariat entre l'AS-PTA et les organisations d'agriculteurs
des districts de Solânea et Remígio (carte
1).
En 1994, suite à un rapide diagnostic participatif, un zonage
agro-écologique [1] et une analyse des systèmes d'élevage
[2], le thème de la conservation des sols est apparu prioritaire
[3]. Des techniques classiques ont été proposées
et le suivi de leur diffusion a mis en évidence une prise en compte
insuffisante des pratiques des agriculteurs.
Sébillote [4] a défini la fertilité des sols comme
la capacité productive des terres, en fonction des propriétés
objectives du sol et du milieu : propriétés hydrodynamiques,
teneur en éléments nutritifs, pH, pluviométrie, relief,
etc. Les pratiques d'amélioration (travail du sol, apport d'éléments
minéraux, etc.) ou de gestion de la biomasse améliorent
ou diminuent cette capacité productive. Pichot [5] parle de la
fertilité d'un milieu comme son aptitude à satisfaire durablement
les besoins des populations au travers des systèmes de production
et d'aménagement qu'elles mettent en uvre. La fertilité
est alors un construit social, le produit d'une interaction entre le milieu
biophysique, les systèmes de production et l'environnement. En
ce sens, il n'y a pas de fertilité en soi, ni même de gestion
de la fertilité. Il y a un ensemble de pratiques et de systèmes
techniques qui déterminent un état des ressources, en particulier
des sols. Ces pratiques peuvent être qualifiées de «
gestion de stock organique ». Dans cette perspective, l'AS-PTA a
développé une approche intégrée et systémique
de l'ensemble « sol cultivé/biomasse produite/élevage
». Un nouveau diagnostic, rapide et qualitatif, a été
réalisé pour orienter la quantification des flux de biomasse
et l'élaboration d'un bilan. Une série d'entretiens, de
visites et d'observations, a été menée parmi des
exploitations représentatives des systèmes de production
et des zones agro-écologiques des districts de Remígio et
Solânea [6, 7].
Dans une première partie, l'article précise le cadre de
l'intervention, la réflexion conduite autour des problèmes
de fertilité avant cette étude et la méthodologie
utilisée. La seconde partie analyse les pratiques des agriculteurs.
La troisième partie traite de la construction et de la validation
d'un modèle des flux de biomasse à l'échelle de l'exploitation.
La conclusion décrit les conséquences du diagnostic pour
les groupes d'agriculteurs et pour l'équipe technique AS-PTA/Cirad,
quant à la conception et à la réalisation du travail
sur la fertilité.
La région et ses systèmes de production
La région de l'Agreste se distingue par sa diversité agro-écologique
(« les agrestes ») [8]. C'est une zone de transition entre le
littoral humide et les zones arides de l'intérieur. Le régime
des pluies est unimodal, avec une saison humide de mars à août
et une saison sèche de septembre à février. La variabilité
de la pluviométrie peut passer sur de très courtes distances
de 400 à 1 000 mm et se traduit par la diversité des activités
agricoles, d'autant plus que la diversité sociale est importante
(superficie de l'exploitation, revenus extérieurs, etc.). Dans
la zone du projet, on distingue trois grandes unités : le «
Brejo » (zone de collines avec une pluviométrie moyenne de
1 000 mm), « l'Agreste », au sens agro-écologique local
et non au sens géographique (avec une pluviométrie moyenne
de 600 mm), et la vallée du Curimataú (zone semi-aride,
avec moins de 400 mm). La zone présente plusieurs petites régions
naturelles, marquées par une différenciation des précipitations,
du relief, des sols et des systèmes de production (carte
2).
Le « Brejo », à l'est, correspond à une ancienne
zone de production de canne à sucre, aujourd'hui remplacée
par des systèmes à base de fruits (banane, mangue, anacardier,
agrumes), de haricot (Phaseolus vulgaris et Vigna unguiculata),
d'igname (Dioscorrea sp.), de manioc (Manilhot esculenta)
et d'élevage. On y trouve également un peu de maraîchage.
L'« Agreste » est surtout occupé par des cultures traditionnelles
associées (maïs, haricot, manioc et fèves (Phaseolus
lunatus), ou par la pomme de terre (Solanum tuberosum) associée
à l'anis (Foeniculum vulgare), les deux cultures commerciales
de la région. Le « Curimataú » est marqué
par des activités d'élevage et par l'association maïs-haricot.
La plupart de la population et des petites propriétés
se concentre dans le « Brejo » et l'« Agreste » avec
une importante agriculture familiale de minifundium (77 % des unités
ont moins de 5 hectares). Les exploitations de moins de 10 hectares (90
% des établissements) ne totalisent que 30 % de la surface agricole
alors que les propriétés de plus de 200 hectares occupent
plus de 50 % des terres [9, 10].
Les systèmes de production de l'agriculture familiale reposent
sur la polyculture (cultures vivrières, commerciales et fourragères)
associée à l'élevage ; ils sont, de longue date,
partiellement ou totalement intégrés au marché, via
une succession de cycles de cultures de rente (tabac, coton, sisal, ricin,
pomme de terre, anis, etc.) [11].
La diversification est fonction de la diversité agro-écologique
et géographique de la région, de la différentiation
socio-économique entre les producteurs, de leur origine et des
diverses formes d'accès à la terre [10]. Le paysage est
dominé par les cultures annuelles (surtout alimentaires), les pâturages
(y compris d'anciennes friches) et les vergers.
La typologie des producteurs familiaux réalisée par l'AS-PTA
et les syndicats de paysans [10], indique une majorité de minifundia
et d'agriculteurs « sans-terre » (fermiers, métayers,
etc.). Ensuite, on trouve les « agriculteurs-éleveurs »
et, finalement, les producteurs spécialisés (fruits et pomme
de terre). Toutes les familles de petits producteurs élèvent
quelques animaux, surtout des bovins, parfois deux ou trois têtes
conduites à la corde et au piquet [2]. La proportion des petits
ruminants a augmenté avec la sécheresse des dernières
années et l'élevage de volailles est fréquent. Les
cultures de rente sont spécifiques de chaque unité agro-écologique
: pomme de terre et anis dans l'« Agreste », banane dans le
« Brejo », légumes verts là où l'irrigation
est possible. L'agriculture familiale de l'« Agreste » de la
Paraíba connaît des évolutions assez semblables à
celles de l'ensemble des agricultures familiales nordestines.
La concurrence nationale et internationale ou les dégâts
des ravageurs ont accéléré la fin des cycles de cultures
marchandes (tabac, sisal, coton, ricin, etc.). Une agriculture à
faible utilisation d'intrants s'est maintenue, entraînant une pression
accrue sur les ressources naturelles. La fragmentation des unités
familiales a conduit à un déboisement pratiquement intégral
de la végétation naturelle, à l'abandon de la jachère
et à la succession des cultures sur les mêmes parcelles.
Certaines pratiques, comme le travail du sol dans le sens de la pente
et le surpâturage, ont contribué à la dégradation
des sols, accentuée par l'érosion hydrique [12]. Dans le
même temps, le développement des activités d'élevage
a constitué la réponse privilégiée des politiques
agraires, même si quelques projets de production de pomme de terre
et de maraîchage en irrigué ont été soutenus.
Crédits et appui technique, selon des mécanismes classiques
de garantie foncière et de clientélisme, ont été
orientés vers les grandes exploitations.
Le projet « Paraíba » étudie et appuie les possibilités
de développement de l'agriculture familiale en évitant une
dégradation des ressources naturelles, en privilégiant l'entrée
« stock de matière organique ».
La « fertilité » dans le projet
« Paraíba »
Au cours du diagnostic initial, les agriculteurs mentionnèrent
le problème de « terre faible », indiquant une diminution
des rendements, attribuée à la fin de la jachère
et aux superficies réduites des exploitations. Mais d'autres éléments
furent évoqués, comme l'érosion hydrique, souvent
vérifiable de visu. Deux axes de travail ont alors été
établis : la conservation des sols et la production de biomasse.
Les propositions techniques destinées à freiner l'érosion
partaient de l'hypothèse que la réduction des pertes en
terre permettrait de limiter l'épuisement des sols. Augmenter la
production de phytomasse dans les espaces cultivés, de façon
à activer les processus biologiques du sol et à fixer l'azote
par l'introduction de nouvelles espèces de légumineuses,
devait favoriser la restitution au sol d'une partie des éléments
apportés par le recyclage de cette biomasse.
À cet effet, les propositions initiales furent classiques : travail
du sol en courbes de niveau pour limiter l'érosion, introduction
du pois d'angola (Cajanus cajan) dans les parcelles de maïs-haricot
(et plus tard du sorgho), lignes intercalaires de Gliricidia sepium
dans les parcelles cultivées, engrais vert de Crotalaria sp.
pour la pomme de terre, engrais vert dans les bananeraies. L'ensemble
de ces innovations techniques a été favorisé par
le projet (formation et aides diverses) ; leur application a été
différenciée en fonction des types de producteurs et des
zones agro-écologiques [13].
Le suivi-évaluation a révélé que la diffusion
du travail du sol en courbes de niveau était lente et laborieuse.
Les producteurs ont apporté des modifications significatives aux
propositions, afin de les adapter aux diverses zones agro-écologiques,
aux différents espaces cultivés au sein de celles-ci et
aux systèmes de production (comme, par exemple, l'intérêt
pour la fonction fourragère de la Gliricidia). Ils ont toujours
privilégié l'augmentation de la production de biomasse,
en fonction des possibilités de valorisation fourragère,
mettant en cause l'utilisation directe de la biomasse pour la restauration
de la fertilité. La mise en évidence des flux et transferts
de biomasse entre les différentes composantes des systèmes
de production constituait une entrée pour engager une réflexion
et une action plus qualifiées. La gestion du stock de matière
organique a été analysée avec trois objectifs [13]
:
- appréhender les logiques et stratégies des agriculteurs
et leur traduction dans la conduite de leurs systèmes techniques
;
- contribuer à l'évaluation des techniques déjà
testées ou diffusées ;
- favoriser la réflexion des producteurs sur le rapport entre
fertilité et pratiques.
Systèmes de production : gestion de la
fertilité ou de la biomasse ?
On a testé l'hypothèse selon laquelle l'évolution
de la fertilité à l'échelle de l'exploitation peut
être caractérisée par les flux de biomasse entre divers
espaces de production, d'importation ou d'exportation de matière
organique. Les pratiques de fumure sont limitées par les contextes
économiques difficiles. La fumure organique, associant agriculture
et élevage, fait l'objet de nombreuses innovations techniques (étables
fumières, parc, etc.), qui ont connu des succès limités.
Au mieux, 10 % des terres étaient fumées. La fumure organique
dépend des troupeaux présents sur l'exploitation et des
ressources en biomasse disponibles, en particulier fourragères.
Une approche globale de ces ressources et de leur gestion éclaire
les relations « sols cultivés/biomasse/élevage »
et identifie les marges d'actions [14].
Les espaces et les flux constituent les principaux éléments
d'une représentation systémique, schématique et graphique
des pratiques de gestion de la biomasse par les agriculteurs, en fonction
des espaces.
Les espaces
On distingue principalement les espaces de concentration de biomasse
et les espaces de production de biomasse.
Espaces de concentration de biomasse
* La maison et le quintal
Près de la maison il est fréquent de trouver des arbres
comme le garoubier (Prosopis juliflora), des fruitiers, une planche
de légumes, des plantes médicinales, un petit bosquet, quelques
volailles, parfois un petit enclos pour élever un porc. Ce jardin/verger,
appelé quintal, comporte un développement végétal
plus ou moins luxuriant selon les pluies, le niveau d'accumulation de
biomasse et de couverture du sol. Les résidus organiques y sont
déposés en tas. Le quintal est l'espace consacré
aux cultures les plus exigeantes en fertilité (maïs, igname,
potiron). La surface souvent réduite n'exclut pas la présence
d'un petit troupeau (une à deux vaches ou chèvres attachées),
alimenté grâce à divers apports fourragers (restes
de culture, déchets domestiques, etc.). Plus la superficie de l'exploitation
familiale est limitée et plus il est difficile de distinguer le
quintal des champs cultivés.
* Le parc à animaux
Le parc est un lieu privilégié d'accumulation du stock
organique. À proximité, on peut trouver un stock de restes
de cultures. La tendance est d'associer au parc une mangeoire, un râtelier,
voire un abri, constituant une étable fumière. Cette pratique
limite les pertes d'aliments (fourrages et pailles) et concentre dans
un même lieu, les résidus, les restes d'alimentation, les
pailles et les excréments, destinés à la production
de poudrette.
* Les espaces « fumés »
Les parcelles de cultures commerciales (pomme de terre, igname, banane,
légumes) reçoivent généralement des apports
importants en matière organique (poudrette de parc, fumier acheté)
ou en engrais minéraux. Les apports dépendent des propriétés
des sols, des exigences des cultures et de la situation économique
de l'agriculteur. Les parcelles de cactus fourrager et de napier en bénéficient
[15].
Espaces de production de biomasse
* Les parcelles cultivées
Le champ traditionnel associe plusieurs cultures : maïs, haricot,
fève, manioc dans les zones plus humides. Ce sont surtout des espaces
d'exportation via les cultures et leurs produits : grains, tubercules,
paille, etc. La seule restitution constante est liée au pâturage
du bétail après la récolte (dépôt d'excréments),
à l'enfouissement des adventices et de quelques restes de culture.
Un appauvrissement progressif des terres est identifié par les
producteurs. Le processus est moins prononcé dans le « Curimataú
» où les sols sont naturellement plus fertiles.
* Les cultures fourragères
Le « napier grass » (Pennisetum purpureum) est généralement
planté dans les bas-fonds. Les surfaces sont souvent réduites
mais assurent une production de biomasse significative avec adaptation
aux zones inondables, voire salées (tolérance en sels C4).
Des haies sont plantées à la limite des parcelles occupant
des espaces résiduels.
Les parcelles de cactus inerme pluriannuel (Opuntia sp.) sont
toujours clôturées pour éviter l'entrée du
bétail. Récemment les agriculteurs ont associé des
légumineuses pérennes (Gliricidia sépium, Leucena
sp., Cajunus cajun) et planté des arbres et des cactées
locales dans les clôtures. Des espèces fourragères
d'introduction récentes (Sorghum et Cajunus cajun)
sont conduites en monoculture, surtout dans le « Curimataú
» (zone d'élevage) ou dans les exploitations disposant de
surfaces suffisantes pour éviter les cultures associées.
* Les prairies
Sous ce terme sont regroupées des prairies naturelles, des prairies
artificielles, surtout de Bracchiaria sp. et Digitaria decumbens,
et des aires de repousse de végétation naturelle herbacée
et arbustive. Les troupeaux transitent entre les différents espaces
à l'intérieur et à l'extérieur de l'exploitation.
Les barrières des parcelles cultivées sont ouvertes après
la récolte à l'ensemble des troupeaux de la communauté.
Cependant, le propriétaire d'un troupeau, même réduit,
dispose toujours d'une aire réservée au pâturage,
qui est essentielle durant la saison des pluies, afin de parquer et de
nourrir le bétail, les autres espaces étant occupés
par les cultures. Autrefois, cet espace se confondait avec les jachères
aujourd'hui disparues du fait de la taille réduite des exploitations.
La conduite (clôture, mise en défens, etc.) et l'utilisation
de ces espaces (repousses plus ou moins boisées, prairies naturelles
et artificielles), traduisent de façon différenciée
le degré d'intensification de l'élevage. Les aires de repousse,
ou capoeiras, sont aussi des sources de bois de feu, de bois de
construction, de piquets de clôture.
Dans les zones de « Brejo » et d'« Agreste », les
parcelles les plus dégradées sont transformées en
prairie naturelle (déboisement total et contrôle des repousses)
puis, éventuellement, en pâturage artificiel et, finalement,
en prairie clôturée (dernier investissement le plus coûteux).
Les pratiques de gestion des flux de biomasse
Les pratiques de gestion de la biomasse sont diversifiées. La
biomasse produite est prélevée par l'agriculteur (récolte,
stockage des pailles), laissée sur place pour le bétail,
restituée au sol ou transportée et utilisée comme
fourrage ou destinée à être compostée.
Restitution aux parcelles cultivées
La valorisation de la biomasse passe d'abord par des pratiques de restitution
in situ, soit directement, soit par le bétail quand il pâture
les champs après les récoltes. Une partie de la biomasse,
cultivée ou spontanée, reste sur la parcelle où elle
est pâturée, laissée sur le sol ou enfouie.
En début des pluies, lors de la préparation du sol, les
repousses les plus ligneuses sont retirées et entassées
en bordure de champs ou sur les affleurements rocheux et sont compostées
pour être restituées l'année suivante. Cette pratique
pallie la difficulté d'incorporation de ce matériel au sol
et le fait qu'il entrave le passage du cultivateur attelé. Les
producteurs de pomme de terre font un nettoyage plus rigoureux car le
rapport C/N élevé des résidus végétaux
en fin de saison sèche y accentue l'immobilisation de l'azote disponible
par les micro-organismes du sol. Quelques agriculteurs séparent
et brûlent les repousses et les restes des matériaux les
plus épineux. En saison sèche, le champ est utilisé
comme pâture, à l'exception des parcelles occupées
par le manioc et par l'association anis/pomme de terre. L'offre fourragère
est composée par la strate herbacée (adventices) et par
les restes de culture non exportés, en particulier les cannes et
feuilles sèches de maïs et les tiges de fève.
La restitution par fumure concerne surtout le fumier produit sur l'exploitation.
Dans les zones humides, le fumier est distribué, généralement
tous les deux ou trois ans, sur les cultures d'igname, les bananiers et
les cultures associées au manioc. Récemment, quelques agriculteurs
ont commencé à apporter du fumier aux plantations de napier
et de cactus inerme. Pour la pomme de terre, en plus du fumier de l'exploitation
(15 à 20 t/ha), les producteurs appliquent de petites doses d'azote
(urée ou sulfate d'ammonium) à chaque poquet ou chaque pied
(50 à 100 kg/ha).
Pratiques de concentration
La concentration vers les espaces voisins de la maison (quintal,
parc à animaux et/ou stocks de fourrage) implique un transport
depuis le champ, les prairies et les aires de repousse, des produits récoltés,
des résidus de culture, d'herbes diverses, de bois, etc.
Près de la maison, les récoltes sont battues et stockées
et les restes sont conservés pour le bétail. Certains résidus
comme les pailles et fanes de haricot Phaseolus, les enveloppes
des gousses de haricot Vigna et des fèves, la paille et
les épis de maïs (spathes, rafles, etc.) sont transportés
en même temps que la récolte. Les tiges de maïs peuvent
être laissées en pâture au bétail, ramassées
et stockées sous un arbre ou près de la maison. Les fanes
de patates douces, les feuilles et tiges de manioc et le pseudo-tronc
des bananiers sont fournis encore verts aux animaux. Ces restes constituent
une des principales sources de complémentation pour l'alimentation
du bétail dans les zones plus humides du « Brejo » où
ils sont distribués après la récolte.
Dans le « Curimataú » et l'« Agreste », les
restes de culture sont systématiquement conservés et stockés
pour la saison sèche, en vue de l'intensification des systèmes
d'élevage et de l'intégration agriculture/élevage.
Dans les zones plus humides, l'offre de fourrages verts est plus diversifiée
: graminées plantées dans les bas-fonds (Pennisetum
et Bracchiaria) et en limites de parcelles ou bien coupées
sur les bords de route ou encore cédées par les voisins
et distribuées dans les parcs ; pâturage des animaux sur
la propriété de tiers, associé à leur parcage
de nuit près des maisons, qui contribue à la fois à
l'importation et à la concentration de biomasse.
Ces divers flux et pratiques font de l'espace « maison/quintal/parc
» non seulement un pôle de concentration et d'accumulation,
mais aussi de transformation de la biomasse produite sur l'exploitation.
La poudrette de parc ou celle accumulée autour des piquets, est
composée des excréments et de fragments végétaux
non ingérés et constitue la principale source de fumure
de la région. En fonction des conditions sociales, économiques,
culturelles des producteurs et de la localisation de leur exploitation,
cette poudrette est soit utilisée sur le quintal et sur
les champs cultivés, soit vendue [15].
Construction et validation
du modèle
Éléments du modèle
La première représentation (figure)
a été élaborée à partir d'une série
d'observations sur 10 exploitations dans trois des petites régions
naturelles (« Brejo » et « Curimatau » de Solânea
et « Agreste » da Batatinha de Remigío).
Les espaces
Les espaces sont symbolisés par des catégories génériques
: la maison, le quintal, le parc, le champ cultivé, les
prairies naturelles, les parcelles de napier ou de cactus inerme, les
stocks. Durant les restitutions, d'autres sous-types d'espaces ont été
qualifiés (champs cultivés, prairies ou cultures fourragères).
Les flux
Le modèle est construit autour de trois principaux flux de biomasse
(exportations, transferts/restitutions, importations) dont la combinaison
détermine des lieux de perte, d'accumulation ou de maintien de
la fertilité.
Les flux (figure) sont
indiqués par des flèches de couleur qui correspondent à
différents type de biomasse :
- pointillé noir : récoltes (grains et tubercules) ;
- vert : fourrages et pailles (pointillé : flux occasionnel)
;
- gris : poudrette, fumier ou compost ;
- noir plein : engrais.
Les exportations en dehors de l'exploitation
Les principales exportations des espaces cultivés proviennent
des récoltes destinées à l'autoconsommation ou à
la vente. Les flux sont concentrés sur la maison, puis vers le
marché (flèches pointillé noir). L'exportation de
la biomasse des prairies s'opère essentiellement via le
prélèvement des animaux (flèches vertes), même
si une partie est restituée in situ (recyclage de fèces,
cycle de flèches bicolores). Il existe quelques cas, peu fréquents
actuellement, de vente de poudrette dans le « Curimataú ».
Les transferts et restitutions au sein de l'exploitation
Les pailles, restes de culture et divers fourrages (végétation
naturelle, sorgho, cactus inerme, napier ou pangola) sont partiellement
restitués à travers le recyclage des fèces ou l'apport
de poudrette, selon les modes de conduite des troupeaux. La poudrette
est généralement destinée aux espaces cultivés,
les pailles et restes de culture entassés dans les parcelles près
de la maison étant fournis en priorité aux animaux.
La première forme de restitution au champ provient du peu de
restes de culture incorporés au sol (la plupart des restes et la
végétation spontanée post-récolte étant
prélevés par les animaux). Le bétail ne restitue
qu'une fraction de cette biomasse par les excréments. Les restitutions
les plus importantes viennent des apports de fumier sec (poudrette) ou
de compost (des restes de culture), destinés en priorité
au quintal (généralement situé près
du parc) et à quelques champs (tous les deux ou trois ans), en
particulier pour les cultures de pomme de terre, d'igname, de manioc,
de napier et de cactus inerme. Dans les prairies, la restitution via
le bétail reste limitée sauf dans le cas de prés
clôturés où les animaux passent la nuit, en l'absence
de parc, et reçoivent une alimentation complémentaire en
saison sèche.
Les entrées de biomasse sur l'exploitation
L'importation de biomasse est faite selon quatre principales modalités
:
1) pâturage du bétail en dehors de l'exploitation (pré
d'un voisin ou parent, vaines pâtures, bord de routes) et retour
au parc la nuit ;
2) récolte de fourrages (graminées, cactées, restes
de culture, etc.) en dehors de l'exploitation pour alimenter le bétail
durant la saison sèche ;
3) mise en culture de parcelles empruntées ou louées en
dehors de la propriété ;
4) achat de fourrage (cactus inerme, sorgho, etc.) ou de concentrés.
L'achat de fumier est encore limité à la production de
pomme de terre et au maraîchage. Il peut être associé
à une fertilisation azotée via urée ou sulfate
d'ammoniaque.
Le modèle des flux de biomasse systématise les pratiques
dans leur diversité, les quantifie, et les explique.
Stratégies des producteurs
Le modèle validé avec les agriculteurs identifie six types
de gestion de la biomasse, incluant quelques variantes locales. Ils se
différencient par une complexité croissante et par le degré
d'intensification, tant de l'élevage que de l'agriculture (tableau).
Ces pratiques ont d'abord des finalités d'intensification des systèmes
d'élevage et de culture, la finalité de fertilisation des
sols est secondaire.
Le modèle le plus simple (type 1), s'organise autour de la maison
et de un ou deux champs cultivés. L'évolution du modèle
donne lieu à des combinaisons de flux de plus en plus complexes
correspondant à divers degrés d'intensification : (1) le
quintal, (2) le bétail, (3) la prairie, (4) la stabulation
(ensuite la mangeoire et l'abri), (5) le stock fourrager, (6) l'apport
de fumier, (7) l'achat de fumier et d'engrais.
Les observations des agriculteurs confirment la relation forte entre
les différentes combinaisons du modèle et les stratégies
mises en uvre, déterminées principalement par la disponibilité
en terre et en travail, les conditions agro-écologiques, l'intensification
de l'élevage et le rôle des cultures de rente.
Disponibilités en terre et en main-d'uvre
Plus la superficie de l'exploitation est grande, plus le champ des possibilités
pour l'agriculteur est large. Si la superficie de l'exploitation dépasse
30 hectares, la jachère peut subsister, la diversité des
types et des qualités de sols (colline, plateau, pentes, bas-fonds,
etc.) peut être exploitée et on peut affecter les terres
à des activités diversifiées, l'ensemble permettant
de dynamiser le cycle classique de mise en valeur. Mais l'installation
du jeune agriculteur se réalise souvent sur une superficie réduite,
avec peu d'animaux, de sorte que l'ensemble de l'exploitation est mise
en culture. La défriche correspond à une mobilisation de
la fertilité accumulée et la production est souvent entièrement
destinée à l'alimentation de la famille, la pluriactivité
étant le lot commun. Dans la plupart des cas (types 2a et 2b),
l'exploitation souffre à la fois de manque de terre, de travail
et de revenus.
Petit à petit, au gré des opportunités, l'agriculteur
va consolider son exploitation en augmentant dans un premier temps la
superficie par achat ou prêt. Une superficie minimum (fonction des
conditions agro-écologiques) est en effet nécessaire pour
dégager les revenus qui permettront l'investissement dans l'élevage
ou la spécialisation agricole. Fourrages et cultures de rentes
apparaissent, l'agriculture devient moins minière. Les aires de
repousse (même gérées comme des réserves fourragères),
permettent une certaine restitution de biomasse et les cultures de rente
justifient amendement ou fumure. La période de consolidation, plus
ou moins longue, correspond souvent à une main-d'uvre familiale
importante liée à la présence d'enfants adolescents
ou jeunes adultes (type 3). La spécialisation sera plus ou moins
poussée (types 4 et 5). Lors du départ des enfants, le producteur
âgé limite les activités agricoles à un espace
déterminé de l'exploitation (quintal ou parc), le
reste de l'exploitation étant consacré à des réserves
fourragères, plus ou moins utilisées selon l'importance
des troupeaux. On observe une accumulation de matière organique,
qui sera de nouveau mobilisée par la défriche, lors de la
succession.
La reproduction des exploitations familiales réside dans la difficulté
d'accumulation due à la division de la propriété
entre tous les enfants à chaque héritage. Caractéristique
des systèmes paysans, l'accumulation est souvent insuffisante pour
garantir la transmission d'un outil de production performant et stabilisé
aux héritiers. Dans la perspective des critères d'agriculture
durable avancés par Landais [16], la transmissibilité n'est
pas garantie. Chaque génération se doit donc de réinitier
un cycle, en fonction des contraintes (crise du marché, maladies
et ravageurs, sécheresse, etc.) ou des opportunités.
Les conditions agro-écologiques
Les conditions agro-écologiques jouent sur les choix des agriculteurs
dans la consolidation des systèmes de production. La diversification,
généralement recherchée par l'agriculteur, correspond
à un processus volontaire et construit. En revanche, les crises
de production sont généralement inattendues, brutales et
dépendent surtout de facteurs externes : agro-écologiques
(ravageurs comme l'anthonome du coton) ou économiques (chute des
prix du sisal, concurrence de la pomme de terre du Sud du Brésil,
etc.).
Dans les zones les plus sèches où la superficie des exploitations
est plus importante, c'est l'élevage qui est privilégié.
La sécheresse des dernières années a accentué
la concurrence entre alimentation animale et la restitution du peu de
biomasse disponible, y compris les restes de cultures et la végétation
spontanée (adventices et repousses). Dans les zones les plus humides,
il y a traditionnellement peu de cultures fourragères, en dehors
des prés naturels et des parcelles de napier, et pratiquement pas
de pratique de stockage. En fonction des qualités des sols, les
options de spécialisation agricole, plus nombreuses, se traduisent
par des pratiques diversifiées de gestion du stock de matière
organique, la fumure étant rare là où la rentabilité
des cultures traditionnelles (maïs, haricot et manioc) est limitée.
Là où le risque climatique est moindre, on observe des apports
de fumier et l'incorporation des restes de culture et des adventices,
en concurrence avec leur distribution au bétail.
Une intensification croissante et différenciée
de l'élevage
L'intensification de l'élevage est une constante dans les trois
zones, mais elle est plus nette dans le « Curimataú »
et les parties plus sèches de l'« Agreste » où
il n'existe plus de culture de rente depuis la crise du coton. Elle se
traduit par l'importance croissante des investissements en alimentation
du bétail :
- exploitation des prairies, des aires de repousses, des restes de culture,
y compris en dehors de l'exploitation ;
- conduite du bétail pour la pâture au piquet (attaché
par une corde), surtout dans les minifundia ;
- récolte de fourrage en dehors de l'exploitation en saison sèche
(herbe sur le bord des routes, restes de cultures) ;
- clôture des prairies, parfois après l'implantation de
prairies artificielles ;
- introduction de cultures fourragères (cactus inerme, maïs
fourrager, sorgho, pois d'angole, parcelles de napier dans les bas-fonds
des zones les plus humides) ;
- constitution de stocks de fourrage, d'abord dans les parcelles cultivées
(silos fenils et ensuite près du parc ou de la maison (abri, maison
désaffectée, silos et fenil) ;
- distribution d'aliments au bétail dans les parcs et étables
;
- construction de stabulations, mangeoires et étables fumières
(abris).
L'intensification de l'élevage offre de nouvelles possibilités
: production de fumier et poudrette, revenus, traction animale, etc.,
et est souvent parallèle à l'intensification de l'agriculture,
en utilisant les mêmes espaces. Il y a donc concurrence entre agriculture
et élevage pour l'utilisation de la biomasse et non pas seulement
complémentarité. L'intégration entre les deux systèmes
n'est pas évidente, comme le remarquent Landais et Lhoste [17]
à propos de l'Afrique, le parc ou l'étable fumière
ne garantissant pas toujours l'usage du fumier. C'est le cas dans l'«
Agreste » de la Paraíba où peu de producteurs disposent
de charrettes ou de main-d'uvre suffisante pour le transport et
l'épandage du fumier.
L'impact des cultures de rente
Les pratiques de fumure sont surtout destinées aux cultures qui
assurent un retour économique significatif (igname, pomme de terre
et bananier). L'accès au crédit (limité à
quelques cultures commerciales comme la pomme de terre, récemment,
ou la valorisation sur le marché local (ou celui de Campina Grande,
dans le cas du maraîchage), ont conduit les producteurs de pomme
de terre de Remígio et les maraîchers à acheter chaque
année plusieurs camions de fumier (pour une valeur de 300 à
500 $ US/ha). L'engrais vert se révèle moins coûteux,
mais est difficile à intercaler dans le calendrier cultural (en
particulier les années sèches), et il est surtout impossible
à enfouir par traction animale, l'attelage familial étant
limité à un buf.
Quelques agriculteurs de la région du « Gravatá »
de Remígio et du « Brejo » de Solânea achètent,
chaque année, le fumier nécessaire à environ un tiers
de leurs parcelles de maïs-haricot, igname, patate douce ou manioc.
Inversement, quand il n'existe aucune culture valorisant les investissements
sur le marché, l'utilisation du fumier est réduite, comme
dans le « Curimatau » où il peut même être
vendu. Les agriculteurs perçoivent donc parfaitement l'intérêt
de la fumure sous ces différentes formes, mais les pratiques de
fumure ne sont que rarement réalisées dans un seul but de
maintien de la fertilité qui n'est qu'induit.
Une évolution dynamique et diversifiée
Diversité et mobilité
Notre diagnostic met en évidence la diversité et la relative
instabilité des systèmes, les statuts des différents
espaces cultivés (à l'exception du quintal quand
il est planté d'arbres) n'étant jamais définitifs.
Ce statut peut changer au cours d'une génération : héritages,
divisions, achats et ventes entraînent également des mouvements
de fragmentation ou de reconstitution des propriétés familiales.
Les différentes parcelles cultivées et pâturées
ne sont pas figées selon une organisation de l'espace uniquement
liée à la qualité des sols et autour d'une fonction
précise, même s'il existe une tendance à réserver
les terres les plus productives pour l'agriculture et les autres pour
les prairies ou les friches. Les statuts des champs évoluent en
fonction des besoins et stratégies prioritaires de l'agriculteur
et de sa famille, plutôt que de par la perception du nécessaire
équilibre écologique. Par exemple, chez certains agriculteurs,
dans le « Curimataú », la conservation d'une jachère
arborée peut être interprétée comme une volonté
de maintien d'une réserve de bois de feu et de fourrage, mais cette
jachère arborée peut être déboisée et
mise en culture si besoin est.
L'identification et la qualification des transferts de matière
organique au sein de l'exploitation, du terroir, voire de la petite région
(vallée, bassin versant) permettent une représentation plus
intégrée des espaces et des sous-systèmes productifs
auxquels ils sont associés. Cette représentation offre de
nouvelles possibilités d'action, en particulier concernant la concurrence
entre agriculture et élevage, sur les limites de cette association
et sur le rôle possible et les limites de la sole fourragère
[17].
Une perception croissante de la nécessité
de la fumure
La perception par les agriculteurs de l'importance de la valorisation
de la fumure et de l'accumulation de la biomasse a été confirmée
au cours de l'étude. On le voit avec l'apport de fumier sur les
cultures de pomme de terre et d'igname, productions commerciales qui répondent
économiquement à la fumure. Dans le « Curimataú
», en revanche, l'absence d'une culture de rente donnée, explique,
en partie la vente de fumier.
Cependant, en dehors des espaces cultivés en permanence (quintal,
bananeraie et champs de pomme de terre) les transferts de matière
organique sont encore souvent le fait d'ajustements variables plutôt
que d'une gestion raisonnée et régulière. Cela est
probablement lié au fait que les différents espaces ne sont
pas utilisés de façon permanente pour les mêmes activités
et que l'introduction des soles fourragères est encore récente.
Le passage de simples ajustements à une véritable gestion
de la matière organique constitue un saut qualitatif du processus
d'intensification et pose le problème de la stabilisation des systèmes.
Nouvelles demandes et propositions
Les restitutions ont fait apparaître de nouvelles propositions
d'expérimentation ou de diffusion. Il y a réhabilitation
d'anciennes propositions de l'AS-PTA, mais dans une perspective plus intégrée
entre agriculture, élevage et conservation des sols. Les billons
perpendiculaires à la pente, justifiés par la culture attelée
et l'enfouissement du fumier, sont réservés aux cultures
nobles. Les courbes de niveau sont associées à la plantation
de bandes de vetiver ou lignes arborées intercalaires (Gliricidia,
Leucena, Cajunus cajun, neem, etc.) sources de fourrages ou de bois.
Le manque de main-d'uvre interdit toute proposition exigeante en
travail uniquement destiné à favoriser la conservation des
sols, sans apporter des gains fourragers ou monétaires (cultures
de rente). C'est ce qui explique la diffusion limitée de propositions
comme la couverture morte, exigeante en travail. Parmi les nouveaux thèmes
d'expérimentation, on note l'introduction de nouvelles espèces
fourragères ou sources de bois (locales ou exotiques) dans les
haies ou clôtures et la culture du cactus inerme associé
aux légumineuses arborées, à d'autres cactées
locales ou aux cultures annuelles. L'impact des lignes intercalaires boisées
en termes de production de biomasse et de fertilisation du sol a fait
l'objet de mesures quantitatives et qualitatives. Divers tests d'associations
adoptées par les agriculteurs-expérimentateurs soulignent
le rôle de l'arbre et une première étude descriptive
de l'arborisation des divers espaces des exploitations a été
entreprise. Le thème de la fumure a également donné
lieu à des études qualitatives plus complètes et
à des évaluations quantitatives, avant de passer à
la formulation d'essais ou tests. Les spécificités liées
aux zones agro-écologiques et à la situation individuelle
des agriculteurs conduisent à des propositions de recherche et
d'action différenciées selon les petites régions
et les types de producteur.
CONCLUSION
...une révision des actions du projet
« Paraíba »
L'appauvrissement de certains sols et les difficultés de maintien
de la fertilité sont clairement identifiés par les agriculteurs.
Ils attribuent ces problèmes à la répétition
des cultures sur les mêmes parcelles et à la fin de la pratique
systématique de la jachère. Ils invoquent le manque d'alternatives
en termes de culture de rente et de crédit, les deux voies qui,
associées, permettent de financer l'achat de fumier ou d'engrais.
La compréhension par les agriculteurs de la modélisation
des flux a permis le développement de réflexions et de dialogues
spécifiques, au sein des groupes locaux, autour de la complémentarité
et de la concurrence entre intensification de l'agriculture et de l'élevage.
La production de biomasse doit être favorisée sur l'ensemble
des parcelles et des superficies, en utilisant la diversité des
espèces pour utiliser au mieux les ressources en sols et en eau.
La production de biomasse est exigeante en travail pour les agriculteurs
et doit répondre à leurs besoins (autoconsommation, vente,
bois, fourrages, etc.).
La priorité donnée à l'élevage conduit à
privilégier l'intégration d'une composante fourragère
(lignes intercalaires arborées, associations de culture avec sorgho
et pois d'angole, valorisation des pailles et fanes, mise en place de
haies, etc.). Les propositions initiales du projet supposaient l'enfouissement
direct de la biomasse produite, alors que l'expérience a montré
que cette pratique n'est effectuée par les agriculteurs qu'avec
la végétation adventice inutilisable comme fourrage.
Toute biomasse à valeur fourragère étant systématiquement
utilisée pour l'alimentation du bétail, les propositions
de reconstitution de la fertilité des sols doivent suivre deux
axes :
1) augmentation de la production de biomasse sur l'ensemble des espaces
de l'exploitation ;
2) valorisation optimale du fumier et des restes de culture sur les
espaces cultivés.
La fertilisation des prairies artificielles et des cultures fourragères
(cactus inerme), la plantation ou l'entretien de haies, lignes intercalaires
arborées et bosquets sont autant de contributions au maintien de
la fertilité des sols sur l'ensemble de l'exploitation et non seulement
sur les parcelles cultivées. L'intérêt des agriculteurs
pour planter certaines espèces d'arbres suggère une proposition
plus large : l'arborisation des divers espaces de l'exploitation.
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Afrique intertropicale : un mythe techniciste confronté aux réalités
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