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Annales de Biologie Clinique

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Emergence de parasitoses et mycoses : risques et menaces au seuil du troisième millénaire Volume 60, numéro 2, Mars - Avril 2002

L'espèce humaine est plus que jamais confrontée au risque infectieux imposant une prise de conscience des autorités sanitaires et l'élaboration de mesures efficaces de prévention et de contrôle [1, 2].

Si les parasitoses et mycoses émergentes sont moins spectaculaires dans leur développement et leur impact immédiat que les infections virales, bactériennes ou celles liées aux agents infectieux non conventionnels, leur morbidité et leur mortalité sont non négligeables. Elles sont souvent caractérisées par une évolution très difficile à maîtriser étant donné le faible arsenal thérapeutique et l'extrême complexité des relations hôte-parasite. Elles constituent dans un grand nombre de cas d'inquiétants problèmes de santé publique.

L'émergence de nouvelles maladies infectieuses, d'origine parasitaire et fongique ou la réémergence d'infections auparavant totalement ou partiellement maîtrisées, souligne les difficultés de contrôle et de prévention des maladies infectieuses à eucaryotes ainsi que des conditions qui les génèrent. Trois facteurs en équilibre subtil orchestrent l'émergence de nouveaux risques infectieux, ce sont l'hôte, l'agent et les conditions environnementales.

L'intrication des activités humaines pour chacun de ces facteurs est importante. La principale cause en est la circulation mondiale rapide des hommes et des marchandises, ce qui augmente considérablement la vitesse de dissémination de maladies contagieuses, leur généralisation à l'échelle planétaire et la propagation des souches résistantes aux chimiothérapies appropriées.

Nous illustrerons par divers exemples les rôles des différents facteurs dans l'émergence de parasitoses et mycoses.

Risques liés à l'hôte

L'homme est une cible privilégiée. Seule espèce capable de coloniser tous les milieux, il est présent sur tous les continents assurant ainsi un contact fréquent et répété avec divers agents infectieux. De plus, toute société présente des aspects de vulnérabilité aux infections et ceci pour des raisons différentes. Ainsi, les sociétés occidentales sont confrontées au vieillissement des populations, à une plus grande fragilité de ses membres du fait d'une surprotection vis-à-vis des agressions microbiennes. Les sociétés en voie de développement sont, quant à elles, confrontées aux carences nutritives, médicamenteuses, au manque d'hygiène, de soins et à une augmentation croissante de la pauvreté. Les conséquences dans les deux cas résultent en une plus grande sensibilité de ces populations aux infections ou aux surinfections.

Immunodéficience

Le rôle majeur de l'émergence d'infections parasitaires et fongiques est surtout dévolu aux diminutions des capacités de défense de l'hôte. Ces capacités sont naturellement fonction de l'âge mais aussi des conditions de vie et de soins dans les différentes sociétés.

Les facteurs extrinsèques iatrogènes (chimiothérapie anticancéreuse, corticothérapie intensive et prolongée, traitement immunosuppresseur lors de greffes, traitement antibiotique...) ont bouleversé ces dernières années l'évolution des maladies tumorales mais entraîné une immunodépression intense favorisant l'émergence de maladies opportunistes. Les infections virales générant une diminution des capacités de défense immunitaire, en particulier la pandémie virale liée au virus de l'immunodéficience humaine (VIH), ont contribué à fragiliser les patients atteints aux infections opportunistes parasitaires (toxoplasmose, cryptosporidiose, gale...) [3] ou fongiques (pneumocystose, candidose). Enfin, les méthodes d'interventions chirurgicales agressives, le recours aux implants et aux dispositifs médicaux (cathéter, sonde...) avec altération des barrières naturelles sont essentiellement responsables d'infections fongiques nosocomiales [4]. Ces mycoses ont eu une incidence croissante ces vingt dernières années en milieu hospitalier.

Les infections fongiques nosocomiales dues aux moisissures ou aux levures [5] peu ou non pathogènes chez le sujet immunocompétent sont redoutables par leur évolution le plus souvent fatale chez le sujet agranulocytaire ou neutropénique. La mortalité attribuable des mycoses systémiques impose une vigilance particulière dans la surveillance des malades et dans l'interprétation des résultats biologiques et microbiologiques, nécessitant un dialogue permanent avec le clinicien pour l'interprétation adéquate des résultats.

Dans un contexte d'agranulocytose, de nombreux agents fongiques peuvent être à l'origine d'une infection profonde [6] (fusariose, mucormycose, alternariose, scédosporiose...) et leur isolement ne doit pas être systématiquement assimilé à une souillure des prélèvements par les champignons de l'environnement. Cependant, ce sont les candidoses et les aspergilloses qui depuis ces vingt dernières années sont un sujet d'inquiétude dans les services hospitaliers et cela pour deux raisons : leur incidence et leur gravité. Les candidoses représentent 10 % des infections en hématologie, les levures du genre Candida occupent le quatrième rang des agents infectieux isolés d'hémoculture aux États-Unis et le troisième rang des microorganismes colonisant les cathéters. Les aspergilloses représentent 80 à 90 % des infections sévères à filamenteux. Parmi les espèces A. fumigatus est isolée dans plus de 90 % des cas alors que celle-ci est nettement moins abondante dans l'environnement, la capacité d'adaptation en milieu hostile et la thermotolérance de cette espèce sont très probablement une des causes du pouvoir pathogène de cette espèce. La difficulté du diagnostic précoce et de la maîtrise de l'évolution des ces mycoses contribuent à la létalité de ces infections ; la mortalité attribuable aux candidoses disséminées varie selon les études de 30 à 60 %, celle liées aux aspergilloses systémiques est comprise entre 50 et 100 %.

Il est donc parfaitement légitime d'instaurer des méthodes de surveillance visant à réduire le risque de contamination exogène ou endogène et de poursuivre les recherches de tests sensibles et performants de diagnostic.

Ces dernières années une autre origine d'immunodéficience a été la cause d'émergence ou de réémergence de parasitoses et mycoses opportunistes : l'infection virale par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH). L'immunodépression induite par le VIH a supplanté les capacités immunosuppressives d'autres infections virales (CMV, EBV...) et a généré une incidence accrue de maladies infectieuses fongiques comme la pneumocystose et de parasitoses consécutives à la présence d'agents parasitaires jusqu'alors non décrits chez l'homme. Les conséquences potentielles en sont l'augmentation de formes pathogènes dans l'environnement associées ou non aux modifications de leur capacité d'adaptation et/ou de virulence soit par un mécanisme de sélection, de mutation ou par la conjonction de ces diverses possibilités.

Deux parasitoses opportunistes, la cryptosporidiose et la microsporidiose, sont remarquables par le problème de santé publique actuellement posé et par la mise en évidence des lacunes thérapeutiques et physiopathologiques [7].

La cryptosporidiose est une protozoose ubiquitaire, les cryptosporidies infestent de nombreux hôtes, l'homme est sensible à Cryptosporidium parvum parasite des ruminants, mais l'immunodéficience l'exposerait aussi au risque d'infestation par des espèces félines et canines [8], ce qui pose le problème de la surveillance vétérinaire des animaux de compagnie et des transmissions zoonotiques. Des traceurs moléculaires ont ainsi permis de déterminer deux génotypes chez le sujet sidéen mais un seul peut être infestant chez le bétail [8]. Cette parasitose était connue chez l'animal depuis le début du xxe siècle, mais le premier cas de gastroentérite humaine à Cryptosporidium parvum a été publié en 1976. Depuis l'immunodépression induite par le VIH, l'incidence de cette parasitose, désormais opportuniste du sida, a considérablement augmenté. Les cellules de l'endothélium intestinal et bronchique sont le support de la multiplication parasitaire de ces coccidies monoxènes. La forme de dissémination et d'infestation est l'oocyste, celui-ci est caractérisé par un pouvoir infestant bien supérieur à celui des bactéries pathogènes puisque l'ingestion de 30 oocystes induit une gastroentérite chez le sujet sain [9]. Il est résistant à l'action des dérivés chlorés et persiste plusieurs mois voir des années sans altération de la viabilité dans le milieu extérieur. L'émergence en santé publique s'accroît à partir de 1990. La cryptosporidiose est surtout caractérisée par des gastroentérites de longue durée, résistantes au traitement classique. Elles sont plus sévères et quelquefois létales chez le jeune enfant, le sujet âgé et le sujet sidéen. Ainsi de mini-épidémies autour de points d'eau souillée ont été décrites en Angleterre [10], et l'épidémie massive de Millwaukee aux États-Unis en 1993 où 403 000 personnes ont été infestées, dont 54 décès, ont fait prendre conscience aux autorités sanitaires de la nécessité de prévoir des contrôles et des moyens de protection [11]. Les mesures efficaces de désinfection des eaux de boisson et la recherche d'oocystes ne sont pas encore en vigueur en France. L'absence de culture facilement réalisable et de corrélation entre la présence d'oocystes et leur viabilité rendent effectivement difficile l'interprétation du dépistage des parasites après la mise en œuvre de mesures de désinfection.

Une autre protozoose intestinale humaine a été révélée par l'immunodépression induite par le VIH, la microsporidiose. Cette parasitose connue pour les effets dramatiques chez les abeilles avec des conséquences importantes dans la disparition rapide de millions d'insectes, n'a été que récemment décrite chez l'homme, probablement en relation avec la présence massive de l'agent pathogène chez le sujet sidéen. Parmi les 12 espèces pathogènes de l'homme, deux ont une prévalence plus importante chez l'immunodéprimé. Les espèces alors en cause sont aussi des agents de gastroentérite à évolution favorable chez le sujet sain. Enterocytozoon bieneusi et Encephalocytozoon intestinalis, décrites respectivement en 1989 [12] et en 1992 [13], sont des parasites unicellulaires intracellulaires obligatoires. Ce sont les spores très résistantes qui assurent la dissémination et la persistance souvent très longue dans le milieu extérieur. Ce sont aussi ces éléments qui sont à la base du diagnostic parasitologique. Les traitements encore peu efficaces surtout sur E. bieneusi, leur augmentation dans le milieu extérieur et leur survie impliquent de les considérer comme de nouveaux protozoaires agents potentiels de gastroentérite à partir des eaux de boisson. Les relations hôte parasite sont primordiales [14] pour comprendre le développement et la chronicité des infections dans le cas de cette parasitose où le taux de TNFalpha semble jouer un rôle prépondérant dans les manifestations cliniques et dans la guérison [15].

Sensibilité génétique

Si la diminution des capacités immunitaires est un des éléments clés du développement de maladies opportunistes, des caractéristiques génétiques influent aussi sur la sensibilité vis-à-vis des maladies infectieuses. Effectivement, les individus ne sont pas égaux face aux infections et inversement, les infections exercent aussi des pressions de sélection sur certaines caractéristiques génétiques d'une population.

La sensibilité individuelle à divers agents parasitaires est désormais bien reconnue, en particulier pour la bilharziose, les chromomycoses et le paludisme [16]. Des gènes conditionnent en partie la sensibilité aux maladies infectieuses et modulent la performance des capacités de défense [17]. Divers gènes de prédisposition ou de résistance ont été identifiés en particulier dans les infections parasitaires comme le paludisme, la bilharziose et la leishmaniose. Des caractéristiques propres à l'hôte indépendamment de celles du parasite contribuent à la sévérité de l'infection. Au cours d'infection palustre, la résistance individuelle aux formes graves de paludisme à Plasmodium falciparum a tout d'abord été liée à certaines anomalies génétiques modifiant la structure de l'hémoglobine (drépanocytose, alpha et beta thalassémies). Le déficit en glucose 6 phosphate déshydrogénase est aussi impliqué dans la résistance individuelle face aux formes sévères du paludisme. L'infection parasitaire a ainsi exercé une pression de sélection dans les populations exposées. La nature de récepteurs membranaires des hématies limite ou empêche le développement de l'infection ; ainsi, les homozygotes porteurs de l'antigène Duffy sont réfractaires à l'infestation des hématies par les mérozoïtes de Plasmodium vivax [18]. Des gènes « candidats » intervenant dans la synthèse d'interleukines seraient aussi responsables d'expression plus efficaces et plus adaptées des capacités individuelles de défense vis-à-vis d'infections parasitaires [19]. Des résultats fondamentaux ont été obtenus en localisant une région génétique (SM1) impliquée dans la résistance à la bilharziose intestinale provoquée par Schistosoma mansoni. Cette région est aussi située au niveau de gènes intervenant dans le contrôle de la balance Th1/Th2 [20]. L'évolution au cours de cette parasitose vers la fibrose hépatique est, elle aussi, sous le contrôle de particularités génétiques. Ainsi l'implantation de parasitoses dans des zones non endémiques, regroupant des populations plus vulnérables aux infestations peut avoir des conséquences redoutables au plan de la santé publique ; cette émergence favorisée par les modifications du biotope, en particulier des modifications climatiques fait actuellement l'objet de nombreuses controverses. Si des fragilités de l'hôte permettent le développement parasitaire, certains agents infectieux peuvent aussi être capables de s'adapter à un nouvel environnement et à un nouvel hôte.

Risques liés à l'agent

Adaptation et franchissement de barrière d'espèce

Le franchissement de barrière d'espèce est plus rare et certainement beaucoup plus lent que pour les virus ou les agents non conventionnels mais le risque existe. Neospora caninum, coccidie très proche de Toxoplasma gondii, responsable d'avortements du bétail, a été soupçonné d'être la cause d'avortement d'étiologie indéterminée chez la femme. La détection d'anticorps spécifiques effectuée chez ces patientes n'a cependant pas permis d'étayer cette hypothèse. Mais les résultats obtenus, n'excluent pas la possibilité que l'infestation puisse exister chez l'homme. Ce parasite provoque chez le chien des désordres neurologiques, les auteurs [21] suggèrent que l'infestation soit recherchée chez des patients présentant des troubles neurologiques d'étiologie indéterminée. Les agents de bilharziose aviaire, cause de dermatite chez l'homme, par passage transcutané des furcocercaires, n'ont en principe pas la possibilité d'établir un cycle complet d'évolution dans l'organisme humain ou chez les mammifères en général. Cependant l'infestation expérimentale chez la souris démontre que ces parasites peuvent évoluer et gagner le tissu nerveux exactement comme chez les oiseaux. Des biopsies chez des rongeurs ont mis en évidence la présence de schistosomules dans les poumons et les viscères en dehors d'infestation expérimentale. Au cours de primo-infestation massive chez l'homme, la présence de schistosomules a aussi été constatée, ce qui laisse supposer que ces parasites peuvent en partie se développer chez un hôte non habituel. La surveillance des mammifères et petits rongeurs en bordure des grands lacs est une nécessité. Ces éventualités ne sont pas à sous-estimer d'autant plus que le réservoir animal (oiseaux migrateurs) est dans ce cas totalement incontrôlable [22-25].

Résistance aux traitements médicamenteux

Les parasites sont aussi capables d'élaborer des stratégies de défense vis-à-vis des traitements médicamenteux ce qui implique la réémergence d'agents pathogènes dont le développement était maîtrisé. De plus le panel de molécules antiparasitaires ou antifongiques efficaces est extrêmement réduit et la mise au point de stratégie vaccinale se heurte à la variabilité importante des parasites eucaryotes et à leur modification structurale au cours du cycle.

Ainsi, se sont propagées les souches palustres résistantes aux antipaludiques, les agents de protozooses digestives comme Giardia duodenalis et les helminthes résistants aux traitements appropriés. L'émergence en Afrique de trypanosomiase bovine résistante aux traitements souligne là encore les menaces associées aux zoonoses et aux résistances [26]. Les traitements prophylactiques des infections fongiques en milieu hospitalier ont engendré une incidence croissante de mycoses dues aux espèces naturellement résistantes ou très peu sensibles aux imidazolés comme C. glabrata, C. krusei et C. dubliniensis [27]. D'autres souches plus résistantes à l'amphotéricine B comme C. lusitaniae [5] ont émergé. L'augmentation des mycoses cutanéo-muqueuses ou systémiques récidivantes, très peu sensibles aux traitements, est un souci constant des services de soins.

Environnement et conséquences

Modifications climatiques

Les modifications climatiques sont à l'origine de nombreuses inquiétudes concernant les maladies parasitaires transmises par des arthropodes vecteurs [28]. Le développement des parasitoses (paludisme, leishmaniose...) dans des régions alors indemnes pourrait dans certains cas avoir des répercussions dramatiques. L'implantation ou la réimplantation du paludisme dans des pays tempérés pourrait provoquer une hausse brutale de la mortalité au sein de la population non immune, surtout lorsque les parasites ont développé des résistances aux diverses classes médicamenteuses antipaludiques [29]. Ces publications alarmistes sont actuellement le sujet de controverses [30], elles ont cependant le mérite d'attirer l'attention des scientifiques et des décideurs sur des endémies parasitaires des pays sous-développés et de l'indigence des moyens de lutte. Mais les causes de recrudescence sont nombreuses et complexes et ne se limitent pas aux facteurs climatiques. Toute modification de l'environnement peut être la source de l'émergence de maladies parasitaires.

Modifications du biotope

Les grands barrages ont assuré une incidence croissante de la bilharziose, le défrichage et l'assèchement ont provoqué une recrudescence des phlébotomes vecteurs de leishmaniose, véritable fléau en Afrique actuellement. La guerre, l'exode, la pauvreté, la ruine des systèmes de santé, la destruction des infrastructures et la pénurie de médicaments concourent à l'augmentation des maladies infectieuses dans les régions déjà peu épargnées par les contagions de toute sorte. Les interruptions des programmes de lutte antivectorielle associées à l'augmentation des résistances aux insecticides ont abouti à la prolifération des arthropodes vecteurs (anophèles, mouche tsé-tsé, phlébotomes, tiques...), ce qui en conjonction avec la présence de malades non traités, est un des problèmes les plus préoccupants dans les zones d'endémie parasitaire. La trypanosomiase en est un exemple, elle dévaste des régions entières en frappant homme et bétail [26].

Dans les régions tempérées, l'augmentation de la faune sauvage, les chevreuils surtout, associée à la modification climatique, entraînent une pullulation de tiques dans les régions montagneuses et en altitude. Ainsi, l'incidence accrue de babésiose transmise par ces vecteurs aux mammifères et à l'homme est à prévoir. Ces acariens sont de plus particulièrement résistants aux pesticides [31]. Les zoonoses constituent des réservoirs insoupçonnés de parasites susceptibles d'adaptation à l'homme et le déséquilibre du biotope peut entraîner des répercussions imprévisibles et importantes [25].

L'intervention humaine sur la biologie des animaux peut, dans certains cas, avoir des conséquences inattendues. Ainsi, les modifications du régime alimentaire imposées par l'homme aux animaux de boucherie associées aux antibiothérapies et à la corticothérapie n'ont pas seulement abouti à faciliter le passage de barrière d'espèce d'agents dits non conventionnels, mais a aussi été en parasitologie une des causes de l'établissement du cycle parasitaire de la trichine chez le cheval. Cet animal est naturellement très sensible à ce parasite, mais celui-ci était exceptionnellement parasité puisque cette parasitose ne se transmet que par ingestion de viande infestée, ingérée crue ou insuffisamment cuite. Les habitudes culinaires concernant la viande équine expliquent la sévérité des sept miniépidémies regroupant les milliers de cas observés depuis 1975 avec une mortalité en France supérieure à celle due au prion. Les contrôles dans les abattoirs ont été instaurés sur tout animal de boucherie susceptible d'être infesté. Depuis 1985, un certificat vétérinaire indiquant l'absence de larves de trichine doit accompagné chaque carcasse d'équidés importée dans la communauté européenne [32].

L'apport exagéré de suppléments alimentaires, peut aussi entraîner chez une population affaiblie des risques nouveaux. La supplémentation en extraits de levure de bière dans l'alimentation est à l'origine de l'émergence de souches de Saccharomyces cerevisiae responsables de levuroses récidivantes très difficiles à traiter [33].

Émergence liée à la circulation des marchandises

L'étiologie parasitaire souvent suspectée lors de troubles du transit au retour de voyages a permis d'identifier de nouveaux agents pathogènes grâce à l'examen parasitologique plus systématique des prélèvements, l'agent de la cyclosporose en est un exemple récent.

Cyclospora cayetanensis est un protozoaire, décrit en 1976, agent de gastroentérite prolongée chez l'homme. De miniépidémies aux États-Unis en 1996 et 1997 ayant pour origine des framboises souillées importées du Guatemala ont déclenché des enquêtes épidémiologiques et ont permis de cerner les principaux produits alimentaires à risque importés comme les fruits rouges, la laitue [34]. Au Guatemala, la cyclosporose serait une des causes principales de diarrhées parasitaires. Cette parasitose est endémique dans certaines régions d'Amérique et d'Asie du Sud. Ce n'est pas une maladie opportuniste. Le diagnostic a l'avantage de permettre l'instauration d'un traitement approprié par Bactrim® ce qui évite les inconvénients liés à la persistance de la gastroentérite. L'importance des marchandises importées (75 % des fruits et légumes des grandes surfaces) accroît la possibilité de mini-infestations d'origine parasitaire en tout point du globe.

Le biologiste est aussi confronté à l'identification de nouveaux parasites, l'émergence ou la réémergence d'eucaryotes parasites associée aux difficultés du diagnostic implique une plus grande performance et spécificité des moyens diagnostiques et des moyens thérapeutiques.

Conséquences au niveau diagnostique et thérapeutique

Aspects cliniques

Le biologiste est confronté au développement inattendu des parasites dans tout l'organisme lors de déficience des défenses immunitaires ; ainsi les toxoplasmes sont présents dans tous les organes lors de processus de dissémination chez le sidéen, en particulier au niveau pulmonaire, alors que les lésions oculaires sont peu fréquemment observées [35]. Les leishmanies peuvent envahir la muqueuse intestinale et le tissu cutané. Les aspects cliniques classiquement observés peuvent être totalement modifiés. Une grande prudence et beaucoup de vigilance sont alors nécessaires. Le sérodiagnostic est souvent en défaut chez l'immunodéprimé. Les difficultés diagnostiques des parasitoses et mycoses opportunistes ont nécessité l'utilisation de nouvelles techniques plus performantes et plus spécifiques.

Améliorations diagnostiques

Les méthodes d'imagerie médicale ont ainsi été appliquées au diagnostic. Celles-ci constituent dans certains cas, en particulier dans les formes disséminées d'aspergillose, le signe d'alerte le plus précoce et le plus évocateur. La sévérité des candidoses systémiques nécessitant un diagnostic précoce a imposé l'utilisation de méthodes et de milieux de culture plus adaptés. Ainsi, se sont développés des milieux d'hémoculture plus propices à la croissance fongique associés aux méthodes performantes de détection du développement des microorganismes (dosage sensible du CO2). Des milieux d'identification rapide des levures d'intérêt médical sont aussi proposés [36].

Les détections d'antigènes circulants ont permis de suppléer les carences du dépistage d'anticorps chez l'immunodéprimé. Les tests de détection des mannanes aspergillaires ou de mannanes de Candida albicans par des techniques immuno-enzymatiques sensibles contribuent à l'amélioration du diagnostic des mycoses profondes, bien que ces détections ne soient pas toujours aussi performantes que les premières publications ne le laissaient espérer. Les méthodes de détection d'antigènes se développent aussi en dehors de tout contexte d'immunodéficience et sont surtout proposées dans le diagnostic du paludisme à Plasmodium falciparum [37] avec une très grande facilité de mise en œuvre et une sensibilité très acceptable.

La détection d'ADN par PCR a été évaluée dans les diverses parasitoses et mycoses. L'extrême sensibilité de cette technique pourrait combler les lacunes du diagnostic des infections opportunistes. Cependant, le manque d'homogénéité des sondes, la commercialisation très parcimonieuse de quelques tests de diagnostic essentiellement liés au diagnostic de la toxoplasmose, le coût des techniques de biologie moléculaire sont un frein à leur utilisation dans les laboratoires de biologie médicale dans le domaine de la parasitologie mycologie médicale. Cependant, malgré les performances décrites dans la littérature scientifique de ces nouveaux tests (antigènes, ADN...), l'interprétation se doit d'être très prudente et ne jamais faire abstraction du contexte clinique et des risques d'erreur par défaut ou par excès de ces nouvelles techniques. Aucun test pris isolément n'est parfait et ces nouvelles technologies nécessitent une connaissance parfaite de leurs limites.

Les nouveaux agents pathogènes et l'émergence des résistances soulignent aussi l'incurie des moyens de lutte.

Faible arsenal thérapeutique

La très faible diversité des médicaments antiparasitaires et antifongiques associée à l'augmentation des résistances médicamenteuses incitent à rechercher des cibles plus efficaces et plus spécifiques.

Les essais de protection vaccinale n'ont guère été couronnés de succès ces dernières années. Aussi ce sont les relations entre l'hôte et le parasite et la parfaite connaissance de la biologie du parasite qui sont les recherches les plus prometteuses et les plus riches d'espoir [38].

Chez les espèces fongiques, les cibles idéales sont celles qui sont très spécifiques de l'eucaryote pathogène, telle la paroi. C'est essentiellement dans ce domaine que se développent de nouvelles molécules inhibant la synthèse des structures pariétales et présentant une toxicité très faible pour l'homme. De même, la connaissance des mécanismes de résistance permettra d'en ralentir ou d'en empêcher le processus.

CONCLUSION

L'optimisme des années 1980 quant au contrôle des infections a été bouleversé par les pandémies virales liées à l'émergence des virus immunosuppresseurs (VIH essentiellement) avec leur corollaire que sont les maladies opportunistes associées. Les pays industrialisés comme les pays en voie de développement sont vulnérables, marqués depuis ces 20 dernières années par des maladies infectieuses nouvelles, les moyens thérapeutiques efficaces restent limités. La connaissance de la biologie des parasites ainsi que de la relation entre l'hôte et le parasite permettront de déterminer des cibles spécifiques et des moyens de lutte et de contrôle innovants. L'analyse attentive des infections parasitaires et fongiques et de leur évolution chez les vertébrés sont aussi primordiales pour comprendre et anticiper les risques auxquels sera confrontée l'espèce humaine.