John Libbey Eurotext

Annales de Biologie Clinique

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Intoxications humaines par les végétaux supérieurs : revue de la littérature Volume 59, numéro 6, Novembre - Décembre 2001

La fréquence d’intoxication par des plantes toxiques était estimée à 1,5 % en France, 5 % en Belgique, 6,5 % en Italie, 7,2 % en Suisse et 6 % en Turquie selon différentes études rétrospectives de ces vingt dernières années [1]. Entre 1985 et 1994 aux Etats-Unis, ce type d’intoxication était classé au quatrième rang derrière les médicaments, les produits d’entretien ménagers et les cosmétiques [2]. La population jeune est la plus touchée car les enfants sont attirés par les baies colorées et les plantes d’appartement laissées à leur portée. Quatre-vingt-cinq pour cent des cas surviennent chez des enfants de moins de 11 ans. Les autres cas classiques d’empoisonnements sont le fait de promeneurs et botanistes amateurs qui confondent telle feuille, telle baie ou telle racine avec une espèce comestible [3]. Dans certaines régions du monde, les problèmes peuvent être endémiques à cause de comportements sociaux ou ancestraux (Colchicum et Hyoscyamus en Turquie, Hyoscyamus en Israël et en Iran, Datura dans le sud des Etats Unis, en Argentine et au Brésil, Baccharis en Argentine, en sont quelques exemples). Les plantes qui sont cependant le plus souvent incriminées lors d’appels auprès des centres antipoisons ne sont heureusement pas les plus toxiques. Une grande partie de la population méconnaît la toxicité réelle des végétaux entraînant un comportement inadapté. Aux Etats-Unis dans une étude rétrospective incluant plus de 900 000 cas sur 10 ans, les dix genres les plus fréquemment incriminés étaient : Philodendron, Dieffenbachia, Euphorbia, Capsicum, Ilex, Crassula, Ficus, Toxicodendron, Phytolacca et Schefflera pour lesquels aucun décès ne fut rapporté [2]. Les exemples létaux sont en réalité le fait d’une cinquantaine de genres à travers le monde. Le nombre exact de décès est cependant très difficile à établir à cause d’un manque de documentation analytique et médico-légale, ce qui tend à en sous-estimer la fréquence. La mortalité de ce type d’intoxication semble élevée en regard des autres intoxications. En Afrique du Sud, deux pour cent des malades hospitalisés pour intoxications décèdent, tandis qu’en contraste, 15 % des patients intoxiqués par des médecines à base d’herbes traditionnelles, décèdent [4].

Dans ce travail, les auteurs ont établi une liste des principales plantes responsables de décès humains par empoisonnements accidentels ou par homicides (volontaires ou non). Les auteurs ont sciemment délaissé l’étude des narcotiques, hallucinogènes et stimulants. Les poisons de chasse ne seront pas abordés non plus. En cas de conflits entre tribus, les guerriers pouvaient avoir recours à des poisons de guerre d’action lente. En effet, la mort était censée résulter d’une longue et douloureuse agonie [5]. Ces plantes sont listées dans le tableau I.

Concernant l’analyse, une méthode de recherche multirésidus a été mise au point par un laboratoire vétérinaire dans du matériel végétal, le rumen des animaux, les tissus ou les fluides biologiques [6]. Les échantillons sont extraits par l’acétate d’éthyle contenant 5 % d’éthanol dans des conditions alcalines puis réextraits par l’acide chlorhydrique 0,5 N. Une purification ultime est réalisée sur colonne polymérique C18 avant l’analyse quantitative par chromatographie en phase gazeuse (CPG)-détection azote-phosphore et l’analyse qualitative par CPG-spectrométrie de masse (SM) et chromatographie sur couche mince (CCM). Les rendements d’extraction sont compris entre 72 et 113 % à la concentration de 1 µg/g pour 6 différentes molécules représentatives de diverses propriétés chimiques des alcaloïdes : atropine, coniine, nicotine, rétrorsine, solanidine et strychnine. Les limites de détection sont cependant théoriquement comprises entre 25 et 200 ng/mL ce qui rend la méthode peu sensible. En outre, les composés non volatils ne peuvent pas être analysés par la méthode présentée. Foukaridis et al. [4] ont développé une méthode de chromatographie liquide haute performance (CLHP) multi-isocratique couplée à une détection ultraviolet (UV) à barrette de photodiodes (BPD) permettant l’identification des intoxications par les médecines traditionnelles noires de l’Afrique du Sud. Néanmoins, ces deux travaux sont des exceptions, car les méthodes de recherche systématique des toxiques végétaux sont très rares dans la littérature. Des méthodes efficaces sont disponibles pour l’analyse de la nicotine et de ses métabolites, des alcaloïdes dérivés du noyau tropane, de la colchicine ou des hétérosides cardiotoniques. Pour une grande majorité de molécules à taux faiblement actifs, les techniques manquent de sensibilité. Tout récemment, une technique par CLHP-SM ou CLHP-SM-SM a été publiée à propos de la détection dans les fluides biologiques humains concernant les molécules suivantes avec les limites de détection de 0,01 ng/mL pour l’aconitine, 1,2 ng/mL pour l’anabasine, 0,91 ng/mL pour l’arécoline, 15 ng/mL pour l’atractyloside, 0,09 ng/mL pour l’atropine, 0,01 ng/mL pour la cévadine, 0,09 ng/mL pour la colchicine, 1,60 ng/mL pour la crotaline, 0,19 ng/mL pour l’émétine, 0,17 ng/mL pour l’ésérine, 1,52 ng/mL pour la lobéline, 0,40 ng/mL pour l’oléandrine, 1,07 ng/mL pour la pilocarpine, 0,02 ng/mL pour la réserpine, 0,18 ng/mL pour la rétrorscine, 0,31 ng/mL pour la scopolamine, 0,04 ng/mL pour la sénécionine, 0,16 ng/mL pour la spartéine, 0,03 ng/mL pour la strychnine, 0,48 ng/mL pour le taxol, 0,02 ng/mL pour la vératridine et 0,32 ng/mL pour la yohimbine. La méthode a été appliquée avec succès dans des cas médico-légaux [7].

ABRUS PRECATORIUS

Le jéquirity est une plante pantropicale d’origine indienne qui produit des graines ornementales très utilisées dans la confection de colliers artisanaux. Les graines aussi nommées fèves coccinelles, minnie-minnies, paternoster, contiennent une des substances d’origine végétale les plus toxiques, l’abrine, dont la toxicité est comparable à celle de la ricine. Une méthode de dosage radio-immunologique a été proposée [8]. Malgré la large distribution de la plante sur le globe terrestre, les intoxications humaines sont très rares, aucun cas de décès n’est rapporté [5].

GENRE ACONITUM

Description

Le genre Aconitum croît habituellement dans les lieux humides des régions montagneuses de l’hémisphère Nord jusqu’à 1 800 m d’altitude, des Alpes à l’Himalaya. Il comprend environ 350 espèces dont la moitié auraient été recensées sur le seul territoire chinois. Le plus classique, l’aconit napel, est une plante vivace par une racine tuberisée pointue dont la surface est brun-noirâtre et inodore. La tige dressée porte des feuilles alternes palmatiséquées à trois ou cinq segments linéaires lancéolés. Les fleurs sont groupées en grappes. Le calice est formé par cinq sépales colorés bleus, jaunes, blancs, violets, parfois tachetés selon les espèces. Le sépale postérieur très caractéristique par sa forme de casque antique lui confère ses noms vulgaires, casque de Jupiter ou capuchon de moines. Les pétales sont réduits à des cornets nectarifères et des languettes. Le fruit est une follicule divergente à graines noires et pyramidales.

Molécules actives

Toutes les parties de l’aconit renferment des alcaloïdes, bases diterpéniques, surtout concentrées dans la racine. La teneur varie beaucoup en fonction du cycle végétatif et de l’origine géographique, de 0,5 à 3 %. L’aconitine est majoritaire, c’est un diester acétylé et benzoylé d’un amino-alcool hexacyclique norditerpénique, l’aconine. Les autres alcaloïdes sont l’hypaconitine, la mesaconitine, la lycaconitine, la jesaconitine, la néopelline, la napelline, la néoline, la bikhaconitine, la méthyllycaconitine, la talatisamine, l’atisine et la lappaconitine [5]. L’alcaloïde majoritaire varie selon l’espèce : aconitine chez A. napellus, hypaconitine chez A. septemtrionale, hypaconitine et mesaconitine chez A. carmichaelii, mesaconitine chez A. kuznezofii, bikhaconitine chez A. ferox, talatisamine chez A. kongboense, atisine chez A. anthora et A. heterophyllum, Lycaconitine chez A. vulparia. Des alcaloïdes isoquinoléiques et des phénéthylamines sont aussi présents dans les espèces : higénamine chez A. japonicum, magnoflorine chez A. vulparia et A. napellus, corynéine chez A. Carmichaelii et N-méthyladrénaline chez A. nasutum. Les aconits les plus toxiques sont A. balfourii et A. deinorrhizum [9].

Usages

Les aconits sont l’un des genres qui a été le plus utilisé pour la fabrication de poisons de guerre et de chasse depuis au moins trois millénaires aussi bien en Orient qu’en Occident. La dénomination populaire de certaines espèces, comme l’aconit tue-loup, Aconitum vulparia, rappelle l’usage qui en était fait pour tuer certains animaux comme les loups, les renards, les ours et les rongeurs. Les auteurs latins antiques rapportent l’utilisation de la drogue dans des buts criminels [5]. L’utilisation en médecine est ancienne en Inde et en Chine. Dans ce dernier pays, ce remède traditionnel est encore très utilisé comme anti-inflammatoire, analgésique et comme stimulant des fonctions circulatoires. On distingue le chuanwu, racine séchée de A. carmichaelii, le caowu, racine séchée de A. kusnezoffi ; le zhichuanwu et le zhicaowu racines préparées des deux espèces précédentes respectivement [10]. La préparation des racines consiste à les tremper dans l’eau puis à les cuire 4 à 6 heures. Seules ces préparations doivent être utilisées. Le mode de préparation permet d’hydrolyser une certaine fraction des alcaloïdes estérifiés toxiques. En Europe, on utilise encore la teinture d’aconit comme anticongestif dans la formulation de sirops antitussifs.

Toxicologie analytique

La détermination de l’aconitine chez A. kongboense a été réalisé par CCM avec détection fluorimétrique [11]. Une méthode par CCM densitométrique a été décrite pour le dosage de l’aconitine, de la mesaconitine et de l’hypaconitine dans des racines d’aconits [12]. L’échantillon pulvérisé est traité par l’ammoniaque et macéré dans l’éther. Les spots obtenus sont stables 24 heures. Une méthode CLHP est disponible pour l’analyse du matériel végétal [13]. Une technique par CPG-SM en mode d’ions sélectionnés a été utilisée pour caractériser la jesaconitine dans le sang d’un homme accidentellement intoxiqué par un aconit japonais, le Torikabuto [14]. Cependant, le comportement chromatographique de ces produits étant mauvais, certains auteurs ont suggéré la conversion des molécules en leurs dérivés triméthylsilylés (TMS). Cela a pour résultat l’obtention de pics bien résolus. Les alcaloïdes analysés répondent de façon linéaire de 100 pg à 7,5 ng injectés tandis que les résultats dans le sérum semblent montrer un bon rendement d’extraction [15]. La technique, malheureusement, manque de sensibilité. L’aconitine, la mesaconitine, l’hypaconitine et la jesaconitine ont été analysées par CLHP dans le sang et l’urine au moyen d’une détection UV et SM [16]. Les alcaloïdes sont extraits de façon très efficace par une colonne d’extraction en phase solide sur une résine polystyrénique. Les résultats sur une cartouche classique C18 donnaient en effet des rendements inconstants et une forte variation de répétabilité. L’élution est obtenue par un mélange acétonitrile:HCl. En CLHP-UV la séparation est obtenue en phase inverse par une élution isocratique au moyen du mélange tétrahydrofurane:acide trifluoracétique à 0,2 %. Les limites de détection dans le sang sont de 50 ng/mL tandis que de sévères interférences chromatographiques empêchent toute détection dans les urines même pour des concentrations élevées. En CLHP-SM, la séparation est opérée sur une colonne C18, 150 x 4,6 mm avec une phase mobile tétrahydrofurane:acide trifluoracétique à 0,3 %:glyrérine. Le mode d’ionisation utilisé était le bombardement d’atomes rapides de xénon accélérés sous 3 kV, générant l’ion moléculaire comme ion de base à m/z = 676 pour la jesaconitine, 646 pour l’aconitine, 632 pour la mesaconitine et 616 pour l’hypaconitine, ainsi que les ions de dégradation correspondant au méthoxyphénylcarbonyl (m/z = 135) ou au phénylcarbonyl (m/z = 105). Les limites de détection sont de 2,5 ng injectés pour le mode en balayage et 100 pg injectés pour le mode en ions sélectionnés [16]. Les mêmes auteurs soulignent la forte instabilité de ces molécules dans l’ammoniaque, pH = 10 (demi-vie de l’aconitine = 4 h), mais aussi dans des solvants protiques tels que le méthanol ou l’éthanol (demi-vie de l’aconitine = 16 jours). Au contraire, l’aconitine est très stable dans des solvants aprotiques tels que l’acétonitrile ou le tétrahydrofurane. Enfin, l'aconitine a été dosée par CLHP-SM-SM, avec l'ion moléculaire m/z = 674 comme ion parent et les ions fils m/z = 368 et 586. La séparation est obtenue sur colonne C18 150 mm x 3 mm avec une phase mobile tampon formiate 2 mM, pH = 3:méthanol en mode gradient. La limite de détection est de 0,001 ng/mL [7].

Intoxications humaines

Dans les pays occidentaux, les intoxications sont exceptionnelles. Un empoisonnement mortel a été décrit dans le sud de la France en 1975. L’aconit avait été confondue avec une Apiacée comestible souvent consommée en Catalogne, Molopospermum peloponesiacum [17]. En Allemagne, en 1991, une enfant de 20 mois est décédée accidentellement [18]. En orient en revanche, les décès sont fréquents et nombreux. Pour la période 1980-1984, la seule province du Sichuan en Chine a recensé 72 cas mortels parmi lesquels 35 meurtres, 16 suicides et 21 accidents [19]. L’utilisation importante de racine d’aconit en médecine populaire est une cause fréquente d’intoxication. Six cents cas ont été notés en trente ans en Chine [20]. Cela est vrai aussi dans d'autres pays limitrophes notamment à Hong Kong où de nombreux auteurs soulignent l’absence de contrôles de la teneur en principes toxiques dans les racines importées. L’intoxication est souvent le fait de prescription par des herboristes à des doses trop fortes, mais elle peut aussi être le fait d’une mauvaise préparation. Le contrôle pharmaceutique des matières premières devrait permettre (lorsqu’il sera réellement fait) d’endiguer l’ampleur de ces accidents [21]. Ce phénomène grave pourrait en outre s’étendre tout comme à Hong Kong aux communautés asiatiques des grandes métropoles occidentales. Trois cas mortels ont été notés à Hong Kong en 1994 par But et al. [22] et deux par Dickens et al. [23] la même année. Au Japon, un homme de 61 ans est décédé après avoir confondu une plante comestible, Momijigasa, avec un aconit. Les auteurs montreront la présence de jesaconitine dans le sang par CPG-SM ainsi que de l’aconitine, de l’hypaconitine et de la mesaconitine dans les urines [14]. Dans ce même pays, un empoisonnement criminel révélera les concentrations post mortem suivantes en jesaconitine dans le contenu stomacal, le plasma et les urines de 5,48 ; 0,43 et 1,07 µg/mL respectivement [24]. Chez un individu intoxiqué après consommation de racine d’aconit, les taux mesurés dans le sérum par CLHP-UV étaient de 80 ng/mL pour l’aconitine, 250 ng/mL pour la jesaconitine et 50 ng/mL pour la mesaconitine [16]. Chez une personne ayant fait une tentative de suicide après ingestion d’un extrait d’aconit, les concentrations sériques au premier jour mesurées deux heures après la prise étaient de 1,72 ng/mL pour l’aconitine ; 0,22 ng /mL pour la benzoylaconine ; 0,31 ng/mL pour l’aconine ; 4,04 ng/mL pour la mesaconitine ; 0,68 ng/mL pour la benzoylmesaconine ; 0,19 ng/mL pour la mesaconine ; 0,60 ng/mL pour l’hypaconitine ; 0,19 ng/mL pour la benzoylhypaconine et 0,20 ng/mL pour l’hypaconine [25].

ATRACTYLIS GLUMMIFERA

Description

Le chardon à glu est une Astéracée vivace par un volumineux rhizome pivotant et charnu, long de 30 à 40 cm. Il possède des feuilles profondément découpées en lobes piquants, groupées en rosette. Les fleurs roses sont groupées en capitules entourés de bractées hérissées d’aiguillons. Après la fructification un latex blanc jaunâtre exsude à l’aisselle des bractées. Cette espèce typiquement nord africaine est aussi présente dans les pays du bassin méditerranéen. La médecine traditionnelle arabe l’utilisait par voie externe contre les abcès et furoncles [5].

Molécules actives

Les principes toxiques sont des hétérosides à génine diterpénique dérivée du kaurène parmi lesquels figurent l’atractyloside, le carboxyatractyloside, la parquine et la carboxyparquine [9]. Le carboxyatractyloside inhibe le transport des nucléotides phosphorylés au travers de la membrane mitochondriale, ce qui empêche la phosphorylation oxydative. L’action est assez comparable aux toxines de l’amanite phalloïde. Le wedéloside est un aminoglucoside d’une carboxyatractyligénine hydroxylée en 13. Il a été isolé d’une Astéracée Wedelia asperrima responsable de la mort de bétail au Canada, et Wedelia glauca en Argentine. On notera l’étroite parenté structurale de ces molécules avec les kaurènes dicarboxyliques d’une Solanacée hépatotoxique sud américaine, Cestrum parqui [9].

Toxicologie analytique

Une seule méthode dosage a été proposée par CLHP-SM avec détection des ions négatifs [7]. L’extraction des molécules est conduite par précipitation des protéines suivie d'un lavage par le chloroforme. La séparation chromatographique est réalisée en phase inverse sur une colonne C18 de 150 mm de long, 2 mm de diamètre interne au moyen d'une phase mobile constituée d'un tampon formiate 2 mM, pH = 3 et d'acétonitrile en mode gradient. Les ions négatifs m/z 725,4 ; 645,1 ; 343,2 et 322,4 sont utilisés pour le dosage de la molécule.

Intoxications humaines

Allusion est faite dans la littérature ancienne de l’ajout criminel de racine du chardon à glu dans des plats de couscous. La plupart des intoxications sont cependant accidentelles et touchent surtout les enfants qui confondent la racine avec d’autres plantes comestibles comme les artichauts sauvages Scolymus hispanocus. Plusieurs cas de décès sont rapportés notamment en Algérie suite à une intoxication collective de dix enfants dont seulement deux survivront [26]. Le décès intervient dans un tableau d’hépatite fulminante avec une nécrose hépatocellulaire majeure. D’autres cas sont décrits sur des adultes ayant confondu la plante avec un charbon médicinal, Centaurea ornata [27].

ATROPA BELLADONA

Description

La belladone est une plante herbacée de la famille des Solanacées, vivace, à tige dressée, robuste, pouvant atteindre 2 m de haut tandis que les feuilles sont larges, ovales, alternes et mesurant 15 cm au maximum. Les fleurs solitaires et campanulées sont de couleur pourpre violacée. Le fruit est une baie globuleuse, verte puis jaune et enfin violet tirant sur le noir, mesurant à maturité 1 à 1,5 cm ressemblant alors à une grosse cerise et contenant de très nombreuses petites graines réniformes, chagrinées. Ce fruit repose sur un calice vert en forme d’étoile à cinq branches. C’est une plante fréquemment rencontrée en Europe centrale dont elle est originaire.

Principes actifs

On retrouve principalement trois alcaloïdes, esters de l’acide troponique, du tropanol ou du scopanol : la l-hyoscyamine qui prédomine dans le végétal frais, l’atropine (racémique de l’hyoscyamine) qui prédomine dans le végétal sec et le fruit mûr, et la scopolamine également lévogyre. La plante contient entre 0,3 et 1 % d’alcaloïdes, le groupe hyoscyamine et atropine en représentant 90 à 95 % et la scopolamine 5 à 10 %. Toute la plante est toxique mais plus particulièrement les feuilles et les fruits. Il existe en outre certains alcaloïdes mineurs dérivés du noyau tropane que sont la tigloyltropéine, l’aposcopolamine, l’apoatropine, l’hydroxy-hyoscyamine et le tigloyoxytropane ainsi qu’un alcaloïde pyrrolidinique : l’hygrine. Les feuilles de belladone renferment aussi une petite quantité d'une coumarine : le scopolétol. Il est remarquable de noter que certains herbivores ou rongeurs peuvent consommer cette plante ainsi que les espèces Datura et Hyoscyamus sans présenter de signes d’intoxication, car ils possèdent une estérase qui biotransforme les alcaloïdes avant que ceux-ci n’agissent [5].

Usages et pharmacologie

La belladone tire son nom latin de l’usage qu’en faisait certaines courtisanes de la Rome antique afin de provoquer une mydriase par paralysie du sphincter irien avec le suc des baies, ce qui était à l’époque une coquetterie très appréciée (d’où le nom bella donna qui signifie, belle dame). Dans la mythologie grecque, Atropos qui signifie " inéluctable " était de nom de l’une des trois Parques qui avait pour fonction de couper le fil de la vie. C’était naturellement une plante fort utilisée en médecine populaire comme anticholinergique et par la sorcellerie du Moyen-Age. L’activité pharmacologique réside surtout dans l’action de l’atropine et de la hyoscyamine, qui sont toutes deux fortement parasympatholytiques. L’accélération du rythme cardiaque est la résultante d’une paralysie de la Xe paire de nerfs crâniens. On note encore une dilatation des bronches et une diminution du débit salivaire. La scopolamine possède une action parasympatholytique plus faible mais une action sédative plus franche. A dose plus élevée, elle provoque un état de narcose et des hallucinations.

L’atropine reste encore très utilisée de nos jours en anesthésie-réanimation contre les spasmes bronchiques ou comme anticholinergique de prémédication. C’est toujours un agent mydriatique utilisé en ophtalmologie. Enfin, c’est l’antidote de choix des intoxications au vératre et aux gaz de combats organophosphorés. Chaque combattant des forces armées occidentales dispose de trois seringues autoinjectables di- ou tricompartimentées comprenant de l’atropine et du contrathion pour les deux premières et ces deux molécules plus du diazépam pour la dernière.

Toxicologie analytique

Les méthodologies analytiques utilisent la CPG-SM après triméthylsilylation avec une limite de détection de 1 ng/mL pour l’atropine [28] ou après hydrolyse et formation d’un dérivé heptafluorobutyrique pour les trois alcaloïdes principaux [6]. Les techniques par CLHP en appariement d’ions sont très efficaces pour la séparation des alcaloïdes. Une technique en CLHP-SM a été décrite par Auriola et al. [29] pour le dosage de la scopolamine et de la hyoscyamine dans les cultures cellulaires de plantes et utilise une colonne polymérique en phase inverse et une phase mobile acétonitrile:acétate d’ammonium 0,1 M, pH = 10,4. Les ions choisis étaient m/z = 304 pour la scopolamine et 290 pour la hyoscyamine. Xu et al. [30] ont proposé une méthode de dosage de la l-hyoscyamine dans le plasma humain par CLHP-SM-SM après extraction liquide-liquide. La colonne analytique utilisée était une C18, 50 mm x 3 mm. La méthode était linéaire de 20 à 500 pg/mL et la limite de quantification était estimée à 20 pg/mL autorisant des études pharmacocinétiques. Les ions fils de la scopolamine et de la hyoscyamine étaient respectivement à m/z = 138 et m/z = 124.

Intoxications humaines

Les intoxications sévères par la belladone produisent des symptômes assez comparables à des crises psychotiques aiguës et le diagnostic est parfois délicat. Ce fut le cas d’un garçon de 9 ans qui avait ingéré environ 20 à 25 baies [31]. Chez un homme plus âgé, les signes furent évocateurs d’un delirium tremens avec des signes extrapyramidaux suggérant une démence sénile subaiguë [32]. Une intoxication volontaire dans un but addictif par un étudiant entraîna un état comateux évocateur d’une commotion cérébrale post-traumatique [33]. D’autres descriptions de la littérature sont le fait d’empoisonnements involontaires chez une femme ayant consommé un thé du commerce qui s’est avéré par la suite contenir quelques feuilles de belladone [34] ou par exemple d’intoxications collectives involontaires chez des enfants ou adultes ayant pris la baie pour un fruit comestible [35]. Une dose de 50 mg de sulfate d’atropine a été rapportée comme létale [29], mais les cas documentés de décès par la plante elle-même sont rares et ne reflètent certainement pas l’état réel des intoxications volontaires ou non. Citons cependant quelques décès par l’atropine [28]. Chez un consommateur d’atropine décédé d’une surdose, les concentrations post mortem relevées étaient de 0,4 µg/mL dans le sang, 11 µg/mL dans les urines et 0,7 µg/g dans le foie.

BACCHARIS CORDIFOLIA

Cette plante de la famille des Astéracées, constitue l’une des causes majeures de la perte de bétail dans le sud du Brésil et en Argentine. Aucun cas d’empoisonnement humain n’est à ce jour rapporté. La plante contient cependant des mycotoxines très actives qui ont été proposées comme agents cytostatiques en thérapeutique ou comme arme de guerre chimique. Les métabolites de ces trichothecènes : roridines A, D, E, verrucarrine A, miotoxine A, E, F et G sont identiques aux métabolites produits par certains champignons Myrothecium verrucaria et roridum [36]. La toxicité aiguë observée chez les animaux consommant cette plante est clairement due à la présence de ces toxines mais on ne sait pas si elles proviennent d’une accumulation de toxines produites par un champignon dans le sol que la plante absorberait et concentrerait ou si cette présence est le fait d’une production par la plante elle-même, ayant acquis par transmission horizontale les gènes codants des toxines à partir d’un Myrothecium.

BLIGHIA SAPIDA

Description

De son nom vernaculaire jamaïcain, l'ackee, nigérian, isin, ou burkinais, fisan, il s'agit d'une Sapindaceae, arbre qui peut atteindre une dizaine de mètre de haut et qui donne des arilles d'environ 10-15 cm de long pour une centaine de grammes. L'arbre originaire d'Afrique, a été introduit aux Caraïbes à la fin du 18e siècle [5], puis en Amérique centrale, en Floride et tout récemment en Amérique du Sud. Les feuilles alternes sont composées de 3 à 5 paires de folioles ovales. Le fruit rougeâtre s'ouvre spontanément à maturité et laisse apparaître deux à quatre graines noires et brillantes.

Principes actifs

La chair de l'arille immature et les graines contiennent deux polypeptides toxiques nommés hypoglycine A et hypoglycine B. La structure de l'hypoglycine A a été proposée par Ellington et al. [37], il s'agit d'un dérivé de l'alanine, la 2-méthylènecyclopropane-alanine. Les deux molécules possèdent une forte activité hypoglycémiante comme le suggère leur nom. Chase et al. [38] ont mesuré les concentrations en hypoglycine A dans la chair de l'arille non-mûre et les graines immatures, elles sont respectivement de 711 et 939 mg/100 g et indétectable par la méthode utilisée pour la chair de l'arille mûre et 269 mg/100 g dans les graines mûres.

Usages

L'arille, lorsqu'elle est mûre est consommée, une fois débarrassée de tout matériel fibreux et ébouillantée à l'eau. C'est un met très apprécié en Jamaïque et dans les Antilles, où elle est connue sous le nom de cervelle végétale [5].

Toxicologie analytique

Il n'existe pas de méthode de dosage dans les fluides biologique de l'hypoglycine A ou B. Une méthode a été mise au point pour le dosage dans le matériel végétal par Chase et al. [39] par CLHP par échange d'ion. La phase mobile est constituée par 30 % d'un tampon citrate à pH = 3,5 et 70 % d'un tampon acétate de sodium à pH = 7,4. La détection UV fait intervenir une réaction à la ninhydrine.

Dans les intoxications humaines aiguës, il a été noté une forte proportion urinaire d'acides organiques à chaînes courtes [40] et notamment d'acide acétique, propionique, isobutyrique, n-butyrique, isovalérique, crotonique, hexanoïque, et méthylènecyclopropyl acétique. Ce dernier serait un métabolite spécifique de l'hypoglycine A, dont le métabolisme aboutit à la formation d'ester coenzyme A de l'acide méthylènecyclopropylacétique par l'intermédiaire de l'acide alpha-cétométhylènecyclopropionique [41]. Les métabolites sont responsables de l'action toxique, inhibition du transport des acides gras et des acylCoA deshydrogénases, accumulation des acides carboxyliques sériques et blocage de la néoglucogenèse.

Intoxications humaines

Les premières descriptions de la maladie alors appelée " des vomisseurs de la Jamaïque " ont été décrites en 1875 [42]. Les victimes sont surtout des jeunes enfants. le Ministère jamaïcain avait enregistré 271 cas entre 1980 et 1991 [43]. Un cas a été observé aux Etats-Unis [44], 28 autres cas en Jamaïque depuis 1992 [43] et récemment 29 décès au Burkina Faso entre janvier et mai 1998 [45]. Le taux de mortalité de l'intoxication est très élevé, le décès est généralement observé entre 2 et 48 heures après l'ingestion. L'âge des enfants intoxiqués se situe typiquement entre 2 et 6 ans. Enfin, selon des données personnelles, il existe une nouvelle épidémie en Guyane française, à la frontière ouest du département où l'arbre a été observé au Surinam.

CERBERA ODALLAM ET ESPÈCE LIÉE (MANGHAS, VENENIFERA)

Description

Petit arbre de 4 à 10 m de haut à feuilles persistantes, alternes, ovoïdes, coriaces, vert foncé et brillantes. Les fleurs sont d'un blanc pur avec un petit cœur jaune, de 3 à 5 cm de diamètre et parfumées. Les fruits sont des drupes, de 5 à 8 cm verts puis jaunes orangés à maturité, restant longtemps sur la plante. Ils contiennent une à deux graines brillantes marron clair. Le nom de genre fait référence au chien Cerbère, gardien des enfers et évoque bien la toxicité de la plante. La plante contient un latex blanc. On trouve l'espèce odallam sur la côte ouest de l'Inde, au Vietnam et an Cambodge, l'espèce manghas à Madagascar et en Afrique de l'Est et venenifera à Madagascar et sur la péninsule malaise.

Cet arbre pousse volontiers dans les mangroves marécageuses, les régions d'estuaires marins inondés par les moussons, les back waters du Kerala. Un sol pauvre lui convient assez bien pourvu qu'il fasse assez chaud.

Molécules actives

Différentes molécules toxiques ont été isolées selon la partie botanique de la plante. Le fruit et les graines renferment un mélange d'hétérosides cardiotoxiques très puissants, le cerbéroside (principalement dans le fruit vert), la cerbérine (dans le fruit mûr) qui est la mono-acétyl nérifoline [46] et l'odolline. Le latex contient principalement de la thévethine [47]. Les racines possèdent des propriétés antiprolifératives et antioestrogéniques grâce à trois autres cardénolides : la 17-bêta-nériifoline, le 14-hydroxy-3-bêta-(3-O-méthyl-6-déoxy-alpha-L-rhamnosyl)-11-alpha,12-alpha-époxy'(5-bêta,14-bêta,17-bêtaH)-card-20,22-énolide et le 14-hydroxy-3-bêta-(3-O-méthyl-6-déoxy-alpha-L-glucopyranosyl)-11-alpha,12-alpha-époxy-(5-bêta,14-bêta,17-bétaH)-card-20,22-énolide [48].

Usages

La plante et principalement les graines sont utilisées dans les ordalies à Madagascar et en Asie du Sud-Est. En Afrique de l'Est, on utilise les propriétés toxiques pour la confection de poisons de chasse. En Inde et principalement au Kerala, les graines sont traditionnellement employées pour commettre un suicide [47]. Les feuilles et l'écorce sont traditionnellement utilisées pour leurs propriétés cathartiques, tandis que le latex est employé comme insecticide.

Toxicologie analytique

Un seul article de 1978 fait état de la détection par CCM de l'intoxication humaine par Cerbera odallam [47].

Intoxications humaines

Elles semblent nombreuses bien que très rarement documentées sur le plan médico-légal puisque survenant principalement dans des pays non industrialisés. Au Kerala, des auteurs indiens ont rapporté que l'intoxication par Cerbera odallam concernait une intoxication sur deux due à un toxique végétal et environ 10 % des intoxications totales. La mortalité est très élevée, de 20 à 28 % [46, 47].

CICUTA VIROSA ET ESPÈCES LIÉES (DOUGLASII, MACULATA, OCCIDENTALIS) ET OENANTHE CROCATA ET ESPÈCES LIÉES (AQUATICA, JAVANICA)

Description

La ciguë vireuse est une plante vivace possédant une racine volumineuse, évidée et cloisonnée, une tige cylindrique robuste, creuse, striée, garnie de feuilles à pétioles tubuleux et à limbe pennatiséqué (feuilles proches de l’inflorescence). Les grandes ombelles composées sont dépourvues d’involucre. Le fruit, petit est subglobuleux, caractérisé par cinq côtes primaires arrondies. C’est une plante qui croît dans les zones humides de l’Europe au nord du 45e parallèle. La flore américaine pour sa part renferme les espèces maculata dans l’Est, douglasii dans le Nord-Est et occidentalis dans les Rocheuses [5].

L’oenanthe (du grec anthos, fleur et enos vin) safranée n’est rencontrée elle aussi, que dans les zones humides : bord de ruisseau et rivières, prairies humides des zones subatlantiques de l’Europe, en France et au Royaume-Uni. D’autres espèces sont localisées en Amérique et en Asie. C’est une grande plante vivace par des racines à tubercules sessiles en fuseau allongé (navet du diable). Cette racine laisse exsuder lorsqu’elle est coupée un suc jaune rappelant la couleur du safran, qui brunit ensuite à l’air. Les feuilles sont bi-tripennatiséquées ou bipennatiséquées à larges segments. Les fleurs sont groupées en ombelle composée de 10 à 30 rayons. Le fruit est cylindrique.

Principes actifs

Pour les deux genres, les principes toxiques sont représentés par des polyines, alcools hautement insaturés à longue chaîne. La ciguë vireuse contient de la cicutoxine (heptadéca-4,6-diène-8,10,12-triène-1,14-diol), mais aussi du cicutol, du falcarindiol et leurs isomères.

L’oenanthe safranée quant à elle contient de l’oenanthotoxine (heptadéca-4,6-diène-2,8,10-triène-1,14-diol), de l’oenanthétone et de l’oenanthétol et leurs isomères [9, 49]. La concentration des toxiques est maximale en hiver et au début du printemps.

Toxicologie analytique

Une technique d’isolement des toxiques de l’oenanthe a été décrite [50]. Les spectres UV de ces molécules montrent plusieurs longueurs d’onde maximales d’absorption à 253, 268, 297, 315 et 338 nm. La séparation des composés est obtenue par chromatographie sur couche mince ou par CLHP sur colonne C18 avec une phase mobile constituée par le mélange méthanol:eau. L’analyse en spectrométrie de masse des spots de la séparation réalisée en couche mince donne le spectre de masse de l’oenanthotoxine avec les ions principaux suivants par ordre décroissant d’abondance, m/z = 115, 43, 128, 141, 41, 153, 55, 258 (ion moléculaire), 91 et 71. Aucune procédure analytique pour le dosage dans les milieux biologiques humains n’a été décrite tant pour la ciguë vireuse que pour l’oenanthe.

Intoxications humaines

Les décès liés à l’ingestion de ciguë vireuse ne sont pas exceptionnels. Il y a eu cinq morts recensés aux Etats-Unis entre 1979 et 1988 [50]. Dans la grande majorité des cas, l’ingestion de la racine résulte d’une confusion avec une plante alimentaire comme le céleri sauvage (Apium graveolens), la carotte sauvage (Daucus carota), le panais (Pastinaca sativa), d’artichaut sauvage ou l’angélique. La tendance "nature-bio" de notre société actuelle pousse de nombreux campeurs, promeneurs, pêcheurs à consommer des espèces sauvages qu’ils croient comestibles. Landers et al. [51] ont rapporté un cas d’ingestion fatale d’une personne ayant mangé deux grands rhizomes de Cicuta douglasii. La personne décéda en moins de 3 heures après plusieurs crises myocloniques. Une autre personne du même groupe qui n’avait ingéré qu’un rhizome survécut malgré cinq crises myocloniques aiguës.

Les intoxications par l’oenanthe safranée sont plus rares bien que toutes aussi mortelles. Treize cas ont été recensés dans les îles britanniques depuis le début du siècle et neuf décès ont été constatés [52]. Comme dans le cas de la ciguë vireuse, c’est la confusion avec des Apiacées alimentaires sauvages qui est à l’origine de l’accident. Un cas a aussi été rapporté d’une décoction de racines à des fins criminelles [5]. Deux autres cas ont été notés en France et en Italie [53, 54]. Plus récemment, King et al. [50] ont décrit deux cas de décès. L’un est survenu parmi un groupe de trois jeunes gens végétariens se nourrissant de plantes ramassées. Un autre cas concerne celui d’une jeune étudiante qui après avoir dérobé de l’oenanthe dans un herbier, l’absorba en vue de connaître un épisode hallucinatoire. Dans les deux cas, une analyse comparative en chromatographie sur couche mince fut établie entre la plante et les débris de matériel retrouvés dans les contenus gastriques. Aucun taux post mortem n’est disponible dans la littérature.

COLCHICUM AUTOMNALE

Description

Le colchique tire son nom de la Colchide, province située a l’extrémité orientale de la mer noire et colonisée par les Grecs de Milet. C’est une plante herbacée pérenne, acaule, dotée d’un bulbe souterrain écailleux donnant naissance en automne à de longues fleurs aux calices violacés. Les graines se forment dans l’ovaire souterrain et se conservent jusqu’au printemps, date à laquelle le bulbe produit une rosette de feuilles lancéolées au cœur de laquelle se trouve le fruit. On trouve la plante partout en Europe. Le lis de Malabar, Gloriosa superba (connu au Sri Lanka pour son usage suicidaire) et le Gloriosa rothschildiana possèdent le même type de toxicité [5]. Le colchique peut être confondu avec le crocus ce qui donne lieu à de dramatiques accidents dans certaines régions de Turquie où a lieu une fête traditionnelle dite "  jour du crocus " à l’occasion de laquelle les enfants consomment abondamment des bulbes de crocus [1].

Principes actifs

Une trentaine de molécules ont été isolées mais seulement trois d’entre elles ont été étudiées, il s’agit du colchicoside, de la déméthyl-3-colchicine et surtout de la colchicine. Les fleurs contiennent de 0,08 à 0,6 % de colchicine et jusqu’à 1,8 % quand elles sont sèches, le bulbe de 0,03 à 0,06 % et les graines de 0,2 à 1,06 %. Les autres alcaloïdes mineurs sont l’androcymbine, l’autumnaline, la colchicilline, la colchifoline, la cornigerine et leurs dérivés déméthylés [9].

Usages

La colchicine est utilisée avec succès dans le traitement de la goutte et comme agent prophylactique de cette affection. C’est aussi et surtout un poison mitotique qui bloque la division cellulaire. Elle est employée dans ce but pour l’amélioration des espèces végétales en génie génétique et fut utilisée (ou ses dérivés) dans le traitement de certains cancers et de maladies de la peau [55].

Toxicologie analytique

De nombreuses méthodes ont été développées pour la determination de la colchicine dans les milieux biologiques par colorimétrie, dilution isotopique, radio-immunodosage, fluorimétrie, spectrométrie d’absorption atomique indirecte ainsi que des méthodes chromatographiques en phase gazeuse ou liquide. Les plus récentes procédures font intervenir la CLHP soit en UV simple longueur d’onde soit au moyen d’une barrette de photodiodes. La séparation est réalisée sur des colonnes C18 tandis que les phases mobiles utilisées sont constituées d’un mélange acétonitrile:méthanol:0,1 M KH2PO4:5 µM acide pentane sulfonique, pH = 6,0 [56] ou acétonitrile:méthanol:0,1 M KH2PO4, pH = 7,6 [57]. L’extraction liquide-liquide utilise le dichlorométhane à pH = 8,0. Les limites de détection sont de 1 ng/mL pour une prise d’essai de 3 mL dans le cas de la détection UV à 350 nm [44] et de 5 ng/mL pour une prise d’essai de 1 mL dans le cas de la détection à BPD [56]. La colchicine possède cependant un temps de demi-vie brève de l’ordre de 20 minutes. D’un autre côté, elle est rapidement incorporée dans les cellules et fixée sur les protéines microtubulaires intracellulaires. Considérant que la mort peut survenir à n’importe quel moment après l’ingestion et plus volontiers après une période d’agonie assez longue (plus de 40 heures), cela explique en partie pourquoi de nombreux auteurs ne rapportent pas de détection post mortem de la molécule. C’est pourquoi dans cet esprit, Tracqui et al. [58] ont mis au point une méthode sensible par CLHP-SM assurant une meilleure détection de la colchicine dans les cas médico-légaux où son identification s’avère nécessaire. La séparation se produit sur une colonne C18 de 250 mm de long par 1 mm de diamètre interne avec une phase mobile acétonitrile:tampon formiate d’ammonium 2 mM, pH = 3,0. La colchicine est détectée à la masse m/z = 400 (tandis que l’auteur note de faibles abondances aux masses m/z = 422 et 438 correspondant aux adduits sodium et potassium). La limite de détection est de 0,6 ng/mL. Gaillard et Pépin [7] ont proposé une méthode par CLHP-SM-SM sur colonne C18 de 150 mm de long par 3 mm de diamètre interne en tampon formiate d'ammonium 2 mM et méthanol en mode gradient à pH = 3. L'ion parent moléculaire est m/z = 400 tandis que les deux ions fils sont m/z = 282 et m/z = 310. La limite de détection de la méthode dans ces conditions est de 0,05 ng/mL.

Intoxications humaines

La plupart des empoisonnements sérieux sont le fait de suicides par des médicaments à base de colchicine. Bien que de nombreux articles relatent des cas de surdose, peu documentent leurs cas par des taux sanguins. En outre, certains auteurs notent l’absence de tout toxique dans des prélèvements post mortem [59]. L’ingestion d’une dose de 7 mg de colchicine est répertoriée comme létale tandis que certains individus ont survécu pour des doses de 50 mg. Dans un cas mortel d’une ingestion de 7,5 mg, la concentration ante mortem mesurée était de 21 ng/mL, 6 h après la prise [59]. Dans un cas d’une ingestion de 20 mg, la concentration ante mortem était de 250 ng/mL, 6 heures après l’absorption [56]. Dans deux cas d’injection intraveineuse de colchicine, les concentrations rapportées étaient de 170 et 240 ng/mL avant le décès [60]. Dans tous ces rapports, on note l’absence de détection dans les prélèvements post mortem. Kintz et al. [57] ont publié un cas de suicide chez lequel ils ont donné les taux post mortem suivants : 62 ng/mL dans le sang fémoral, 2 921 ng/mL dans la bile, 1 024 ng/mL dans l’urine, 20 ng/mL dans l’humeur vitrée, 12 ng/g dans le foie et 29 ng/g dans le cœur. Dans un autre cas de suicide, les auteurs ont donné un taux de 60 ng/mL dans le sérum ante mortem 3,3 heures après l’hospitalisation (mais 2 à 3 jours après l’ingestion), 30 ng/mL dans le sang post mortem et 4 200 ng/mL dans la bile (tandis que les analyses dans le foie et l’humeur vitrée s’avéraient négatives) [61]. Les intoxications par du matériel végétal ne sont pas rares non plus, c’est notamment le cas en Suisse et en Turquie [1, 3]. La littérature rapporte aussi le cas de deux adultes décédés suite a l’ingestion d’un plat de feuilles qu’un guérisseur leur avait conseillé alors qu’il supposait la plante être de l’ail sauvage, Allium ursinum [5]. Dans une région des Apennins italiens un couple ramassa et mangea des feuilles de colchique qu’ils avaient confondus avec une espèce comestible Tragopogon pratensis [62]. L’homme décéda lors de l’épisode. La concentration en colchicine mesurée dans le sang et les urines ante mortem environ 20 heures après l’ingestion était de 16 et 1 600 ng/mL respectivement, tandis qu’elle était respectivement de 12 et 90 ng/mL au troisième jour d’hospitalisation, deux jours avant le décès. Dans un cas d'homicide par empoisonnement, un taux post mortem en colchicine a été mesuré à 0,79 ng/mL par CLHP-SM-SM [7]. Un autre décès est rapporté en Autriche suite à l'ingestion accidentel de feuilles de colchique confondues une nouvelle fois avec de l'ail sauvage. Une concentration post mortem en colchicine de 7,5 µg/mL est notée dans la bile tandis qu'aucun toxique n'est dosable dans le sang par la méthode utilisée [63].

CONIUM MACULATUM

Description

La grande ciguë de la famille des Apiacées est une plante bisannuelle de 1 mètre et plus, glabre, à odeur vireuse (que l’on décrit comme ayant une odeur de souris). La tige creuse est cannelée, marquée à la base de tâches rouges. Les feuilles radicales adultes sont grandes, 3 à 5 fois pennatiséquées tandis que les feuilles supérieures sont plus petites terminaséquées. Les fleurs blanches sont disposées en ombelles composées de 10 à 20 rayons inégaux. Le fruit est un akène ovoïde à côtes primaires ondulées, dépourvu de bandelettes. Toute la plante est dangereuse mais son degré de maturation ainsi que les conditions climatiques joueraient un grand rôle sur les variations de teneur des alcaloïdes. La ciguë pousse dans des broussailles, les fourrés et les lieux déserts [5].

Principes actifs

Les alcaloïdes pipéridiniques de la grande ciguë dérivent d’un tétra-acétate. En effet, la transamination de l’alanine et du 5-céto-octanal conduit à la gamma-conicéine et aux autres alcaloïdes qui sont : la coniine (2-propylpipéridine), la N-méthyl coniine, la conhydrine, la pseudoconhydrine, la conhydrinone, la N-méthyl pseudoconhydrine et la 2-méthyl pipéridine [9]. La coniine et la gamma-conicéine sont les alcaloïdes majoritaires, cependant que l’on trouve surtout la gamma-conicéine dans la plante en phase de croissance et la coniine dans la plante arrivée à maturité et dans les graines. Les deux alcaloïdes sont toxiques et tératogènes. La coniine est volatile et entraînable à la vapeur d’eau. La teneur baisse ainsi au cours du temps lorsqu’on laisse sécher la plante au soleil. La coniine a aussi été caractérisée dans les produits volatils émis par une plante carnivore Sarracenia flava, quelques ng suffisent à paralyser une fourmi [5]. Un mouvement organisé nommé The Hemlock Society cherche à promouvoir le droit à l’euthanasie et au suicide assisté (hemlock signifie ciguë en anglais) [64].

Usages

Les décoctions à base de grande ciguë ont été introduites au début du cinquième siècle avant JC et étaient utilisées pour les exécutions capitales par les Trente Tyrans, le gouvernement d’Athènes alors en place après la guerre du Péloponnèse. Socrate était accusé d’avoir introduit des dieux étranges dans la cité. On lui reprochait aussi son soutien envers les amiraux illégalement punis après certains désastres de la guerre. Le procès de Socrate est bien documenté par les textes de Platon et de Xénophon. Si le poison utilisé fut sans doute un extrait végétal de ciguë mélangé dans une coupe de vin, il ne semble pas acceptable de penser que sa mort fut digne et tranquille comme cela est décrit dans le Phedo. Platon a dû être très sélectif dans sa description omettant nombre de détails qui naturellement ne sont pas à la gloire d’un homme aussi vénérable que ce grand philosophe. Les derniers mots de Socrate adressés à son esclave et ami Crito furent : " Crito, nous devons un coq à Asclépias ; acquitte toi de la dette pour moi ". La tradition grecque voulait en effet, que le patient offre un coq en sacrifice à son médecin lorsqu’il s’estimait guéri. D’un point de vue allégorique, Socrate s’estimait sauvé par la mort de " la maladie que représentait la vie elle-même ". Un excellent article de Scutchfield et Genovese traite des aspects sociaux et médicaux de la fin de Socrate [65].

Toxicologie analytique

Une méthode en CPG-SM a été utilisée pour la caractérisation dans le sang (3 cas) et dans le contenu gastrique (2 cas) de la gamma-conicéine [66]. Le spectre de masse de la molécule donne les ions principaux suivants, m/z = 97, 41, 110, 70 et 125. Une méthode par CPG-SM a été décrite pour le dosage de la coniine dans les plantes, le rumen, le foie et les urines après une triple extraction liquide-liquide [6]. Les ions principaux sont m/z = 84, 56, 85, 70, 126 et 127.

Intoxications humaines

Les intoxications chez l’homme sont exceptionnellement rares, un cas mortel au Royaume-Uni, un aux Etats-Unis et trois récemment en Australie [5, 67]. Aucun taux post mortem n’est publié. Drummer et al. [66] ont identifié la gamma-conicéine dans le sang et dans le contenu gastrique des trois décédés.

CONVALLARIA MAJALIS

Le muguet est une plante herbacée rustique et vivace issue d’un rhizome horizontal, rampant et ramifié. Les feuilles elliptiques sont disposées par paire. En avril-mai la hampe florale porte des feuilles blanches, odorantes, comportant six divisions soudées en grelot. Les baies sont rouges. L’espèce est distribuée en Europe, en Asie et en Amérique, toujours dans les sous-bois de forêts ou bois ombragés. Toute la plante est toxique et contient des glucosides vénéneux comme le convalloside, la convallatoxine et une saponine, la convallarine. Les hétérosides à action ouabaïne-like, sont le desglucocheirotoxol, le cannogénol-3-O-alpha-L-rhamnoside, le cannogénol-3-O-bêta-D-allométhyloside, le convallatoxol, le locundioside et le périguloside [9]. La plante renferme aussi des flavonoïdes : isorhamnétine et quercétine. Aucun cas de décès n’est rapporté dans la littérature bien que des empoisonnements létaux existent chez les animaux [5].

CORIARIA MYRTIFOLIA

Le redoul ou herbe aux teinturiers, est un arbrisseau atteignant 2 à 3 mètres de la famille des Coriariacées, à rameaux quadrangulaires. Les feuilles sont opposées deux à deux, ovales avec trois nervures longitudinales. Les fleurs sont petites, en grappes à l’extrémité des rameaux. Les fruits sont verts puis rouges ronce et enfin noirs, formés de cinq akènes saillants en étoile. Le toxique principal est constitué par la coriamyrtine, de formule proche de la picrotoxine. Toute la plante est dangereuse. L’intoxication parfois grave allant jusqu’au coma est surtout le fait de jeunes enfants ayant consommé les baies qui se confondent avec les mûres du roncier [68].

DATURA STRAMONIUM ET ESPÈCES LIÉES (ARBOREA, FEROX, INERMIS, INNOXIA, METEL, SANGUINEA, SAUVEOLENS)

Description

Le datura, stramoine ou pomme épineuse est une plante herbacée de la famille des Solanacées à tige dressée, cylindrique, creuse pouvant atteindre 1 mètre de haut. Les feuilles sont alternes, grandes, découpées et molles. Les fleurs sont solitaires ou par deux, en entonnoir, grandes et blanches et le fruit est une capsule épineuse de 4 à 6 cm de long sur 3 à 4 de large, à quatre loges emplies de très nombreuses graines réniformes noires et chagrinées. Tandis que les espèces stramonium et metel croissent sous les climats tempérés d’Asie, d’Europe ou d’Amérique du Nord, on trouve inermis et innoxia au Proche Orient, sauveolens dans les plaines des Etats-Unis et arborea, ferox, sanguinea au sud du continent [5].

Principes actifs

Ce sont les mêmes alcaloïdes que ceux présents chez Atropa belladona à une concentration de 0,2 à 0,6 % dans la plante et répartis pour un tiers en scopolamine et deux tiers en atropine et l-hyoscyamine. Les feuilles ont une teneur de 0,3 à 0,5 %, la tige de 0,5 à 0,6 %, les graines environ 0,3 %, les fleurs : 0,3 % pour le calice et 0,02 % dans la corolle. Vitale et al. [69] ont en outre identifié chez l’espèce ferox deux autres alcaloïdes qui sont le 7 bêta-hydroxy-6 bêta-propényloxy-3 alpha-tropoloxytropane et le 3-phénylacétoxy-6 bêta 7 bêta-époxytropane (3-phénylacétoxyscopine).

Usages

Homère cite dans L’odyssée la toxicité des plantes contenant de l’atropine que Shakespeare reprend et utilise dans Roméo et Juliette et Antoine et Cléopâtre [70]. Le datura fut autrefois utilisé en cigarette comme antiasthmatique ou en médecine populaire contre les névralgies et la maladie de Parkinson. En tant que plante médicinale il était très utilisé par les colons, aux Etats-Unis du temps de la conquête de l’Ouest.

Intoxications humaines

La toxicité des daturas est connue depuis longtemps puisqu’on les rend responsables en partie des pertes subies par l’armée de Marc-Antoine en 36 avant JC. En Afrique du Nord, l’espèce metel était ajoutée après pulvérisation aux aliments dans un but criminel [5]. Dans l’ancien empire ottoman, des voyageurs rapportent que les femmes du harem se servaient des espèces inermis ou innoxia pour échapper quelques heures à la surveillance des eunuques du Sultan. En Europe au Moyen Age, les feuilles broyées mélangées à du tabac à priser, l’endormeuse, étaient utilisées par les malandrins afin de dévaliser leurs victimes. Des graines jetées sur les foyers des étuves des bains publics servaient aux mêmes desseins. En Amérique du sud, les daturas étaient des plantes sacrées permettant la divination et les pratiques médicoreligieuses. L’utilisation détournée dans un but psychodysleptique des espèces stramonium et surtout sauveolens aux Etats-Unis devient de plus en plus fréquente chez les adolescents [71]. Il s’agit bien sûr d’un produit hallucinogène que l’on peut très facilement se procurer. Les fleurs (trompette d’ange ou tulipe d’ange) sont le plus souvent mâchées ou mises à infuser dans des boissons chaudes, on utilise aussi les fruits (pomme du diable) ou des mélanges avec le cannabis (green dragon). Des intoxications sévères à types de coma, convulsions ont été rapportées, bien que les décès soient rares et encore plus rarement documentés [72]. En Amérique du Sud de nos jours, des décoctions à base de graines sont utilisées comme incapacitant chimique pour dépouiller les victimes de leur argent [73]. Urich et al. [70] rapportent un cas d’intoxication collective par un thé confectionné par un botaniste amateur qui fut d’ailleurs le seul à décéder lors de l’épisode. L’examen du thé révélera la présence de feuilles de Datura stramonium tandis que l’analyse toxicologique par CPG-SM confirmera que les urines contiennent de la hyoscyamine et de la scopolamine. La CCM couplée à un détecteur scanner UV a été utilisée pour caractériser la scopolamine dans le sang et les urines [74]. En Inde, Frohne et Pfänder rapportent qu'entre 1950 et 1965, 2 728 morts ont été imputés aux daturas [75]. En Amérique du Sud les espèces arborea et sanguinea sont traditionnellement utilisées comme hallucinogènes [76]. Chez deux fillettes décédées dans les Caraïbes françaises par le feu, une espèce de Datura leur avait été administrées afin de les endormir pour les rendre incapable de s'enfuir face à l'incendie [7]. Les concentrations dans le sang en scopolamine et en atropine étaient respectivement de 4,4 et 32,5 ng/mL pour la première enfant et 0,8 et 7,5 ng/mL pour la seconde.

GENRE DIEFFENBACHIA

Il s’agit d’une Aracée à tige cannelée, pouvant atteindre plusieurs mètres de haut. Les feuilles ovales sont vert foncé, marquées de tâches blanches, blanc crème, jaune pâle, de taille variable selon les variétés (5 à 20 cm de large sur 15 à 40 de long). Les fleurs groupées en épi (spadice) sont entourées d’une feuille en cornet : le spathe, qui fleurit rarement en appartement. Les études botaniques ont montré l’existence de cristaux d’oxalate de calcium sous forme de très fines aiguilles : les raphides. La dangerosité n’est pas seulement liée aux raphides mais à des cellules équipées pour projeter ces aiguilles lors de la mastication sur une pénétration de deux à trois couches cellulaires, moyen de lutte contre les herbivores prédateurs [77]. La cuisson neutralise ce phénomène [5]. Les raphides mesurent entre 25 et 120 µm de long, sont cannelées et munies de barbelures et sont stockées dans des cellules spécialisées, des iodioblastes fusiformes. On suspecte aussi la présence d’une enzyme protéolytique facilitant la pénétration et augmentant l’inflammation. Une étude rétrospective du centre antipoison régional de la ville de Pittsburgh identifia 188 cas d’exposition par des Aracées pour lesquelles l’intégrité de la feuille fut brisée. La fréquence d’intoxication par les philodendrons était de 67,5 % tandis que celle des dieffenbachia était de 32,5 %. Les trois quarts des cas concernaient des enfants âgés de 4 à 12 mois [78]. En 1976, 485 cas d’empoisonnement par les dieffenbachias furent rapportés aux Etats-Unis, en 1990 le nombre de cas fut porté à 4 124.

DIGITALIS PURPUREA ET ESPÈCES LIÉES (GRANDIFLORA, LANATA)

Description

La digitale pourpre est une plante bisannuelle ou pluriannuelle donnant la première année une rosette dense. La hampe florale, creuse et robuste n’apparaît que l’année suivante. Les feuilles basilaires et les feuilles moyennes sont longuement pétiolées tandis que les feuilles supérieures sont subsessiles. L’inflorescence est une longue grappe unilatérale de fleurs tubulaires légèrement bilabiées en doigt de gant, pourpres ponctuées de taches rouge-vif cernées de blanc. Le calice entoure le fruit après la floraison. Ce fruit est une capsule ovoïde pubescente qui libère par déhiscence septicide de petites graines verruqueuses jaunes pâles en grand nombre. C’est une espèce des prairies forestières et des clairières montagneuses des terrains siliceux d’Europe. L’industrie pharmaceutique utilise plutôt la digitale laineuse originaire des pays balkaniques en raison de sa résistance au gel et à sa plus forte teneur en principes actifs. Les fleurs sont brunes et blanches. La digitale à grandes fleurs est une plante pérenne à racine pivot. Les fleurs sont ocre-jaune, tachées de brun à l’intérieur. L’espèce croît en Europe sur les sols caillouteux de basse montagne. Il existe encore une quinzaine d’autres espèces toutes européennes et herbacées [5].

Molécules actives

La toxicité de la digitale pourpre est due à des hétérosides cardiotoniques, la plante sauvage en contenant 0,1 à 0,3 %. Ils sont divisés en cinq groupes en fonction des digitales, la pourpre n’en contenant que trois. L’hétéroside majoritaire, la digitoxine de la série A, comporte une génine dihydroxylée en 3 et 14 et un oligoside lié sur l’hydroxyle en 3. La série B contient la gitoxine et la série E, la gitaloxine. Les hétérosides primaires purpureaglucoside A, B et E sont fragiles et peuvent facilement perdre leur glucose terminal au cours du séchage de la plante et conduire à la formation des molécules précédemment citées [9]. La teneur en hétérosides dans la digitale laineuse peut dépasser 1 %. Les hétérosides primaires sont ici des lanatosides dont la molécule de digitoxose la plus proche du glucose est acétylée en 3. La perte du glucose final du lanatoside A conduit à l’acétyldigitoxine. Hydrolysée en milieu alcalin, elle peut donner à son tour de la digitoxine. L’hétéroside primaire de la série C est le lanatoside C conduisant à la formation d’acétyldigoxine puis à la production de digoxine. Les hétérosides de la série D peu importants sur le plan quantitatif sont représentés par le lanatoside D conduisant à la formation d’acétyldiginatine puis à la production de diginatine.

Usages

C’est l’Anglais William Withering qui en 1785 préconisa l’usage de la digitale pourpre pour ses propriétés cardiotoniques [79]. Les molécules isolées depuis par Nativelle représentent des produits très importants dans le traitement de l’insuffisance cardiaque et de divers troubles du rythme supraventriculaire. Les surdosages thérapeutiques sont fréquents pour ces molécules à marge thérapeutique étroite ce qui nécessite la mise en place d’une surveillance par le dosage plasmatique des hétérosides. Certains ont vu dans les dernières peintures de Van Gogh et les couleurs très jaunes entachées de halos les caractérisant, le signe d’une expérience d’intoxication digitalique [80]. Il est établi que la digitale fut préconisée au siècle dernier dans le traitement de l’épilepsie mais on ne retrouve nulle part trace d’une quelconque prescription de digitale chez Van Gogh. Les périodes de troubles psychiques du peintre sont plus vraisemblablement en rapport avec d’autres substances végétales telles que l’absinthe (thuyone) ou l’essence de térébenthine (pinènes et terpènes induisant une porphyrie) qu’il absorbait parfois en quantité [81].

Toxicologie analytique

Une extraction en phase solide sur cartouche C18 modifiée (polymère de styrène-divinylbenzène) a été décrite pour la détection par CLHP de plus de 50 cardénolides dans environ 2 mg de poudre de feuille séchée de digitale laineuse [82]. Une méthode CCM haute performance a été développée pour le dosage de la digoxine et de ses dérivés dans des formulations pharmaceutiques [83]. Ces méthodes cependant souffrent d’un manque de sensibilité pour être applicables à l’analyse de milieux biologiques. Dans ce but, des méthodes immunologiques par radio-isotopes et par polarisation de fluorescence ont été mises au point. Elles sont rapides, fiables et adaptables en routine sur des automates. Il existe désormais une littérature abondante à propos des taux sériques et plasmatiques de digoxine et de digitoxine lors des suivis thérapeutiques. Malheureusement l’application directe de ces méthodes aux examens post mortem n’est pas concevable en raison des nombreuses interférences non-spécifiques de ces dosages avec des composés endogènes digoxin-like qui sont présents à l’état normal dans le sang de personnes atteintes de certaines maladies. Les réactions croisées avec les métabolites de la digoxine sont un autre facteur limitant [84]. Pour tenter de palier ces inconvénients certains auteurs ont préconisé l’usage de la CLHP couplée à l’immunoanalyse. Plum et al. [85] ont rapporté la séparation des glycosides sur une colonne C18 avec différentes phases mobiles constituées par les mélanges acétonitrile:eau ou acétonitrile:méthanol:eau. Ces méthodes permettent d’obtenir des pics fins et résolus autorisant la collection des fractions secondairement analysées par une méthode radioimmunologique. Environ 10 années plus tard en 1995, Tzou et al. [84] ont prouvé que l’utilisation seule de la CLHP permettait de doser à des concentrations aussi basses que 0,25 ng/mL la digoxine et de ses métabolites dans le sérum humain avec une précision et une exactitude convenables. Les molécules sont d’abord extraites en phase solide au moyen d’une colonne cyclodextrine. Des dérivés fluorescents sont ensuite formés par le 1-naphtoyl et réextraits successivement sur cartouche cyclodextrine puis C1. La séparation CLHP est réalisée en phase normale sur une colonne de silice par la phase mobile composée d’hexane:dichlorométhane:acétonitrile:méthanol. La détection est fluorimétrique. Lacassie et al. [86] ont proposé une méthode CLHP-SM pour la détection simultanée de 17 glycosides cardioactifs d’intérêt majeur en médecine légale. La séparation est effectuée sur une colonne C18 au moyen d’une phase mobile constituée d’acétonitrile:tampon formiate d’ammonium 2mM, pH = 3. Les limites de détection sont cependant insuffisantes pour autoriser le suivi thérapeutique et la méthode reste dédiée à la détection des cas d’empoisonnements en toxicologie.

Intoxications humaines

Les intoxications par surdosage médicamenteux ou tentatives de suicide par les hétérosides cardiotoniques ne sont pas rares tandis que celles liées à l’ingestion de matières végétales sont exceptionnelles. Les rares cas décrits font suite à l’ingestion accidentelle d’infusions. On rapporte le cas d’une ingestion volontaire d’un extrait de feuilles à la vodka dans un but suicidaire et de celle, chronique, d’un enfant atteint d’un pica [5, 87]. Les ingestions d’infusions sont une conséquence de l’ignorance des consommateurs ou le résultat d’une confusion avec d’autres plantes comme la consoude, Symphytum officinale ou avec Ajuga decumbens [88]. Dans ces conditions, le traitement par anticorps anti-digoxine ne réduit en rien la gravité de l’intoxication comme cela est le cas dans les empoisonnements par des produits pharmaceutiquement définis [87]. Les taux post mortem de la littérature concernant les décès par intoxications aiguës par la digoxine font état de concentrations mesurées supérieures à 10,0 ng/mL. En revanche, les concentrations dans le sang d’autopsie de personnes régulièrement traitées par la digoxine s’échelonnent entre moins de 0,2 et 8,5 ng/mL. Une troisième population peut être isolée à partir des deux précédentes. Il s’agit, pour des taux allant de 2,0 à 10,5 ng/mL, de cas d’intoxications probables qui ne sont pas étayés par l’historique de la personne ou l’enquête policière ou de décès d’une autre étiologie mais dont les personnes montrent des signes évident de déshydratation ou d’insuffisance rénale [89-91].

GENRE DIOSCOREA

Les Dioscorées sont des plantes tropicales utilisées à travers le monde pour l’extraction de la diosgénine, précurseur naturel de l’hémisynthèse des stéroïdes. Les autres molécules naturelles employées dans ce but sont : l’héconine, la smilagénine et la sarsapogénine. La plupart des espèces (alata, batatas, esculenta et opposita) sont des ignames consommés par les humains après cuisson, les autres (composita, deltoidea, florinbunda, mexicana, pantaica, spiculiflora et zingiberensis) sont utilisées par l’industrie chimique des stéroïdiens [8]. Une espèce cependant reste toxique même après cuisson : Dioscorea simulans qui fut responsable d’un cas de décès chez un jeune étudiant qui avait consommé une racine de cette plante [19].

GENRE DUBOISIA

Ce sont des arbustes ou des arbres que l’on rencontre dans l’hémisphère sud en Océanie. Il existe deux espèces leichhardtii et myrporoïdes qui contiennent de la hyoscyamine et de la scopolamine en forte concentration. Ces arbres sont utilisés en biotechnologie pour la production de principes actifs à usage pharmaceutique [92]. Aucun cas de décès n’est à ce jour rapporté dans la littérature. Seul deux cas d’empoisonnements dans le cadre de la médecine du travail ont été signalés. Il semble en outre qu’un certain risque d’abus existe en Australie avec ces arbres dont les effets centraux et anticholinergiques périphériques sont comparables aux effets provoqués par la consommation abusive de datura [93].

EUPATORIUM RUGOSUM ET ESPÈCE LIÉE (CANNABINUM)

Les eupatoires sont de grandes herbes vivaces rappelant le chanvre. L’espèce cannabinum renferme des alcaloïdes pyrrolizidiniques : échinatine, lycopsamine, intermédine, rindérine dans les parties aériennes et supinidine dans les racines. L’espèce rugosum contient du trémétol et de la trémétone, très toxiques qui sont des produits activement sécrétés dans le lait des animaux d’élevage ayant consommé ces plantes [5]. Les plus sensibles sont les chevaux et les chèvres mais les bovins peuvent aussi intoxiquer leurs jeunes allaitant. On rapporte de nombreux cas de décès humains parmi les colons américains du temps de la conquête de l’Ouest. La plante est aussi célèbre pour avoir provoqué la mort de Nancy Lincoln en 1818, mère du futur président des Etats-Unis alors âgé de 8 ans [5, 94]. L’empoisonnement humain est désormais exceptionnel. Une autre Astéracée, Happlopapus heterophyllus contiendrait ces mêmes toxiques [9]. Aucune technique de dosage n’est décrite, non plus que ne sont rapportés de taux post mortem.

FERRULA COMMUNIS ET ESPÈCES LIÉES (CHILIANTHA, TINGITANA)

La grande férule est une plante herbacée, pouvant atteindre 2 à 3 mètres de haut à tige pleine d’une moelle abondante. Les feuilles sont découpées en lanières filiformes. Les fleurs en ombelles sont jaunâtres de 20-40 rayons. Le fruit est elliptique de 7 à 15 mm de long. On trouve cette plante peu exigeante dans le sud de la France, en Grèce, en Israël, dans les pays du Maghreb ainsi qu’en Iran et en Irak où certaines espèces sont utilisées comme parfum ou condiment. Toute la plante contient des dérivés 4-hydroxycoumariniques : férulénol, hydroxyférulénol, ferprénine et isoferprénine. Ils agissent par inhibition compétitive de la vitamine K, perturbant ainsi la synthèse des facteurs de la coagulation [95]. A ce jour, aucune intoxication mortelle humaine n’est rapportée, seuls sont décrits des cas d’empoisonnement chez les animaux d’élevages et notamment chez le mouton. L’intoxication humaine est cependant toujours envisageable.

GELSEMIUM SEMPERVIRENS ET ESPÈCES LIÉES (ELEGANS, RANKINII)

Le jasmin de Caroline est un arbrisseau à feuilles persistantes et à fleurs jaunes, spontané dans les bois humides du sud-est des Etats-Unis. Dix-sept alcaloïdes ont été isolés à partir des différentes espèces de cette Loganiacée parmi lesquels on trouve : gelsémine, gelsévirine, 21-oxogelsémine, gelsédine, 14 bêta-hydroxygelsédine, gelsénicine, humanténidine, humanténirine, 11-hydroxyhuman-humanténine, koumine, koumidine, kumanténidine, kumanténine, kumanténmine, rankinidine, N-desméthoxyrankinidine et 11-hydroxyrankinidine [96, 97]. Deux dérivés du noyau prégnane : 12 bêta-hydroxy-5 alpha-prégn-16-ène-3,20-dione et 12 bêta-hydroxy-5 alpha-prégn-16-diène-3,20-dione ont démontré une forte activité cytostatique in vitro [98]. Une méthode par CLHP en phase inverse a été décrite pour le dosage de plusieurs alcaloïdes dans des préparations pharmaceutiques mais aucune technique adaptée à la toxicologie analytique n’est rapportée [99]. L’empoisonnement est rare et survient toujours chez de jeunes enfants attirés par les belles fleurs jaunes éclatantes [5]. Aucun décès n’est à noter à ce jour.

HYOSCYAMUS NIGER ET ESPÈCES LIÉES (ALBUS, FALEZLEZ, MUTICUS, RETICULATUS)

Description

La jusquiame noire ou herbe aux sorcières est une plante herbacée de la famille des Solanacées pouvant atteindre 80 cm, à tige ramifiée et velue. Les feuilles sont alternes, découpées, molles et velues. Les fleurs sont groupées d’un même côté, jaune pâle à nervation pourpre violacé. Le fruit est une capsule (pyxide) renflée à la base, dentelée au sommet et s’ouvrant par un clapet contenant de nombreuses petites graines chagrinées. Hyoscyamus niger, originaire d’Asie, pousse aussi volontiers dans les plaines de basses montagnes d’Europe, d’Amérique ou d’Australie, principalement dans des décombres ou à l’ombre de vieilles ruines. L’espèce falezlez possède une localisation en Afrique du Nord tandis que reticulatus est disposé à l’Est du bassin méditerranéen et au Proche Orient. L’espèce muticus pousse dans les régions désertiques d’Egypte et d’Arabie [5]. Elle est plus riche en alcaloïdes totaux que niger mais dont 90 % sont représentés par la l-hyoscyamine.

Principes actifs

Les alcaloïdes sont les mêmes que ceux présents chez Atropa belladona, mais dans une proportion moindre, soit 0,05 à 0,15 % dans la plante. Par ailleurs, la scopolamine représente un peu plus de 50 % des alcaloïdes expliquant son action plus narcotique, une toxicité plus faible et par conséquent, un usage plus répandu en sorcellerie [9]. Les jusquiames blanches et sahariennes sont plus riches en alcaloïdes totaux titrant entre 0,7 et 1,5 % dans la plante entière, l'alcaloïde principal étant la l-hyoscyamine.

Usages

Ce fut une plante majeure de la sorcellerie en Europe. Les récits de sabbats et de scènes de lévitation font supposer des hallucinations liées aux alcaloïdes de la jusquiame [9]. Elle ne fut utilisée en thérapeutique que tardivement en tant que sédative du système nerveux central, antinévralgique, dans la maladie de Parkinson et pour ses propriétés antispasmodiques ou analgésiques (baume tranquille). L'action parasympatholytique est faible tandis que la forte teneur en scopolamine amène une action narcotique et hallucinogène importante. La scopolamine fut utilisée pendant la Deuxième Guerre mondiale sous la forme d'un sérum de vérité.

Intoxications humaines

Les cas documentés d'intoxications par la jusquiame sont rares. Le premier cas rapporté fut en 1881 lorsque les Touaregs utilisèrent de la jusquiame saharienne falezlez afin d'empoisonner en grande partie les troupes françaises du corps expéditionnaire du Hoggar. Les toxiques furent placés dans des dattes [100]. Ce cas fut le précurseur de l'utilisation moderne des agents chimiques d'incapacitation disponibles dans l'éventail des toxiques de guerre. En 1910, 25 femmes et hommes furent accidentellement empoisonnés en consommant de la jusquiame qui avait été confondue avec du raifort [101]. Un grand nombre d’observations figurent dans la littérature turque ou le problème est endémique. Les cas de décès chez les enfants qui consomment les jeunes feuilles, ne sont pas rares [102]. Un problème identique est décrit dans le Negev en Israël où de jeunes enfants bédouins sont régulièrement exposés à l’espèce reticulatus [103]. Un article récent semble monter une augmentation de la consommation de cette plante comme narcotique de substitution, voire de première intention chez les populations de drogués [104]. La détection de la scopolamine dans les fluides biologiques est décrite dans un cas d’overdose dans un but suicidaire [28]. Les concentrations post mortem mesurées étaient de 0,13 µg/mL dans le sang, 43 µg/mL dans les urines et 0,08 µg/g dans le foie.

JATROPHA CURCAS

Le Jatropha curcas aussi appelé arbre purgatif contient une lectine toxique dénommée curcine. Un extrait sec des graines administré par voie intrapéritonéale chez des souris entraîna le décès pour des doses aussi faibles que un mg/kg [105]. Les auteurs notèrent à cet égard la grande similarité des lésions causées dans ce cas par rapport aux dommages généralement attribués à la ricine. Plusieurs intoxications sévères furent décrites dans la littérature chez de jeunes enfants mais tous eurent une issue rapidement favorable [106]. Cependant, la très forte toxicité de la curcine rend toujours possible un décès par le jatropha.

LOBELIA INFLATA ET ESPÈCES LIÉES POLYPHYLLA, PORTORICENSIS

Ces Lobéliacées contiennent principalement de la lobéline mais aussi de la norlobélanidine pour l’espèce polyphylla. Des composés mineurs sont la méso-lobélanine et la méso-lobélanidine. La lobéline fut utilisée comme analeptique respiratoire en réanimation et comme antiasthmatique. Récemment, des auteurs ont mis en évidence une activité antidépressive d’un extrait de feuilles de lobélie. Cette activité serait due à une structure palmitate de bêta-amyrine [107]. Une méthode de dosage par CLHP-SM est rapportée à propos d'un jeune homme qui fumait des cigarettes à base de cette plante à la recherche d'effets euphorisants. Le taux sanguin post mortem était de 20,8 ng/mL [108].

NERIUM OLEANDER ET N. INDICUM, THEVETIA PERUVIANA ET T. NERIFOLIA

Description

Le laurier rose est une Apocynacée. C’est un arbrisseau atteignant 3 à 4 mètres de hauteur possédant des feuilles opposées ou verticillées par trois, longuement lancéolées, coriaces et à nervures secondaires pennées, nombreuses et serrées. Les fleurs roses mais aussi parfois blanches, rouges ou jaunes sont ornées d’un appendice à trois dents courtes. L’arbuste est en fleur de juin à septembre sur tout le pourtour méditerranéen. La graine duveteuse est surmontée d’une aigrette sessile qui facilite la diffusion. L’espèce indicum est répandue de l’Arabie au Pakistan et de la Chine au Japon [5].

Molécules actives

Le laurier rose contient un grand nombre de glycosides toxiques présents dans l’ensemble des parties végétales de la plante. Le toxique principal est représenté par l’oléandrine tandis que les autres composés incluent la nériine (ou néroside), l’oléandroside et la digitoxigénine [9]. Thevetia peruviana contient quant à lui de la thévétine et de la thévétoxine. Parmi les autres glycosides mineurs et peu actifs, on trouve l’adynérigénine, l’uzarigénine, l’adigoside et le glyco-stropéside. Les feuilles de Nerium oleander renferment entre 0,018 et 0,425 % d’oléandrine.

Usages

Cette plante fut utilisée en thérapeutique dans les années 1930 comme tonicardiaque. Elle est désormais totalement abandonnée par la médecine moderne, bien que les préparations à base de laurier rose furent utilisées depuis des siècles comme insecticides ou en médecine populaire dans différentes indications allant de la lèpre aux maladies mentales. Dans de nombreuses régions d’Inde, il s’agit d’un poison suicidaire très répandu [109].

Toxicologie analytique

Plusieurs auteurs ont démontré que l’oléandrine donnait une réaction croisée avec les tests immunologiques pour le dosage de la digoxine et de la digitoxine [109-111]. Cette réactivité croisée varie cependant d’un kit à un autre de sorte qu’il n’est pas possible d’établir un lien prédictif entre la concentration mesurée et la gravité de l’intoxication. La réponse est cependant linéaire avec les kits à immunopolarisation de fluorescence pour le dosage sérique de la digitoxine. D’un autre côté, une analyse par chromatographie sur couche mince bi-dimensionnelle a été décrite sur des extraits stomacaux [112]. Une méthode CLHP de dosage de l’oléandrine a été proposée dans les cas d’ingestion de feuilles de laurier rose après une extraction sur colonne ExtrelutTM pour une gamme de linéarité de 50 à 10 000 ng/mL [113]. Enfin une technique en CLHP-SM a été décrite par Tracqui et al. [114] sur une colonne analytique C18, 150 mm x 2,0 mm, utilisant un gradient acétonitrile:tampon formiate d’ammonium 2 mM, pH = 3.0. La détection était basée sur la formation spécifique d’adduit à m/z = 618, 594 et 577, la limite de quantification était de 0,4 ng/mL.

Intoxications humaines

De nombreux cas non mortels ont été décrits dans la littérature, notamment à propos d’ingestions accidentelles chez de jeunes enfants [5]. Des auteurs indiens ont rapporté deux décès avec la prise de plus de quatre graines de Thevetia peruviana et lorsque l’arrivée en service spécialisé s’est réalisée plus de 5 heures après l’absorption [109]. Une femme décéda après avoir avalé une tisane préparée à partir de feuilles de laurier rose qu’elle avait confondues avec des feuilles d’eucalyptus [111]. Un échantillon de sang post mortem révéla une concentration apparente de digoxine de 6,4 ng/mL mesurée à l’aide d’un test radioimmunologique pour la digoxine. Dans un cas (non mortel) d’un suicide chez une femme qui ingéra cinq feuilles de laurier rose, la concentration mesurée en oléandrine par une technique CLHP-SM était de 1,1 ng/mL lors de son admission à l’hôpital [114]. Bose et al. [115] rapportent 14 cas mortels en Inde, consécutifs à l'ingestion de graines de Thevetia nerifolia. Moulsma et al. [116] ont mesuré par CLHP-SM, l'oléandrine dans le plasma d'une femme ayant ingérée une trentaine de feuilles de laurier rose. Les concentrations mesurées étaient de 11,9 et 19,1 ng/mL 5 heures et 20 heures après la prise respectivement.

NICOTIANA GLAUCA

La toxicité des espèces tabacum et rustica ne sera pas abordée dans le présent exposé. L’alcaloïde principal de l’arbre à tabac est l’anabasine dont la structure chimique est très proche de celle de la nicotine avec une même masse molaire. Les autres alcaloïdes présents sont l’anatabine, la nicotine, la nornicotine, la métanicotine, la dihydrométanicotine, le 2,3’-bipyridyle et la myosmine. Bien que la plante soit très toxique, très peu de cas d’empoisonnement ont été décrits. Le seul décès enregistré fut le cas d’une intoxication par ingestion de feuilles chez un jeune homme adulte [117]. L’extraction à partir des milieux biologiques fait intervenir une triple extraction en phase liquide par le 1-chlorobutane à pH = 10 suivie par une réextraction en milieu chlorhydrique 0,1 N. L’analyse chromatographique est réalisée en CPG-SM, car tous les alcaloïdes des tabacs sont des bases volatiles. L’ion de base m/z = 84 ainsi que l’ion moléculaire m/z = 162 sont communs à la nicotine et l’anabasine, mais de petits fragments additionnels sont présents dans le spectre de masse de l’anabasine. Les concentrations post mortem mesurées en anabasine étaient de 1,15 µg/mL dans le sang, 73,8 µg/mL dans les urines, 11,0 µg/g dans le cerveau et 2,0 mg/g dans les feuilles de spécimens de Nicotiana glauca récoltés dans le champ où la personne fut trouvée décédée. En comparant ce résultat aux taux relevés dans la littérature à propos des décès par la nicotine qui sont compris entre 5,0 et plus de 5 000 µg/mL, il est logique d’estimer que l’anabasine possède une toxicité beaucoup plus importante pour l’homme que la nicotine.

PACHYRHIZUS EROSUS

Un cas de décès fut rapporté chez un homme ayant consommé environ 200 g de graines de cette plante après les avoir confondues avec des graines de haricots [19].

PAUSINYSTALIA YOHIMBE

Le yohimbe de la famille des Rubiacées est un grand arbre répandu dans les forêts du Gabon, du Congo et du Cameroun dont on utilise l’écorce, détachée en grandes lanières, qui contient 1 à 6 % d’alcaloïdes. Outre la yohimbine, on trouve certains de ses isomères  : corynanthine, pseudoyohimbine, allo-yohimbine et épiallo-yohimbine ainsi que des dérivés hétéroyohimbanes comme l’ajmalicine et des dérivés tétracycliques comme la corynanthéine. Les intoxications sont très rares et concernent soit des tentatives de suicide soit un usage abusif dans un but aphrodisiaque. Le commerce illicite de la yohimbine la dénomme " yo-yo ". L’évolution de l’empoisonnement est presque toujours rapidement favorable sans traitement particulier. Les signes cliniques majeurs sont des manifestations psychiatriques de type réactions dissociatives ou paranoïdes accompagnées de faiblesse musculaire, incoordination et paresthésie. Chez un homme qui absorba 75 comprimés de 2 mg de yohimbine, le taux sanguin mesuré par une technique CLHP-BPD sur analyseur REMEDITM 1 h 30 après l’ingestion était de 0,12 µg/mL [118]. Un cas de décès est rapporté dans la littérature à propos d’un jeune enfant [119]. Un cas mortel est rapporté par Cirimele et al. [120] à propos d'un homme de 69 ans, décédé lors d'un acte sexuel. Le dosage réalisé par CLHP-SM, sur colonne C18, 150 mm x 2 mm grâce à une phase mobile acétonitrile:tampon formiate d'ammonium 2 mM, pH = 3. L'extraction a lieu en phase liquide. La limite de détection de la méthode est de 0,5 ng/mL. la concentration post mortem sanguine de yohimbine était de 4,3 ng/mL.

PILOCARPUS MICROPHYLLUS

Plusieurs plantes du genre Pilocarpus contiennent les alcaloïdes toxiques à noyau imidazole que sont la pilocarpine, l’isopilocarpine, la pilocarpidine, la jaborine et la jaboridine [8]. L’espèce principale étant microphyllus, les autres représentants mineurs du genre sont : jaborandi, pennatifolius, trachylophus et racemosus. La pilocarpine est toujours une molécule très employée en ophtalmologie, mais elle sert aussi comme stimulant de la production salivaire et sudorale dans les tests de dépistage des drogues sur site. Aucun décès par absorption de plante ou partie de celle-ci n’est décrit dans la littérature. Cependant, on note le cas de deux patients hospitalisés, intoxiqués par de la pilocarpine administrée à leur insu dans leur nourriture. Les deux personnes décédèrent lors de l’épisode [121]. Un cas de tentative de suicide fut décrit par absorption et injection de collyre à base de pilocarpine mais l’incident fut bénin [122]. Une méthode CLHP sensible de dosage dans les milieux biologiques a été développée, pour laquelle la séparation est opérée sur une colonne cyanopropyle avec une détection par fluorimétrie [123]. La pilocarpine était dérivée par la 4-bromométhyl-7-méthoxycoumarine et la limite de détection était de 1 ng/mL.

GENRE PHILODENDRON

Le genre philodendron comprend plus de 250 espèces originaires des zones forestières de l’Amérique centrale et du Sud. Ce sont souvent des plantes grimpantes devenant épiphytes par leur mode de croissance : le pied se détruit pendant que la plante s’élève vers la cime des arbres en développant des racines aériennes et des crochets adventifs. Les fleurs sont portées par un spadice blanc entouré d’une spathe diversement colorée. Les raphides contenues dans toutes les Aacées, ainsi que les enzymes protéolytiques qui y sont fixées entraînent les effets inflammatoires fréquemment rapportés par les centres antipoisons mais ne représentent jamais une intoxication sévère. Il n’existe qu’une seule exception, celle du décès d’un enfant de 11 mois, survenu 17 jours après l’ingestion de feuilles de philodendron [124]. Les auteurs expliquent l’issue fatale par un arrêt cardiorespiratoire consécutif à une réaction vagale intense induite par l’érosion œsophagienne provoquée par les raphides.

GENRE POLYGONATUM

Le sceau de Salomon est une plante herbacée de 30 à 80 cm de haut. Les feuilles sont alternes et disposées sur deux rangs opposés. Les fleurs sont groupées en grappes pendantes. Les fruits, de 8 à 10 mm de diamètre, sont bleu-noir et renferment trois à six graines jaunâtres. Les effets cardiotoniques et hypoglycémiants de différentes espèces (multiflorum, odoratum, officinale, prattii, sibiricum et verticcilatum) ont été étudiés ces dernières années [125]. L’effet hypoglycémiant est essentiellement dû à l’action de la glucoquinine tandis que l’effet cardiotonique dû à une stimulation des récepteurs bêta adrénergiques résulte de l’action des stéroïdes glycosiques et notamment des paratiosides A-C, prosapogénines, protiosides D1, E1, et saponine POD II [126]. Aucun cas de décès n’est rapporté dans la littérature.

PRUNUS LAUROCERASUS

Description

Le laurier cerise est un arbuste pouvant atteindre 5 à 6 mètres de la famille des Rosacées. Les feuilles sont alternes, persistantes, ovales de 10 à 12 cm de long sur 5 à 7 de large, luisantes dessus. Les fleurs sont disposées en grappes blanchâtres. Le fruit est ovoïde, d'environ 1 cm de diamètre, ressemblant à une olive rouge, puis noirâtre, luisant, en grappes dressées, contenant un noyau.

Principes actifs

Outre des tanins, on retrouve un mélange complexe d'enzymes connues sous le nom d'émulsine, et des hétérosides cyanogénétiques, l'amygdaloside ou amygdaline, la prulaurasine et le prunasoside ou prunasine. Toute la plante est toxique exceptée la pulpe du fruit. La plante n'est réellement dangereuse que lorsque les hétérosides sont en contact avec l'émulsine ce qui est réalisé lors de la mastication ou du froissement des feuilles provoquant une libération d'acide cyanhydrique. La proportion en acide cyanhydrique est la suivante : 1,2 à 1,8 % dans les jeunes feuilles, 0,25 % dans la tige, 0,65 % dans les racines, 0,5 % dans le fruit vert et 0,4 % dans le fruit mûr [8]. L'amande du fruit du laurier cerise n'est pas la seule à contenir des hétérosides cyanogénétiques, puisqu'on en retrouve dans les amandes d'abricot, de pêche, de prune et même dans les pépins de pomme ainsi que dans les petites baies rouges du genre Pyracantha et chez la plante Passiflora edulis. La présence de ces toxiques est clairement liée à un mécanisme de défense des herbivores prédateurs comme l'a montré une étude sur une variété marine Lotus corniculatus que broutent les mollusques aquatiques [127].

Usages

L’amygdaline est le constituant principal de la spécialité pharmaceutique LaetrileTM, utilisé comme agent antinéoplasique. Deux cas de décès non documentés par l’analyse toxicologique de l’amygdaline sont rapportés suite à une ingestion massive de ce médicament [128, 129].

Toxicologie analytique

Plusieurs méthodes de détermination indirectes ont été publiées après hydrolyse de l'amygdaline et dosage du benzaldéhyde ou du glucose [130]. Ces méthodes doivent être rejetées car elles manquent dramatiquement de sélectivité et de sensibilité. Une méthode par CLHP a été décrite pour le dosage de l'amygdaline et de la prunasine sur un ultrafiltrat plasmatique. Les produits sont séparés sur une colonne C18, 250 mm x 4,6 mm au moyen d'une phase mobile constituée par de l'acétonitrile à 10 %. La détection était obtenue à 215 nm. La séparation des toxiques du plasma est réalisée par ultracentrifugation à 800 g pendant 20 min. Les limites de détection pour les deux glucosides étaient de 0,25 µl/mL tandis que la linéarité est bonne de 2 à 500 µg/mL [131]. Une autre méthode directe réalise l’extraction de l’amygdaline par l’acétone suivie d’une étape de purification par CLHP sur colonne RP-8, 5 µm. Après collection des fractions suivie à 262 nm, le résidu peut être à la fois analysé par chromatographie sur couche mince sur gel de silice et par CPG-SM après dérivation à l’anhydride trifluoracétique [130].

RAUWOLFIA SERPENTINA ET ESPÈCES LIÉES (TETRAPHYLLA, VOMITORIA)

Le sarpagandha d’Inde est un arbrisseau toujours vert à grosse racine pivotante et à tiges grêles. Les fleurs, petites, blanches ou rosées, pentamériques sont groupées en cyme. Le fruit est une drupe noire. Spontané en Inde, au Pakistan, en Birmanie, en Thaïlande, en Malaisie et en Indonésie, c’est une espèce forestière qui peut être cultivée. Les alcaloïdes totaux, de 0,5 à 2,5 % constituent un mélange complexe d’une trentaine de composés dont les plus importants se répartissent en trois catégories (a) les alcaloïdes à noyau yohimbane : réserpine, réscinnamine, déserpidine, yohimbine et corynanthine, (b) avec un noyau hétéroyohimbane: ajmalicine (aussi dénommée raubasine) réserpinine, diméthoxy-ajmalicine et leurs isomères réserpiline et isoréserpiline ainsi que leurs bases quaternaires correspondantes serpentine et alstonine, (c) les dérivés dihydroinoliques principalement représentés par l’ajmaline [9]. La réserpine a été une molécule très employée dans les années 60 pour la correction de la dyskinésie tardive du traitement par les neuroleptiques. L’ajmaline quant à elle fut utilisée comme antiarrythmique. Un décès après administration d’ajmaline a été rapporté [132] ainsi qu’un cas fatal par la réserpine [133] mais aucune concentration post mortem n’a été établie. Une méthode CLHP-SM sur un secteur magnétique a été décrite dans un cas de polyintoxication par la réserpine, le bromazépam et le clopenthixol [134]. La séparation était réalisée sur une colonne C18, 300 mm x 4 mm avec un mélange méthanol:ammoniaque à 0,2 % comme phase mobile. La limite de détection pour la réserpine était de 0,5 ng/mL, tandis que la concentration mesurée dans le plasma était de 1 ng/mL environ 17 heures après l’ingestion.

RICINUS COMMUNIS

Description

Le ricin est un arbuste de 2 à 4 mètres de haut originaire d’Afrique centrale et couramment rencontré sur tous les continents sous des climats chauds le long des cours d’eau ou même parfois dans les jardins publics ou privés. Les feuilles sont grandes, longuement pétiolées et profondément découpées, généralement vertes bien qu’il existe une variété pourpre [135]. Les fleurs sont en grappes terminales ou axillaires. Le fruit est une capsule épineuse (comme la châtaigne) renfermant 3 graines ovales de 15 à 20 mm de long, aplaties sur une face et convexes sur l’autre avec un tégument brillant, marbré et dur faisant penser à une énorme tique.

Principes actifs

Ce sont principalement des lectines. On a isolé deux molécules distinctes mais dont il existe plusieurs variants : la ricine, fraction toxique inhibant la synthèse protéique et l’agglutinine, fraction hémagglutinante. La ricine possède un poids moléculaire de 65 750 daltons et a une structure glycoprotéique. La partie osidique comporte 15 molécules de mannose et 8 de N-acétyl-glucosamine. La chaîne agycone est formée par 545 acides aminés répartis en deux polypeptides A et B reliés entre eux par un pont disulfure. La séquence de la chaîne A a été détaillée [136]. La ricine n’est présente que dans la graine. Non liposoluble, cette phytotoxine est absente de l’huile de ricin dont l’usage en tant que laxatif est désormais abandonné. La ricine fait certainement partie des deux ou trois poisons les plus puissants avec l’abrine du jequirity Abrus precatorius et le plutonium [137].

Usages et pharmacologie

L’huile de ricin est encore utilisée en mécanique comme lubrifiant des moteurs qui travaillent dans des conditions extrêmes. La ricine interfère avec la synthèse protéique, inactivant enzymatiquement la sous unité 28S des ribosomes des cellules eucaryotes en provoquant l’hydrolyse d’un résidu adénylé. Cette toxine est toujours très étudiée dans la recherche de nouveaux antitumoraux et immunosuppresseurs. En Afrique de l'Est, les graines de ricin étaient utilisées afin de tuer les enfants non désirés [5].

Toxicologie analytique

La seule méthode existante actuellement pour le dosage de la ricine et de l’abrine dans le plasma est celle décrite par Godal et al. [8] qui ont utilisé une méthode radioimmunologique à l’iode 125. Cette méthode a été utilisée dans un cas d’intoxication d’un jeune étudiant ayant absorbé une trentaine de graines de ricin dans un but suicidaire. La concentration en ricine plasmatique le premier jour était de 1,5 ng/mL, le temps de demi-vie calculée était d’environ 8 jours. L’apparition dans les urines fut tardive, au troisième jour, à une concentration de seulement 0,3 ng/mL [138].

Intoxications humaines

Le premier décès rapporté dans la littérature médicale date de 1900 [5]. Le taux de mortalité par l’empoisonnement au ricin a considérablement chuté depuis la Deuxième Guerre mondiale passant de 13 sur 161 cas d’exposition avant la guerre à 2 sur 247 après 1950 [139]. La ricine attira l’attention du public lorsqu’en 1978, Georgi Markov, un exilé politique bulgare fut heurté avec un parapluie alors qu’il attendait un bus à côté de Waterloo Bridge à Londres. Il décéda trois jours plus tard. Lors de l’autopsie, le médecin légiste retrouva une petite sphère d’1,5 mm de diamètre percée de deux petits trous au niveau de la blessure. L’analyse de la sphère ainsi que les similitudes du mode de décès avec un modèle animal expérimental amenèrent les spécialistes à conclure à une intoxication aiguë par la ricine [140, 141].

SOLANUM DULCAMARA ET ESPÈCES LIÉES (DIMITATUM, MALACOXYLON, PSEUDOCAPSICUM)

Description

La douce amère est une plante grimpante lianiforme de la famille des Solanacées aux feuilles vertes foncées alternes. Les fruits sont des baies ovoïdes en grappes pendantes d’abord vertes puis rouges, et écarlates à maturité, contenant plusieurs graines. Les Solanum poussent dans les régions tempérées. Le pommier d’amour Solanum pseudocapsicum est une plante ornementale fréquemment rencontrée en appartement et qui peut être à l’origine de nombreuses intoxications chez les jeunes enfants attirés par les baies d’un bel orangé.

Principes actifs

La substance initialement désignée sous le nom de solanine est en fait un mélange de glucoalcaloïdes dérivant de la soladinamine, de la tomatidine, du spirostane et du cholestane [9]. La solanine est retrouvée par concentration décroissante dans les baies non mûres, les feuilles, les tiges, puis les baies mûres. Deux autres produits ont aussi été retrouvés dans les baies qui sont la diosgénine et la solasodine.

Toxicologie analytique

Une méthode par CPG-SM a été décrite après une triple extraction liquide-liquide dans des plantes et des milieux biologiques d’animaux intoxiqués. Les ions principaux enregistrés sont à m/z = 150, 204, 397, 396, 382 et 151 [6].

Intoxications humaines

C’est une intoxication très fréquente survenant dans la majorité des cas chez les enfants de moins de 6 ans pour laquelle il y eut plus de 1 800 cas enregistrés en 1993 aux Etats-Unis [142]. Un cas assez atypique rapporte la survenue d’un syndrome anticholinergique répondant bien à la physostigmine alors que l’analyse des baies n’a révélé aucune trace d’atropine ou de scopolamine. Au contraire, solasodine et diosgénine ont été identifiées par CPG-SM dans les fruits de la douce-amère [142].

SPARTIUM JUNCEUM ET CYTISUS SCOPARIUS

Description

Le genêt d’Espagne est un arbrisseau de 2 à 5 mètres, à rameaux allongés cylindriques. Les feuilles sont rares et simples. Les fleurs en grappes terminales sont jaunes, odorantes tandis que le fruit est une gousse fine, d’abord velue, puis glabre à maturité, contenant 12 à 18 graines marrons de 3 à 5 mm de diamètre. C’est une espèce des coteaux et maquis ensoleillés du bassin méditerranéen [5]. Le genêt à balais est un arbrisseau buissonnant à tiges dressées, anguleuses au sommet desquelles se trouvent des feuilles simples. Le calice typique de cette Fabacée, comporte une corolle jaune d’or, un style enroulé. La gousse est velue et aplatie, noire à maturité, renfermant 8 à 12 graines luisantes. C’est un genêt commun en France et en Europe, sauf dans les régions méditerranéennes, dans les landes et les bois siliceux.

Principes actifs

L’alcaloïde majoritaire des deux plantes est la spartéine, les autres molécules actives sont la 17-oxo-spartéine, la lupanine, le scoparoside, l’isolupanine, l’anagyrine et la cytisine [9].

Usages

Les fleurs servent à la fabrication d’un colorant et les rameaux étaient utilisés pour faire des balais, d’où le nom vulgaire. Le genêt était utilisé depuis le Moyen Age comme diurétique, en cas de trouble de l’activité cardiaque (élargissement des coronaires, augmentation de la tension, antiarthymique). L’action sur la musculature lisse utérine induisant et stimulant le travail a rendu son utilisation obstétricale assez répandue dans les années 30 à 60 [143]. Les médications à base de décoction de ces deux arbrisseaux dispensées par sorcières et magiciens étaient largement préconisées et utilisées au Moyen Age dans un but abortif. Dans les cas de grossesses avancées, les doses étaient telles qu’il n’était pas exceptionnel non plus d’observer le décès de la mère.

Toxicologie analytique

Une méthode CPG en colonne remplie avec détection azote-phosphore a été décrite pour la détermination de la spartéine dans les fluides et tissus biologiques [144]. L’extraction liquide-liquide organique d’une phase alcaline est réalisée sur 2 mL de liquide. La limite de détection est de l’ordre du ng/mL. Cependant, à la suite d’adsorption sur le support chromatographique, l’analyse des métabolites n’est pas envisageable par cette technique. Les isomères de la spartéine ont été isolés à partir d’un extrait de Lupinus argentus par chromatographie sur couche mince et CPG-SM. Une méthode CLHP avec une détection électrochimique permet l’analyse de la spartéine et de ses métabolites 2 et 5-déhydro sur une colonne analytique CN, 250 mm x 4,6 mm avec une phase mobile constituée par le mélange acétonitrile:méthanol:tampon phosphate pH = 2,5 [145]. La limite de détection de la spartéine est de 2 ng/mL. La spartéine a été dosée par CLHP-SM-SM [7] en utilisant l'ion m/z = 98 fils de l'ion moléculaire m/z = 235. La limite de détection dans ces conditions est de 0,005 ng/mL tandis qu'elle est de 0,16 ng/mL en CLHP-SM en phase inverse en utilisant une phase mobile méthanol:acétonitrile:tampon formiate d'ammonium 10 mM, pH = 8.

Intoxications humaines

Les concentrations plasmatiques usuelles sont comprises entre 0,1 et 1,0 µg/mL. Il existe environ 5 % de la population, métaboliseurs lents de la spartéine qui présentent des concentrations de l’ordre de 2 à 4 fois supérieures à celles normalement répertoriées. Très peu de cas létaux ont été notés dans la littérature. Mangin et al. [144] rapportent un cas fatal suite à l’ingestion dans un but suicidaire de comprimés de PalpipaxTM contenant 200 mg de méprobamate et 75 mg de spartéine. Les examens post mortem ont révélé la présence de spartéine à la concentration de 40,4 µg/mL dans le sang, 53,1 µg/mL dans les urines, 31,6 µg/g dans le foie et 54,1 µg/g dans les reins.

STRYCHNOS NUX VOMICA, STRYCHNOS IGNACII

Description

Le vomiquier est un arbre à feuilles persistantes dont le fruit, baie cortiquée à épicarpe orangé, renferme deux à trois graines noyées dans une pulpe blanche. La graine est discoïde, légèrement renflée sur les bords, en forme de bouton. Elle a un teint le plus souvent gris clair et un aspect satiné dû à un fin duvet de poils qui recouvre le fruit. L’une des faces est marquée d’une crête radiale, le raphé [5].

Principes actifs

La drogue renferme de 1 à 3 % d’alcaloïdes totaux dont les représentants majoritaires sont la strychnine et son dérivé déméthoxylé, la brucine. Les autres constituants mineurs sont les colubrines, l’icajine, la novacine, la vomicine, la pseudo-strychnine et l’isostrychnine [8]. La strychnine était utilisée autrefois en médecine comme tonique ainsi qu’à des fins criminelles ; elle est encore un peu employée comme rodenticide, ce qui explique la persistance d’intoxications en milieu agricole. En Chine, où la poudre de graine est encore utilisée en médecine populaire, des accidents sont toujours signalés [18].

Toxicologie analytique

Une méthode CCM a été développée pour la détection de la strychnine et de la crimidine dans les liquides biologiques [146]. Le dosage peut être effectué par densitométrie UV à 260 nm. La méthode permet de détecter jusqu’à 2,5 ng de strychnine. Une procédure par CPG équipée d’une détection thermoionique a été décrite après une double extraction liquide-liquide (extraction en retour d’une phase éthérée par l’acide acétique) à partir de 5 mL de liquide biologique [147]. Une méthode CPG-SM a été décrite pour la recherche de la strychnine dans les plantes et les prélèvements biologiques d’animaux intoxiqués. Les ions principaux sont à m/z = 334, 335, 333, 120, 144 et 162 [6]. Les méthodes CLHP mettent en œuvre soit des techniques en phase inverse soit en appariement d'ions. La première technique semble cependant préférable à cause des composés basiques co-élués qui perturbent les mécanismes de rétention avec les paires d’ions formés [148].

Intoxications humaines

Les empoisonnements volontaires par la strychnine sont toujours d’actualité. La dose létale est de l’ordre de 50 à 100 mg de produit pur. Dans un cas de surdose après ingestion de plus de 2 g de sulfate de strychnine, la toxicocinétique d’élimination de la molécule donnait un temps de demi-vie compris entre 10 et 16 heures [149]. En Chine, deux cas de décès après administration de poudre de graine de vomiquier prescrit par un herboriste non-professionnel ont été décrits. Dans un cas, un garçon de 15 ans décéda au 15e jour après une dose quotidienne de 0,5 g de poudre de graine. A l’autopsie le contenu stomacal renfermait 1 mg/mL de strychnine et 0,76 mg/mL de brucine tandis que les auteurs notaient une concentration de 1,3 mg/g de strychnine dans le foie (la brucine n’était pas détectable) [19]. Drost [150] a rapporté 36 cas de suicide au Canada entre 1970 et 1974 avec des produits à base de strychnine. Aikman rapporta 189 décès en 1928 lorsque des pilules toniques étaient librement vendues contenant outre de la strychnine, de la belladone, du cascara, de l’ipéca, de la podophylline, de la quinine, de la caféine, du camphre de l’aspirine, du fer ou de l’arsenic [5,151]. Certains groupes religieux ont utilisé la strychnine pour tester la foi de leurs fidèles [151]. Chez un homme de 56 ans décédé par suicide après absorption de 260 mg de sulfate de strychnine, les concentrations post mortem étaient de 3,3 µg/mL dans le sang total ; 1,4 µg/mL dans les urines ; 9,2 µg/mL dans la bile ; 6,2 µg/g dans le foie et 3,2 µg/g dans le rein [147]. Les données post mortem de la littérature établissent des concentrations de 0,5 à 61 µg/mL dans le sang ; 1 à 3 µg/mL dans les urines ; 0,5 à 26 µg/g dans le cerveau ; 5 à 257 µg/g dans le foie et 0,07 à 106 µg/g dans le rein [152]. Les homicides par strychnine sont devenus plus rares à cause du mode de décès violent qui fait rapidement suspecter une origine non naturelle à la mort. Un cas récent est pourtant rapporté en Libye où une vielle femme fut empoisonnée par son beau-frère par de la strychnine mélangée à l’une de ses médications. Alors qu’il a d’abord été conclu à une mort naturelle, les analyses après exhumation du corps ont révélé la présence de strychnine dans le foie à une concentration de 6,16 µg/g [153]. Un cas de tentative d’homicide a été décrit dans un hôpital [154].

TAXUS BACCATA

Description

Arbre ou arbuste toujours vert et à l’écorce brun-rouge, les branches sont densément couvertes de feuilles linéaires aplaties ressemblant à des aiguilles persistantes 6 à 8 ans. Les fruits sont portés par les pieds femelles. De la taille d’un petit pois, ces fruits sont des ovoïdes tronqués, formés d’une graine dure visible par l’extrémité distale de l’arille qui est la partie charnue du fruit, rouge à maturité. Toute la plante est violemment toxique, excepté la partie charnue de l’arille. L’if est une essence ornementale et son bois, très dur est utilisé dans la manufacture des armes et des instruments de musique.

Molécules actives

La composition de l’if est d’une extrême complexité. Une centaine de taxoïdes (taxus diterpenoids) ont été isolés qui sont des diterpènes estérifiés par des acides classiques ou des acides bêta aminés comme l’acide de Winterstein (acide 3-diméthylamino-3-phénylpropionique) [8]. Les constituants principaux sont le taxol, les taxines A, B et C, la taxusine, la céphalomannine et la 10-déacétylbaccatine III. La feuille contient 0,7 à 2 % de taxines et la graine jusqu’à 0,25 %.

Usages

Bois sacré du peuple celte dont on en faisait des hampes de lances et des arcs, l’if est aussi un symbole de mort dans les cimetières. L’if a depuis longtemps été utilisé dans un but suicidaire. César rapporte l’un des premiers cas connu dans La guerre des gaules, le suicide d’Ambiorix roi des Aburones, tandis qu’on note dans la revue Lancet de 1836 la première publication médicale d’un cas de décès par ingestion de feuilles [155, 156]. Trente ans après la découverte par Wall et Wani des propriétés cytostatiques du taxol, la commercialisation du paclitaxel, dci du taxol, et les bons résultats des essais cliniques du docétaxel, dci du N-débenzoyl-N-ter-butoxycarbonyl-10-désacétyltaxol, ouvrent de nouvelles possibilités dans le traitement de certains cancers [157].

Toxicologie analytique

Les décès par ingestion de feuilles d’if ne sont pas rares mais la preuve médico-légale est beaucoup plus délicate à apporter et ne le fut dans la réalité que très rarement. Dans un cas, la similitude des tracés chromatographiques obtenus par CPG-détection à ionisation de flamme, entre un extrait de plante fraîche et un extrait des débris végétaux prélevés dans le jéjunum du décédé permis d’authentifier la prise [158]. Dans un autre cas, la comparaison entre un extrait de plante et de débris prélevés dans le duodénum fut réalisé par chromatographie sur couche mince [156]. Plus récemment, le phloroglucindiméthyléther (3,5-diméthoxyphénol) a été identifié comme étant un bon marqueur d’une intoxication par Taxus baccata. La structure du composé a été élucidée au moyen de la CPG-SM, de la spectroscopie infrarouge et de la résonance magnétique nucléaire à 300 MHz. Les ions principaux du 3,5-diméthoxyphénol en CPG-SM étaient à m/z = 154, 125, 69, 94 et 111 [159]. Le contenu dans les feuilles était de 0,9 mg/g en janvier et 1,2 mg/g en septembre. Thuja occidentalis, un autre genre de ces plantes toxiques fut aussi étudié mais ne s’avérait pas receler cette molécule. Enfin, la taxine a été directement extraite à partir d’un échantillon pulvérisé de plante ou de contenu stomacal en utilisant une extraction liquide à plusieurs étapes (dichlorométhane suivi d’une réextraction en milieu sulfurique 0,1 N). En CPG-SM la taxine est thermolabile et se dégrade dans l’injecteur mais un sous produit de dégradation peut être détecté à basse température d’élution sur l’ion principal m/z = 134 [160]. Le paclitaxel, quant à lui a été largement étudié en CLHP-SM et CLHP-SM-SM dans la bile de rats [161, 162]. Il a été isolé dans ce milieu neuf métabolites parmi lesquels trois dihydroxytaxols, quatre monohydroxytaxols, un déacétyltaxol et un contenant le noyau taxane. Ces méthodes ne conviennent cependant pas à l’analyse toxicologique lors d’empoisonnement par du matériel botanique.

Intoxications humaines

En Pologne, quatre prisonniers burent une décoction à base d’aiguilles d’if dans un but suicidaire. Deux moururent en prison et un autre au quatrième jour d’hospitalisation [163]. Un autre cas fut décrit chez un jeune étudiant en horticulture [157]. Cinq cas furent décrits par Van Ingen et al. [155] ainsi qu’une revue de la littérature sur le sujet incluant quatre autres cas. Les auteurs argumentèrent la prise suicidaire de différentes formes botaniques : feuilles entières, coupées ou en décoction ou encore écorces. Le diagnostic a été établi sur des bases anamnéstiques et/ou botaniques. Le 3,5-diméthoxyphénol put être quantifié chez un jeune homme de 19 ans aux concentrations de 20 µg/g dans l’estomac et de 0,32 µg/g dans le sang cardiaque [158].

TRICHOSANTHES KIRILOWII

Deux femmes décédèrent en utilisant cette Cucurbitacée dans un usage abortif. La première victime était une actrice de 23 ans qui mourut à l’hôpital après avoir rempli son vagin avec un mélange d’herbes chinoises qui comprenait 250 mg de poudre de Trichosanthes kirilowii [19]. Cette Cucurbitacée chinoise contient de la trichosanthine, protéine de 234 acides aminés, inactivant comme la ricine, la synthèse protéique au niveau des ribosomes. La deuxième victime utilisa les racines coupées en lamelle de la plante dans le même but abortif, en application vaginale. Elle délivra un fœtus de 5 mois le sixième jour et décéda le lendemain. Un cas de décès a été rapporté chez un homme atteint par le virus du sida après s’être injecté de la trichosanthine d’une origine inconnue [5].

TRIPTERYGIUM WILFORDII

Une jeune femme de 25 ans qui souffrait de rhumatismes articulaires est décédée d’un surdosage lors d’un traitement à base de plantes médicinales chinoises incluant cette plante toxique [19].

VERATRUM ALBUM ET ESPÈCES LIÉES (CALIFORMIUM, JAPONICUM, VIRIDE)

Description

Veratrum album (aussi appelé fausse hellébore ou hellébore blanc et à ne pas confondre avec les hellébores, comme l’hellébore fétide et l’hellébore noire qui sont des Renonculacées) est une plante herbacée de la famille des Liliacées, pouvant atteindre 1,50 m de haut, à rhizome court, à tige pleine et dont les feuilles ovales largement nervurées sont pubescentes sur la face inférieure. Les fleurs sont blanches verdâtres, disposées en hampes terminales. Le fruit est une capsule à trois valves [5]. L’espèce album croît dans les régions d’Europe de l’Ouest, d’Europe centrale et en Alaska préférentiellement dans les plaines de basse montagne. Veratrum viride est fréquemment rencontrées dans les plaines du Canada et de l’est des Etats-Unis d’Amérique. Enfin les espèces californium et japonicum se trouvent respectivement dans l’ouest des Etats-Unis et en Asie.

Principes actifs

Les plantes du genre Veratrum contiennent des alcaloïdes aux propriétés antihypertensives. Les genres Schoenocolon et Zygadenus recèlent eux aussi des alcaloïdes du vératre. Ces alcaloïdes se présentent sous la forme de glycosides, aglycones ou d’esters variés de différents acides organiques que l’on peut diviser en sept groupes [164]. Les deux premiers groupes les plus importants sont (a) les alcaloïdes du groupe de la jervamine et de la vératranine possédant un squelette stéroïdien (vératridine, vératramine, vératrosine, jervine, pseudojervine et isorubrijervine) et (b) les alcaloïdes au squelette cévanine (cévadine, cévine, zygadénine, véracérine, germine, protovérine et leurs esters). La plante est toxique dans son ensemble bien que les racines et le rhizome contiennent plus d’alcaloïdes (2 %) que les parties aériennes (0,5 % dans les feuilles).

Usages

L’usage du vératre est ancestral, millénaire et empirique. Il fut abondamment utilisé par les sorciers en Europe pendant le Moyen Age puis en médecine populaire en neurologie, comme tonicardiaque, comme émétique et fébrifuge. Veratrum viride fut une espèce couramment employée par les Amérindiens afin de mettre à l’épreuve les jeunes braves qui passaient dans l’âge adulte [165]. Au début des années 50, les alcaloïdes du vératre figuraient parmi les premiers agents hypotenseurs en usage aux Etats-Unis. En France, ils furent recommandés par la Pharmacopée française jusqu’en 1982. Ils étaient utilisés dans le traitement de l’hypertension essentielle, rénale et maligne ainsi que dans le cas de l’hypertension gravidique. Ils sont tombés en désuétude à cause de leur marge thérapeutique étroite. Ces alcaloïdes ont aussi été employés comme sternutatoires et entraient dans la composition de nombreuses poudres à éternuer. Cependant, plusieurs cas d’intoxication ayant été rapportés avec ces poudres, une formulation différente excluant la poudre de vératre a été imposée [166].

Toxicologie analytique

Les intoxications par le vératre ont été peu documentées et étayées par l’analyse toxicologique. La vératrine fut parfois identifiée dans les vins et liqueurs apéritives [167]. L’identification était obtenue au moyen de la chromatographie en couche mince (solvant de migration : méthanol ammoniaqué, révélation des alcaloïdes aux vapeurs d’iode) couplée à la spectrométrie de masse (source à ionisation chimique : ammoniaque comme gaz réactant) à partir des boissons suspectées, des urines, du liquide gastrique et des viscères. Une méthode par CLHP-SM a été récemment décrite [168] pour la détection et le dosage de la cévadine et de la vératridine dans le sang de deux personnes décédées suite à une ingestion massive de graines de Veratrum album. L’extraction des toxiques est opérée en phase liquide sur Toxi-Tube A tandis que la séparation chromatographique était réalisée sur une colonne C8, 150 mm x 2,1 mm au moyen d’un gradient méthanol:tampon formiate 2 mM, pH = 3,0. Les ions sélectionnés étaient m/z = 592,5 pour la cévadine et 674,5 pour la vératridine. Les limites de détection étaient respectivement de 0,10 et 0,07 ng/mL pour la cévadine et la vératridine.

Intoxications humaines

L’intoxication par le vératre n’est désormais plus le fait d’accidents thérapeutiques, mais résulte le plus souvent de la confusion de cette plante par d’autres, et en tout premier lieu par la gentiane jaune, Gentiana lutea [169]. Cette plante est en effet populairement connue et appréciée en Europe comme tonique apéritif et entre dans la composition de nombreuses recettes de vins et liqueurs " fait-maison " [167]. D’autres confusions ont été décrites dans la littérature et sont le fait : d’une intoxication par un botaniste autodidacte ayant confondu Veratrum viride et un chou (Symplocarpus foetidus) [170] ; cinq autres cas pour lesquels Veratrum viride fut pris pour du raisin d’Amérique (Phytolacca americana) [170] ; trois cas pour lesquels Veratrum viride fut confondu avec un ail (Allium tricoccum) [5]. Trois intoxications furent induites par l’ingestion d’une teinture de Veratrum album [170, 171]. Douze cas résultèrent de l’inclusion de Veratrum japonicum dans une soupe [172] et douze autres de l’ingestion d’une tisane de racines de Veratrum album [173]. Les cas mortels rapportés dans la littérature sont très rares. Une cause de décès fut le fait d’une erreur d’un pharmacien qui avait confondu de la poudre de vératre avec de la poudre de rhubarbe, un cas était un assassinat, enfin deux autres ont résulté d’accidents subaigus [169]. Les observations d’autopsies sont tout aussi rares, l’intoxication ne produisant aucun signe spécifique. Tous les cas récents sont des empoisonnements accidentels pour lesquels un traitement en milieu hospitalier a toujours conduit à une issue favorable. Un article [168] rapporte deux cas mortels résultant de l’ingestion massive de graines de vératre. La vératridine et la cévadine seront identifiées puis quantifiées par CLHP-SM. Les concentrations post mortem mesurées dans le sang étaient de 0,17 et 0,40 ng/mL pour la vératridine et 0,32 et 0,48 ng/mL pour la cévadine.

XANTHIUM SIBIRICUM

Trois cas de décès accidentels ont été rapportés avec cette plante toxique chinoise dont les graines peuvent facilement être confondues avec du sésame. Ce fut le cas à deux reprises de gâteau au sésame confectionné avec des graines de Xanthium sibiricum [19]. La plante communément appelée lampourde de la famille des Composées contient du carboxyactractyloside. Les autres espèces toxiques sont X. spinosum et X. strumarium.

GENRE ZIGADENUS

Ces herbes pérennes de la famille des Liliacées de l’Amérique du Nord peuvent facilement être confondues avec des oignons sauvages, bien qu’elles n’en possèdent pas l’odeur caractéristique et que le bulbe soit amer. Les cas d’intoxication bovins sont nombreux et parfois dramatiques. Les cas humains non-létaux sont nombreux et bien documentés [174]. Les décès sont rapportés dans plusieurs articles de journaux du 19e siècle chez des tribus indiennes d’Amérique du Nord et toujours dans le même pays au début du 20e siècle chez des travailleurs qui posaient des lignes de chemins de fer dans les états de l’Ouest [175]. Les alcaloïdes toxiques sont comparables en nature et structure à ceux du vératre.

CONCLUSION

Les auteurs ont dressé un inventaire non exhaustif des principaux végétaux toxiques responsables de décès chez l’Homme, les taux post mortem rapportés ainsi que les méthodes analytiques employées pour la détection dans les milieux biologiques. La diversité des principes actifs oblige l'analyste d'avoir recours à des méthodes sensibles très sophistiquées telles que la CLHP-SM-SM. Des développements importants sont encore à produire concernant des toxiques originaux, tels que les dérivés des acides aminés, les lectines, les polyines et bien d'autres.