ARTICLE
ocl.2012.0429
Auteur(s) : Céline Guerin celine.guerin@condat.fr
CONDAT Lubrifiants,
104 avenue Frédéric Mistral,
38670 Chasse sur Rhône,
France
De la création du groupe à la fabrication de savons secs pour
le tréfilage
L’histoire de Condat a débuté en 1854 avec un jeune
Auvergnat qui est venu s’installer à Gerland, dans les faubourgs de
Lyon, pour faire le commerce de suifs et autres résidus de
boucheries. À la révolution industrielle, la demande de produits
pour graisser les machines augmente, notamment pour les locomotives
de la compagnie de chemin de fer Paris-Lyon-Marseille dite
« PLM ». À cette époque, on ne connaissait pas les huiles
et graisses minérales à base de pétrole, mais seulement le suif,
pur ou mélangé à de l’huile végétale de colza en particulier. La
diversification de la production pour répondre à la demande des
industriels est devenue une priorité des héritiers du fondateur.
Ainsi Condat développe la fabrication de savons, de graisses
calciques, de sulforicinates et de briquettes de laminoirs pour
commencer. Dans les années 1950, Condat commence à travailler
sur la fabrication de savons secs pour le tréfilage de fils
métalliques. Après de constantes recherches et améliorations,
Condat est aujourd’hui le leader mondial sur ce métier en proposant
les savons secs qui vont lubrifier les pièces métalliques en
contact, mais également des traitements de surface qui vont
favoriser l’accroche du savon sur les fils métalliques. Ces savons
commercialisés à l’international sont fabriqués sur trois sites
industriels : au siège social de Chasse-sur-Rhône (Nord-Isère)
et dans les deux filiales implantées aux États-Unis et au
Brésil.
Données économiques
Le marché du suif a largement évolué depuis les dernières
décennies. Initialement considéré comme un sous-produit, de
nombreux travaux ont été entrepris pour le valoriser et il est
passé rapidement au rang de matière première industrielle. Puis,
les suspicions de transmission de l’encéphalite spongiforme bovine
(ESB) à l’homme ont fait chuter son cours dans les
années 2000. Depuis, une systématisation des tests de
dépistage de l’ESB à l’abattage et une meilleure connaissance de
l’obtention de ces produits ont permis de réhabiliter le suif
auprès de l’opinion publique, au moins pour l’industrie
non-alimentaire. En effet, il ne faut pas confondre
« suif » et « graisses animales », le suif issu
du gras de bœuf est produit dans des ateliers particuliers appelés
fondoirs, à partir de la fonte de tissus adipeux des animaux
qui sont considérés comme des « gras nobles ».
Le marché du suif se partage à l’heure actuelle entre
3 types d’industries : l’oléochimie, le biodiesel et
l’alimentation animale. Pour diverses raisons, les gouvernements de
nombreux pays ont accordé des aides fiscales aux biocarburants à
base de suif. Il est donc à l’heure actuelle rentable de fabriquer
des biocarburants sur base stéarique. Malheureusement, ceci a
nettement changé la donne en termes de demande et a eu pour effet
de doper le prix du suif (figure 1).
Certains pays commencent à remettre en cause ces réformes qui
incitent de plus en plus les industriels à se tourner vers la
stéarine de palme. Cependant, la stéarine de palme n’a pas permis
de réduire le cours du suif du fait d’une demande toujours
croissante en biodiesel. Elle a juste permis d’accroître la
disponibilité mondiale en stéarine.
Évolutions règlementaires
Condat est pro-actif en termes de respect des dernières
règlementations du secteur de la chimie sur la santé et la sécurité
(Directive Biocides, Règlement REACH, nouveaux classements des
substances, etc.) grâce à son département « Affaires
réglementaires ». L’équipe est fortement impliquée et
participe à de nombreux consortiums européens, maximisant ainsi
l’anticipation sur les développements R&D à venir.
La philosophie de Condat en matière de R&D est la recherche
systématique de substituts aux matières premières potentiellement
dangereuses SVHC (substance of very high concern). À titre
d’exemple, la réglementation sur le borax1 a conduit l’équipe de R&D dédiée au
tréfilage à reformuler ses lubrifiants pour respecter et même
anticiper toute future évolution tout en préservant leur efficacité
dans les procédés des clients. Elle propose à présent une plus
large gamme de produits de tréfilage pour une substitution
immédiate : traitements de surface et savons sans borax ou à
faibles taux de borax.
Dans le cadre de sa contribution au développement durable, et
d’une démarche d’éco-conception, Condat propose une large gamme de
produits de très hautes performances (graisses de maintenance,
huiles entières ou solubles pour l’usinage des métaux) formulés sur
bases naturelles. Certains produits certifiés Ecolabel ont été
conçus pour répondre à la loi du 5 janvier 2006 visant à
encourager le développement de produits biodégradables pour
l’utilisation dans des zones naturelles sensibles. Il s’agit d’un
fluide hydraulique « Bio Natur Hydrolabel », d’une huile
pour moteur 2 temps « Bio Natur 2 TPS » et de
2 huiles pour chaînes de tronçonneuses individuelles et
d’abatteuses mécaniques « Bio Natur Chain 100 » et
« Bio Natur Chain Pro ».
Lien entre les matières premières et les propriétés
physico-chimiques des savons de tréfilage
Il faut considérer globalement les lubrifiants secs pour le
tréfilage comme des mélanges complexes de savons de calcium ou de
sodium avec des composés minéraux permettant de réguler l’épaisseur
et la consistance du film, et des additifs. En effet, le lubrifiant
sec doit offrir un film épais pour pouvoir couvrir la rugosité du
fil et obtenir une bonne séparation entre le fil et la filière.
Les matières grasses utilisées pour la fabrication des savons de
tréfilage sont principalement le suif et l’acide gras de suif
donnant une répartition majoritaire en acides gras insaturés
(35-40 % de C18:1) et saturés (25 % de C16:0 et 20 %
de C18:0). La composition en acides gras est un critère déterminant
influant directement sur la dureté, le jaunissement, ainsi que les
températures de ramollissement et de fusion du savon.
Le point de ramollissement est la température à laquelle le
lubrifiant passe de l’état solide à l’état visqueux. Ce
comportement est influencé par la présence de glycérol, les types
de savons formés et surtout par le procédé de production. Le
paramètre le plus difficile à verrouiller est l’approvisionnement
des matières grasses utilisées par fabriquer les savons. En effet,
ce sont des matières premières de qualité technique qui évoluent en
fonction des fournisseurs et des lots. Il est donc nécessaire de
resserrer au maximum les critères d’acceptation de ces matières
grasses pour obtenir une bonne reproductibilité des lubrifiants
formulés.
La matière grasse n’est pas le seul critère clé pour formuler un
savon de tréfilage répondant aux conditions d’utilisation. En
effet, les deux grandes familles de savons (calciques ou sodiques)
ont des comportements très différents du fait de leur structure
bivalente pour les calciques et monovalente pour les sodiques. Un
savon de sodium à teneur en matière grasse identique donne un film
lubrifiant plus mince qu’un savon de calcium qui, lui, est moins
résistant à la température et au cisaillement. À titre d’exemple,
on utilisera plutôt des savons de calcium à faible teneur en
matière grasse pour le tréfilage d’acier doux décalaminé
nécessitant une charge importante du fil, alors que des savons de
sodium à haute teneur en matière grasse seront préférés pour le
tréfilage d’acier dur avec fini brillant. Les stéarates de sodium
du fait de leur structure chimique sont plus performants mais
exigent une bonne préparation de surface.
La granulométrie d’un savon de tréfilage est aussi un paramètre
essentiel. En effet le mouvement de la poudre dans la boîte à savon
(figure
2) est directement conditionné par ses
caractéristiques physiques de forme et de taille de grains
(figure
3). Une poudre trop fine peut favoriser la formation
de tunnels alors qu’une poudre trop grosse est difficilement
entraînée dans le cône d’entrée de la filière. Il faut éviter la
présence de grumeaux en amont de la filière limitant ou stoppant
l’alimentation en lubrifiant. Dans la boîte à savon, le lubrifiant
circule, d’où une modification de la granulométrie par une action
de broyage. La forme initiale des particules de savon est
essentiellement donnée par le procédé de fabrication.
Conclusion
Les savons secs de tréfilage sont donc des produits très
techniques du fait des différents paramètres imposés par les
conditions de tréfilage. Il est nécessaire de connaître
parfaitement les matières premières et de maîtriser le procédé de
fabrication pour produire des savons convenant parfaitement aux
conditions de tréfilage et aux évolutions réglementaires visant à
réduire voire peut-être à terme interdire totalement l’utilisation
de borax.
1 Tétraborate de sodium décahydraté de
formule
Na2B4O7.10H2O.
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