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La génétique et l’avenir de l’Europe (Bruxelles, 6-7 novembre 2000)


Cahiers Agricultures. Volume 9, Numéro 6, 525, Novembre - Décembre 2000, Compte rendu de colloque


Résumé  

Résumé : Un groupe d’experts de haut niveau, chargé de conseiller le Commissaire européen à la recherche scientifique, Philippe Busquin, en matière de sciences et de technologies du vivant, a été créé en avril 2000. Composé de 11 membres, de compétence scientifique reconnue, cet aréopage présidé par le généticien français Axel Kahn a organisé une plate-forme de discussion pour débattre de la signification des avancées de la génétique en matière d’information, de santé, d’environnement et de société (y compris l’alimentation et les questions éthiques).

ARTICLE

Un groupe d'experts de haut niveau, chargé de conseiller le Commissaire européen à la recherche scientifique, Philippe Busquin, en matière de sciences et de technologies du vivant, a été créé en avril 2000. Composé de 11 membres, de compétence scientifique reconnue, cet aréopage présidé par le généticien français Axel Kahn a organisé une plate-forme de discussion pour débattre de la signification des avancées de la génétique en matière d'information, de santé, d'environnement et de société (y compris l'alimentation et les questions éthiques).

Les communications introductives, présentées par une vingtaine d'orateurs, seront accessibles sur Internet (Renseignements à Stephane.Hogan@cec.eu.int).

On trouvera ci-après l'illustration des moments forts de cette réunion, tels qu'ils ont été vécus et ressentis par l'auteur de ces lignes.

L'Eurobaromètre d'avril 2000 révèle un certain courant de méfiance citoyenne quant aux possibilités d'intégrer la science dans le développement social. Or la science représente un langage universel et un instrument de libération dont tous devraient pouvoir écrire l'histoire en commun. D'où la nécessité de créer un espace social où les scientifiques s'impliquent positivement et activement. Cette première rencontre vise à susciter l'intérêt pour la communication science-société dans un cadre positif. Il s'agit de développer une interface active entre recherche et citoyens, dans le respect réciproque des différences culturelles. Il s'agit aussi de préciser les potentialités dans la communication et la valorisation sociale. Mixité des compétences, pluralisme des opinions, partage des savoirs comme des responsabilités entre la société et les scientifiques, tels sont les paramètres de la politique qui se met en place. L'action européenne en la matière s'adresse surtout à la recherche orientée, la recherche fondamentale étant de la compétence des États de l'Union. Mais aujourd'hui, il n'y a plus de frontière étanche entre fondamental et appliqué. Il faut associer ces deux concepts via des coordinations nationales et un décloisonnement entre les États membres. L'Europe est en attente de débat citoyen sur la science. Et dans une démocratie d'opinion, la gouvernance européenne se doit de favoriser le dialogue des scientifiques avec les citoyens et les médias, dans un climat d'ouverture.

Le xxe siècle a été modelé par les découvertes scientifiques et par l'idée de progrès. L'objectif a été le savoir, le développement, les valeurs de démocratie et de solidarité, permettant le partage de la connaissance et des fruits de la croissance. En génétique, il convient cependant d'écrire progrès avec « p » et non « P ». Certes des améliorations considérables ont vu le jour, mais il y a un revers à la médaille. Aujourd'hui, les citoyens demandent une science plus conforme à leurs besoins et souhaitent participer davantage à l'aventure de la connaissance en prenant position dans les aspects des sciences et techniques qui les concernent directement. Dès lors, l'Europe se doit de travailler à la cohérence entre progrès technico-scientifique et valeurs fondatrices de la société.

Longtemps, la génétique a été dominatrice et sûre d'elle-même. Mais elle ne couvre pas toute la réalité et même si on aime passionnément cette discipline, on peut regretter qu'un peu d'humilité lui ait fait défaut. Ses applications en matière de darwinisme social (exclusions à l'assurance et à l'embauche par exemple) provoqueraient en matière de droits de l'homme, une véritable mutation fondée sur la dictature des gènes.

Juger des techniques appliquées aux personnes et à leur environnement n'est pas seulement un acte scientifique. Les gens de science sont des mandataires de la société ; ils se doivent de respecter le public jusque dans ses réactions irrationnelles. Sinon, en cas d'insuccès de leurs entreprises, ce sera le rejet de la science par les populations, d'où la nécessité de la démystifier en engageant le dialogue.

Malgré les avancées comme le séquençage du génome humain, il demeure un haut degré d'ignorance et beaucoup de temps sera nécessaire pour élucider et pour maîtriser les fonctions des gènes, pour décoder leurs interactions et pour les intégrer dans la complexité du fonctionnement cellulaire. Quant à la thérapie génique, elle doit encore faire ses preuves, dans le cadre d'un contexte multifactoriel : le gène adéquat doit s'exprimer adéquatement au moment adéquat dans le tissu adéquat, et être régulé adéquatement.

Dans ce contexte global, les réactions citoyennes en matière d'éthique ont un rôle positif en contenant les débordements de la technique et en réglant les effets négatifs de la commercialisation de la science. On ne peut récuser les réactions du public pour raison d'incompétence ou d'émotivité, car ce sont les valeurs qui sont en cause : pour mériter la confiance, il faut être digne de confiance. Le cas est particulièrement patent en matière d'alimentation, car on touche à l'existentiel et au culturel, ce qui peut conduire à de sérieux conflits d'intérêt. En conclusion, le forum « La génétique et l'avenir de l'Europe » constitue une très belle initiative, qui devra trouver ses marques. À cet égard, une réflexion faite par un intervenant : « pour donner au forum toute sa dimension et toute sa substance, peut-être faudrait-il créer un groupe d'experts "de bas niveau", pour représenter les citoyens dans le dialogue ardemment souhaité par le Commissaire européen et le groupe d'experts de "haut niveau" » *

Jean Semal


 

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