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Un groupe d'experts de haut niveau, chargé de conseiller le Commissaire
européen à la recherche scientifique, Philippe Busquin,
en matière de sciences et de technologies du vivant, a été
créé en avril 2000. Composé de 11 membres, de compétence
scientifique reconnue, cet aréopage présidé par le
généticien français Axel Kahn a organisé une
plate-forme de discussion pour débattre de la signification des
avancées de la génétique en matière d'information,
de santé, d'environnement et de société (y compris
l'alimentation et les questions éthiques).
Les communications introductives, présentées par une vingtaine
d'orateurs, seront accessibles sur Internet (Renseignements à Stephane.Hogan@cec.eu.int).
On trouvera ci-après l'illustration des moments forts de cette
réunion, tels qu'ils ont été vécus et ressentis
par l'auteur de ces lignes.
L'Eurobaromètre d'avril 2000 révèle un certain
courant de méfiance citoyenne quant aux possibilités d'intégrer
la science dans le développement social. Or la science représente
un langage universel et un instrument de libération dont tous devraient
pouvoir écrire l'histoire en commun. D'où la nécessité
de créer un espace social où les scientifiques s'impliquent
positivement et activement. Cette première rencontre vise à
susciter l'intérêt pour la communication science-société
dans un cadre positif. Il s'agit de développer une interface active
entre recherche et citoyens, dans le respect réciproque des différences
culturelles. Il s'agit aussi de préciser les potentialités
dans la communication et la valorisation sociale. Mixité des compétences,
pluralisme des opinions, partage des savoirs comme des responsabilités
entre la société et les scientifiques, tels sont les paramètres
de la politique qui se met en place. L'action européenne en la
matière s'adresse surtout à la recherche orientée,
la recherche fondamentale étant de la compétence des États
de l'Union. Mais aujourd'hui, il n'y a plus de frontière étanche
entre fondamental et appliqué. Il faut associer ces deux concepts
via des coordinations nationales et un décloisonnement entre
les États membres. L'Europe est en attente de débat citoyen
sur la science. Et dans une démocratie d'opinion, la gouvernance
européenne se doit de favoriser le dialogue des scientifiques avec
les citoyens et les médias, dans un climat d'ouverture.
Le xxe siècle a été modelé par
les découvertes scientifiques et par l'idée de progrès.
L'objectif a été le savoir, le développement, les
valeurs de démocratie et de solidarité, permettant le partage
de la connaissance et des fruits de la croissance. En génétique,
il convient cependant d'écrire progrès avec « p »
et non « P ». Certes des améliorations considérables
ont vu le jour, mais il y a un revers à la médaille. Aujourd'hui,
les citoyens demandent une science plus conforme à leurs besoins
et souhaitent participer davantage à l'aventure de la connaissance
en prenant position dans les aspects des sciences et techniques qui les
concernent directement. Dès lors, l'Europe se doit de travailler
à la cohérence entre progrès technico-scientifique
et valeurs fondatrices de la société.
Longtemps, la génétique a été dominatrice
et sûre d'elle-même. Mais elle ne couvre pas toute la réalité
et même si on aime passionnément cette discipline, on peut
regretter qu'un peu d'humilité lui ait fait défaut. Ses
applications en matière de darwinisme social (exclusions à
l'assurance et à l'embauche par exemple) provoqueraient en matière
de droits de l'homme, une véritable mutation fondée sur
la dictature des gènes.
Juger des techniques appliquées aux personnes et à leur
environnement n'est pas seulement un acte scientifique. Les gens de science
sont des mandataires de la société ; ils se doivent de respecter
le public jusque dans ses réactions irrationnelles. Sinon, en cas
d'insuccès de leurs entreprises, ce sera le rejet de la science
par les populations, d'où la nécessité de la démystifier
en engageant le dialogue.
Malgré les avancées comme le séquençage
du génome humain, il demeure un haut degré d'ignorance et
beaucoup de temps sera nécessaire pour élucider et pour
maîtriser les fonctions des gènes, pour décoder leurs
interactions et pour les intégrer dans la complexité du
fonctionnement cellulaire. Quant à la thérapie génique,
elle doit encore faire ses preuves, dans le cadre d'un contexte multifactoriel
: le gène adéquat doit s'exprimer adéquatement au
moment adéquat dans le tissu adéquat, et être régulé
adéquatement.
Dans ce contexte global, les réactions citoyennes en matière
d'éthique ont un rôle positif en contenant les débordements
de la technique et en réglant les effets négatifs de la
commercialisation de la science. On ne peut récuser les réactions
du public pour raison d'incompétence ou d'émotivité,
car ce sont les valeurs qui sont en cause : pour mériter la confiance,
il faut être digne de confiance. Le cas est particulièrement
patent en matière d'alimentation, car on touche à l'existentiel
et au culturel, ce qui peut conduire à de sérieux conflits
d'intérêt. En conclusion, le forum « La génétique
et l'avenir de l'Europe » constitue une très belle initiative,
qui devra trouver ses marques. À cet égard, une réflexion
faite par un intervenant : « pour donner au forum toute sa dimension
et toute sa substance, peut-être faudrait-il créer un groupe
d'experts "de bas niveau", pour représenter les citoyens dans le
dialogue ardemment souhaité par le Commissaire européen
et le groupe d'experts de "haut niveau" » *
Jean Semal
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