ARTICLE
Les buses de pulvérisation se présentent
sous la forme d'orifices calibrés au travers desquels doit passer
la bouillie sous pression. À sa sortie dans l'atmosphère,
le jet de liquide se désintègre en gouttelettes qui, atteignant
la cible, donnent lieu à une répartition plus ou moins uniforme.
En conditions statiques, la répartition peut varier selon le type
de buse (à fente, à turbulence, à miroir), l'angle
de pulvérisation, la pression (ou le débit qui est proportionnel
à la racine carrée de la pression). La hauteur de la buse
par rapport à la cible et son orientation influencent également
la répartition. Des buses de même type peuvent avoir des
comportements différents en raison de la variabilité dans
la fabrication et de l'usure [1]. Enfin, les propriétés
physiques de la bouillie (tension superficielle, viscosité, densité)
ont également une influence sur la répartition [2]. Au champ,
en conditions dynamiques, d'autres phénomènes altèrent
la répartition, comme les mouvements de rampe (essentiellement
le roulis et le lacet) [3] ou les conditions météorologiques
[4].
L'étude de la sensibilité des buses aux paramètres
fonctionnels est de première importance pour la maîtrise
de la qualité de la pulvérisation [5]. De nombreuses méthodes
ont été utilisées pour évaluer la répartition
des buses : mesure de la fluorescence de dépôts contenant
un traceur sur de longues bandes de papier [6] ou sur du fil [7], analyse
d'images de bandes de papier hydrosensible ou oléosensible [8],
système de pesage automatique [9], analyse directe d'images de
buses en fonctionnement [10], utilisation de divers types de bancs de
répartition [11]. Actuellement, les bancs de répartition
constituent l'instrument de laboratoire de référence ; la
norme ISO 5682/1 [12] définit de manière stricte la géométrie
des gouttières qui les constituent, afin de limiter au maximum
les erreurs de mesure et d'assurer le caractère universel et reproductible
des essais. Les mesures réalisées avec ces bancs permettent
la comparaison objective des performances des buses et peuvent également
servir de base à la modélisation de la répartition
en cours de travail [13].
Cette étude présente un dispositif conçu dans le
cadre d'un projet de coopération entre les laboratoires de mécanique
agricole de la Faculté universitaire des sciences agronomiques
de Gembloux et de l'Institut national agronomique de Tunis. Composé
essentiellement d'un banc de répartition et d'un circuit hydraulique
d'alimentation des buses, il permet de tester les buses de manière
automatisée. La mesure des différentes grandeurs (pression,
débit, niveaux d'eau) est assurée à l'aide de capteurs
reliés à un PC. L'originalité principale du dispositif
réside dans la conception de capteurs assurant de manière
automatique la lecture des niveaux d'eau dans le banc de répartition.
Matériel et méthodes
Le banc de répartition (figure
1) a été conçu selon les prescriptions de
la norme ISO 5682 [12]. Sa surface de réception est de 1 600 sur
1 500 mm (32 gouttières de 50 mm de large et 1 500 mm de long).
Les parois des gouttières de répartition sont constituées
par deux tôles d'aluminium pliées et collées. À
chaque extrémité des parois, une pièce est montée
en serrage sur la tôle. Ces éléments sont fixés
dans un cadre en aluminium pourvu de deux fois 33 rainures espacées
précisément de 50 mm. Une tige filetée permet de
mettre en traction chaque paroi afin d'assurer sa rectitude. Le fond d'une
gouttière est donc constitué par une tôle de chacune
des parois adjacentes. Le pliage de la tôle par rapport à
l'arête supérieure a été réalisé
avec une pente de 4 % pour permettre l'écoulement.
Pour automatiser la lecture des niveaux d'eau dans les éprouvettes,
le dispositif suivant a été spécialement conçu.
Plutôt que d'être fixées rigidement, les éprouvettes
sont suspendues à un corps d'épreuve particulier, constitué
de poutres Cantilever (figure
2). Lors du remplissage d'une éprouvette, la déformation
relative dans une section x de la poutre varie proportionnellement à
la quantité d'eau reçue, selon la relation :
epsilonx = [6.1F / E.a.e2]
Avec epsilonx : déformation relative dans la section
x ;
l : distance de la section x par rapport à l'encastrement ;
F : force appliquée à l'extrémité de la
poutre ; ici, poids de l'eau ;
a : largeur de la poutre ;
e : épaisseur de la poutre ;
E : module d'élasticité.
Pour détecter la déformation relative, des jauges d'extensiométrie
sont collées à la face supérieure et inférieure
des poutres. Elles sont montées en demi-pont de Wheatstone (figure
3). Ce montage assure une sensibilité suffisante et l'indépendance
des mesures vis-à-vis des fluctuations de température. Il
permet de mesurer le niveau d'eau avec une erreur inférieure au
seuil fixé par la norme, à savoir 0,5 % (figure
4).
Le circuit hydraulique est proche de celui des
pulvérisateurs agricoles. Une cuve de 100 litres, qui peut être
alimentée directement en eau de distribution, offre la capacité
suffisante pour la réalisation d'un essai. Le liquide (de l'eau
dans le cas des essais décrits ici) est aspiré et mis sous
pression par un groupe moto-pompe de 1,8 kW dont la pompe à 3 pistons-membranes
fournit un débit de 30 l/min à la pression de 20 bars. Un
amortisseur hydraulique permet d'amortir les pulsations de pression inhérentes
au fonctionnement de ce type de pompe. Un régulateur de pression
équipé d'un manomètre dévie une partie du
débit de la pompe vers un retour en cuve. Un distributeur à
6 voies permet d'alimenter indépendamment les 5 buses de la rampe
et de réaliser l'agitation hydraulique de la cuve. La pression
peut être ajustée précisément sur les manomètres
de chaque buse par réglage de la vanne sphérique lui correspondant
au niveau du distributeur. On peut ainsi obtenir la même pression
au niveau des différentes buses ou simuler des pertes de charge.
Le circuit d'agitation est constitué par un agitateur hydraulique
à effet Venturi. Différentes positions des buses par rapport
à la cible peuvent être obtenues grâce à un
dispositif réglable en hauteur et en inclinaison.
Le circuit est pourvu d'un débitmètre électromagnétique
(ABB Kent-Taylor MagMaster). Celui-ci offre l'avantage d'être non
invasif. Il dispose d'un afficheur pour lecture directe et fournit un
signal de sortie directement proportionnel au débit volumétrique.
La mesure est indépendante de la pression, de la température
et de la viscosité. La pression est mesurée simultanément
par un manomètre de précision (tube de Bourdon) et un transmetteur
de pression à diaphragme (Bourdon Sedeme E712).
L'ensemble des capteurs de niveau, débit, pression, est raccordé
à une centrale d'acquisition de données (figure
5). Les 32 capteurs de niveau comportant des jauges de contrainte
sont reliés à deux multiplexeurs. Ceux-ci, de même
que les capteurs de débit et pression, sont connectés à
une centrale d'acquisition 21XL (Campbell Scientific). Les données
issues de la centrale sont transférées dans un PC équipé
du logiciel PC208 (Campbell). Celui-ci est programmé pour effectuer
une mesure séquentielle du niveau des 32 éprouvettes, de
la pression et du débit toutes les 10 secondes. Au terme de la
mesure (dont la durée minimale doit être de 60 s), les données
sont transférées vers le logiciel Excel (Microsoft), où
une feuille de calcul spécialement programmée permet d'extraire
les paramètres caractérisant l'uniformité de la répartition.
Résultats
Les figures 6
et 7 présentent deux exemples de résultats obtenus
avec le banc. Il s'agit tout d'abord de la répartition obtenue
après une minute avec une buse à fente XR Teejet 11003VK
neuve, sous une pression de 2,2 bars et une hauteur de 50 cm ; ensuite,
figure la répartition obtenue dans les mêmes conditions avec
cinq buses de même type espacées de 50 cm.
Dans un cas comme dans l'autre, l'automatisation du banc d'essai permet
de caractériser très rapidement la répartition. La
méthode conventionnelle impose de lire le niveau de liquide dans
les différentes éprouvettes, puis de représenter
la répartition par une courbe ou un tableau indiquant les valeurs
en pourcentage de la quantité de liquide collectée dans
l'ensemble des gouttières. Avec la méthode proposée,
dès que la mesure est terminée, il est possible de visualiser
sur l'écran de l'ordinateur et d'imprimer une représentation
graphique de la répartition, sous forme d'histogrammes ou de courbes.
Les niveaux d'eau étant accessibles sous forme numérique,
le calcul de paramètres statistiques préprogrammés
par avance, tels que le coefficient de variation, permet de comparer aisément
différents types de buses. À titre d'exemple, le coefficient
de variation des 5 buses de la figure
7 est de 8,7 %. Enfin, la méthode proposée est précise,
puisque l'étalonnage indique que la mesure du niveau d'eau est
obtenue avec une erreur de l'ordre de 0,5 % dans les différentes
éprouvettes. Cette valeur est inférieure à ce que
l'on peut obtenir avec une appréciation purement visuelle du niveau
d'eau.
CONCLUSION
Dans un pays comme la Tunisie où il est nécessaire d'augmenter
les rendements agricoles par recours aux traitements chimiques, il faut
disposer des moyens tech
niques permettant de comparer les buses, afin d'orienter le choix des
utilisateurs en leur offrant une meilleure information sur la qualité
du matériel. Par ailleurs, un banc d'essai conforme aux normes
internationales représente un outil essentiel qui peut aider les
constructeurs locaux à choisir les composants les plus adéquats
pour la pulvérisation. Si la qualité du matériel
est de première importance pour une application correcte des produits,
la compétence de l'opérateur l'est également ; les
qualités didactiques d'un banc d'essai équipé à
la fois d'indicateurs à lecture directe et de capteurs automatisant
la lecture peuvent être mises à profit pour la formation
des vulgarisateurs, des techniciens et des ingénieurs.
Remerciements
Les auteurs adressent leurs remerciements à la DGCI (anciennement
AGCD) pour avoir financé le projet de coopération intitulé
« Création d'une section Techniques de traitement des cultures
à l'INAT », qui constitue le cadre dans lequel cette étude
a été menée.
REFERENCES
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outils de pulvérisation. Institut technique des céréales
et des fourrages, France 1990.
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USA : American Society for Testing Materials, Special Technical Publication,
1985 : 875.
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4. Krishnan P, Gal I, Kemble LJ, Gottfried SL. Effect of sprayer bounce
and wind condition on spray pattern displacement of TJ60-8004 fan nozzles.
Trans of the ASAE 1993 ; 36 : 997-1000.
5. Balsari P, Tamagnone M. Evaluation of functional parameters of
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France, 1993 : 22-4.
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10. Zhang N, Wang L, Thierstein GE. Measuring nozzle spray uniformity
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11. Matthews GA. Pesticide application methods, 2nd edition.
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12. ISO International Organisation for Standardization. Norme ISO
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de pulvérisation - Partie 1 : Méthodes d'essai de buses
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13. Sinfort C. Comparison between measurements and predictions of spray
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