Incontinence urinaire après prostatectomie


Publiée dans la revue : Médecine. Février 2012. Volume 8Numéro 2,

Auteur(s) : Jean-Pierre Vallée

Les deux essais randomisés anglais de l’étude MAPS soulignent l’indigence de nos connaissances et de notre prise en charge de ce douloureux handicap [1].

Les patients souffrant d’incontinence urinaire 6 semaines après prostatectomie totale (essai 1 ; 391 patients) ou résection transurèthrale (essai 2 ; 397 patients) avaient 4 sessions de rééducation sur 3 mois ou les soins habituels et conseils d’hygiène de vie. Le critère primaire était l’incontinence urinaire autorapportée (questionnaires postaux) et le ratio coût incrémental/qualité (qualityadjusted life year ; QALY) à 12 mois. L’analyse, en « aveugle » pour les seuls évaluateurs (ce n’était évidemment pas possible pour les participants ou les soignants) était faite en intention de traiter. Le taux d’incontinence urinaire à 12 mois était identique dans les 2 groupes (essai 1 : 76 % vs 77% ; 2 : 65 % vs 62 %). La rééducation augmentait les coûts par patient (sans aucun effet adverse) mais sans différence notable en QALYs. Cet échec (en efficacité et coûtefficacité) et la persistance d’un taux élevé d’incontinence 12 mois après chirurgie suggèrent que la connaissance et la prise en charge de cette iatrogénie sont totalement insuffisantes. Drake [2] dit de ces chiffres (10 % d’incontinence à 1 an après résection transuréthrale, 40 % après prostatectomie totale, dont la moitié vécues comme « sévères ») qu’ils « méritent une franche discussion avec le patient avant toute chirurgie », notamment à un moment où le dépistage du cancer de la prostate par PSA impose de plus en plus la question.

1. Glazener C, Boachie C, Buckley B, Cochran C, Dorey G, Grant A et al. Urinary incontinence in men after formal one-to-one pelvic-floor muscle training following radical prostatectomy or transurethral resection of the prostate (MAPS): two parallel randomised controlled trials. Lancet. 2011;378:328–37.
2. Drake MJ. Managing post-prostatectomy stress urinary incontinence. Lancet. 2011;378:293-4.

Que retenir pour notre pratique ?

• La « franche discussion » avant toute intervention ne concerne pas que l’urologue !
• Mais le médecin de famille est ici « entre le marteau et l’enclume ». Dans le cas du dépistage, dont l’opportunité et la nocivité sont controversées, c’est bien en amont qu’il faut discuter des conséquences éventuelles.

Mots clés : Incontinence urinaire ; Prostatectomie [Urinary Incontinence; Prostatectomy]


 

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