John Libbey Eurotext

Annales de Biologie Clinique

Recherche biomédicale : le débat autour des notions de réduction et d’émergence Volume 63, numéro 6, Novembre - Décembre 2005

Auteurs
Centre d’éthique médicale, Université catholique de Lille, Groupe Inserm avenir Pathogénie des légionelles, Institut Pasteur de Lille, Institut de recherches interdisciplinaires de Lille, Parasitologie – Mycologie (EA3609, Université de Lille-2), CHRU Lille & Écologie du Parasitisme, Institut Pasteur de Lille
  • Mots-clés : bioéthique, émergence, épistémologie, expérimentation, réduction
  • Page(s) : 573-9
  • Année de parution : 2005

Les logiques sur lesquelles repose le savoir médical ont des conséquences profondes sur la pratique clinique et sur les représentations de la santé et du vivant. Les notions de réduction et d’émergence jouent un rôle capital dans ces logiques. La microréduction constitue la stratégie d’analyse prédominante dans une biomédecine dont le savoir repose sur des interactions moléculaires. De même, selon la macroréduction, la partie est définie en fonction de son appartenance au tout, comme dans l’épidémiologie génétique. Quant à l’émergence, elle décrit les propriétés d’un tout absentes chez ses parties constituantes, notion qui renvoie à la définition du vivant s’accordant avec la notion d’évolution. Le succès apparent de la réduction comme modalité d’analyse a engendré chez les scientifiques et dans l’opinion un micro-réductionnisme idéologique, qui correspond ontologiquement au physicalisme (les choses peuvent être expliquées à partir de la compréhension de leur parties constituantes) et à l’atomisme (les choses évoluent de façon autonome, isolée, indépendamment de l’évolution des autres choses). Les conceptions réductionnistes génétiques donnent une nouvelle représentation totalisante du vivant où le passé, le présent et le futur des organismes se trouvent traduits dans la fausse linéarité de leurs génomes, pouvant fournir des bases quantitatives à la définition de standards de normalité génétique et à l’établissement de hiérarchies. La pratique de la recherche devrait intégrer les contraintes, les limites et l’intérêt de la réduction comme méthode. Elle devrait aussi tenir compte des risques d’un réductionnisme idéologique étendu à tous les aspects de l’existence, dont la légitimité reste problématique et dont les conséquences éthiques, philosophiques et politiques dépassent largement la simple portée du choix d’une stratégie de recherche.